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#21 Envoyé le : mardi 13 août 2019 10:38:28(UTC)
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II.6 - TRAHISONS (par Sorana)

Dès la fin de l’assaut, nous souhaitions nous occuper de nos compagnons disparus. Nurah, Orkamania et Selka manquaient à l’appel, et cela n’avait rien de normal. Que c'était-il passé dans la nuit ? Nous devions tirer ça au clair. Torkemada et moi sommes allés à la tente de Nurah, et n’avons trouvé aucune trace d'elle. Pire, ses affaires avaient disparu, comme si elle avait soigneusement planifié son départ. Cela n'augurait rien de bon, et je sentais que mon instinct ne m'avait pas trompé sur elle. Depuis le départ, je ne lui faisais pas confiance, même si je ne m’en rendais pas tout à fait compte. Une partie de moi la trouvait suspecte, tout comme ses intentions. Je prenais au départ ses mises en garde pour de sages conseils, venant de quelqu’un qui avait plus d’expérience dans cette guerre que nous, mais je comprenais alors qu’elle nous avait manipulés. Elle nous poussait depuis le départ à nous méfier des tactiques "fourbes et insidieuses" des démons, à nous méfier de nos ennemis, alors qu’en réalité, elle instillait le doute en nous. Ce n’était plus de nos ennemis que nous nous méfiions, mais de tout le monde, y compris nos propres compagnons. Selon elle, tout le monde avait quelque chose de suspicieux, Orkamania ou Irabeth pour leur ascendance orque ; Selka ou Torkemada pour leurs crimes passés ; Volgar ou Hécate pour leurs traits étranges ; Qulin et ses tieffelins pour leurs anciennes allégeances ; ou encore Aravashnial pour les secrets qui entouraient son ordre, voire Kaptra pour avoir côtoyé de bien trop près la trahison… Elle prétendait que les démons nous pousseraient les uns contre les autres, et c’est ce qu’elle faisait pendant ce même temps. Comment n’avons-nous pas pu voir ça ? Nous aurions dû faire quelque chose contre elle tant que nous le pouvions encore.
Quant à la tente de Selka, elle était vide aussi, mais ses affaires étaient encore là, tout comme chez l’orc. Mais là, une surprise nous attendait : en lieu et place d'Orkamania, Klavak avait trouvé une autre personne : Kluly, l'ami d'enfance d'Orkamania. De son vrai nom Legato MacDowel.
Devant une telle situation, le pauvre chevalier a été interrogé en long, en large et en travers, face à un Klavak qui ne pouvait pas s'empêcher de critiquer notre indulgence, et d'accuser Legato de tout et n'importe quoi. Nous devions comprendre, et notre seule piste était cet homme, à l’air bien plus jeune que ce que j’avais compris en écoutant Orkamania parler de lui, son aîné. Lui seul pouvait nous éclairer sur la situation, et nous lui avons demandé de nous raconter ce qu’il savait, il commençait par son histoire.

Legato s’était engagé dans les croisades mendevienne en tant que simple soldat, après la troisième croisade. Cela nous ramenait il y a plus de vingt ans ! Il devait être un enfant à cette époque, mais avant de le contredire, nous le laissions continuer son récit. La dernière mission à laquelle il avait participé consistait en une expédition teintée de secrets, ni lui ni aucun de ses camarades ne savait où elle les menait, ni dans quel but. Tout ce qu’il disait savoir, c’est qu’ils étaient partis pour plusieurs mois au cœur de la Plaie du Monde… Cela me rappelait quelque chose, mais là non plus je n’ai pas interrompu le jeune homme. Au bout de longues semaines de campagne, les troupes étaient tombées sur des réfugiés sarkariens : sauf exception, il n’y avait que femmes et enfants, les hommes étant restés se battre – et sans doute mourir – pour couvrir la fuite de la tribu. Ces rescapés étaient menés notamment par deux femmes, ou plutôt une femme et une elfe du nom de Jerribeth et Shala. Dont Legato disait s’être… "rapproché" à en croire ses paroles. Les sarkariens avaient ainsi rejoint l’expédition.
Il indiquait que, de nombreux jours de voyage plus tard, ils avaient fini par monter un camp plus durable, et qu’il suspectait que l’expédition était finalement arrivée à destination. Le camp avait été installé dans un ancien village sarkarien alors abandonné, à proximité d’un de ces arbres dont ce peuple se servait parfois pour y installer leur laboratoire ou leur prison, un arbre thane. Il ne s’était plus rien passé les jours suivants, si ce n’est devoir porter des caisses de matériel à l’entrée de l’arbre, où visiblement les mages et leaders de l’expédition passaient leurs journées. D’après Légato, les soldats ne croisaient même pas un démon, chose qui me paraissait étrange en un tel lieu.
Mais au bout d’un certain temps, une nuit, tout bascula. Legato disait dormir dans la tente de Jerribeth et Shala quand il fut réveillé par des bruits, des cris, de l’agitation : sans doute une invasion de démons. Ses deux amies n’étaient pas là, et il eut à peine le temps de se préparer au combat quand deux monstres surgissaient dans la tente. Le soldat avoua avoir reconnu, sous des traits clairement démoniaques, deux de ses compagnons d’armes ! Leurs visages étaient familiers, mais pas leurs yeux injectés de sang, ni leur masse musculaire qui avait doublé de volume, encore moins les protubérances osseuses qui déchiraient par endroit leur peau. Il se résignait à les défaire et, craignant pour la vie de Jerribeth et Shala, fit abstraction du chaos qui semblait avoir pris tout le campement pour partir les retrouver. Il se dirigea finalement vers l’arbre thane, car elles lui auraient avoué s’y rendre de temps en temps en compagnie d’un Gardien des Failles qui, lui, en avait l’autorisation. Legato pénétra dans ces lieux et après avoir traversé d’étranges salles, tomba sur un spectacle qui le faisait trembler à l’idée même de le raconter. Il était tombé nez-à-nez avec Akiron, un des meneurs de l’expédition, qui combattait des démons aux côtés de son commandant, Andrew Drogaloth, de l’héroïne Yaniel ainsi que d’une Gardienne des Failles et une prêtresse de Sarenrae. Cette dernière était en pleine incantation, semblait-il au milieu d’un cercle d’invocation. Mais en face d’eux se dressaient, menaçantes, ses amies Jerribeth et Shala, accompagnées du Gardien des Failles dont elles parlaient parfois, et surtout d’un démon aux allures féminine mais dépourvu d’yeux, en lieu et place desquels sortaient des sortent de cornes. Cette description me faisait penser à Minagho bien sûr, mais quel rapport pouvait-il y avoir ? Autre chose attira son attention cependant, une ombre noire comme la nuit dotée d’yeux rouges qui scintillaient lorsqu’ils croisèrent le regard du jeune soldat. L’ombre fonçait vers lui et, lorsqu’elle était à portée de bras, Akiron se serait tourné vers lui en lui disant une phrase qu’il n’oublierait jamais : « Ne m’en veux pas soldat, mais tu tombes bien », avant d’incanter quelques paroles magiques, et dirigeant une main vers lui et une vers l’ombre. Legato racontait avoir senti à ce moment-là une douleur si vive qu’il sombra dans l’inconscience.
Après cet événement, le jeune homme ne se rappelait plus rien jusqu’à son réveil dans la demeure du vieil Akiron, qui allait être sa maison durant plusieurs années, sans jamais pouvoir parler de ce qu’il s’était passé. Quelques années plus tard, le mage adoptait un jeune orc, Singed, à qui il enseignait l’art de l’alchimie. Je savais qu’il parlait d’Orkamania, même si nous ne l’appelions de notre côté jamais comme ça. Akrion lui interdit à nouveau de parler de son histoire, et Legato avoua qu’il n’en avait pas d’autres séquelles que de fugaces et ponctuelles pertes de mémoire. Sa vie fut alors calme jusqu’à une nouvelle et bien plus sévère perte de mémoire, qui le ramenait au matin même. Tout ce qu’il pouvait nous dire de ce moment était d’avoir cru apparoir la silhouette de son ami Singed, "bien plus vieux que dans ses souvenirs" précisait-il. Il décrivait aussi une jeune et petite femme, probablement halfeline, aux cheveux longs tressés. Il s’agissait sans nul doute de Nurah ! Enfin, il avait entendu, une fois les deux sortis de la tente dans laquelle il se trouvait par deux issues différentes, la voix d’une femme suivie de bruits de combat. Je me disais que, peut-être, Selka était aussi mêlée à cette histoire.

L’histoire du nouvel arrivant était pleine de révélations, mais le plus urgent consistait à comprendre ce qu’il en était d’Orkamania, Nurah et Selka. Nous avons parlé un moment entre nous pour tenter de mettre à plat ce que nous savions et comprendre ce qu’il pouvait s’être passé. J'ai finalement vendu la mèche concernant le mot qu'avait trouvé Aravashnial quand nous étions au Gué de Vilareth. Ce fameux message parlait d'un ou d’une demi-orc qui allait servir aux démons, et d'une traîtresse dans nos rangs, une femme à leur solde. D'après ce que nous pouvions en déduire, l'orc était Orkamania, et la traîtresse Nurah. Volgar a très mal pris le fait que Hécate et moi avions souhaité cacher cette information, et il a encore plus désapprouvé le fait que j'en avait parlé quelques jours plus tôt à Torkemada. J'imagine qu'il s'est senti lésé, et je pouvais le comprendre. Mais moins nous étions dans la confidence, moins nos investigations risquaient de se faire remarquer. J'avais fini par le lui faire comprendre, mais je croyais que sa rancœur était aussi tenace que l'odeur de ses pieds.

Quoi qu’il en était, Legato nous semblait tout à fait sérieux et honnête dans ses réponses, et nous avons décidé de le mettre à l'épreuve en l'emmenant au cimetière, la direction où des gardes avaient vu Nurah se diriger, accompagnée d'une grosse partie de notre armée. D’ailleurs, Irabeth nous apprenait à ce moment-là que Radiance – l’épée de Yaniel que nous avions sauvée des griffes de Minagho à Kénabres – avait elle aussi disparu. Difficile de croire à une coïncidence compte tenu de l’importance que l’arme semblait revêtir pour les sbires de Baphomet !
Pendant ce temps, Hécate et Kaptra était parties à la recherche de Selka, autour de la tente de l’orc. Elles l’avaient finalement trouvée assassinée, à moitié dissimulée à la va-vite dans un buisson proche de la tente. Elle présentait semblait-il des marques de griffes : cela disculpait Orkamania, mais vu leurs relations, difficiles à croire que tout cela ne soit qu’une coïncidence. Les deux femmes décidaient de profiter du pouvoir de la prêtresse pour tenter d’en savoir plus, en communiquant avec l’esprit de Selka. Hécate avait confiance en Selka et l’avait protégée notamment des attaques verbales de l’orc, elle tenait à comprendre qui était le traître. D’après ce qu’elles ont rapporté de cette étrange entrevue, la communication était difficile, et les paroles peu claires. L’esprit trop faible ne pouvait faire des réponses construites aux trois questions que Kaptra put poser, et il fallait décrypter certains passages qu’elle consigna soigneusement : A la question "Qui t’as tuée ?" l’esprit répondit : « … l’orque… c’est, l’orque… je l’ai combattu… l’ai terrassé… mais son ombre s’en est détachée… trop forte… puissante… rien pu faire… » Ensuite, Kaptra demanda si elle savait pourquoi, ce à quoi l’esprit ajouta : « … trahi… j’ai surpris l’orque… l’halfeline… il l’a écouté… accepté… il a bu… embrassé les ombres… je voulais empêcher… fuite… » Enfin, la prêtresse voulu des détails concernant cette "ombre" : « … l’ombre… le démon… l’invidiak… plus fort… plus puissant que les autres… quelque chose l’a changé… prenez garde… ».
Hécate, perturbée par cette scène, fini par révéler que l’esprit semblait comme s’accrocher, alors que la prêtresse ne parvenait plus à maintenir la connexion, et, avant de rejoindre l’au-delà pour de bon, Selka ajoutait une dernière et non moins cryptique phrase : « … Arueshalae… la succube… je la chassais… pour racheter ma liberté aux Abysses… Arueshalae… s’est détourné de la Horde de Sauterelles… pour le Machaon… peut-être... plus utile à vous… vivante… désormais… … … »

Nous étions partis de notre côté vers le cimetière. En chemin, j'ai décidé de discuter un peu avec Legato, déjà pour lui montrer que nous n'étions pas tous des sauvages dépourvus de sympathie, mais aussi pour tenter d'en apprendre un peu plus sur lui. Et pourquoi pas sur Orkamania, ou Singed, comme il l'appelait, au passage. Mais si ce n’est l’existence d’une relation pour le moins ambiguë entre les deux…. frères d’adoption, je n’apprenais pas grand-chose susceptible de m’éclairer.
Une fois au cimetière, accompagnés de ce qu'il restait de nos armées, nous avons pris à revers les troupes de goules qui nous avaient attaqués la veille. Parmi eux se trouvait une connaissance de Torkemada et Volgar : un incube nommé Exorius, qui avait déjà eu affaire à eux vers le Canyon du Gardien. C’est lui qui était venu saboter notre engin de siège ! Mais ce jour-là, face à nous tous, il n’était pas de taille. Alors que nous pensions devoir ruser pour défaire un tel ennemi, nous n’en avons fait qu’une bouchée après que Torkemada ait réussi à l’immobiliser par magie ! Ce n’étaient pas ses quelques sbires qui pouvaient nous empêcher de le terrasser, et malgré sa futile tentative de fuite, il finissait sa misérable existence tranché en deux par la hache de Volgar. A ses côtés se tenait une sorte de spectre aux ailes de chauve-souris qu’il fut plus difficile à contrer, d’autant qu’il rabâchait que nous devions retrouver son "apparence charnelle" afin qu’il puisse nous exterminer… Nous ne prêtions pas attention à ses propos fantasques et finissions par dissiper cet esprit étrange grâce à ma magie divine.
A proximité de là se dressait un large tombeau, seul endroit où aurait pu se cacher cette infâme halfeline. Une énergie mauvaise en émanait, comme une aura maléfique pesante. Alors que nos troupes ratissaient le vaste cimetière en affrontant des centaines de goules, sans peur nous pénétrions dans la bâtisse pour tomber sur un ancien caveau d’où sortaient des squelettes embrasés qui se jetaient sur nous. Ils n’étaient cependant pas seuls, puisque nous avons là retrouvé l’esprit que nous avions combattu à l’extérieur, sous sa véritable apparence ! Un berbalang hantaient le tombeau, et dirigeaient vraisemblablement les goules du cimetière. Nous avons pu l’éliminer et rejoignions la sortie pour nous apprêter à sanctifier les lieux lorsqu’un coup de théâtre eut lieu : Nurah était là, à bonne distance mais face à moi, flanquée de plusieurs soldats à nous qu'elle avait visiblement converti à sa cause.

« Nurah... Tu vas payer ta trahison ! » lui lançai-je d'un ton de défi.
"Elle n'avait trahi personne" selon ce qu’elle répondit. Forcément, de son point de vue elle était contre nous depuis le début...


La suite, bientôt !

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#22 Envoyé le : mardi 3 septembre 2019 11:42:02(UTC)
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II.7 - LA BÊTE DE DRÉZEN (par Legato)


Après le nettoyage du mausolée avec mes nouveaux compagnons, nous avons entendu Sorana discuter à haute voix avec une personne : dehors, comme pour nous accueillir, une halfeline du nom de Nurah accompagnée de traîtres de l'armée nous attendaient. À sa ceinture était accrochée l'épée de Yaniel, l'objet qui nous avait poussé à rentrer dans ce maudit cimetière. Ils se tenaient à plusieurs dizaines de mètres de nous, mais la tension était palpable : Nurah prit un cor en bouche pour souffler dedans, et comme en écho retentit un hurlement démoniaque au loin, en provenance de la citadelle…

J’étais prêt au combat et m’étais avancé quand celui qui ressemblait à un de nos paladins changea soudainement de camp en se plaçant entre nos ennemis et nous. Il n’était plus une menace aux yeux de notre groupe.
Pendant mon avancée je prodiguais quelques conseils stratégiques à mes équipiers afin d'attaquer les points faibles de nos adversaires, et j’apercevais du coin de l’œil Torkemada se préparer à incanter. A ce moment, les rires de la halfeline se sont soudainement tus et ni elle ni ses hommes ne semblaient plus faire le moindre bruit tout à coup. Ce silence imposé par l’inquisiteur n’a cependant pas pu empêcher le tieffelin de s'éloigner de la zone pour faire tomber du ciel des milliers de pierres sur mes alliés. La plupart arrivait à éviter les plus gros blocs de roche mais se trouvaient ralentis par le terrain désormais accidenté.
L'ennemi qui ressemblait le plus à un homme-bête, sans doute un bâtard, ainsi qu’une ancienne barbare des Lions du Sarkaris ont chacun engloutit une potion alors que le paladin se retournait vers nous pour nous faire profiter d’une bénédiction. Je prenais pour cible Nurah afin la neutraliser avant que le sortilège de Torkemada ne fasse plus effet, pendant que ce dernier couvrait mon avancée par une volée de flèches. Malgré le silence forcé, les cris de Nurah pouvaient se lire sur son visage alors que je punissais chacun de ses mouvements et action qu’elle entreprenait pour avoir trahi mes alliés de la sorte. Je me retournai pour demander à Sorana si je devais achever ma cible ou la laisser vivre, oubliant que la magie de l’inquisiteur l’empêchait de m’entendre.
De son côté, Volgar accompagné de Klavak et Kaptra affrontaient la barbare enragée. Le tieffelin me prenait pour cible avec des rayons arcaniques qui lui sortaient des mains, mais la chance était avec moi : un reflet de ma targe l'éblouit au moment il s’apprêtait à incanter un nouveau rayon, et par sa maladresse, se transperça de part en part par sa propre magie. Le bâtard quant à lui, probablement perturbé par le silence ou par notre charge sauvage, prit pour cible son compagnon barbare, qui malgré la rage encaissa le coup.

Mais soudain, des battements d'ailes se sont fait entendre juste derrière nous : une créature qui ressemblait à une chimère démoniaque atterrit sur le toit du mausolée et nous faisait face, et des flammes s’échappaient de l'une de ses trois têtes.
La bête sauta alors au sol pour aussitôt cracher une gerbe monumentale de flammes bleutées. Elle ne semblait pas faire cas de ses alliés en prenant pour cible tous ceux qui se trouvent par mégarde devant elle, amis comme ennemis. La plupart de mes compagnons furent touchés mais Klavak était celui qui avait subi les pires dommages, et se retrouvait transpercé par des véritables lances de glace avant de perdre connaissance. Il avait beau être considéré comme un menteur, sa mort aura un impact important sur notre moral… Mais au moment où je le voyais mettre un genou à terre, et avant de chuter, il prononce une phrase inattendue « Laissez-le moi ! » pour finalement se relever miraculeusement.

Le paladin n'avait pas eu autant de chance et se retrouvait congelé sur place, puis réduit en mille morceaux en se fracassant au sol. Sa mort ne sera pas oubliée car il avait retrouvé le droit chemin à temps. J'attaquais de nouveau la halfeline, la peur se lisait dans ses yeux et malgré ses supplications muettes, je continuais de la frapper d’estoc sans relâche. La bête se jetait finalement à son secours pour atterrir à quelques pas de moi. Elle me prit pour cible mais le destin semblait toujours de mon côté : la tête de chèvre entrava malencontreusement les actions de la tête de dragon sur le point de m’atteindre. Nurah essayait d'en profiter pour prendre la fuite, mais c'était bien mal me connaitre ! Je n’hésitai pas une seconde et profitais de cette opportunité pour l'attaquer. Elle hurla de douleur aussi silencieusement que l'autorisait la magie de Torkemada. Sa mort aussi insonore que lamentable pour un barde était à la mesure de sa taille infime. Je ne la connaissais pas, mais elle était une ennemie de la Croisade. Elle avait retourné les croisés les uns contre les autres, et son châtiment fut une mort sans gloire. Mais même partie, elle pouvait continuer à nous opposer des obstacles : elle allait garder ses secrets avec elle dans la tombe...

Pendant ce temps, mes alliés avaient réussi à achever la barbare, alors que le bâtard préféra la fuite à la mort. La bête était désormais notre dernier adversaire, et c’est moi que ses trois têtes prenaient pour cible : j’étais totalement pris au dépourvu par les deux premières, tandis que la troisième – visiblement la moins maligne – se mordait la langue stupidement.
Mais les deux puissantes mâchoires du monstre me tenaient fermement et tentaient de me déchirer en deux pour venger sa maîtresse : je sentais la vie me quitter derrière une douleur trop intense pour la ressentir pleinement et, au moment où mon corps s’apprêtait à céder, un dernier réflexe inespéré me sauva la vie. Je me suis tout de même retrouvé projeté au sol par la tête de tigre, et ferma les yeux en attendant le coup final qui allait mettre fin à mon court périple au sein de cette croisade… Les secondes passaient et j'entendais toujours l'affrontement.
La bête devait me croire mort, ou penser que je n’étais plus une menace. J'entendis une nouvelle créature, que l'ensorceleuse avait invoquée pour nous aider, essayer de mordre la bête, et Kaptra hurler en la défiant par magie, bientôt imitée par Sorana. Volgar quant à lui entra dans une rage dont il avait le secret en assenant ses plus violents coups de hache tandis que la bête s'éloignait de lui, mais ce qui m’avait fait finalement rouvrir les yeux furent les cris mêlés de chacune des têtes de la chimère après avoir gouté aux griffes de Klavak. Il n'avait pas menti : frôler ainsi la mort l’avait rendu beaucoup plus fort ! Torkemada tendit la main pour faire tomber la bête avec ses pouvoirs, mais ne réussit qu’à la faire trébucher. C’est alors qu’un nouveau coup du destin frappa, et, toujours à cause de la tête de chèvre, la bête s’écroulait au sol. Elle fut immédiatement retenue au sol par un sortilège de l'ensorceleuse, et Klavak s’avançait pour la frapper de ses griffes, encore et encore, de plus en plus fort, comme excité par les cris d’agonie que cela provoquait. Des litres de sang maculaient le sol. La rage de Klavak perdura jusqu'à l'instant où il finit par arracher la tête de dragon pour la brandir au-dessus de lui, et se laisser recouvrir de son sang !
Cette scène d’une rare violence semblait ne choquer personne, alors que Sorana s'approchait de moi pour me prodiguer les premiers soins. J'avais un peu honte de lui avoir montré une si mauvaise prestation et j'espérais me rattraper le lendemain. Pendant ce temps je voyais Kaptra comme envoutée par je-ne-sais-quoi s'approcher du petit corps perforé de Nurah : elle sortit une paire de gants du sac de la halfeline, et se saisit de l'épée de Yaniel. Ces yeux se sont alors révulsés, et je sentais en elle tout à coup une énergie semblable à celle que j’avais ressenti en moi après m’être réveillé ici, et que mes compagnons recelaient aussi en eux. Quelque chose de puissant… d’aucun de dire divin...

A peine remis, nous sommes retournés vers le camp sans trop discuter. Une fois arrivés, il était temps de préparer une stratégie afin de récupérer la Citadelle de Drézen. Mes compagnons entraient les uns après les autres dans la tente des généraux et, au moment où je m'approchais de l’entrée, Hécate m’en barra l’accès pour me demander de ne pas me joindre à eux. J'avais envie de lui rappeler que j'avais failli mourir pour lui montrer ma valeur en tant que croisé, mais je voyais dans ses yeux qu’elle ne souhaitait pas que j'entende la conversation qui allait avoir lieu. Une conversation surement en rapport avec celui qu'ils appellent ici "Orkamania". Elle avait sans doute peur que je réagisse mal. Je n'insistais pas, elle était malgré tout plus gradée que moi, et je n'avais pas envie de me faire mal voir auprès de mes nouveaux alliés.

Je partais donc en direction de la tente de Singed, certains de ses équipements étaient toujours sur place : une corde nouée sans doute pour faciliter l’escalade, ainsi que des potions d'invisibilités, mais plus important encore, je retrouvais là son journal intime. A priori il y en avait d'autres mais ils avaient disparu lors de la destruction de Kénabres. Il y racontait tout ce qu'il avait vécu de là jusqu'à la veille. Il y avait beaucoup d'annotations concernant certaines formules à base de sang de démon pour améliorer la défense naturelle, la résistance aux éléments et même la capacité de voir l'invisible : des choses qui lui avaient bien servi pendant ses aventures… Il avait l'air prêt à toutes les expériences pour me retrouver.
De nombreuses autres notes concernent ses – et dorénavant mes – compagnons de route. Il semblait assez proche de Torkemada même si c’était de l'amour vache : il avait l'air de faire le maximum pour le maintenir en vie. Il prenait visiblement Sorana pour une fiole de soin, Hécate pour une pondeuse d'aigles, Kaptra pour une alcoolique marrante et Klavak pour un mythomane qui vendait du rêve. Il considérait Aravashnial comme un boulet, et malgré une flèche reçue dans le postérieur de la part de Narwenn, il ne semblait pas lui en tenir rigueur – du moment qu'il n’était pas devant elle quand elle bandait son arc. Sa relation avec Shakh était très mauvaise pour une sombre histoire de vol, et trouvait Lann sympathique car plus moche que lui. Pour lui, Nurah était une traitre : il indiquait en avoir parlé a Torkemada pour qu'il fasse son travail d'inquisiteur mais cela n’avait visiblement rien donné. Il détestait plus que tout Selka et il précisait même qu’à de nombreuses reprises il a eu envie de la supprimer la nuit, mais que les conséquences auraient été trop lourdes à assumer. Étrangement, dans les dernières lignes il raconte qu'il préférait l’éviter car sa rancœur envers elle n'avait pas d'intérêt… comme s’il lui avait pardonné.
D'après ce que je lisais dans ces lignes, Singed avait plutôt mal tourné avec le temps, et était devenu une personne qui jouait beaucoup de la manipulation, et il regrettait de ne pas savoir mentir. Il était devenu ainsi par ma faute et surtout à cause d'Akiron... Avec le sang que j'ai dans les veines je suis sûr de pouvoir reproduire la formule qu'il utilisait, mais j’étais totalement contre l'utilisation de ce sang maudit. Ce sang qui l’avait rendu aussi perfide. Un passage évoquait même son désir de donner du sang de démon au barbare de son groupe afin de le rendre encore plus puissant. J’allais devoir le corriger pour le remettre dans le droit chemin quand je l’aurais retrouvé.

J'avais cru comprendre qu’il avait ébauché un plan consistant à désactiver les catapultes de la citadelle, et qu’il comptait sur Klavak pour l’amener là-haut pendant que lui-même devait saboter les engins. Je ne connais pas les talents de Singed en la matière, mais je pensais être capable de le faire. Quand bien plus tard on me résumait la stratégie pour récupérer Drézen, j’apprenais que Kaptra avait réussi à dessiner de mémoire l'intérieur de la citadele et que Klavak avait déjà fait le tour des remparts en les survolant afin de repérer les dernières défenses adversaires. Presque un millier de créatures s’y étaient retranchées : dretchs, fanatiques, tieffelins et hommes-boucs. D’autre part, Klavak avait pu remarquer des sortes de cristaux qui semblaient magiques et qui intriguaient beaucoup Hécate... Nous avions un but : récupérer Drézen.


La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur mardi 3 septembre 2019 11:56:13(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#23 Envoyé le : vendredi 6 septembre 2019 11:55:26(UTC)
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II.8 - LE SIÈGE DE LA CITADELLE (par Legato)


Je m’étais porté volontaire pour accompagner Klavak saboter les armes de siège qui pouvaient bloquer l’avancée de nos armées. Klavak s’est transformé en un genre de gorille aillé, une créature que je n'avais jamais vue, avant de nous attacher l'un à l'autre pour ne pas nous perdre de vue et quitter plus rapidement les lieux en cas de défense adversaire. Hécate se concentrait pour nous rendre invisibles par magie : elle dû payer un tribut de sang pour le bien de notre mission et, même si elle ne me faisait pas entièrement confiance, elle semblait capable de voir plus loin que sa méfiance personnelle. De ce que nous savions d’après nos premiers repérages, chaque tour était protégée par un démon : un brimorak gardait chacune des catapultes. Nous devions détruire ces engins sans risquer la confrontation car, à deux seulement, nous ne pouvions garantir d’avoir le dessus.
La première manœuvre se déroulait sans problème : j'ai atterri au sommet de la tour plus délicatement qu'un chat et, malgré mon manque de technique, je parvenais à mon objectif en quelques dizaines de secondes. J’ai tiré deux coups sur la corde pour indiquer que j'en avais terminé, et Klavak s'envola plus haut me forçant à suivre le mouvement tant bien que mal. Le second sabotage ne fut qu’une nouvelle formalité pour moi, mais le démon en poste semblait avoir entendu quelque chose. Par chance il ne pouvait pas voir Klavak, et un pigeon – chose très rare à Drézen – nous sauva la mise en passant juste à côté à e moment précis, attirant son attention. Cependant, il semblait davantage sur ses gardes…
Je m’étais occupé de la troisième catapulte en un temps record : seulement 10 secondes m’avaient suffi, alors que j’avais compris leur principe de fonctionnement. Mais soudain, Klavak s’était fait repéré de son côté : dès le premier son suspect, le démon qui gardait cette tour en appela d’autres, surement par télépathie. Trois de ses congénères se sont ainsi téléportés à proximité mais, pour le bien de la mission et surtout pour ne pas que je sois dérangé, Klavak décida de les attirer de l’autre côté. Chacun des démons lança aussitôt une boule de feu, et une parvint à toucher sa cible encore invisible, mais désormais révélée par les flammes qui embrasaient ses vêtements ! J'hésitai à me montrer pour éliminer ces adversaires mais le retour risquait d’être bien plus délicat si nous étions visibles et, surtout, notre stratagème serait dévoilé, laissant le champ libre aux forces adverses pour réparer les dégâts que nous avions causés. Les flammes qui brûlaient mon compagnon semblaient s’éteindre et j’en avais fini de mon côté : j’ai tiré sur la corde afin que Klavak décolle, et je ne pouvais alors qu’espérer que nos opposants n'aient pas un odorat très poussé car le tieffelin émettait désormais une odeur de chair roussie...
Nous revenions au camp avec un grand sourire : notre mission fut une réussite et le moral des troupes était désormais au sommet !

Nous n'avions pas de temps à perdre, nos forces étaient prêtes au combat. Je vérifiais que ma targe était bien accrochée à mon bras gauche, que ma rapière était toujours aussi perforante, et que j'avais bien une dague prête à être dégainée si les démons se trouvaient hors de portée. J’étais fin prêt à en découdre, et j’observais mes nouveaux compagnons : je voyais Sorana s'attacher le cimeterre à son poignet de peur qu’elle le ne lâche par inadvertance, comme ça lui arrivait si souvent ; Volgar aiguisait sa lame ; Hécate révisait quelques sorts avec un elfe, surement celui qui se nommait Aravashnial ; Torkemada remettait son bandeau en place et rechargeait son carquois ; Kaptra me semblait la plus motivée à reprendre Drézen et nous enjoignait de nous hâter ; Mais c’est en regardant Klavak que je voyais la définition même de l'impatience : il n'avait qu’une envie, récupérer "ce qu'il lui avait été dérobé" comme il le rabâchait depuis notre arrivée ici. Nous nous hâtions donc, accompagnés du reste de l'armée qui, il y avait peu, comptait plus de 700 hommes et femmes prêts à tout pour la croisade qui les avait amenés jusqu'aux portes de Drézen. Finalement, ces dernières s'ouvraient sur des centaines d'ennemis.
Une voix résonna dans toute la Citadelle : Kaptra réagit instantanément en reconnaissant celle du nain Staunton Vhane ! Ce n’était pas la voix d’un seul homme qui parlait à ses troupes, on aurait dit une voix amplifiée plus de mille fois, et semblait venir de ces étranges pierres rondes aux quatre coins du champ de bataille… Il haranguait les troupes démoniaques, pour les encourager à nous rosser. Ils semblaient prêts à massacrer chacun d'entre nous.
Alors que l‘assaut était donné, l’ensemble de nos troupes restantes s’engouffraient par les larges portes à l’intérieur de la cour pour confronter les centaines de démons et fanatiques présents, la boucherie commençait… Notre groupe d'élite arrivait à se faufiler à l'intérieur de l’enceinte, car nous étions couverts par notre engin de siège qui pulvérisait des dizaines de serviteurs du Mal tandis que leurs catapultes perchées sur les tours défensives se disloquaient selon notre plan.

Les forces ennemies étaient composées de plus de deux cent humains, une centaine de dretchs et autant de tieffelins et de démons à tête de bouc. Nos reconnaissances préalables nous servaient bien, mais ce à quoi nous ne nous étions pas attendu étaient les créatures translucides et presque immatérielles qui déferlèrent tout à coup sur nous ! Des nains fantomatiques par dizaines semblaient émerger sans cesse du toit d'un bâtiment proche. Nos hommes combattaient vaillamment les troupes tangibles, mais ils ne pouvaient presque rien faire contre celles-ci car dès qu’un spectre tombait, un autre venait le remplacer. Il nous fallait arrêter ce flux ectoplasmique, mais sur la route nous avons été interceptés par un groupe d’ennemis visiblement gradés. Je voyais Hécate s'éloigner du groupe pour aider à ralentir l'avancée des fantômes contre nos armées, et son mouvement déclencha les hostilités. L'un d’eux me provoqua ouvertement et, malgré tous mes efforts, je ne pus me retenir et me ruais sur lui, contre ma volonté, afin jeter une dague qui le blessa à peine. Mon avancée était soutenue par la magie de Kaptra, alors que Klavak, lui, s’approchait d’un guerrier tieffelin doté d’une rapière crépitante. Je voyais Sorana encerclée d'ennemis et je maudissais ma faible volonté, car à cause de cela mon alliée se trouvait en danger. Cependant, je fus rapidement rassuré quand Volgar se jeta à son secours tandis que Torkemada arrosait de flèches nos adversaires. Kaptra se battait en duel mais malgré les terribles coups qu’elle assenait à son ennemi, celui-ci résistait. Volgar et Sorana étaient toujours en infériorité numérique mais grâce à la tactique que je leur avais dictée avant que la bataille ne commence, la faiblesse du nombre se retrouvait compensée.
De mon côté, je me tenais face à un orc équipé d'une arme d'hast à l’aura magique. Ma seule chance était de l'empêcher d'utiliser son allonge et de rester proche de lui comme son ombre. J'encaissai tant bien que mal sa première attaque et lui en infligeai deux avec ma rapière, il essaya de me contourner, je supposais pour m’atteindre en restant hors de ma portée, mais il préféra finalement m'attaquer à l'aide de son armure hérissée de pics. Par miracle, au moment de son déplacement je parvins à le suivre pour lui assener une nouvelle attaque qui l'affaiblissait un peu plus. Son armure avait beau être perforante, elle m'infligeait moins de dégâts que son arme principale. Je réussi finalement à l'achever pendant que Kaptra se trouvait toujours aux prises d’un fantôme nain. Les adversaires de Sorana et Volgar s’écroulaient les uns après les autres grâce à leurs attaques combinées. Un second fantôme prenait Torkemada pour cible, qui réussit à s'éloigner de lui au bon moment pour lui décocher une flèche particulièrement efficace. Klavak était pris en tenaille par d'un côté un tieffelin armé d'une rapière de foudre, et de l'autre un ariès qui continuait de nous harceler de malédictions, d'intimidations et de provocations.
Klavak réussit à tuer le tieffelin mais il eut juste le temps de faire un sourire victorieux quand il reçut un coup dans le dos d'une puissance extrême. Il tomba, il s’agitait, souffrait de spasmes, du sang coulait de ses oreilles : il était entre la vie est la mort. Ça ne suffisait visiblement pas pour l'ariès qui armait un nouveau coup pour en finir une fois pour toute : emporter l'un de nous était la seule chose qu'il pouvait faire avant d’être inévitablement vaincu. Je m'élançais pour sauver mon allié, mais à ma grande surprise, le temps d’arriver là, le combat était déjà terminé. Ce n’était pas Klavak mais bien le démon qui se retrouvait vaincu : Volgar, d'un élan de rage, avait vu sa taille se décupler et, grâce à sa nouvelle allonge, avait pu éventrer son adversaire d’un premier coup de hache, pour finir par lui trancher la tête d’un second.

Nous n’avions pas beaucoup de temps pour nous remettre de cet affrontement sanglant, et Sorana et Kaptra prodiguaient à toute hâte les premiers soins à Klavak pendant que Torkemada mettait en fuite les derniers fantômes. De mon côté, je détruisais les pierres d’où émergeait l’image et la voix de Staunton haranguant ses troupes, et qui garantissaient leur moral. Nous n'avions pas beaucoup de temps pour fouiller nos dernières victimes, mais je n'hésitai pas à échanger ma rapière contre celle du tieffelin. Klavak avait visiblement la mort aux trousses, elle réclamait sa vie depuis quelques jours, mais il avait le courage – ou la folie – de se frotter à elle en chargeant contre les ennemis qui se dressaient devant nous. Il fallait que je garde un œil sur lui pour l'empêcher de se mettre lui-même en danger.

Nous nous dépêchions d'entrer dans le bâtiment duquel s’échappaient sans cesse les fantômes que nous avions combattus, et nous n'avions pas le loisir de jouer la carte de la discrétion. Des murs bloquaient notre avancée, et rapidement nous remarquions que nous étions entrés dans un labyrinthe ! Nous avons rapidement pu entendre des bruits de pas semblables à des sabots et, pour ne pas perdre de temps, nous décidions d’éviter toute rencontre inutile. Malgré nos efforts, arriva le moment où Volgar se retrouva face à face avec un minotaure : celui-ci n'eut pas le temps de rugir qu’il jonchait déjà le sol, tranché en deux par le barbare. Après plusieurs détours, nous avons remarqué une lumière vive ainsi que des incantations audibles non loin de là. Heureusement pour nous, la bête n’avait visiblement pas eu le temps de donner l’alerte.
J’étais accompagné par Torkemada et, cette fois en silence et dissimulés dans l’ombre, nous nous rapprochions du centre du labyrinthe : une salle à ciel ouvert où étaient rassemblées plusieurs créatures à l’aspect intangible pour la plupart. Une seule d’entre elles semblait corporelle, mais d'une blancheur cadavérique et vêtue d'une armure d’ossements. Nous n’avions pas été encore détectés et j’en profitais pour me faufiler et frapper d’estoc la créature à l’armure d’os, espérant en finir d’un seul coup ! J’avais été trop présomptueux et mon attaque n’avait pas suffi, mais je remarquais que son sang, étrangement noir, ne coulait pas normalement : au contraire, il jaillissait sur moi comme s’il avait été animé par la haine de son propriétaire ! Je fus totalement surpris et subissais l'attaque de plein fouet. Pendant ce temps, j'entendais au loin Volgar combattre un autre minotaure et, beaucoup plus proches, mes alliées venir m’assister. J’avais voulu m’approcher de mes ennemis pour attaquer par surprise et me retrouvais désormais encerclé et assailli de tous les côtés par des esprits vengeurs qui en avaient après mon âme !
Kaptra s'élança à mon aide et canalisait de nombreuses fois son énergie positive pour éliminer le plus rapidement possible ces créatures ni vivantes ni mortes, ainsi que leur maîtresse. Celle-ci en profitait pour psalmodier quelques incantations au-delà de ma compréhension, tout en me montrant du doigt. En voyant maintenant le sang qui s’écoulait de mes blessures s’assombrir de plus en plus jusqu’à devenir aussi noir que le sien, je comprenais que c’était de son fait. C’est alors qu’un esprit tenta de se faufiler à côté de moi, estimant que j’étais déjà condamné par le sang noir qui coulait désormais dans mes veines ! Il subit alors mon courroux, il aurait fallu qu'il passe sur mon corps pour atteindre mes alliés. Sa colère était égale à la mienne, ses mains traversaient mon armure et m'infligeaient une douleur intense, ravivant mes blessures trop nombreuses, et inondant le sol de mon sang d’ébène. Pour mettre un terme à ce combat, Kaptra se préparait à châtier les morts-vivants présents autour de nous en canalisant à nouveau l’énergie positive, mais cette fois je subissais de plein fouet la déferlante ! Sorana eut dans un premier temps le réflexe de me soigner, mais préféra cette fois s’abstenir par peur de m'infliger au final d'avantage de souffrances.
Par chance Klavak pensait avoir la possibilité de m’aider en canalisant l’énergie négative, ce qu'il n’hésita pas à faire après mon repli stratégique dans sa direction. Je n’étais pas serein de subir ce genre de chose, mais cela s’est avéré fonctionner. J'entendais alors le combat continuer sans moi et je m'en voulais de ne pas pouvoir être aux côtés de mes alliés... Au bout de quelques secondes seulement, je retournais à l’assaut à peine revigoré, mais je n’aurais pas supporté la perte d'un membre de notre expédition. En passant, j'entendais Volgar hurler « Et de 3 ! », et je supposais qu'il parlait de ses victimes-minotaures, s’occupant à lui seul de renforts qui auraient pu nous prendre à revers. Kaptra avait elle aussi subit la malédiction du sang noir mais elle restait prête à tout pour vaincre nos ennemis, et continuait d’user d’énergie positive en sachant qu’elle serait elle aussi touchée… Quelle volonté ! Quel courage !
Mais ce n’était pas encore fini, Torkemada couvrait mon avancée bien que ses attaques n'infligeaient pas les dégâts escomptés aux créatures intangibles qu’il ciblait, mais petit à petit, nos adversaires reculaient. Sorana invoqua une lance faite de lumière qui éradiqua l’un des fantômes, tandis que l’arme magique convoquée par Klavak continuait de harceler notre dernier opposant. Je me précipitai pour le prendre à revers mais j'hésitai à l'attaquer de peur de ne pas supporter de nouvelle giclée de son sang corrosif : si je tombais au combat pour de bon, qui allait tous les protéger ?
Notre adversaire en profita pour lancer un sortilège meurtrier sur ma personne et par un réflexe digne des plus grands bretteurs du Brevoy, je contrai son offensive qui, à en juger sa puissance, aurait pu terrasser n'importe lequel d'entre nous... Un dernier minotaure tombait au loin, une nouvelle fois assassiné par Volgar qui venait de gagner entre nous le titre de "Tueur de Minotaure". Finalement, ce fut Kaptra qui porta le coup de grâce à l’aide de son gigantesque marteau.

Le cristal au centre de la pièce, grâce auquel cette prêtresse du Mal invoquait ses hordes de nains d’un autre temps pour combattre pour elle, était la dernière chose à briser pour en finir avec cette bataille. Nous l’avions reportée, mais à quel prix ? Des centaines d'hommes étaient morts, blessés ou avaient fui. Quant à notre groupe, nous avions subi des blessures qui risquaient d’être difficiles à soigner.

Pendant les deux jours suivants, Kaptra a essayé d'entrer en contact avec Nurah afin de lui soutirer des informations utiles à la suite de notre quête, mais même morte elle restait notre ennemie et refusait toute conversation. La naine avait réussi à soigner la plupart de nos blessures, et j’étais le dernier encore sévèrement affaibli. Pour ma part, j'ai essayé de discuter avec certains des commandants. J’avais peur de ce qu’il comptait faire au sujet de Singed, ou Orkamania comme ils l’appelaient. Il était mon ami, mon frère, mais les avait visiblement trahis. Torkemada s’était montré étonnamment compréhensif et semblait convaincu que Singed était possédé contre sa volonté. Il espérait trouver un moyen de contrer ce Mal, pour récupérer mon ami vivant. Mais au fil de la discussion, c’est vers moi que s’est tourné son intérêt et cela s’est terminé en véritable inquisition. Volgar de son côté en voulait très violemment à Singed, cela semblait clair. Ou peut-être était-ce son seul moyen de cacher sa souffrance ? Mais son agressivité semblait bien réelle et cette conversation à bien failli finir en duel pour l’honneur
J’avais l'impression que la Plaie du Monde les affectait tous autant qu'ils étaient, agressif ou paranoïaque. Ou comme Klavak, que nous étions presque obligés d'attacher pour éviter qu’il ne parte seul afin de récupérer ce qui lui avait été volé… Mais il n’avait plus longtemps à attendre : dès l’aube, nous avions prévu d’entrer dans la forteresse et défaire ce lâche de Vhane qui s’y cachait…

La suite, bientôt !

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#24 Envoyé le : mercredi 11 septembre 2019 09:51:34(UTC)
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II.9 - PRIS AU PIÈGE – Partie 1 (par Legato)


Il était grand temps d’en finir avec cette mission : nous étions prêts à prendre la route la forteresse pour l'investir enfin et récupérer ce que nous tous – sauf Klavak qui semblait avoir ses motivations propres – étions venus chercher : l’Épée du Courage. En approchant, nous nous attardions devant ces étranges toiles violacées que nous avions déjà remarquées mais pas pris encore le temps d’étudier en détail. Elles enveloppaient complètement l’édifice, et nous avons pu constater assez rapidement que seuls les commandants et moi-même étions capables d’entrer, nous supposions ceux en qui s’était réveillé ce pouvoir étrange. La protection incontestablement magique bloquait le passage à tout autre individu, mais semblait comme s’étirer à notre approche, créant une ouverture qui épousait parfaitement à notre apparence physique pour nous laisser entrer…
Une fois tous enfin à l’intérieur, un fracassement retentit derrière nous : les portes d’entrée s’étaient fermées violemment, visiblement sans aide extérieur. Face à nous et derrière une herse à moitié relevée, une silhouette d’humanoïde apparut. Elle était munie d’une paires d’immenses ailes de chauve-souris qui semblaient comme brûlées de blessures anciennes et partiellement guéries, et arborait des cornes à peine masquées derrières une chevelure sombre qui retombait jusqu’à ses épaules. Sa robe d’un rouge écarlate contrastait avec une peau pâle, mais laissait outrageusement découverte une poitrine voluptueuse. Nombre de tatouages et d’accessoires décoraient sa peau dénudée, et ses yeux aussi rouges que sa tenue fixaient un point invisible derrière, comme si elle ne d’adressait pas directement à nous : « Héros de Kénabres. Bien que vous ayez réussi votre tâche la dernière fois, cette fois vous ne me prenez aucunement par surprise. Tous les démons ne seraient pas d’accord avec moi mais j’avais prévu les plans de votre Reine, et avec le sacrifice de ce cher Staunton, maître des lieux où vous vous tenez, mon piège s’est déclenché. Vous êtes venus à la recherche de l’Épée du Courage, et maintenant votre destin s’en retrouve scellé ! Appréciez la vue de vos hommes agonisant face au Mal Rouge, et noyez-vous dans l’abîme de désespoir qu’est Drézen ! ». Certains de mes compagnons m’ont précisé avoir déjà croisé cette démone par le passé alors que nous entendions des lamentations et autres cris d'agonie provenant des soldats de notre armée, à l’extérieur. Après quelques secondes l’apparition disparut : mes alliées pensaient que ce qu'il se passait dehors n’était qu'illusion, mais dans le doute nous pressions le pas.

Mais nous n’étions pas si impressionnables, et défiions la sorcière et son maudit stratagème. Nous savions de quoi nous étions capables, et ni un nain ni un démon ne saurait nous arrêter après avoir reconquis le reste de la cité. Un écho se fit alors entendre à la fois éloigné et tout proche de nous : il semblait venir des murs, du plafond, du sol… L'écho devenait une voix, une voix grave et incisive, mais morne, monotone et aussi froide qu'inexpressive. C’était la voix de Staunton Vhane qui nous parvenait d’on ne savait où, il semblait posséder tout le bâtiment et nous soufflait des menaces en prenant Kaptra à partie : « Vantardises et paroles incessantes. Mais tout cela ne représente rien. Vous êtes maintenant en ma compagnie. Ma bien-aimée Kaptra elle-même vous conduit dans ce qui fut sa propre demeure, elle me trahi comme elle a cru que je l’avais trahi. Aujourd’hui ces murs sont devenus ma prison. Ma tombe. Votre tombe. Notre cimetière, notre fin ». Le terme qu’il avait employé ne plaisait visiblement pas à la naine, et le retournement de rôle la faisant passer pour aussi traîtresse que lui encore moins. Personne ne répondit à ce qui résonnait entre les murs et quelques secondes plus tard, plus rien.
Nous passions par un long couloir recouvert d’immondices, des statues de monstres aillés parsemaient le décor. Ces monstres me rappelaient certains passages du journal de voyage de Singed, dans lequel il évoquait des gargouilles capables de se transformer en pierre pour passer inaperçues. Par précaution, et même si mes alliés trouvaient cela étrange, j’ai lancé plusieurs dagues sur les statues, les unes après les autres, jusqu'au moment où ma lame transperça la pierre et que celle-ci commence à se mouvoir. Je n'avais pas le temps de sortir ma rapière que trois autres se mettaient en mouvement pour nous attaquer ! Mes alliés, à peine surpris, avaient gardé leurs armes au poing et passaient à l’attaque. Je dégainai moi-même mon arme et attaquai l'une d'elle mais mon coup ricocha et par inadvertance j’avais transpercé de part en part Hécate : son regard devint livide, elle n'était pas prête à subir de tels dégâts. Elle reculait pour ne pas risquer pire sous les coups de nos adversaires, alors que l'un d'eux tombait déjà de son perchoir pour finalement être achevé par Sorana, sans hésitation. Volgar et Klavak détruisirent rapidement les autres, soutenus par Torkemada et Kaptra. Sorana a pu soigner la récente blessure d'Hécate et bandait nos plaies du mieux qu’elle pouvait puis, tout juste débarrassés des gargouilles, une scène étrange se jouait devant nous. Comme si seul notre environnement avait remonté le temps à l’époque de l’occupation de Drézen par les nains, une vision perturbante nous faisait revivre un moment du passé de Staunton Vhane, époque où il ressemblait en tout point à un paladin de Iomédae et agissait en tant que tel.
Lorsque notre entourage redevint normal, la voix mystique de Vhane retentit à nouveau : « Une réminiscence de mon propre passé ? Ces mots oubliés n'ont aucune valeur. Seules vos décisions montreront qui vous êtes. Ma très chère Kaptra, nous étions semblables à l'époque. A quel point crois-tu être devenue différente de ce que j'ai pu devenir ? ».
Nous sommes de nouveau restés de marbre suite à ce message, nous ne perdions pas de temps mais avancions prudemment. Au bout du couloir, nous nous retrouvions face à une herse à moitié relevée, qui séparait en deux un vestibule pourvu de meurtrières en hauteur. Une partie du mur ouest semblait effondré et les débris avaient formé un monticule de gravats rendant l’accès possible de l’autre côté. Volgar, sûr de lui, s’est mis à escalader le mur est et, une fois au niveau des ouvertures, passa la main – suspectant une présence ennemie de l’autre côté. Ne sentant aucune réaction, il passa alors la tête mais une flèche l'écorcha à vif. Il réussit à se maintenir, mais la bataille était lancée !

Torkemada s'est rué vers les gravats mais disparut tout à coup sans laisser d’autre trace qu’un cri de surprise, comme s’il venait de tomber. Pendant ce temps, Hécate usa de ses pouvoirs pour rendre Klavak invisible, tandis que Kaptra et Sorana se détournaient finalement des débris qui leur faisaient penser à quelque piège, et passaient plutôt sous la herse jusqu'au bout du couloir. Pour ma part je m'avançais près du mur effondré et parvenais à réfuter ce qui n’était qu’une illusion : celle-ci masquait un piège, une fosse remplit de pics, dont l'un avait transpercé la chair de l’inquisiteur. Par chance il semblait toujours en vie, et je me jetai donc au sol pour l'aider à sortir de là. J'entendis alors la porte du couloir s'ouvrir sur deux créatures cornues, de la même espèce que celles qui gardaient les tours à l’extérieur : des brimoraks. Volgar s’est élancé mais aussitôt la herse franchie, celle-ci chuta et manqua de peu d’écraser le barbare sous son poids. La voie était ainsi barrée et le groupe scindé en deux, Volgar, Sorana et Hécate d’un côté, Torkemada, Klavak et moi de l’autre….
Torkemada s’aidait de mes bras pour remonter de la fosse alors que de nombreuses flèches d'une taille deux fois supérieure à la normale sifflaient vers moi et me rataient de peu. Sorana et Kaptra engageaient le combat face aux nouveaux arrivants, mais pas avant que ces derniers aient eu le temps de lancer de nombreux sortilèges de feu. Torkemada était de nouveau sur pieds et, à peine debout, commençait à décocher flèche sur flèche à travers les barreaux de la herse pour achever les démons fumants. Pendant ce temps Volgar et Klavak tentaient de soulever la barrière, en vain. Hécate utilisa sa magie pour accroître la force de Volgar : les veines de son cou de taureau palpitaient mais malgré ce regain de puissance il manquait un petit effort, que je comblais avec un dernier encouragement. J'eus le temps de passer sous la herse quand Klavak se transforma en monstre et souleva à lui seul ce maudit obstacle.
Je remarquais que les flèches qui me prenaient pour cible se faisaient beaucoup moins nombreuses, et pour cause : derrière la porte arrivaient alors deux orcs armés jusqu’aux dents, probablement descendus des coursives derrière le mur, suivis un peu plus loin par un vrock enragé. Chacun de nous se battait et se défendait au mieux face à cette nouvelle menace, d’autant que Vhane lui-même semblait participer : un morceau de plafond s’écroula droit sur nous alors qu’un nouvel écho résonnait dans tout le bâtiment « Je suis Drézen, et je l'utiliserai comme mon arme si cela s'avère nécessaire ! ». Un ennemi pris de terreur par notre magie s’est mis à fuir et passait devant l’imposant démon, qui – sans pitié – décapita son "allié" d’un simple coup de griffe, insultant le lâche qu'il voyait en lui. Profitant de ce répit, j’avais réussi à tuer l'un des orcs ainsi qu'un brimorak, alors que je remarquais Volgar transpirer à grosses gouttes. Son équipement brûlait sa chair comme l’aurait fait un véritable four. Je voyais Klavak attaquer de toutes ses griffes le vrock qui, en surplace quelques mètres au-dessus du sol, finit par pousser un puissant hurlement capable d’effrayer ses ennemis comme ses alliés. Peu d’entre nous furent finalement affectés, et Hécate invoqua plusieurs aigles qui attaquèrent directement les deux nouveaux orcs en renfort. Le combat s’était avéré intense, mais nous avions finalement pu y mettre fin pour entrer dans le hall sans trop de dégâts.

Dès la fin de l’affrontement, une nouvelle intervention de notre adversaire invisible nous parvenait : « Cela n'a aucune importance. Ces créatures sont sacrifiables. Tout comme moi, tout comme vous, tout comme chacun. Ils ont accompli leur tâche : combat après combat, sortilège après sortilège, blessure après blessure, Drézen aura raison de vous. ». Plusieurs chemins s'ouvraient alors à nous, mais Sorana se dirigea vers une chapelle visiblement dédiée à Iomédae, suivie à distance raisonnable par Torkemada : en territoire ennemi il ne valait mieux ne pas se balader seul.
Je remarquais de nombreuses personnes au loin mais l'une d'elle, d'une beauté quasiment divine, attirait toute mon attention. Sorana s'est agenouillée devant elle puis se releva, avant que la femme l’embrasse sur le front. Torkemada ne trouvait pas cela normal du tout et ordonna à la servante de Sarenrae de revenir vers lui. J'avais l'impression que le danger guettait encore quand l’étrange femme s'est alors approchée de Sorana et Torkemada d’un pas agressif. Je ne pouvais entendre ce qu’ils se racontaient jusqu’à ce que la femme hurle à l’attention des quatre soldats qui l’accompagnaient : « Attaquez-les ! Ce sont des démons déguisés ! ». Je me précipitais dans leur direction, suivi du reste de notre groupe. L’inquisiteur leva la main en prononçant une formule de sa connaissance, puis la femme si enivrante de beauté révéla alors sa véritable nature démoniaque, et les soldats prêts à en découdre se retournèrent ainsi vers celle qui nous apparaissait désormais comme une succube. Le chemin était bloqué par un nombre d'individus trop important, aussi j’ai préféré opter pour un passage latéral en espérant retomber dans la même salle, afin de surprendre la succube et la prendre à revers. Une voix retentit alors « Même le symbole de votre foi m'appartient ici ! », suivi par un grincement strident de l’autre côté de la porte. Je parvins à ouvrir cette dernière pour tomber face à face avec une statue géante de métal représentant la Déesse Iomédae, prête à tout pour défendre ces lieux. Pas de temps à perdre ! Statue ou pas je la défiais pour l'empêcher de se concentrer sur les alliés qui m’avaient suivi. De l'autre côté, la succube finit par tomber au sol comme si une force invisible lui avait infligé ce châtiment, et tous les soldats se jetèrent sur elle pour mettre fin à sa vie. Kaptra s'élança et frappa de toutes ses forces sur la statue de métal, mais la puissance de l'impact la fit trébucher au sol sans infliger le moindre mal. Quand la représentation de l’Héritière s’en prit à moi, je parai son attaque et en profitais pour transpercer les zones les plus sensibles que je pouvais trouver et, en visant le plus petit interstice, j'achevai plus rapidement que je le pensais mon opposant de métal.

Staunton Vhane a d'ailleurs profité de l'occasion pour nous intimider à nouveau, mais notre groupe plus nombreux de quelques soldats ne répondait toujours pas à ces vaines paroles : « J'admire votre détermination, mais cela importe-t-il ? Combat après combat, coup après coup, jusqu'à ce que nous tombions finalement… »
Un des soldats se présentait sous le nom de "Khul" et s'était contenté de nommer ses compagnons sa "bande". Pour nous ils étaient "Khul et la bande" un nom… atypique. Le lieutenant nous révélait avoir passé des années ici, pensant que Iomédae elle-même le protégeait lui et sa bande des démons qui semblaient rôder au tour, sans les voir. Il venait de comprendre avoir été sous l'effet d'un puissant charme, et réalisait petit à petit ce qu'il avait fait en voulant aider leur maîtresse à concevoir ces soi-disant "enfants divins" qu'elle réclamait...
Pendant ce temps, nous continuions nos investigations en visitant une chapelle de Torag, mais je remarquais surtout que Klavak était de plus en plus agité, pressé, comme si chaque seconde lui coûtait particulièrement cher... Nous nous sommes ainsi dirigés vers les baraquements est, mais à peine étions nous entrés que Vhane s’est mis à jouer les guides touristiques : « Vous entrez dans ce qui fut jadis les quartiers des Sentinelles de l'Aube. Un contingent de croisés vaillants, qui a péri comme tant d'autres… Depuis, l'endroit est peuplé d'innombrables démons, et utilisé pour des perversions sans fins. La mémoire de ces guerriers saints n'existe plus que dans mon esprit, qui s'éteint peu à peu. Pour leur valeur, leurs actes et leur courage, où sont-ils maintenant ? »
Nous avons donc atteint ces baraquements et là, nous découvrions un homme attaché à la jambe par une chaîne. A notre vue, il s’agitait en tentant d’attraper une rapière cruellement hors de sa portée. Il semblait très agressif et nous assaillait de menaces : « Maître Staunton vous fera payer votre invasion puis relèvera vos corps pour le servir ! ». Nous avons immédiatement soupçonné l’effet d’un maléfice ou d’un charme, et Torkemada le libéra mentalement d’un geste pendant que je le délivrais physiquement de ses entraves. Mon regard était presque malgré moi attiré vers la rapière qu’il cherchait à atteindre désespérément : elle me semblait d’une qualité supérieure à la mienne. Si le talent de ce duelliste était égal à la qualité de son arme, il pouvait être un allié de poids. L’homme se nommait Maranse Delaskru, un duelliste du Brevoy. D’après certains de notre groupe il semblait célèbre, mais n’étant pour ma part plus là depuis deux décennies,je n’avais pas eu l’honneur d'avoir constaté ses exploits. Il me tardait de le voir à l'œuvre de mes propres yeux.

Le chemin que nous avons ensuite pris, accompagnés de ce nouvel allié, nous emmenait dans les sous-sols de la citadelle, une zone que Kaptra n'avait jamais pu visiter, car elle n'existait tout simplement pas à l’époque.
L’escalier débouchait sur une prison dotée de nombreuses cellules, puis sur un couloir qui nous menait vers d’autres cellules plus grandes. Sur l’entrée de chaque étaient tracées plusieurs séries de sceaux magiques disposés sur le sol, les linteaux et même les barreaux des grilles. Les symboles de la cellule ouest rougeoyaient, mais pas ceux de la cellule est dont la porte était ouverte. D’après mes alliés, ces salles étaient protégées par anti-magie. Dans la cellule ouverte nous pouvions remarquer des marques de griffures dessinant des papillons qui en parsemaient les murs. Torkemada semblait intrigué et entra dans la pièce pour y découvrir un message sur la paroi, une prière. Après l’avoir lue, l’inquisiteur semblait revigoré, comme apaisé.
Nous rebroussions chemin pour prendre un autre couloir, et arrivions vers une salle de torture. Torkemada devait se sentir comme chez lui ici, alors que certains autres membres ne semblaient pas bien à leur aise. Nous avons traversé une autre salle de torture adaptée à des interrogatoires plus "personnalisés" pour finalement nous arrêter dans une pièce qui ressemblait à un bureau. Des dizaines de livres faisaient ployer les nombreuses étagères, et au sol nous constations des traces de pas qui s’arrêtaient brutalement à moins d'un mètre d’un mur. Un œil avertit pouvait remarquer un interstice entre le mur et le sol. Kaptra aux talents multiples posa sa main contre le mur et parvint à voir de l’autre côté : une créature à la blancheur cadavérique reposait à proximité d'un cercueil. Chacun de nous a songé à la présence d’un vampire, pensant qu’il dormait tranquillement dans son "lit", mais je préférais croire qu’il s’agissait de celui du dhampir qu’on avait croisé un peu plus tôt dans le "labyrinthe des esprits". Mais pour nous en assurer, Kaptra a entreprit d’abattre le mur. Derrière, il n’y avait rien. Un cercueil vide et, à proximité, un cadavre blafard, comme vidé de son sang, qui présentait des marques de morsures. La piste du vampire – ou du dhampir d’ailleurs – semblait être la bonne.
Mais c’est là que des cris ont retenti du couloir nord : deux espèces de fantôme étaient apparus et s’en étaient pris à deux des nôtres partis en reconnaissance ! Nous avons accouru pour les aider, pour finalement nous rendre compte qu’ils n’avaient nullement besoin de nous : Hécate semblait immunisée contre leurs attaques, et nous avons pu sans problème renvoyer les esprits vers l’au-delà. Alors qu’ils disparaissaient de notre plan d’existence, Vhane en rajoutait une couche : « Les croisés parlent sans cesse d'espoir. Ces deux-là appartenaient jadis à un ordre de Paladins bien particuliers : les Marteaux des Cieux. Et maintenant ? Quel espoir leur reste-t-il ? Ils servent de protecteurs de Drézen. Eux, moi, cela importe peu… ». De nouveau, nous ne réagissions pas, espérant qu’à force de l’ignorer, Staunton arrête de nous solliciter pour rien…

La suite, tout de suite !

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#25 Envoyé le : mercredi 11 septembre 2019 09:53:07(UTC)
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II.9 - PRIS AU PIÈGE – Partie 2 (par Legato)


Nous étions ainsi repartis vers l’étage et, une fois au sommet des escaliers, nous avons pris la direction de l’ouest. Nous avons atterri dans une vaste salle, toujours somptueuse malgré les dégâts du temps et de ses occupants actuels. Au pied de chaque mur se trouvait un foyer brûlant sans fin, et le plafond haut de neuf mètres semblait représenter jadis un ciel matinal, même si de nombreuses tuiles étaient tombées depuis et le globe doré représentant le soleil était brisé en partie. Mais la caractéristique la plus frappante était cette statue colossale de Deskari lui-même, brandissant sa faucille au milieu de la pièce. Alors que nous nous apprêtions à traverser vers l’ouest, une nouvelle fois la voix venue du bâtiment a retenti : « Mourrez devant cette représentation indigne de notre Seigneur ! Et mesurez la distance qui vous sépare de sa véritable nature. »
A cet instant, la statue s’est mise à bouger et nous nous sommes alors précipités vers la porte la plus proche, comprenant ce qu’il était en train de se produire. Tous ? Non ! Un seul était resté debout faisant face à un adversaire de cinq fois sa taille ! Torkemada faisait preuve d’autant de courage que nous tous réunis, et n’a pas sourcillé lorsqu’il a brandi son poing vers le monstre de pierre. Une parole incompréhensible a suffi pour que la statue se fige comme par magie, nous laissant la voie libre.
Nous nous sommes ainsi dirigés vers ce qui semblait être les chambres des généraux démons. La plupart avaient été vidées, bien que quelques affaires restaient par-ci par-là. Kaptra a repéré un coffre aux initiales "S.V." et en a déduit qu’il s’agissait des affaires de Staunton. Elle s’est empressée de le fouiller pour en sortir quelques trésors ainsi qu’un livre poussiéreux. Alors qu’elle s’est mise à le feuilleter, la voix tonitruante s’est à nouveau faite entendre : « Vous avez mis la main sur mon héritage, seule trace physique qu'il reste de moi aujourd'hui. Lisez donc ! Lisez avec effroi, et peut-être que cela vous forcera à vous poser les bonnes questions à propos de vos chers protecteurs divins ». Mais alors que nous investiguions les lieux, ma vue se troublait et une nous étions propulsé à nouveau dans le passé de ces lieux, de cette chambre, pour finalement devenir les témoins de scènes charnelles impliquant Staunton et une elfe qui m’étais étrangement familière. La suite de la vision nous montrait le moment fatidique de la trahison du nain, lorsqu’il a apporté l’Épée du Courage aux armées de démons, laissant Drézen sans défense.

Nous sommes ensuite partis vers le nord en direction de la salle de commandement. Là, une grande table couverte de cartes de la région du Mendev, de la Plaie du Monde et des pays avoisinants trônait au beau milieu de la pièce. Ici, Staunton s’est exprimé une nouvelle fois : « Bien des invasions, bien des trahisons, bien des infiltrations ont été planifiées d'ici ! Utiliser un ancien bastion croisé pour préparer leur chute, quelle ironie ». En effet, de nombreuses figurines de démons et de soldats étaient disposées sur les représentations géographiques, et une paire de gants se trouvait posée nonchalamment sur le rebord du plateau. L’un de nous les a essayés, et s’est vu capable de déplacer mentalement les pièces sur les cartes, comme s’il était animé d’un pouvoir télékinésique de quelque sorte. Outre la table, il n’y avait pas grand-chose dans cette pièce : un bureau en acajou et quelques étagères à livres occupaient un des coins, tandis que contre un mur étaient alignés plusieurs bars à alcool bien remplis. De l’autre côté un miroir sur pied en piteux état semblait intriguer Hécate.
Alors que certains désiraient inspecter cette pièce en détail, la naine s’est rendu compte de ce que contenait le journal trouvé dans la chambre de Vhane et a proposé d’en lire certains passages pour y récolter de précieuses informations. Sorana et Hécate ont décidé de profiter de ce moment pour partir en reconnaissance vers la tour du Sénéchal au nord-ouest. En les attendant, nous avons remarqué qu’un renfoncement au coin de la salle cachait en fait un nouvel escalier menant dans les entrailles de la citadelle ! Quelques minutes après, les deux éclaireuses sont revenues nous informer avoir trouver un trésor dans ce qui, de toute évidence, était devenu l’antre d’une créature draconique : sans doute s’agissait-il de la terrible chimère que nous avions occise il y avait quelques jours. Elles apportaient une nouvelle aussi importante qu’inquiétante : du haut de la tour, elles avaient pu observer l’extérieur de la forteresse où tous les soldats que nous avions amenés à Drézen semblaient à l’agonie : il ne s'agissait donc pas d'une simple illusion, l'armée était en danger ! C’était difficile à dire, mais ils n’en avaient sans doute pas pour longtemps : nous devions nous hâter. La naine en a profité pour nous faire part de ses découvertes glanées lors de la lecture du journal de Vhane : il avait apporté autant de réponses que de nouvelles questions !
Désormais, la priorité était de vérifier si ce que nous cherchions se trouvait bien en bas de ces nouveaux escaliers. Cependant, Kaptra nous avait révélé la présence d’une pièce secrète ou était jadis caché l’Épée du Courage. Nous n’avions que peu d’espoir de la trouver là, mais nous devions en avoir le cœur net. Aussi, pour ne pas perdre trop de temps, nous avons chargé Khul et sa bande de s’en occuper pour nous : il leur fallait détruire un mur et pénétrer dans l’ancienne chambre secrète. Nous continuions ainsi notre route sans eux.

Nous descendions précautionneusement les escaliers creusés à même la roche depuis la salle des préparatifs de Drézen. L’architecture, si on pouvait l’appeler ainsi, s’éloignait très fortement du reste de la citadelle et de la rigueur naine : il s’agissait vraisemblablement d’un ajout des démons, dans les années qui avaient succédé leur invasion. A chaque marche qui s'enfonçait des dizaines de mètres sous la surface, l’air se faisait plus sec, plus chaud. L’odeur du feu et de l’acier se faisait de plus en plus présente, jusqu’à ce que l’escalier débouche sur une petite terrasse intérieure surplombant une salle aux dimensions hors-norme, dont les murs semblaient rougeoyer sous l’effet d’une température extrême. Des vagues de chaleur faisaient trembler l’air et des volutes de vapeur s’échappaient de temps à autres du sol et des murs. En contrebas, au centre de la salle, se trouvait une forge imposante faite dans un métal noir et rouge.
La terrasse était coupée en son centre par la cage d’un monte-charge, et, alors que le groupe découvrait ce décor, le visage de Klavak changeait d’expression. Il fit remonter le monte-charge resté en bas puis se précipita dedans, suivi de Kaptra et Maranse, le duelliste du Brevoy. Kaptra se protégea du feu par magie, alors que Klavak semblait insensible à la chaleur, tout comme Maranse ne semblait étrangement pas gêné outre mesure par cette atmosphère infernale. Une fois au sol, Klavak s'est précipité vers la forge, comme s’il cherchait quelque chose, pour ne trouver que des outils et deux lanternes inertes. Il entreprit alors d’inspecter les couloirs qui s’éloignaient de la salle, ignorant tout bonnement les appels de ses compagnons. Kaptra quant à elle se dirigea vers la grande porte à double battant en face de la terrasse, et indiqua bien vite qu’elle y entendait des voix, des murmures, des incantations. Il n’en fallait pas plus au tieffelin pour la rejoindre et tenter d’ouvrir les portes. La naine l’en empêcha dans un premier temps, faisant éclater une altercation entre les deux prêtres : « Laisse-moi ouvrir ! » lança Klavak d’un ton menaçant alors que Kaptra lui demandait d’attendre le reste du groupe qui, à la vue de la scène, était déjà en route. Seuls Torkemada et Hécate restaient en soutien en haut de la terrasse.

Klavak fracassa alors les portes pour y découvrir derrière une salle encore plus vaste, au centre de laquelle était peinte une rune de cinq à six mètres de diamètre. Autour, trois créatures des enfers semblaient dirigées par une femme, humanoïde mais non humaine, élancée aux longs cheveux blancs masquant à peine des cornes rachitiques et portant une cape faite de voiles semblables à des ailes tombantes. Le prêtre semble connaitre cette tieffeline, voire s’attendait à la trouver dans les environs. Il ne lança qu’une phrase : « Rends-la-moi ! ». Son interlocutrice lui a répondu d’un ton bien moins agressif : « Quelle entrée fracassante ! Vous avez mis bien du temps pour arriver jusqu’ici. Vous seriez-vous perdus dans les couloirs de la citadelle ? Ou les pièges de Drézen vous auraient ralentis ? ». « Rends-la-moi ! » répétait Klavak avec encore plus de férocité. « Te rendre quoi ? » demanda-t-elle alors que la patience de Klavak semblait déjà un lointain souvenir : « Mon âme ! » hurlait-il maintenant.
« Ton âme ? » répond la tieffeline tout en dévisageant chacun des membres du groupe à présent dans la salle. « Ah oui, je te reconnais. Je vous reconnais tous deux. Vous êtes ses sujets, ses expériences. Mais, ton âme, tu l’as déjà trouvée ? Je vois, tu es venu pour que je la libère de sa prison. Comment as-tu pu piéger une telle masse de muscles pour qu’elle te suive jusqu’ici ? ». Un sourire machiavélique se lisait désormais sur le visage de la femme alors que son regard se portait un bref instant sur Volgar. « Peu importe. Livre-le-moi, et je ferai ce que tu me demandes. L’hôte doit être en vie pour que le rituel soit un succès, mais bien évidemment il ne survivra pas au processus. Ses compagnons seront sans doute un problème, mais si tu te joins à moi, ils ne nous gêneront pas longtemps. »

Nous nous retrouvons donc face à de nombreuses créatures démoniaques, mais les deux plus dangereuses me semblaient être la magicienne et celui qui venait de nous trahir en révélant à notre groupe son véritable visage de succube, le duelliste Maranse !
Soudain, Klavak sortait de sa torpeur et hurla à la mort « Je te renie ! », avant de se transformer une fois de plus en démon à six bras, sans tarder imité par Volgar. La magicienne face à nous ne perdit pas de temps et incanta un sortilège digne d’un cauchemar des plus morbides : des tentacules de taille humaine sortaient du sol pour essayer de nous immobiliser ! Sans difficulté je les esquivais comme la plupart de mes coéquipiers, sauf Kaptra la naine qui se retrouvait agrippée. J'hurlais alors mes encouragements et me rapprochais d'un démon couvert de sang bouillonnant. Klavak le frappait sans difficulté car la créature était prise en tenaille. En me retournant un instant j’apercevais une volée de flèches filer depuis la porte d'entrée et comprenais que Torkemada ne nous avait pas abandonnés. Il visait la magicienne mais après quelques flèches, les suivantes se trouvaient stoppées net comme par magie contre un mur invisible.
Sorana et Volgar combattaient deux démons ainsi que Maranse, qui semblait monté sur ressort car aucune des attaques ne pouvait l’atteindre. Volgar, pris dans son élan, glissa au sol mais par chance sa hache ne trancha pas en deux Sorana mais l'un des démons qui les encerclaient. Il se faisait désormais ruer de coups, mais heureusement que Sorana incantait sa magie curative pour endiguer les blessures subies. Le démon de sang étant mort, je défiais Maranse de s'attaquer à moi. Je m'avançai vers lui et attaquai avec une précision sans faille, visant son cœur de démon, mais très rapidement je comprenais qu'il est un combattant bien plus fort que moi et il para mon attaque, un sourire au lèvre comme pour me narguer. Klavak s'élança pour s’en prendre à la magicienne et Kaptra, qui réussit à se défaire des tentacules, se dirigeait aussi vers cette dernière. La magicienne faisait face à la plus grande menace : le démon géant à six bras, qui tout à coup disparut dans une fosse semblant vouloir le dévorer. Sans perdre de temps, Kaptra l'attaqua sans succès, avant que la tieffeline se téléporte pour se mettre à l’abri.
Torkemada et Hécate arrivaient enfin dans la même pièce que nous et essayaient en vain d'attaquer l'élite des duellistes. Celui-ci me tenait tête sans difficulté en parant toutes mes tentatives, et me tournait autour comme si je n'étais qu'un épouvantail fait de chair. En concentrant toute ma puissance je réussissais finalement à percer ses défenses et lui infligea une sérieuse blessure. Du coin de l'œil j’apercevais Klavak désormais transformé en créature aillée sortir du trou où l'avait condamné la magicienne, mais cette dernière, décidément dotée des talents magiques d'un autre monde, invoqua des lances de glaces hors du sol, heureusement esquivées par mes alliés. Volgar réussit à éliminer un second démon, toujours épaulé par Sorana. Mais je n’étais pas assez concentré sur le combat et Maranse en profita sans hésiter : il m'infligea une attaque dévastatrice, comme si le tonnerre lui-même m’avait transpercé de part en part, explosant mes tympans au passage. Je me suis alors écroulé et le dernier son que j'entendis avant de fermer les yeux fut une moquerie suivie d'un rire digne du fiélon qu'il était...
Mais ce n’était pas la fin pour moi, un de mes alliés avait dû me soigner pour que je me relève, toujours. Plein de vie, j’ai hurlé « Le Dragon n'est pas mort » pour impressionner mon opposant, mais aucun son ne semblait sortir de ma bouche. Ou plutôt, je le comprenais rapidement, aucun son ne parvenait jusqu’à mes oreilles ! J’étais devenu sourd, mais cela ne m’aurait jamais empêché de combattre !
Je retournais à l’assaut alors que Kaptra pourchassait sans relâche la mage tieffeline qui ne cessait de fuir. Sorana tentait de la cibler de sa magie, mais sans plus de succès, à l’instar d’Hécate. Me croyant sans doute hors de combat, mon rival bretteur était alors aux prises avec Volgar qui encaissait difficilement les attaques mais semblait capable de rendre coup pour coup.
Malgré tout, la fin du combat semblait proche car ce faux Maranse s’épuisait visiblement rapidement. Et au moment où il esquissa sa botte secrète en ciblant Volgar, je pu lire dans ses mouvements une faille dont je profitai sans attendre, et parvins à lui transpercer l’abdomen. La succube s’est figé dans son mouvement puis s’effondra au sol dans un gargouillis sans avoir compris comment elle avait pu perdre. Je croisais le regard de Volgar qui semblait dépité de n’avoir finalement pas été l’auteur du coup décisif, mais je me rappelais que tout n’était pas terminé : il nous restait un adversaire. Seulement, quand l’invocatrice se rendit compte qu’elle était désormais seule, elle préféra ne pas demander son reste et se téléporta hors de ces lieux, nous laissant en bouche le goût d’une victoire inachevée.

Nous étions victorieux, mais cet affrontement nous avait coûté cher à tous, et nous n’avions pas avancé d’un pouce sur la recherche de l’Épée du Courage, qui restait introuvable… De plus, nous étions piégés ici, dans l'impossibilité de profiter d'une aide extérieure.


La suite, bientôt !

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#26 Envoyé le : lundi 16 septembre 2019 18:40:22(UTC)
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II.10 - LA PRISON DE STAUNTON VHANE (par Sorana)

L’affrontement dans cette atmosphère suffocante était éprouvant, mais nous nous en étions tirés tous sains et saufs, ou peu s’en fallait. Nous avons décidé de prendre un peu de temps ici pour inspecter les environs qui, nous le sentions, devaient receler bien des secrets. Après avoir fouillé la succube – et Legato s’extasier devant la magnifique rapière qui lui avait coûté son ouïe, nous pouvions soigner nos blessures les plus urgentes. Au milieu de la pièce où nous nous trouvions était peint le symbole de Deskari, facilement identifiable, tel un cercle d’incantation. Plus étrangement, autour de lui, nous pouvions distinguer trois autres symboles, plus petits. Des runes abyssales que je parvenais, du moins partiellement, à identifier : une rune de Chair, une d'Os, et la troisième... Impossible à le savoir. Je cherchais dans mon esprit et sur les papiers épars une réponse, mais je ne trouvais rien de concluant. Mieux valait reproduire ces runes sur un parchemin pour plus tard, au cas où nous en aurions besoin... Je pouvais ainsi réfléchir à la nature de la troisième plus tard, quand j'aurai eu enfin le temps de me reposer.
Mais nous étions tombés sur une autre chose intrigante : sur l'un des côtés d’une pièce attenante était clairement visible une sorte de voûte murée. Ce mur semblait imprégné d’un résidu d’aura magique. Il était impossible de voir à travers, et en tentant de se fondre dedans, Kaptra ne distinguait rien d’autre que de la pierre. Pas d'issue, ni de salle dissimulée de l'autre côté. Nous finissions par comprendre qu'il s'agissait probablement d'un portail d'invocation, et Volgar décida de détruire l'arche au-dessus du mur, espérant sans doute que plus personne ne puisse passer par là grâce à son geste.

Pendant ce temps, Kaptra et Klavak décidèrent de remonter au rez-de-chaussée pour voir si les hommes que nous y avions laissés – Khul et sa bande – allaient bien, mais ils nous ont rapidement ramené de bien tristes nouvelles ! Dire que nous avions décidé de les laisser en haut pour leur sauver la vie... Ils avaient visiblement réussi à percer un trou dans le mur de la chambre secrète, mais ils s’étaient faits tuer par on ne savait qui. Les deux prêtres rapportaient avoir vu une brume verte s'échapper lentement de l'ancienne cache de l’Épée du Courage, mais personne aux alentours. Un mystère de plus à éclaircir, mais nous n'avions pas le temps de pleurer les morts.
Cependant, nous ne savions pas vraiment quoi faire d’autre. La voix de Stauton Vhane n'arrêtait pas d'aller et venir dans nos têtes depuis que nous étions arrivés dans la citadelle, ce qui devenait franchement agaçant. J'avais hâte de le retrouver pour lui dire ma manière de penser sur ce point.  Et alors que Kaptra et Klavak retournaient dans la forge adjacente, nous avons tous été pris par une nouvelle vision où nous devenions les témoins d’atroces tortures que semblaient subir notre maléfique hôte !
Après cette scène perturbante et les paroles énigmatiques de Vhane, Kaptra qui inspectait la forge s’est saisi des deux lanternes qui étaient posées sur l’établi, puis nous révéla qu’à ce moment, la voix de son ancien compagnon a de nouveau parlé dans sa tête, lui rappelant certaines de ses phrases, celles qui ponctuait chacune des visions que nous avions subies, l'une après l'autre...
Nous tournions en rond, et Staunton ne se priva pas de nous le faire remarquer en nous lançant une nouvelle pique : « Vous cherchez encore et encore… Nous sommes tous à la recherche de quelque chose. Et pour quoi? Le prix à payer pour trouver ce que l'on désire, est d'obtenir ce que l'on a jadis désiré. ».Nous décidions cependant de nous poser quelques instants pour réfléchir à ce qui ressemblait fortement à une énigme. Aucun de nous n'avait réalisé que c'en était une, avant que toutes ces phrases ne soient répétées l'une à la suite de l'autre.
Ces visions du passé de Drézen semblaient avoir un rapport avec la situation présente, et étaient sans doute la clef du mystère qui nous bloquait la route : la recherche du "Cœur de Drézen". Nous prenons donc quelques minutes pour y réfléchir tous ensemble, en passant en revue ces étranges messages qui nous y étaient directement adressés. Le premier disait : « Cherchez ce qui jadis fut perdu, et libérez le grâce aux pouvoirs dont les Dieux ont investi leurs élus ! ». "Ce qui fut jadis perdu" désignait sans doute ce que nous étions venus chercher, l’Épée du Courage. Nous devions être les "Élus" et nous devions donc utiliser les "Pouvoirs dont les Dieux nous avaient investis". Mais à quoi cela pouvait-il faire référence ?
La seconde vision nous donnait le message : « Tout n'est pas tel qu'il semble. Des choses sont cachées, d'autres dissimulées sous une autre forme. Mais rien ne peut totalement masquer leur vraie nature... » Quelque chose avait donc changé de forme. L’Épée du Courage peut être ? Ça pouvait avoir un rapport avec cette "Forge de Corruption" dont faisait mention le journal de Staunton, puisqu’il y indiquait avoir tenté quelque chose à son encontre, sans succès.
Enfin, le troisième message était : « La trahison mène à d'avantage de trahison. Le traître ternit la lumière, jusqu'à ce que celle-ci brille d'autant plus. » La "lumière"… ces lanternes proches de la forge ? La lanterne ternie était peut-être plus importante que l’autre ?
Finalement, Legato a tenté quelque chose : il a pris la lanterne qui semblait la plus abîmée et, en concentrant les pouvoirs étranges dont nous étions pourvus, a réussi par la force de sa volonté à investir dans cette lanterne une partie de son essence mythique. A notre grand étonnement, ça a fonctionné, l’objet changeait de forme, dévoilant sa véritable nature. Enfin, nous avions trouvé l’Épée du Courage !

Après être remontés tous ensemble, nous décidions d'utiliser le pouvoir de la bannière pour nous régénérer. Après une ou deux minutes de concentration, tous regroupés autour de l'Épée du Courage, nous nous sentions reposés, frais et prêts à affronter la suite de ce que cette maudite forteresse nous réservait. Cette bannière... Stauton Vhane nous avait clairement fait comprendre qu'en plus d'être un artefact divin, elle était aussi la clé du cœur de Drézen. Et mon intuition me soufflait que le passage vers ce fameux "cœur" que nous recherchions était en lien avec le miroir que nous avions repéré plus tôt dans la journée, dans la salle de commandement. Je comprenais que Legato avait eu la même idée que moi quand je le vis s'en approcher. Il semblait d'abord s'admirer, et je fronçais les sourcils : ce n’était pas le moment de vérifier si la couleur des deux bannières dans son dos lui allait bien au teint ! Il sembla pourtant avoir remarqué un détail particulier, parce qu'il se penchait un peu plus en avant vers ce miroir sur pied, et finit par faire un pas vers lui... Pour finalement le traverser ! Ni une, ni deux, nous l’avons tous suivi, et bientôt nous étions arrivés de l'autre côté.
Là, nous étions revenus à l'extérieur de la citadelle, entre les murs du grand bâtiment principal et l'enceinte flanquées des tours. Nous pouvions distinguer les soldats de nos armées en train d'agoniser, mais ils semblaient immatériels, comme dans une autre réalité que nous pouvions voir, mais avec laquelle nous ne pouvions interagir. Nous n’étions pas capables de les aider directement, de les soigner ou de les prévenir du danger. Je me sentais si impuissante, et la situation devenais tellement frustrante !
Un nouveau souffle balaya nos cheveux, et je soupirais d'énervement, sachant ce qui allait se passer. Effectivement, la voix du nain parvenait une nouvelle fois à nos oreilles, cette fois-ci pour nous enjoindre à l'affronter et nous mettre en garde sur "le piège de Drézen qui se refermait sur nous" : « Je me demande… nourrissiez-vous dès le départ le désir de devenir des héros ? Où y avez-vous été poussés malgré vous ? Peu importe, que ça vous plaise ou non, laissez-moi vous remettre votre récompense pour être arrivés jusqu'ici. Il arrive inéluctablement un temps ou un psychopathe vous met en face d’un choix. Un dilemme insoluble, un choix impossible. Un pour lequel nulle véritable victoire ne ressort.
Avancez, et affrontez-moi. Donnez libre court à votre vengeance ! Renvoyez-moi dans les abysses où je ne mérite que de brûler pour l’éternité ! Mais je vous préviens, ci-tôt mon âme renvoyée, cette prison sera perdue dans les limbes. Vous en serez sans doute expulsés, bien que je ne puisse l’affirmer. Mais l’ami que vous cherchez restera prisonnier du démon qui le possède. Quant au sceau de Vorlesh, qui détruit vos hommes à chaque seconde qui passe, il ne sera pas désactivé pour autant. Ainsi vous aurez bel et bien libéré Drézen, au prix de la vie de tous vos hommes !
Pour sauver votre pathétique armée, en bons héros que vous prétendez être, vous devrez détruire le sceau. Il se trouve ici lui aussi… Mais vous serez alors à ma merci ! Parviendrez-vous à déjouer la magie de la Sorcière sans périr sous mes coups ?
Enfin, vous pouvez toujours repartir dès maintenant vers la tour du dragon et tenter de libérer votre ami des griffes de mon geôlier, le démon Eustoriax. Je serai encore là à vous attendre. Mais ce détour coûtera cher à vos hommes, et la victoire contre un tel adversaire, toute hypothétique qu’elle puisse être, sera rude. Au mieux, vous reviendrez vous présenter devant moi largement affaiblis.
Que choisirez-vous donc ? Votre mission ? Vos hommes ? Vos amis ? Ou ne saurez-vous pas choisir au risque de perdre tout !
»


Ainsi, à en croire la voix du nain, un choix difficile s'offrait à nous. Nous pouvions aller directement affronter Staunton mais au moment de sa mort, nous aurions risqué de nous retrouver éjectés de ce plan immatériel alors condamné, sans pouvoir sauver ni nos armées, ni Orkamania. D’autre part, nous pouvions tenter de détruire le sceau maudit créé par Vorlesh, ce qui pouvait sauver nos hommes, mais nous aurait laissé à la merci de Vhane. Enfin, nous venions d’apprendre où était retenu Orkamania : dans la tour visible derrière nous. Nous pouvions décider d’y aller pour essayer de le sauver et affronter son gardien, mais c’aurait été au prix de la vie de nombre de nos hommes, et pouvait nous affaiblir avant d’atteindre Staunton pour le combattre.
De mon côté le choix fut vite fait car j'avais fait une promesse à Legato : tout faire pour sauver son ami d'enfance. Il m’était impossible de manquer à ma parole. Klavak, lui, bouillait d’aller "tuer du démon", et se dirigeait sans même attendre de décision collégiale. Legato voulait par-dessus tout sauver son ami, qui en était là quelque part à cause de lui. Je le voyais tout de même hésiter. Était-il réellement prêt à échanger la vie d'un seul homme contre celle de dizaines, de centaines d'autres ? Je pensais que la décision de Klavak l'avait décidé à le suivre, et je les accompagnais, entendant Volgar pester contre cette décision qu'il trouvait irraisonnée, et qui en plus pouvait se solder sur un affrontement avec non pas un ami perdu, mais un véritable traître qui aurait réussi à nous faire échouer. Torkemada semblait de son avis, et je l’entendais répéter que la mission était prioritaire, tout comme Kaptra qui était en plus animée par le besoin de régler ses comptes avec son ancien compagnon d’armes. Le ton montait rapidement, et la "discussion" pouvait dégénérer en un instant, peut-être à cause de l’influence néfaste de ces lieux. En serrant les dents, je comptais sur le fait qu’ils comprennent que nous suivre était la seule chose à faire : c’était ça ou partir seuls, en risquant que nos deux groupes échouent et que tout soit perdu. On était en train de leur forcer la main, j'en étais conscience. Et cela aurait pu provoquer notre perte, je le savais aussi. Mais est-ce que cela allait entacher nos relations, voire nous empêcher de raisonner et combattre aussi effacement que d’habitude ?

J’étais persuadé que Legato eut cette même réflexion à cet instant précis, où il stoppa sa course pour se retourner vers nous. Il marmonnait quelque chose d’incompréhensible, sans doute à cause de sa surdité nouvelle, puis finit par s’adresser à nous en hurlant partiellement :
« Commandants de la cinquième croisade, Héros de Kénabres ! Vous avez prêté serment à la reine Galfrey de récupérer Drézen ! Tel est votre indéfectible engagement. Pour ma part, je ne viens pas de cette époque, j'ai pris plaisir à connaitre les croisés de la nouvelle génération, ceux qui vont réussir ce que tous les autres n’ont pu. Le destin a fait que je revienne pour vous aider, mais je ne peux pas abandonner Singed à celui qui a possédé mon corps pendant des années, celui qui l'a rendu dépendant au sang de démon. »
Il parcourait tout le monde du regard, puis se fixa sur moi avant de poursuivre : « Sorana, oracle de Sarenrae, vous avez fait le serment de libérer Singed du démon des ombres. Je vous remercie de la confiance que vous avez eue en ma personne et en la sienne, mais pour récupérer Drézen... » Il désigna tout à tour mes quatre compagnons restés en arrière en ajoutant : « …ils auront besoin de votre présence si apaisante. Je vous libère de votre engagement, Sorana ! » Legato esquissa quelques pas vers Volgar. Son petit manège ressemblait étrangement à des adieux, et ce m’inquiétais au plus haut point : « Volgar, j'ai apprécié combattre à vos côtés et j'aurais tant aimé me battre contre vous afin d'en savoir plus sur ce qui se cache derrière cette carapace de muscles, car le combat en dit plus que des paroles. » Il se retournait vers Hécate, qui n’avait dit mot jusque-là : « Hécate, j’espère que la conversation que nous avons eues sur mon passé vous aidera à mieux comprendre la marque que vous portez... » Torkemada était le suivant : « Torkemada, vous comprendrez peut être un jour mon geste. Je sais que vous n'appréciez pas celui que je vais essayer d'aider, mais en lisant son journal de voyage... j'ai découvert qu'il vous appréciait tous, et vous détestait tout autant, mais plus particulièrement vis-à-vis de vous, inquisiteur, éprouvait-il ce sentiment de haine et d'amour que seul ceux qui sont camarades ressentent ». Pour finir, le bretteur s’approcha de la naine, en la saluant à la manière des croisés de jadis : « Kaptra, nous n'avons jamais pu boire ensemble comme tous bons adorateurs de Cayden Cailéan que nous sommes. Aussi, je vous propose de trinquer en échange de l'Épée du Courage, qui vous sera utile, voire indispensable dans votre lutte. Cette bannière vous revient de droit. »
Legato fit un pas en arrière, et s’adressait désormais à tous ceux qui l’entendaient : « Champions du Mendev, héros de Kénabres, soldats de la cinquième croisade ! La reine vous a donnés une mission : honorez votre serment et n'oubliez jamais que l'Ordre du Dragon vie en chacun de vous ! »
Nous étions tous bouche bée, regardant sans doute pour la dernière fois Legato MacDowel s'éloigner, accompagné de Klavak, en direction de la tour du Dragon. Nous pouvions encore entendre au loin comme une litanie s'éloigner pour ne jamais disparaître : Un chevalier obéit à des valeurs. Son cœur ne connaît que la vertu. Son épée défend les démunis. Son bras protège les faibles. Sa bouche méprise le mensonge. Sa colère déjoue les tours du malin. »

Il avait mis un terme au débat, et m’avait libéré de ma promesse. J’étais inquiète pour lui, terriblement, mais je me consolais comme possible en me répétant que c’était pour le mieux, pour le bien de tous. Nous nous sommes ainsi préparé via quelques sorts de protection, et nous poussions finalement la porte de la citadelle. Là, nous trouvions face à nous le même long couloir que dans le monde réel, mais cette fois-ci, aucune sortie possible par les côtés, pas de porte, juste deux longs murs parallèles qui continuaient jusqu'à, au loin, une nouvelle double-porte fermée. Le passage n’en était pas moins gardé par deux démons que nous avons rapidement identifiés comme des babaus, ainsi que deux sortes de salamandres géantes. Mais derrière ces quatre créatures, un nain, qui tentait de fuir... C’était difficile de savoir ce qu’il fuyait, on aurait dit la silhouette fantomatique... d'un nain. Kaptra reconnu formellement cette forme aussitôt comme celle de son ancien camarade, devenu ennemi juré : Staunton Vhane ! Et le nain qu'il pourchassait était son frère, Joran. Alors que nous approchions pour combattre les démons et salamandres, celui-ci nous implora de l'aider, de l'aider à sauver son frère Staunton. Mais... était-ce au moins possible ? Sarenrae me poussait à croire que la rédemption était toujours à notre portée, mais ce traître n'était-il pas passé à l'ennemi depuis trop longtemps ? Pour l'heure, si nous voulions les atteindre, il nous fallait déjà franchir les premières lignes ennemies.
Kaptra et moi faisions face aux démons, tandis que Torkemada et Volgar s’avançaient vers les salamandres. Après tout, en tant que prêtresses nous étions probablement les mieux placées pour affronter ces fiélons. Le premier babau tomba relativement vite car nous avons d'un accord tacite décidé de concentrer nos premières attaques sur lui, même si l'autre nous donnait un peu plus de fil à retordre. Pendant que nous les combattions, Hécate était restée en retrait pour incanter à distance, et bien vite les deux salamandres rejoignirent le premier démon dans le néant de la mort.
Volgar décida d'aller jeter un coup d'œil à la lourde double-porte, qui devait sans doute être le dernier obstacle nous séparant du traître, et Hécate choisit de le suivre. De mon côté, je laissais Torkemada et Kaptra achever le babau restant, pour rejoindre Joran et le "fantôme" de Staunton. J'ai pu remarquer qu'à chaque fois que ce dernier attaquait son frère, celui-ci semblait perdre en vitalité, il semblait se flétrir à vue d'œil sous les coups du spectre. Un examen rapide m’a fait comprendre que je pouvais sauver Joran Vhane. Je prenais donc son frère pour cible, ou du moins son apparence fantomatique, et au prix de quelques sorts je parvins à le détruire. Dès lors, la voix retentit à nouveau : « Cela n'était qu'un apparition mineure de moi, un fragment de mon véritable pouvoir. Je ne peux mourir, et je reviendrais sans cesse, encore, et encore, et encore. Alors que vos pouvoirs s'amenuisent. Je vous l'ai déjà dit, Drézen aura raison de vous, elle est ma prison, ma tombe, notre cimetière, notre fin. »

Mais pendant ce temps-là, Hécate et Volgar avaient déjà ouvert les portes, et le traître était là ! Cette fois, et pour la première depuis notre entrée dans cette maudite forteresse, nous l’entendions nous parler de vive-voix : « Alors vous voici finalement ? Vous avez choisi de m’affronter sans attendre, mais est-ce pour satisfaire votre soif de vengeance, ou dans l’espoir naïf de sauver ce qui reste de vos pathétiques armées ? Vous n’êtes donc plus que cinq ? Je vous l’ai dit : la trahison amène à plus de trahison. Quoi qu’il en soit, les héros sont venus affronter Staunton Vhane le traître aux croisades, dans un dernier combat. Que vous sortiez d'ici victorieux, ou que vous périssiez en ces lieux, au moins je serai enfin libre. Finissons-en ! »
Staunton Vhane nous attendait, mais son corps était on ne pouvait plus étrange, flou et translucide. Il était revêtu d’un harnois à pointes complet duquel partaient quatre chaînes flottant à mi-hauteur autour de lui, et tenait dans sa main un lourd marteau nain pourvu de larges pics de part et d’autre. Sur toute la surface de la pièce où il était, au sol était représenté un immense glyphe de Deskari. Au fond de la pièce, dans des petites niches sur les murs du fond, de droite et de gauche étaient visibles trois sceaux magiques luisant.
En approchant, je pu reconnaître les runes abyssales croisées dans les sous-sols : celle de Chair et d'Os, et la troisième que nous n'avions pas identifiée. Joran nous avait dit qu'il nous pouvait nous aider si nous le sauvions, et avant de rejoindre mes camarades, je lui demandais donc s'il savait quoi faire pour contrer la magie de Vorlesh, et idéalement éliminer son frère. Il nous récita alors l'incantation qu'avait fait la succube en installant le sceau : « Transforme la chair, Flétris les os, Conjure le sang »...
Avant que l'on ait eu le temps d'attaquer le traître, Volgar avait déjà foncé sur une rune mineure pour tenter de la détruire, mais le nain l'en empêcha en faisant s'écrouler une partie du plafond sur lui. Heureusement, notre compagnon a pu esquiver la plupart des blocs de pierre et se réfugia de l'autre côté, contre le mur de droite, tandis que nous décidons de nous séparer pour couvrir plus de terrain.
Tout à coup, la rune de Deskari s’est mise à pulser, et des murmures étranges ont pénétré nos cerveaux, risquant de nous faire sombrer dans la folie. Aussitôt, des barrière lames se sont élevées des contours de la rune géante rougeoyante, scindant l’espace en plusieurs "cellules" – dont une centrale où se tenait Vhane – faite en barreaux tranchants, rendant les déplacements dangereux, voire impossibles !
Kaptra n'a pas eu de chance, elle se retrouva pris au piège avec notre ennemi, qui s’en prenait directement à elle, la menaçant de son arme, qu'il disait avoir baptisée "la Chute des Cieux". Ma lieutenante se débrouillait plutôt bien face à lui. Il était agile mais elle parvenait à chaque fois, ou presque, à esquiver ou parer ses coups puissants.
Cela nous permettait d’agir plus facilement, puisqu’elle occupait le nain. Nous décidions de nous intéresser de plus près aux runes de ces niches aux bords de la salle. Volgar semblait avoir fini par comprendre leur fonctionnement, et a réussi à briser le premier sceau, qui brillait de la rune de Chair. L’excavation s’est alors ouverte pour déverser sur lui une masse écœurante de chair, dont une bonne partie a coulé vers Staunton pour commencer à lui redonner un corps. Pendant ce laps de temps fugace, il était devenu vulnérable et semblait de plus pouvoir bouger, ni lui ni ses chaînes magiques qui ondulaient jusque-là autour de lui et frappaient quiconque passait à portée. De plus, à cet instant, l’étrange effet abyssal qui restreignait ma magie depuis que nous étions entrés ici s’est subitement dissipé. Sans doute que chaque rune avait un effet sur l’ensemble de la pièce ! Mais le répit fut de courte durée alors que le symbole du Seigneur des Sauterelles s’activa à nouveau, dissipant les barrières de lames mais libérant du sol des tentacules difformes qui tentaient de se saisir de nous au moindre mouvement, ainsi qu’un spectre qui semblait comme sortir de la paroi.  J'ai pu néanmoins atteindre le mur du fond et la rune inconnue – qui selon les dires de Joran devait être la rune de sang – frôlant au passage Staunton sans qu'il ne puisse me blesser. Mais alors que je jetais un œil derrière moi en direction de mes compagnons, je comprenais que la flaque immonde au pied de Volgar se muait en un golem de chair gigantesque ! La situation s’améliorait d’un côté, pour se dégrader de l’autre…
J’incantais ma magie tant que je le pouvais, et chaque sort sacrifié sur les runes magiques affaiblissait le sceau et bien vite, avec l'aide de Torkemada et Hécate, Volgar et moi avions fini par détruire les trois et par là même ainsi désactiver le sceau d'Areelu Vorlesh. Pendant que nous étions occupés avec les verrous magiques, Kaptra avait réussi à esquiver si parfaitement un coup porté par Vhane que celui-ci se retourna contre lui, le frappant de plein fouet. Il n'en menait plus très large avant que nous nous soyons occupé du troisième sceau, mais une fois celui-ci ouvert, le nain rendit son dernier souffle alors que le marteau de Kaptra le frappa de plein fouet, avec toute la puissance de la rage de la naine. Dans un ultime soupir, il dit qu'il était enfin libéré... Et sa tête se détacha sous la violence du coup, dans un bruit écœurant et une gerbe de sang. Le combat contre les ennemis restants fut vite terminé, alors que déjà cet entre-deux monde s'effaçait, nous ramenant dans la réalité.

Sonnée par ce dénouement, j’avais du mal à réaliser ce que nous venions d’accomplir. Nous étions véritablement des héros. Déjà à Kénabres, nous avions prouvé notre valeur en sauvant la ville, et là, à Drézen, nous avions réussi l'exploit de reprendre aux démons ce point stratégique, ce que nombre de croisades avant nous n'avaient pas réussi à faire. Mais malgré l’euphorie qui nous prenait, moi et mes compagnons, je ne pouvais m’empêcher de penser à Legato, Orkamania et Klavak…. Qu’était-il advenu d’eux ?


La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur lundi 16 septembre 2019 19:27:43(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#27 Envoyé le : lundi 16 septembre 2019 19:04:39(UTC)
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Par manque de place (limite de caractères pour un seul post) je n'ai pas pu détailler les effets de salle de la rencontre finale.
Pour que vous puissiez comprendre certains détails, les voici

J'avoue que ça a été assez complexe à gérer, en plus d'un Staunton dopé aux hormones et avec un paquet de capacités dû à sa nature... mais globalement, j'ai réussi à faire ce que je voulais sans rien (ou trop) oublier !

Modifié par un utilisateur lundi 16 septembre 2019 19:17:43(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#28 Envoyé le : jeudi 19 septembre 2019 16:17:01(UTC)
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II.bonus - LA TOUR DU DRAGON (par Klavak)


Il fallait que j'y aille.

Pendant que ces imbéciles étaient encore à discutailler sur une décision à prendre et un plan de bataille, moi je n'avais qu'une obsession. Tuer un démon de plus. Peu m'importait leur nain, c’était leur traitre, leurs affaires. Je n'avais guère prêté attention à cette voix sinistre dans la forteresse, j'étais là pour autre chose. Et j'avais été abusé par tout le monde. Les démons, Asmodeus. « Qu'ils aillent tous en enfer ». Une pensée bien ironique.
J'avais faibli, commencé à apprécier ces hommes et ces femmes, et ç'est ce qui m'avait rendu incapable de récupérer mon âme et avait fait de moi la risée des diables et des démons, j'étais tombé dans le panneau. Tous les tuer. Je me précipitais vers la tour, ignorant les mises en gardes et le mot "équipe" que je distinguais vaguement dans le brouhaha de leurs cris pour me décourager de partir. Legato, l'homme d'une autre époque, dont la droiture teintée de bêtise avait mené à la déchéance son ami, bien que je n'avais pas tout compris. Je ne savais pas si lui-même comprenait réellement ce qu'il faisait là et quelle était sa mission. Il fallait dire qu'à partir du moment où il avait été identifié comme inoffensif, je n'avais plus vraiment fait attention à son discours.

Peu importait, il allait m'aider à tuer ce démon des ombres. Arrivé devant la tour, il devenait méfiant, cela semblait trop facile. Nous avons fait le tour de l’édifice mais rien d'anormal, quelque chose d'anormal justement, dans un tel lieu. Je détestais cette forme, la créature hideuse volante. Mais je devais garder ma puissance pour me transformer en entité à six bras pour le combat, et je n'aurai pas pu le faire avec une forme ailée plus imposante. Me voilà donc transformé en horrible petite créature ailée, aux yeux globuleux, à tirer mon compagnon d'infortune jusqu'au sommet de la tour. Une situation aussi gênante que ridicule, mais peu importait, niveau humiliation j'avais déjà eu mon lot. Déchiqueté par les démons, piégé par Asmodeus, prisonnier de la découverte de mon empathie, j'avais tout perdu. Ma dignité n'avait plus vraiment de valeur.

« Lâche moi ! » dis-je à Legato, en arrivant en haut de la tour. Il s'agrippait à mes ridicules petites griffes et ne réagissait pas. J'avais oublié que cet abruti était sourd maintenant. Je devais le poser "en douceur"…
La tour était en ruines, et les étages supérieurs à ciel ouvert. Je profitais de la longue descente de ces interminables escaliers qui nous attendaient pour consumer les derniers pouvoirs qu'il me restait de cette alliance maudite avec Asmodeus. Je me sentais plus fort, plus résistant, j'étais prêt. Enfin, prêt, mais loin derrière. Plus fort, plus résistant, mais pas plus rapide... Et ma lourde armure me ralentissait énormément. Legato, lui, courrait à en perdre haleine, sentant son ami proche de lui et voulant bêtement le "sauver". J'avais beau lui crier de m'attendre, il n'entendait rien. Puis, alors que l'escalier s'enfonçait de plus en plus, plus un bruit.
Legato m'attendait. Devant une porte ouverte, qui semblait ne donner sur rien. Le néant, la noirceur la plus profonde que j'ai jamais vue. La situation prit une tournure vraiment embarrassante quand je me rendis compte que le démon narguait et cherchait à provoquer Legato, utilisant la voix de son ami.
Le démon essayait de faire réagir un sourd en lui parlant ! Cela aurait même pu être drôle dans d'autres circonstances.
Après l'avoir aimablement invité à se taire, je scrutais cette noirceur. Ainsi, le démon des ombres avait emménagé les lieux à sa convenance ? Peu m'importait, j'y entrais, je n'avais pas besoin de voir à quoi ressemblait ce tas d'ombre, tant que je pouvais enfoncer l'une des trois paires de pattes griffues que je lui réservais, en frappant au hasard dans toutes les directions. Je courrais dans le noir, pris d'une rage terrible, je voulais en finir, c'est lui qui allait payer pour toutes mes frustrations de ces dernières heures, celles qui avaient anéanti mes espoirs de vengeance et de retrouver mon âme. Enfin ça, ou bien j’allais trébucher bêtement dans le noir sur un sol irrégulier.
Saleté d'armure lourde.
Legato a fini par entrer et m'a aidé à me relever. Le pauvre n'entendait rien, il ne savait pas que c'était sans doute son cher Orkamania qui était possédé et qui lui parlait depuis tout à l'heure. Les pièges, la ruse, ces ténèbres, tout cela n'était qu'une perte de temps ! Qu'il se dévoile et se batte comme un homme. Ou un démon. Ou ce qu'il voulait, mais qu'il se batte ! Après un échange de belles paroles, je finis par agacer le démon qui libéra enfin la lumière.
C'était bien Orkamania, possédé, les yeux rougeoyants, qui nous faisait face.

Legato, pris d'une rage soudaine et sans réfléchir, fonça sur son ami, tentant de le délivrer du démon qui l'habitait. Avec une lame. Pour lui transpercer le corps. Mal lui en prit, car, même s'il avait bien blessé à la fois son ami et le démon, la riposte de celui-ci fut largement à la hauteur et Legato sembla avoir traversé le temps pour prendre sa plus belle raclée. Mais ce démon, lâche, n'attendit pas que je me relève alors que je me transformais déjà en une créature monstrueuse, et de nouveau, par un de ses tours stupides, refit tomber les ténèbres sur nous.
Legato aveugle et sourd n'était plus sa priorité et c'est moi qu'il tenta d'attaquer. Comment, avec un corps aussi gros et dans le noir, j'ai pu esquiver chacune de ses attaques, je n'en savais rien. Mais tout ce dont j’étais persuadé, c’était que moi, je n'allais pas le rater. Legato tâtonnait. Visiblement, le démon qui me prenait pour cible s’était extrait du corps d'Orkamania, tombé inanimé et Legato essayait de le trouver, sans vue ni ouïe. Qui était-il pour lui, pour avoir une telle ferveur à le sauver ?
La lumière revint. Legato avait trouvé le corps et le tirait difficilement vers la sortie, quand je vis une ombre le transpercer. Le démon voulait garder son trophée, visiblement. « Reste ici ! » lui dit le démon. Ce démon qui avait visiblement oublié que son auditeur était sourd. Legato, grièvement blessé, rampait, trainant difficilement par le bras le corps inanimé de l'orc balafré. Puis j'entendis la même chose dans ma tête et cette fois, Legato leva les yeux. Le démon nous parlait désormais par télépathie : « Si tu ne t'arrêtes pas tout de suite, tu seras responsable de la mort de l'autre, ton frère d'armes, celui qui est venu ici avec toi sauver ton ami. Lève les yeux, et regarde le mourir, si tel est ton choix ! » Je ne comprenais pas ces paroles, tout semblait flou, et je n'arrivais plus à bouger, comme prisonnier dans mon propre corps, après avoir ressenti une douleur atroce au niveau du ventre.
Puis je compris.

J'avais mes propres griffes braquées sur ma gorge. Les six mains griffues qui devaient lacérer ce démon. Il me contrôlait, il était en moi. Legato, en état de choc visiblement, rampait vers "nous", en criant, en marmonnant, en implorant. Je voyais des larmes dans ses yeux, la panique. Moi j'avais juste envie que le démon mette sa menace à exécution, que je me retrouve vite en enfer, j'avais des comptes à régler là-bas.
Legato sanglotait en avançant, à terre, humilié, battu. Il rampait, sans même lever les yeux. Puis, à "nos" pieds, il leva la tête. Il ne pleurait pas, il avait un regard déterminé et un sourire en coin. L'air apaisé d'un kamikaze qui va mourir, mais qui ne comptait pas partir seul. Il m'attrapa par la jambe, de toutes ses forces, je sentis mon corps et mon esprit secoués de l'intérieur, Legato avait l'air d'un fou, il "nous" regardait droit dans les yeux, résolu, sa bouche articulait des mots, mais dans mon état je ne compris que ceux-ci : « Je suis ta prison ».
Legato, qui avait été le vaisseau du démon, qui l'avait amené auprès de nous, jusqu'à Orkamania, pouvait le reprendre en lui. Et il était en train de le faire. Je me sentis de nouveau libre de mes mouvements et Legato avait l'air groggy. A quatre pattes au sol, il semblait vaciller. En quelques instants je compris tout. Ou du moins ce que je voulais comprendre.
Legato avait forcé le démon à le posséder, il était en lui, de nouveau, et ne pouvait pas en sortir. C'était peut-être ça au final sa mission.

Je n'avais que quelques secondes. Assez d'empathie pour aujourd'hui ! Legato, ton sacrifice aura sauvé ton ami, aura permis la mort du démon enfermé en toi pour toujours, alors que tu le veuilles ou non, c'est en tant que martyr qu'on t'honorera, pas en tant que guerrier. « Tu l'as choisi ! », « C'est toi qui a voulu ça ! », « C'est ton sacrifice ! », « C'est pour Orkamania ! », « Crève, démon ! », furent quelques-unes des phrases que je hurlais pour me convaincre que ce que je faisais était juste, alors que je déchiquetais le corps de Legato de mes multiples griffes.
Il ne restait plus qu'une flaque de viande et de débris d'os indéterminés lorsque je repris pleinement conscience de ce que j'avais fait. A côté, Orkamania ne respirait plus. Pas la peine de m'encombrer avec un tas de viande d'une centaine de kilos.

Dans ma fuite en finissant de descendre la tour, je déclenchais plusieurs pièges, visiblement le démon était lâche et fourbe et pensait que nous aurions pris cet escalier dans l'autre sens, avant de le rencontrer.
J'avais tué Legato. J'avais laissé pour mort Orkamania.
Je ne savais pas ce que j’allais raconter aux autres. Je devais les rejoindre et rester avec eux, ils attiraient les démons comme des insectes sur du miel. Ils étaient mon appât. Et je comptais bien tuer tous les démons qui allaient croiser ma route. Je n'avais plus que ça.

Dans le prochain post, je commencerai par un flashback de la scène de "trahison" d’Ormakania, que j’avais volontairement omise pour laisser un peu de suspens. Puis je parlerai très rapidement (j’espère, même si la concision n’est pas mon fort ^_^) du passage en DD5 des joueurs !
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#29 Envoyé le : jeudi 19 septembre 2019 16:18:10(UTC)
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ADDENDUM

Pour commencer, petit flashback : voici la scène qui a causé la disparition d’Orkamania en plein siège de Drézen, et l’apparition de Legato. Si j’avais en tête cette scène depuis longtemps à l’époque, elle n’était pas du tout un passage obligatoire.
Déjà, j’en avais parlé au joueur d’Orkamania (sans trop spoil) en lui demandant s’il était prêt à sacrifier son personnage pour retrouver Legato (il m’avait déjà bien fait comprendre que c’était ça son véritable but, pas de devenir un héros des croisades), ou encore en lui demandant si Orkamania pouvait du coup véritablement vriller, quitte à devenir un antagoniste. Il était ok car "c’est ça, Orkamania" !
Ensuite, j’avais laissé plusieurs portes ouvertes sous forme de jet de sauvegarde ou simplement de refus catégorique aux propositions qui forment cette scène. De mémoire, il n’y a eu aucun jet de sauvegarde à faire : Orkamania était pleinement consentant !

Voici ce que ça donne, après que j’ai remis au propre la scène jouée en live pour l’intégrer à son journal de campagne :



D'autre part, j'en profite pour retranscrire ici la scène de sortie de la citadelle, qui est à peine évoquée dans les CR suivants...



Enfin, même si ce journal de campagne n’a pas vocation technique, comme déjà mentionné nous avons profité de la fin de ce chapitre pour migrer sous le système D&D5.
Pourquoi ce choix ? Le système Pathfinder devenait trop lourd pour moi et pas mal de mes joueurs. Les passages de niveaux étaient longs et laborieux (trop de choix parmi les dons, sorts etc.), et les ennemis devenaient compliqués à gérer de mon côté. Nous ne sommes pas des vieux de la vieille et cette campagne était la première expérience JdR de certains joueurs ! Moi-même j’avais eu l’occasion de commencer une autre campagne avant, mais je n’avais pas fait joué beaucoup de scénario avant de lancer celle-ci avec un autre groupe.
Bref, une fois le LdB de D&D5 entre les mains, j’ai vite compris que ce système serait bien mieux pour nous. Il restait à migrer les personnages existants (niveau 8), ainsi que les possessions. Mais il fallait aussi transformer les pouvoirs que j’avais ajouté pour la campagne (mythiques et individuels !)

Hécate :

Kaptra :

Sorana :

Volgar :

Torkemada :

Orkamania :

Klavak :

Possessions :

Pouvoirs mythiques :



J’espère avoir encore quelques lecteurs ici, même si de toute façon cet exercice me permet d’archiver ces logs, en plus de me replonger dans cette aventure que nous avons tous particulièrement appréciée !
N’hésitez pas à poster vos commentaires, je ne doute pas que certains points soient confus pour ceux qui n’étaient pas autour de la table (je sais qu’il y en a un qui lit ce log, pour voir les détails que j’ajoute par rapport à la version qu’il connait ^_^). En tout cas, si je peux apporter des précisions, ce sera avec plaisir !

La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur mardi 1 octobre 2019 16:23:59(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#30 Envoyé le : vendredi 27 septembre 2019 10:27:17(UTC)
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ACTE III – L’HÉRÉSIE DÉMONIAQUE

Nous voici donc au troisième tome de cette campagne, pour lequel j’ai apporté certaines modifications assez conséquentes. En particulier, cela concerne l’ajout de la quête du Lexique du Paradoxe (via l’intrigue de l’expédition d’y il a 20 ans).
Ce troisième chapitre mettra un terme aux intrigues individuelles de chacun, sauf concernant Orkamania et Kaptra qui était plutôt liés au chapitre 2 (Kaptra a encore l’intrigue de Yaniel qui se développera à la fin de ce chapitre), et Torkemada pour qui j’avais réservé quelques surprises jusqu’à l’ouverture du cinquième (mais il aura pas mal de réponse dans celui-ci comme les autres)…

Dans cette partie, les PJ doivent explorer une région de la Plaie du Monde pour y trouver de quoi contrer les forces de Baphomet et Deskari. Le module suggère un certain nombre de scènes, sur lesquelles les PJ doivent tomber dans un ordre dépendant de leur exploration. Dès le départ, un certain nombre de pistes – venant d’eux ou de certains PNJ – étaient disponibles pour commencer à explorer les environs des "Terres Blessées". Pour pimenter un peu les choses, j’ai proposé à mes joueurs de scinder le groupe et d’utiliser les nombreux PNJ pour former plusieurs mini-expédition. Les groupes ainsi formés choisiraient une piste, et toutes seraient suivis en parallèle.
Cela se ressentira au niveau des comptes-rendu, puisque certaines choses auront lieu et pourront avoir des conséquences sur un groupe, mais ne seront racontées que plus tard par un autre groupe. J’essaierai de tenir à jour une carte des environs (celle du module) pour visualiser où se trouve chaque groupe à chaque fois.
Les joueurs auront donc ici l’occasion de contrôler leur personnage ainsi que des PNJ, pour participer à l’exploration de différents groupes.

Vu que l’intrigue devient bien visible maintenant, j’ajoute une succincte description des antagonistes majeurs déjà rencontrés, pour que certains noms résonnent comme il se doit.
J’en profite pour joindre une image (cliquable) tous les protagonistes, pour ceux qui préfèrent un appui visuel (il commence à y avoir beaucoup de noms !)

Personnages Joueurs

Yllen "Torkemada" Masur : Inquisiteur de Néthys (Clerc du Savoir/Rôdeur des Profondeurs), trait de campagne "Rencontre fortuite".

Shaelyn "Sorana" Zemius : Clerc de Sarenrae, du domaine de la Lumière, trait de campagne "Touché par la grâce".

Hécate Banehallow : Ensorceleuse, de lignage Magie Sauvage, trait de campagne "Orphelin des Gardiens des failles".

Singed "Orkamania" Kruger : Alchimiste (Roublard Arcanique modifié), trait de campagne custom "Dépendant".

Volgar Utgard : Barbare, de la voie du Berserker, trait de campagne "Exposé à l'horreur".

Kaptra Dorethain : Clerc de Cayden Cailean, du domaine de la Guerre, trait de campagne custom "Héritage vengeur".

Klavak Domare : Guerrier, chevalier arcanique (modifié), trait de campagne "Fureur volée".

Personnages Non-Joueurs

Aravashnial : Magicien abjurateur.

Horgus Gwerm : Noble.

Narwenn Brorcath : Rôdeuse.

Shakh Drogaloth : Paladin de Iomédae.

Irabeth Tirabade : Paladin de Iomédae.

Lann : Roublard.

Selka Lid : Magus.

Siegfried Drake : Guerrier.

Qulin "Longue-Ombre" : Sorcier.

Jesker Holten : Druide.

Ameiko Kaijitsu : Barde.

Sosiel Vaenic : Clerc de Shélyn.

Antagonistes majeurs

Areelu Vorlesh

Jerribeth

Arueshalae

Minagho

Joran Vhane

Modifié par un utilisateur vendredi 27 septembre 2019 16:09:55(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#31 Envoyé le : vendredi 27 septembre 2019 10:34:50(UTC)
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III.1 – RETOUR À LA RÉALITÉ (par Okramania)


Je me réveillais enfin de ce cauchemar que fut mon combat contre Kluly : il me tendait la main, que j'attrapai avec grand plaisir. Il trouvait que j'ai grandi, il était vrai que je faisais presque une tête de plus que lui alors, et presque le double de son poids. Il désignait un cadavre, ou plutôt ce qu'il en restait, et me dit que pour devenir un vrai croisé, il fallait que je m'équipe en tant que tel. J’espérais intérieurement ne pas me retrouver dans le même état que cet amas de chair que j’avais devant les yeux. Il continuait en m’expliquant que le port de l’armure et du bouclier était obligatoire pour un chevalier de l’ordre du Dragon, que la rapière était finalement semblable à une mini pique, et que j’étais tout à fait à même de la contrôler. Il me rassurait néanmoins : en cas de la moindre difficulté, il guiderait ma main. Je me résignais donc à abandonner ma chère pique : l'arme qui m’avait protégé jusqu'à ce jour, pour vivre ce moment où j’avais retrouvé Kluly.
Une fois équipé, je suis redescendu de la tour et, malgré la fatigue, je gardais le sourire aux lèvres car je n’étais plus seul : Kluly serait toujours à mes côtés dorénavant. Il m’avait cependant prévenu que les autres n’allaient probablement pas être capables de le voir, car il n'était visible qu’à ceux qui l'aimaient vraiment.

Peu de temps après être sorti de la tour, je rejoignais Sorana qui était très heureuse de me voir, et était visiblement partie seule à ma rencontre. Elle m’a demandé où se trouvait Legato, et lui répondis qu'il était juste à côté. Elle semblait le chercher un instant puis, les yeux humides, elle m’a serré dans les bras pour me dire qu'elle comprenait. J'avais beau être un génie je ne saisissais pas le sens de sa remarque, mais en regardant Kluly qui me faisait signe de la tête de laisser tomber, j’avais compris qu'elle ne le voyait pas.
Accompagné par Sorana, je rejoignais les autres commandants. Torkemada me demanda de lui raconter tout ce qu’il s’était passé depuis le jour de ma disparition, et j’entamais mon récit en commençant par l’arrivée de Nurah dans ma tente. Elle était venue m’expliquer que pour revoir Kluly, je devais d’abord ingérer la potion qu'elle avait emmené avec elle, suite à quoi elle partit mais aussitôt fût remplacée par Kluly lui-même, le même qu’à l’époque à la seule différence de ses yeux, alors rouges. Il m’avait demandé si je voulais le retrouver et, après avoir répondu par l’affirmative, ce dernier tomba au ralenti, laissant sa place à une ombre qui se précipita sur moi. Quelques minutes plus tard je me retrouvais dehors avec mon paquetage et ma pique ! Je me déplaçais alors malgré moi, comme possédé. En voulant quitter le camp, cette furie de Selka m’avait sauté dessus pour mettre fin à mes jours en hurlant que Nurah et moi étions en train de trahir tout le monde ici. Encaissant difficilement ses coups, je tombais dans l’inconscience, mais c’est alors que je vis une nouvelle fois l’ombre quitter mon propre corps. Je me réveillais quelques instant plus tard, déjà debout et contemplais Selka au sol couverte de marques de griffe. Un coup de pied pour m'assurer de sa mort et je n'ai plus réussi à contrôler mes gestes jusqu'au moment où Kluly m’a tendu la main dans la tour du dragon.
Après toutes mes explications, l’inquisiteur a eu l'air étrangement convaincu. Je lui dis que j'avais désormais retrouvé Kluly et il m’a répondu avoir eu tort et, en passant a côtés de moi, tapait sur mon épaule comme pour me souhaiter la bienvenue. Ce geste d’une symbolique incommensurable fut gravé dans mon cœur à jamais. Les autres étaient aussi présents : Kaptra, équipée de l'Épée du Courage, avait l'air décidé d'aller rendre visite un certain Joran Vhane dans les geôles. De son côté, Kluly me rappelait que Lann m’avait fait une promesse, et je m'empressais donc d'aller le voir.

Lann était heureux de me retrouver sain et sauf et me raconta que son beau-frère Kirell avait enlevé sa sœur Nala il y avait plusieurs mois de ça, suite à l'arrivée des fanatiques dans les souterrains de Kénabres. Il les pensait ici en Plaie du Monde.
Après avoir recueilli le plus d'informations possible auprès de Lann, je partais à la recherche de Narwenn, la seule personne ayant vécu en Plaie du Monde, afin de savoir si elle connaissait des lieux d’intérêts dans les environs. Kluly me conseillait de me faire accompagner du spécialiste des investigations, mon ami Torkemada. Sur le chemin, il m’a raconté tout ce qu'il s’était passé pendant mon absence. Il me proposa d'aller plutôt voir les tieffelins dans un premier temps car ils avaient peut-être croisé les deux tourtereaux en se rendant à Kénabres. Longue Ombre, comme à son habitude, se jeta au sol à notre rencontre afin de nous montrer son meilleur profil. Il a avoué avec déception ne pas être passé par cette route pour attaquer Kénabres. En le voyant, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’avec Drézen libéré, lui est ses congénères l’étaient aussi physiquement, mais pour une raison qui m’échappait, il restait à nos côtés et considérait Hécate comme sa "Maîtresse". Nous avions profité de l'occasion pour lui demander s'il avait des informations sur le transfert, ou capture, d'âme. Tout ce qu’il pouvait nous apprendre sur le sujet restait que les âmes de tous les tieffelins stationnés ici avaient été capturés par de puissants démons, afin sans doute de les rendre plus dociles. Il acceptait cependant avec joie de chercher plus d’informations sur ce sujet dans les archives de Drézen, que nous n’avions pas eu le temps de consulter jusqu’à présent.
Notre discussion avec Narwenn nous fournissait aussi quelques informations sur les environs : nous étions déjà au courant de l’existence d’une chapelle de Desna à l’est, mais apprenions qu’il existerait un ancien temple sarkarien désormais profané et dédié au culte de Baphomet, à environ 50 km à l’ouest de notre position. En passant, je n’avais pu m’empêcher de remarquer son changement de style de combat : si elle arborait toujours fièrement un arc long, elle semblait désormais se concentrer plus précisément sur le combat au corps à corps. Ma fesse gauche l’en remerciait.

Quand je recroisais Kaptra et Sorana, elles m’ont informé être à la recherche d'Aravashnial afin de purifier la "forge de corruption". Le but de la naine était de transformer l’épée de Yaniel en marteau qu’elle pourrait manier plus aisément. Cette forge m’intriguait au plus haut point, il fallait que j’aille voir cela de plus près. Irabeth quant à elle nous conseilla de retirer les cadavres qui jonchaient Drézen. Pour plaisanter je proposais de les manger mais la paladine s’en offusqua et m’enjoignit de ne pas propager ce genre de rumeurs, enclines à faire penser aux autres races que les orcs n’étaient que des sauvages ! Sorana de partir consacrer le cimetière avec l’aide de quelques prêtres et paladins, puis de faire le tour des différentes ethnies présentes ici pour déterminer quoi faire de leurs défunts, en fonction des croyances de chacun.
Au final, les tieffelins avaient rappelé que leur peau était naturellement résistante au feu, et que l’inhumation semblait une meilleure solution pour eux, alors que les sarkariens prétendaient que le feu purificateurs leurs permettrait un accès direct à l’autre monde. Le peuple de Lann rappelait quant à lui avoir vécu des générations sous terre, et par principe souhaitait quitter ce monde depuis la surface…
Après plusieurs jours passés à consacrer le cimetière et enterrer et ou incinérer les défunts, Torkemada a été demandé afin de participer lui-même à la purification de la forge. A en croire le mage elfe, il s’agissait d’une tâche qui aurait pu lui prendre plusieurs jours mais, par miracle, mon ami s’en était acquitté en un jour seulement.
Pendant ce temps-là j'avais réparé les tourelles des tours de garde qui avaient été sabotées par Kluly, et commencé à emménager un laboratoire d’alchimie dans une petite pièce des sous-sols de la citadelle dans laquelle un cercueil avait été abandonné, afin de faire quelques potions en attendant.

Peu après notre sortie de la citadelle, Volgar avait transmis à la reine Galfrey un message par magie et une réponse lui était parvenu : la reine nous félicitait de notre succès, et nous demandait de tenir jusqu'à l'arrivée des renforts et de ne surtout pas nous aventurer dans les Terres Blessées à cause du danger. Cela m'embêtait de ne pas partir à la recherche de Nala, mais Lann de son côté m'expliquait que sans nous, Drézen allait rester sans défense. De toute façon, nous avions fort à faire à l’intérieur de la cité en ruine : Irabeth nous avait avertis qu'Il restait encore des dangers ici. D’une part, des nids de goules rescapées avaient été mis à jour dans les égouts, et d’une autre un guerrier terré au cœur de la citadelle tuait à vue quiconque tentait de le déloger des anciens baraquements des Sentinelles de l’Aube.
Torkemada, Sorana, Kaptra, Kluly et moi avons décidé de régler ce problème de guerrier imbattable. A notre arrivée, Sorana engagea une discussion avec lui : il s’était présenté comme Orik Vancaskerkin et semblait de plus n’avoir rien à perdre. Il prétendait que tout ce qui lui restait est l’espoir de nous châtier pour être récompensé par les Seigneurs Démons… mais c’était mal connaitre le nouvel Ordre du Dragon dirigé par Kluly !
L’inquisiteur s'élançait déjà et décocha une flèche de diversion sur le guerrier pendant que je crachai un mollard d'acide qui atteignit sa cible de plein fouet. Je plaçais mon bouclier pour protéger mon ami archer, mais c'est Kaptra qui s’est avancée sans réfléchir pour en fin de compte devenir la cible du courroux vengeur d’Orik. Sorana tendit sa main et des flammes jaillirent de sa paume. Le bouclier du guerrier le protégeait partiellement, mais une flèche de Torkemada le transperça juste au moment où j'arrivais dans son dos. Kluly, qui m’avait suivi, me montrait où attaquer et malgré l’armure lourde de mon adversaire, je perforai sa défense comme une lame chaude dans du beurre. Ce dernier n'avait pas apprécié mon assaut, et après avoir repris son souffle, il m'attaqua à de nombreuses reprises. Sa première tentative me toucha, et il en profitait même pour tenter de m'intimider par une grimace sanguinaire. Il n’avait pas fait attention à mon visage d'une laideur sans nom ? Je croyais son attaque terminée mais, comme pour un baroud d'honneur, il me délivra un dernier coup que j’ai pu éviter de justesse grâce à l'intervention de Kluly, qui avait déplacé mon bouclier au bon endroit en m'hurlant de ne pas sous-estimer mon adversaire.
Torkemada tendait la main en incantant quelques paroles obscures, et je pu lire dans les yeux du guerrier qu'il était désormais incapable de bouger. Kluly, comme pour me signaler où frapper, avait posé son doigt sur le guerrier et me hurlait « Ici ! ». Je plongeai ma rapière centimètre par centimètre dans le corps de l’homme immobilisé : sa vie s'échappait au moment où la pointe atteignit son cerveau.

Sans perdre de temps nous nous sommes ensuite dirigés vers un des nids de goules au fin fond des égouts. Étrangement, aucun de nous n'était incommodé par le manque de lumière, Kluly mis à part, qui précisa que sa vue allait s'habituer à l'obscurité. Je ne perdais pas de temps et ingurgitai une potion capable de me rendre invisible. J’ai descendu quatre à quatre les marches devant moi pour finalement apercevoir plusieurs goules qui se cachaient à ma droite. Pendant ce temps, mes coéquipiers arrivaient eux aussi. Kaptra s’est positionnée au milieu de la salle centrale alors que Torkemada et Sorana attaquaient à distance les goules. De mon côté j'essayais de contourner ces créatures putrides et, arrivé dans leur dos, j’attaquai l’une d’elle pour me retrouver rapidement submergé par leurs assauts. Malgré le nombre, j’étais parvenu à esquiver la totalité de leurs tentatives sans grande difficulté. Torkemada vit que les goules étaient toutes regroupées autour de moi et n'hésita pas à décocher une flèche qui explosa sur tous mes adversaires. Kluly avait deviné ses intentions et me prévint juste à temps pour que je me mette à couvert. J’ai dû réitérer cet exploit lorsque l'énorme boule de feu qu’avait invoqué Sorana explosa à quelques pas de moi. Avaient-ils une confiance aveugle en mes réflexes ? Ou plutôt ne m’avaient-ils pas vu ? Quoi qu'il en était, je m'en étais sorti sans une égratignure, tandis que la pièce dégageait alors une puissante odeur de goule brûlée.
J'entendais au loin Kaptra se faire assaillir par plusieurs morts-vivants ! Je me précipitai pour l'aider mais deux d’entre elles m'en ont empêché pendant que deux autres traînaient la naine au sol vers leur tanière : elle semblait totalement paralysée. Après avoir supprimé la faible opposition, nous retrouvions Kaptra au sol, deux goules occupées à lui grignoter les membres. Torkemada élimina l'une d'elle pendant que je me jetai sur l'autre pour la transpercer de ma rapière. Nous sommes ressortis après ce succès, avec malgré tout un blessé. J’aurais dû suivre le plan de Kluly : le laisser appâter les cadavres ambulants pour les prendre en embuscade...

Quelques jours de repos plus tard, j’apprenais que Longue Ombre avait offert une "pierre d'âme" à sa maîtresse Hécate pour lui prouver sa loyauté : si un jour son âme se retrouvait libérée, celle-ci aurait dû selon les propos du tieffelin être attirée par cette pierre. C’était une magnifique preuve d'amour, je ne le pensais pas si poète. J’envisageais de profiter des jours ici pour discuter avec lui et je comptais probablement en faire de même avec le nain de la forge afin d'en apprendre plus sur ce qui l’avait motivé à suivre son frère à Drézen. Pendant ce laps de temps, Aravashnial en avait appris d’avantage au sujet du "Ver-qui-marche" qu’il recherchait : il serait un fidèle de Baphomet et se nommerait Xanthir Vang. L’elfe pensait qu’il s’agissait probablement d’un des chefs des Templiers du Labyrinthe d’Ivoire.


La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur vendredi 27 septembre 2019 11:09:26(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#32 Envoyé le : mercredi 2 octobre 2019 10:17:39(UTC)
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III.2 – FESTIVITÉS GÂCHÉES (par Sorana)


Voilà trois semaines maintenant que nous avions récupéré Drézen. Entre les affrontements sur le trajet depuis Kénabres, la prise de la cité, celle de la forteresse et la malédiction qui avait frappé nos hommes, les troupes avaient subi de très lourdes pertes. Nous n’étions plus qu'une centaine, mais tout le monde était en effervescence depuis que nos éclaireurs avaient repéré l’arrivée des renforts que la Reine avait promis. A la louche, deux milliers de personnes étaient en marche pour rejoindre nos rangs ! Nous nous sommes donc préparés à les accueillir comme il se devait, après qu’Irabeth nous ait suggéré d’organiser pour l’occasion une cérémonie de célébration de la reprise de Drézen. Kaptra et Orkamania n’ont pas chômé et ont préparé de la bière pour tous, alors que je m’attelais à rédiger le discours d’ouverture de la cérémonie.

Le 28 rova, comme prévu, un défilé de soldats et de civils faisait son entrée entre les murs de Drézen, devant des hommes épuisés mais en liesse. Ce fut avec une joie non dissimulée que nous avons retrouvé Siegfried, visiblement monté en grade depuis notre dernière rencontre, le Chef Sull et sa femme Opoli ainsi que plusieurs centaines des leurs. Nous avions pu reconnaitre également Horgus Gwerm dans la foule, et même s'il m'avait laissé une mauvaise impression, je restais contente de le voir. Il semblait accompagné de tout son personnel et acheminait une importante quantité de matériel pour la reconstruction de la cité. Derrière eux, on pouvait deviner plusieurs centaines de soldats et deux fois plus de civils, ouvriers, artisans ou simples citoyens, alors que Kaptra et Orkamania échangeaient des regards anxieux à l’idée de manquer de boisson…
C’était le tout nouveau lieutenant Drake qui semblait mener le groupe : « Mes amis ! Quelle joie de vous revoir sains et saufs, et surtout de constater que votre terrible mission s’est révélée un franc succès ! J’aurais aimé vous accompagner ici, mais Kénabres avait besoin de défenses tant que ce côté de la frontière restait un danger. Suite à votre prise de Drézen, la Reine Galfrey nous a demandé de quitter Kénabres pour nous établir ici. C’est un première depuis des décennies, nous avons repoussé notre ligne de défense à l’intérieure même du territoire de l’ennemi. D’autre part, la Reine a envoyé depuis Nérosyan une partie de ses soldats ainsi que de nombreux ouvriers et artisans afin de reconstruire la cité et d’en faire notre tête de pont. Nous avons pris la liberté de faire de même avec les survivants de Kénabres, mais c’est sans compter sur l’initiative des premiers descendants qui ont totalement déserté les sous-sols de Kénabres pour se joindre à nous. Au total, ce ne sont pas moins de 2100 hommes qui me suivent ! Mais avant tout autre chose, la Reine vous fait parvenir ceci. » Siegfried déplie alors un parchemin signé de la main de la Reine Galfrey, nous indiquant la marche à suivre pour ces prochaines semaines.
En plus des têtes connues, deux autres silhouettes s'avançaient vers nous pour se présenter. Ameiko Kaijitsu, une barde membre de la Société des Éclaireurs qui nous informait être là en tant que "chroniqueuse de la cinquième et dernière croisade", ainsi qu'un clerc mandaté par la Reine, appelé Sosiel Vaenic. Forcément, après la mésaventure de Nurah, nous étions méfiants, malgré ses explications révélant que la Reine avait "choisi de faire confiance à l’humanité", et ne pouvait pas se permettre de douter de tous ceux qui l’accompagnaient. De mon côté, je me disais qu'il ne pouvait pas y avoir deux traîtres si haut placés dans les rangs de nos alliés, et j’étais prête à lui accorder ma confiance. De toute façon, j’étais persuadée que mes compagnons allaient le surveiller pour moi.

Après avoir indiqué aux nouveaux arrivants où s'installer, nous avons décidé de nous réunir entre responsables et conseillers pour décider de la marche à suivre, à présent que les renforts étaient là. Et le soir, nous avions prévu un banquet précédé d'une cérémonie en l'honneur de notre victoire et de l’arrivée des renforts. Pour l'occasion, j'avais été désignée pour écrire le discours d’ouverture, et pour l’adresser devant l'assemblée. C'était un honneur qui m’avait été fait, mais j'avais conscience d'avoir eu ce privilège parce que je m'exprimais mieux que la plupart de mes camarades.
Irabeth présidait la réunion et menait les discussions, rôle lui allait comme un gant, car elle avait véritablement l'étoffe d'un leader. Étaient présents parmi les participants Kaptra – et son marteau fraîchement reforgé depuis l’épée de Yaniel, Karma –, Volgar, Hécate, Torkemada, Orkamania – et son ami imaginaire Legato –, Klavak, et moi-même. Nous avions convié aussi Narwenn – pour ses connaissances de la Plaie du Monde –, Qulin "Longue-Ombre", Siegfried Drake, Lann – qui avait été désigné Chef des Premiers Descendants par son peuple, en succession à Sull –, Aravashnial, Ameiko Kaijitsu – pour les connaissances qu'elle était susceptible d'avoir en tant que membre de la Société des Éclaireurs –, et enfin Sosiel Vaenic – puisqu'il était l'envoyé de la Reine.
Cette "réunion au sommet" a durée quatre bonnes heures, pendant lesquelles de nombreux points furent abordés, plus ou moins en profondeurs selon les sujets. Il en était sorti de nombreuses informations susceptibles de guider nos prochaines actions à mener ici, dans la région des Terres Blessées.
En premier lieu, nous avons longuement discuté de la reconstruction de Drézen, qui était une place aussi stratégique que dangereuse. Horgus avait apporté des fournitures et amené des hommes afin de s'occuper de la reconstruction, nous devions donc passer par lui pour les projets de rénovation. J'avais émis l'hypothèse qu'il serait bon de commencer par réparer les fortifications de la citadelle, ce que mes alliés ont accepté. Après tout, à quoi bon réparer la cabine d'un bateau à la coque trouée ?
Nous devions aussi sécuriser la route de Kénabres jusqu'à Drézen. En effet, Siegfried nous a informé de plusieurs attaques de barbares qui avaient eu lieu pendant leur convoi. Effectivement, si nous espérions bénéficier de ravitaillements réguliers, il fallait leur permettre un trajet sûr, et c’était une des priorités à mes yeux.
A titre plus personnel, Siegfried nous a confié que quand il était enfant, son clan – dont son père et ses frères aînés – était parti chasser une créature qu’il appelait le "Dragon de la Plaie" dans la région. Qulin confirma qu'il y avait bien un dragon dans les Terres Blessées, et qu’il aurait passé une sorte de pacte de non-agression avec Aponavicius, alors dirigeante de Drézen. J'en déduisais que le dragon savait se montrer raisonnable, et qu'il était probablement possible de négocier avec lui comme il l'avait fait avec la marilith. J'ai proposé de ne pas parler du dragon aux civils et soldats présents à Drézen afin de ne pas risquer de provoquer la panique dans les rangs.
D'autre part, d’après le message de la reine, nous devions trouver un moyen d’affaiblir les forces de Deskari. Pour cela, il nous fallait notamment débusquer les différents temples sarkariens occupés par les fanatiques afin de les purifier, ainsi que réinvestir la chapelle de Desna que nous avions visité lors de notre périple jusqu'à Drézen.
Torkemada a rappelé que la succube Arueshalae, traîtresse à son peuple, pouvait détenir des informations sur les moyens de contrer les démons, et qu'il était dans notre intérêt de la retrouver afin de s'allier avec elle... ou de lui soutirer les informations. Il a proposé de faire circuler l'information de la libération de Drézen afin de l'appâter pour la faire venir à nous, mais je n’étais pas certaine que ce fut la meilleure solution. Après tout, elle pouvait très bien venir, oui, mais cette information pouvait aussi déclencher une vague d'attaques des démons sur nous dans le but de récupérer la ville.
Aravashnial nous informa des résultats de ses recherches sur Xanthir Vang, le Ver-qui-Marche, dont nous avions trouvé un résidu dans l'Aile Noire, à Kénabres. Grâce aux documents trouvés à Drézen, notamment le journal de Staunton et d’autres archives d’Aponavicius, il pensait plausible que Vang soit en fait le leader d’un groupe appelé les Templiers du Labyrinthe d’Ivoire, dont le repère serait le "Sanctuaire d’Ivoire" sans aucun doute caché dans les environs. Il était primordial que nous trouvions des informations sur sa localisation précise. Il nous fallait au plus vite éradiquer ces templiers pour purger nos rangs des fanatiques qui y étaient encore infiltrés.
Enfin, nous avons rassemblé nos informations concernant l'expédition non officielle partie en Plaie du Monde il y a vingt ans en quête du Lexique des Paradoxes. Celui-ci aurait permis à Vorlesh d'ouvrir la Plaie du Monde, il y a une centaine d'années. Il était donc plausible qu'il puisse nous aider à la refermer. C’était très certainement notre objectif ultime. Malheureusement, nous n’avions pas d’autres pistes que de trouver les ruines sarkariennes dans lesquelles le campement avait jadis été établi…

Après ce long conseil de guerre, nous hôtes sont allés se rafraîchir pendant que nous avons fini de mettre en place les derniers éléments pour le banquet du soir. Finalement, tous les généraux et les invités de marque ont pris place à la table principale, face à l'estrade sur laquelle je suis montée, une fois tout le monde installé.
Peu à peu, le brouhaha fut remplacé par des chuchotements, puis finalement, un silence quasi religieux s'imposa. Tous attendaient mon discours. Après quelques secondes durant lesquelles je me remémorais les mots que j'avais appris par cœur plus tôt dans la journée, je parlais enfin, d'une voix douce et posée, mais que chacun pouvait entendre toute proche grâce à un sort lancé un peu plus tôt : « Soldats du Mendev, Premiers Descendants, Tieffelins, Barbares, bref ! Camarades, compagnons, amis [...] Que la Lumière de Sarenrae vous éclaire. Et maintenant, place aux festivités ! »
Mon discours avait fait mouche, j'avais bien vu les regards émus, enthousiasmés, inspirés et fiers des centaines de têtes que j'avais sous les yeux. Je descendais de l'estrade sous les applaudissements et reprenais ma place autour de la table d'honneur, avant qu’une vieille dame vienne nous aborder. Elle nous annonça que, pendant leur trajet jusqu'à Drézen, un groupe d'enfants avait préparé une petite "pièce de théâtre" en notre honneur. Elle nous demandait ainsi l'autorisation de l'interpréter pour nous, ce que bien entendu nous acceptions avec enthousiasme.
Bien vite la petite troupe se mit en place, et au rythme des paroles du conteur, les protagonistes entraient en scène. Je ne pouvais m'empêcher d'éclater de rire en reconnaissant chaque personnage. Tout était caricatural, mais tellement drôle ! Même la mini-moi aveugle était adorable.

Nous avons suivi avec amusement les aventures de ces mini-nous jusqu'à la fin du spectacle. Volgar s’est alors dirigé vers la scène pour porter en triomphe les deux enfants costumés qui l’avaient interprété. Mais alors que les applaudissements s'arrêtaient petit à petit, une personne continuait d'applaudir comme ironiquement. Une voix féminine retentit, et quand je me suis tourné vers son origine, je reconnu immédiatement Jerribeth, l'elfe qui avait manipulé Staunton Vhane afin qu'il trahisse notre camp. Cette sale manipulatrice était bien théâtrale dans ses propos, et avant que quiconque n’ait eu le temps de réagir, elle avait déjà ensorcelé Volgar ! Celui-ci laissa tomber au sol les enfants qui couinaient de douleur, avant de se transformer en monstre, laissant apparaître le sang démoniaque qui coulait en lui sous les cris horrifiés de la foule. Et sans que l'on comprenne quoi que ce soit, il avait déjà levé sa hache et tué deux civils innocents !
C’était la panique autour de l'estrade, les gens s'en éloignaient en courant et en hurlant alors que quelques courageux essayaient d'atteindre les enfants pour les sauver. Ameiko se précipitait vers Volgar, et je décidai de me tourner en direction de Jerribeth pour lui envoyer une puissante boule de feu. Hélas, elle parvint à l'esquiver en partie. Je décelai toutefois la surprise dans ses yeux quand mes flammes vengeresses l’ont atteinte. Il fallait croire qu'elle ne s'y attendait pas, et je ne pouvais m'empêcher de sourire. Sarenrae m'accompagnait dans ma croisade contre les démons et leurs associés, et puisque je pouvais l'atteindre, je n’allais pas me priver pour débarrasser le monde de cette pourriture.
Autour de moi, Orkamania avait disparu, Ameiko chantait en direction de Volgar pour essayer de le calmer, et mes autres camarades étaient en train de se précipiter sur le barbare pour l’arrêter. Jerribeth s'adressa alors à moi, me félicitant d'avoir réussi à la toucher... Avant de me rendre aveugle ! Privée de mon sens principal, je n’étais plus d'aucune utilité. Je n'osais plus bouger. J’avais dû grimper sur la table pour l'atteindre avec ma boule de feu, et à chaque pas que je faisais depuis, je heurtais les assiettes, les plats et autres cruches autour de moi. Je m’immobilisai donc, et j'entendis soudain un grognement bestial non loin de moi. C’était Klavak, qui venait de se métamorphoser lui aussi sous la manipulation mentale de l'elfe traîtresse. Je l'entendais renverser sa chaise et se mettre à courir, avant de comprendre son objectif grâce aux interventions de mes compagnons : il se dirigeait vers l'Epée du Courage.
Après de longues minutes de panique, au milieu de cette folie, Jerribeth disparu subitement, nous laissant avec deux monstres enragés sur les bras. Heureusement, Ameiko a ensuite réussi à calmer Volgar, qui retrouva son apparence humaine. De plus, après le départ de l'elfe, Klavak redevint lui-même aussi. J’étais la seule toujours affectée, ce qui m'ennuyait profondément. J'entendis alors Irabeth et deux autres personnes intercepter le barbare : des épées étaient sorties de leur fourreau, et la demi-orc ordonna à mon compagnon maudit de déposer les armes et de se rendre !

« Attendez... » marmonnais-je en me lançant en avant pour les rejoindre. Mais sans voir où je mettais les pieds, ce fut une très mauvaise idée. Je tombai en avant... droit sur le sol. Je me relevais en me frottant les genoux et les coudes avant de m'avancer en tâtonnant avec mon bâton pour me rapprocher du petit groupe : « Volgar n'est coupable de rien, c'est Jerribeth qui... » Mais la paladine refusait de m'écouter. Volgar tentait de se défendre, mais rien n'y faisait. Alors il déposa les armes, du moins je le supposais au bruit de métal que j’avais entendu, et il fut aussitôt emmené. Orkamania nous avait rejoints, et décida de les suivre. Je posai ma main sur son bras afin qu'il me guide pour les accompagner, je voulais pouvoir défendre mon compagnon si cela s'avérait nécessaire.
Volgar se défendit bien, et il avoua la vérité à Irabeth, ce que celle-ci semblait apprécier. Néanmoins, il avait tué plusieurs personnes, elle ne pouvait le laisser rester à Drézen parmi la population. J’essayais d'intercéder en sa faveur, mais sans plus de succès. Il fut ainsi exilé jusqu'à ce qu'il arrive à éliminer ce côté démoniaque.
Soit, nous pouvions en profiter pour aller nous occuper de ce problème de pillages barbares au Gué de Vilareth. Qui de mieux qu'un barbare pour en gérer d'autres ? Orkamania et moi avons accompagné notre ami, suivis par Ameiko, que l'alchimiste a réussi à convaincre de venir car elle était pour le moment la seule capable de calmer Volgar s'il se trouvait de nouveau manipulé.

Nous avons ainsi décidé de passer la nuit dans une grotte à l'extérieur de la ville. Pour le voyage, Orkamania avait emporté sur lui un objet étrange que nous avons déniché parmi les trésors cachés que renfermait la citadelle de Drézen : une sorte de maquette miniature d’une forteresse, capable de changer de taille pour en devenir une grandeur nature ! Cela allait nous permettre de dormir sans crainte au beau milieu des terres sauvages de la Plaie du Monde...


La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur mercredi 2 octobre 2019 10:53:40(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#33 Envoyé le : lundi 21 octobre 2019 14:29:49(UTC)
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III.3a – EXILÉS (par Sorana)


Dès le lendemain matin, nous avons préparé nos affaires pris la route, direction le Gué de Vilareth. Je comptais commencer par régler ce problème de raids de barbares sur la route qui reliait Kénabres à Drézen pour sécuriser les convois. Nous avions convenu qu'il valait mieux commencer nos investigations au Gué, puisque c'était là qu'avait eu lieu les attaques. Le voyage a duré plusieurs jours, mais puisque nous longions la frontière, nous n’avons pas rencontré de problème particulier, si ce n'est qu'un matin en nous réveillant nous avons vu Volgar déjà debout, ce qui n'est pas vraiment dans ses habitudes. J'ai mis ça sur le compte d'une insomnie, ça arrive même aux meilleurs.

Nous sommes finalement arrivés au Gué de Vilareth après cinq jours de marche. Là, nous avons été accueillis par la Capitaine Kamilo Dann, auprès de qui nous avons pu récupérer toutes les informations nécessaires. Nous avons appris que les barbares attaquaient par petits groupes provenant de l'ouest, et que ça faisait trois semaines environ que le Gué n'avait pas subi de pillage. Après avoir promis de mettre un terme à ces nuisances, nous avons profité du gîte et du couvert gracieusement offerts par la Capitaine et la garnison du Gué, avant de nous remettre en route dès le lendemain.

Nous avons passé deux jours à explorer les environs de ce que les locaux appelaient le "Rocher de l'Aigle" : une formation rocheuse dont la paroi ressemble presque au profil d’un oiseau de proie, surplombée de cinq tours en ruine en forme de doigts géants cassés et dressés vers le ciel. La zone était baignée de nuées d'insectes sans doute d’origine abyssale. Après concertation, nous avons décidé d'un commun accord de ne pas y aller pour le moment, car sans avoir conscience du nombre de forces en présence, il valait mieux être prudents. Et puis, nous étions à la recherche d'êtres humains, pas de démons, même si l'idée d'en éliminer quelques-uns au nom de ma Déesse m'a effleuré l'esprit.
Au lieu de ça, nous avons poursuivi nos recherches au sud-ouest du Rocher de l'Aigle, et avons fini par repérer au milieu d'une forêt un village de fortune, agencé autour d'un fortin. Ameiko est partie en éclaireur afin d'estimer le nombre de nos ennemis, et est revenue avec des nouvelles réjouissantes : la plupart des gens semblaient être de simples villageois, et seuls deux gardes étaient postés devant le bâtiment fortifié. Celui-ci ne comptait aucune fenêtre, et juste avant qu'elle ne revienne vers nous, les deux gardes étaient rentrés dans la bâtisse. Si nous y allions sans faire preuve d'hostilité, nous pourrions certainement approcher du grand bâtiment sans provoquer de problème.
Nous avons donc fini par sortir des bois environnants, et je n'ai pu m'empêcher de remarquer que les villageois nous regardaient avec méfiance, et semblaient en même temps en proie à un profond désespoir. Ils semblaient soucieux, épuisés, mais vaquaient à leurs occupations. Les enfants étaient silencieux et angoissés, aucun ne semblait jouer ni courir. J'ai tenté de parler à un adulte, mais beaucoup ont fui quand je m'approchais d'eux. Tous sauf un homme, qui était en train de remonter son seau du puits. Quand je me suis approchée de lui, il s'est figé, presque de peur, mais cela m’avait permis de lui poser quelques questions. J'ai ainsi appris qu'ils étaient sous le joug d'un barbare tyrannique du nom de Ymirion, et que ce dernier n'avait d'homme que le nom. Volgar a cillé en entendant ce nom, avant de nous expliquer qu'il le connaissait. D'après ce que j'ai compris, il s'agissait de son ami d'enfance. Décidément, cette croisade nous permettait de retrouver les amis de deux personnes ! J'aimerais qu'il en fut de même pour moi, qui étais toujours sans nouvelles de mon cher Yllen. Cela remontait à bien loin, cette terrible journée où le château où nous vivions a été attaqué, et où nous avons été séparés.

Nous avons aussi pu en apprendre davantage sur leur peuple : ils n’étaient visiblement pas originaires du coin, mais avaient fait le voyage depuis leur ancien village loin au nord-ouest, sous l’impulsion de leur chef, peu après une hécatombe qui les décima il y a de nombreuses années.
En tout cas, ces informations nous menaient vers la forteresse où semblait résider cet Ymirion. Nous n’étions pas certains de la meilleure méthode pour y entrer, mais décidions finalement de frapper à la porte. Cette fois-ci, contrairement à ce qui nous attendait à la Garnison Grise quand nous avions pris la même décision, nous avons été accueilli plus calmement. Deux soldats nous ont ouvert, et ils semblaient terrorisés. L’idée même d’amener des étrangers devant leur chef de tribu les faisait trembler, et nous avons vite compris que là résidait la meilleure carte que nous pouvions jouer alors. En quelques arguments, nous avons pu les convaincre de nous laisser les aider à combattre la tyrannie de leur chef. Après une courte discussion et certaines négociations sur leur avenir, il décidaient enfin de nous conduire jusqu'à la porte de l'antre d'Ymirion. Toujours terrifiés, ils se sont contenté d’ouvrir la salle et de nous annoncer avant de s’effacer pour nous laisser entrer seuls.

Là, le chef des pilleurs nous attendait, confortablement installé sur ce qui ressemblait à un trône recouvert de fourrures, tandis qu’un bassin couvert d’une fine couche de glace scintillait à l’autre extrémité de la salle. Mais en effet ce n’était pas vraiment un humain qui nous faisait face : un imposant humanoïde certes, mais dotée d’une paire de cornes ornées, et dont la peau semblait comme perforée en d’innombrables endroits d’excroissances osseuses plus ou moins longues, mais toutes acérées et pointues comme des armes. Il était torse nue et seules quelques pièces de cuir l’habillait, et sa musculature apparente nous faisait véritablement penser à notre ami Volgar. Quand ce dernier est entré, notre hôte s’est relevé sur son trône : « Soyez les bienvenus, pantins de ma maîtresse d’émeraude ! » Son regard se faisait insistant sur notre ami : « Hum, je ressens en toi la même bénédiction qui m’afflige… Maîtresse Jerribeth m’a assuré que son sang coulait aussi dans les veines d’autres gens, même s’il était plus dilué. Je sens un lien puissant qui nous relie, deviens mon bras-droit, et nous nous servirons des pouvoirs que les démons nous ont octroyer pour diriger ce royaume ! ». Volgar ne se laissait pas duper, mais essaya de ramener son ami d’enfance à la raison, qui clamait que cet "Yimirion" était mort il y avait longtemps déjà. Finalement, leurs coutumes barbares ont fini par reprendre le dessus et Volgar défia en combat singulier son opposant ! Celui-ci accepta, sans doute touché dans son orgueil. Mais il ne nous faisait visiblement pas confiance pour ne pas intervenir et comme pour nous occuper, appela une créature qui sortit du bain de glace à proximité ! Un drake du froid nous faisait face, pendant que les deux barbares entamaient leur duel.
Nous avions fort à faire de notre côté, même si ma magie de feu me donnait un avantage certain sur cette créature. Il restait dangereux et le moindre faux pas pouvait nous être fatal. Bien trop concentrée sur mon adversaire, je ne faisais pas vraiment attention à Volgar, mais j'entendais dans mon dos des coups de plus en plus puissants, comme si chacun des deux hommes essayait de trancher l'autre en deux d'un seul coup. De temps à autres, sous la violence des coups, ont aurait dit qu’Ymirion semblait temporairement prendre le pas sur le démon qu’il était devenu… peut-être y avait-il encore une chance de le sauver ? De le ramener ?
De notre côté, nous étions arrivés à défaire la créature, bien qu'elle ait eu le temps de me mordre avant de mourir, m'arrachant presque l'épaule avec ses crocs. Elle n'avait pas apprécié que mon feu rédempteur lui dévore les écailles et m'avait prise pour cible. Il fallait que je reprise ma robe et que je me soigne pour éviter une infection, parce que la gueule de ces bestioles devait être pleine de microbes. Volgar et son adversaire semblaient sur le point d'en finir également. Les deux étaient épuisés, leur combat avait été bref, mais intense. Finalement, Ymirion laissa tomber ses armes et accepta la reddition, pris dans un moment de lucidité. Il nous implora de sauver son peuple, et nous avons convenu de repartir pour Drézen avec lui comme prisonnier - le temps qu'il apprenne à maîtriser sa forme démoniaque aussi bien que Volgar, tout au moins - et avec tous les gens présents dans le village, citoyens comme combattants. Eux seraient traités comme des réfugiés, pas comme des prisonniers. Après tout, nous avions besoin de toute l'aide possible pour défaire les démons.

La nuit passée sur place, nous avons repris la route vers le Gué de Vilareth, où nous avons annoncé la fin des pillages. Là, je passais une nuit plutôt agitée pendant laquelle un rêve étrange me troublait. Je rêvais de... Kyra, ma mère. Je la vois en train de réciter une invocation à l'attention de Sarenrae, au milieu d'autres personnes dans un sous-sol. Là, une créature ailée était apprue, et je savais que je l'avais déjà vue ! C’était le même ange qui accompagnait ma déesse lorsque celle-ci m'avait désignée comme sa Championne. Dans mon rêve, il tenait un bâton. Mon bâton. Est-ce que... Non, c’était impossible... Je chassais cette idée de mon esprit. Le rêve se terminait dans un flash de lumière et je m'éveillai en sursaut. La nuit n’était pas tout à fait terminée, mais je n'arrivais pas à me rendormir.

Au matin, j’ai raconté mon rêve troublant à mes camarades, puis nous sommes enfin repartis pour Drézen. Nous avons marché toute la journée, accompagnés des barbares, jusqu’au soir où une chose étrange se produisit. Nous avions beau avoir pris le même chemin qu'à l'aller, nous nous sommes retrouvés face à ce qui semblait être un village abandonné pris au milieu d'une brume mystérieuse. Nous décidions de ne pas nous en approcher, ça nous semblait trop suspect, comme un piège grossier laissé là par les hordes démoniaques. Nous montions ainsi le camp pour la nuit.

Mais à notre réveil, c’était la panique. Que s’était-il passé dans la nuit ? Était-ce-ce à cause de cette brume mystérieuse ? Les environs n’étaient plus le même, nos points de repère avaient totalement disparu. Après une rapide vérification, le verdict tomba : nous étions perdus en pleine Plaie du Monde...



La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur lundi 21 octobre 2019 21:37:36(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#34 Envoyé le : jeudi 31 octobre 2019 17:38:59(UTC)
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III.3b – LE TEMPLE PROFANÉ (par Aravashnial)


Au lendemain de ce qui devait être la célébration de la victoire de nos troupes et de la récupération de Drézen, victoire bien amère à cause de l'apparition inopportune de la traîtresse Jerribeth, et après le départ d'un petit groupe composé de l'exilé Volgar, de la commandante Sorana, du Général-Spaghetti Orkamania et de l'éclaireuse Ameiko, nous détachâmes quelques personnes en direction de la zone où nous espérions trouver le Temple de Baphomet dont Narwenn nous avait parlé pendant la réunion.
Nous partîmes à quatre : Kaptra, Klavak, Lann et moi-même. Je me suis porté volontaire pour cette mission dans l'espoir de parvenir à récolter des informations sur cet infâme Xanthir Vang. Nous avions au préalable préparé notre itinéraire, et une fois nos baluchons sur le dos, nous étions partis en direction du Sud-Ouest. La naine a su me surprendre par un sens de la survie dont je ne l'aurais pas dotée aux premiers abords : elle nous a trouvé des abris corrects pour passer la nuit tous les soirs, que ce soit des grottes, des troncs d'arbre, et même une maisonnette en ruine.
Après quelques ennuyeux jours de trajet durant lesquels il ne se passa absolument rien de notable, nous arrivâmes dans la zone où nous pensions trouver le temple. Nous ratissâmes le terrain quatre jours durant, sans rien trouver. Les commandants avaient fait de mauvaises déductions, ce qui n'était pas difficile avec les maigres informations dont nous disposions alors. Mais qu'importait ! Nous étions dans les Marches, autant continuer nos investigations. Ainsi notre groupe prit donc la direction de l'Ouest afin de voir si nous trouvions quelque chose en bas de la falaise.

Lors de notre compte-rendu pour Drézen, au sixième jour, nous reçûmes une réponse inquiétante de leur part : le Dragon de la Plaie était apparu en ville et avait réclamé un tribut, menaçant d'annihiler la population si la ville ne lui offrait pas un présent digne de lui. Voilà qui était fort préoccupant. J'espérais que nous ayons le temps de trouver ce que nous étions venus chercher, puis de retourner à Drézen avant la date butoir imposée par le Dragon, 9 jours plus tard.
Mais pour l'heure, nous étions bien trop éloignés pour pouvoir y faire quoi que ce fût, alors autant poursuivre notre tâche, qui était tout aussi importante, sinon plus. D’autant qu’un message de l’inquisiteur, parti en éclaireur avec l’elfe Narwenn, nous apprit qu’ils avaient découvert le temple que nous cherchions. A deux, ils n’avaient pas souhaité approfondir leurs recherches et nous en laissèrent la primeur alors qu’ils continuaient leur route.
Le septième jour, nous commençâmes notre exploration de la zone, sans rien trouver de probant. Nous étions toujours bredouilles, mais Kaptra parvint toutefois à nous remonter le moral en trouvant une petite maisonnette en ruine dans laquelle nous trouvâmes quatre paillasses. Nous établîmes des tours de garde, comme chaque nuit, et lorsque ce fut à mon tour de veiller sur mes compagnons, je m'installai à l'extérieur de la ruine, sur un tonneau vide. C'était inconfortable, mais cela me permit de rester parfaitement éveillé, sans somnolence. Et ainsi, je pus repérer à distance les lumières vacillantes de plusieurs torches qui approchaient dans notre direction. Aussitôt, je me précipitai dans la cabane et hélai mes comparses : « Debout, quelqu'un vient ! » Seul le tieffelin se réveilla, et je lui expliquai rapidement la situation. Il sortit précipitamment sans prendre la peine de s’équiper, tandis que je m'efforçais de réveiller les deux autres, cette fois-ci en les secouant.
De l'autre côté de la porte, des bribes de conversation me parvenaient. Klavak était en train d'essayer de convaincre les arrivants de nous laisser dormir ici cette nuit, mais ils ne semblaient pas d'accord, prétextant que c'était leur campement. Et à bien y penser, cela expliquait les paillasses. Finalement, j'entendis le guerrier en slip de plaques dire que nous étions onze à l'intérieur, et que déranger notre sommeil nous mettrait de fort mauvaise humeur. Cela fit hésiter les autres, et finalement la ruse fonctionna. Ce combattant me surprenait par son ingéniosité, à l’instar de la naine et de son sens de la survie en milieu hostile. Après moultes palabres, ils acceptèrent finalement de partir, mais nous devions avoir quitté les lieux tout au plus quelques heures plus tard.
Lorsqu'il nous rejoignit, je le félicitai pour la ruse dont il avait su faire preuve, puis nous prîmes un frugal petit déjeuner avant de repartir, cette fois-ci pour explorer le bas de la falaise.

La journée était déjà bien avancée lorsque nous tombâmes enfin sur l'entrée d’une grotte gravée de symboles dont la majorité avaient été effacés par des traces de griffures. Etions-nous au bon endroit ? Aucune idée, mais une inspection s'imposait. Sur le qui-vive, nous entrâmes donc dans la grotte, suivant un long couloir jusqu'à une pièce dans laquelle se trouvait un piédestal atteignable par quelques marches, sur lequel trônait une imposante statue du Démon à Tête de Bouc. Trois serviteurs de Baphomet se trouvaient là, d'après les gestes du Premier Descendant à notre attention, qui était parti en reconnaissance. Nous étions probablement au bon endroit.
Lann sortit sa fronde et tenta de tirer un projectile sur un ennemi, mais le bout de pierre vola pour percuter la statue dans un petit "toc" caractéristique, faisant tomber quelques débris du plafond sur le bovidé de granit. Par miracle, les gardes n'avaient pas été alertés, mais Klavak, en revanche, se précipita dans le tas, pensant le signal donné. Voilà qui était très fâcheux, l’alerte allait être lancée sans tarder. Lann sortit ainsi des ombres et trancha promptement la gorge d'un des hommes, le laissant retomber au sol, mort. Puisqu'il en était ainsi, je décidai de faire rôtir les ennemis dans les flammes : une boule de feu bien placée en calcina deux d'un coup, malheureusement sans les anéantir. La naine se précipita alors dans la mêlée, tuant un des deux hommes que j'avais blessé, et assommant l'autre afin que l'on puisse l'interroger, comme l’avait sagement proposé Klavak. Hélas, pendant que nous affrontions vaillamment ces adversaires à trois contre quatre, des renforts arrivèrent de leur côté. Trois nouveaux templiers de Baphomet rejoignirent leurs comparses. Alors que nous avions presque fini d'en découdre avec tous, un immense bâtard sortit d'une porte dérobée au pied de la statue, qui s’ouvrit dans un fracas tonitruant. Il était suivi d'une femme qui semblait être leur chef. Lann était confus tout à coup, mais peut-être était-ce la moitié ovine de son visage qui laisser penser cela…
Le géant tomba plus vite que prévu. Il n'avait pas semblé apprécier l'acide que je lui avais lancé, et la magie de Kaptra eut pour effet de l'achever promptement. Mais juste avant que la naine ne l’eût achevé, Lann hurla de l‘épargner ! Trop tardivement malheureusement, il aurait visiblement eu besoin de s’entretenir avec cet étrange monstre. Bientôt, il ne restât que la femme, que ses hommes nommaient Zanèdre. Désormais seule, elle se téléporta dans le but de s'enfuir après que je l'eus blessée, mais la naine sous l'effet d'un sort de hâte parvint à l'approcher suffisamment pour l'entraver. De loin, tandis que je courais vers les deux femmes, je la vis lever son marteau. Je voulus la prévenir, mais trop tard. Le lourd Karma s'abattit sur le crâne de Zanèdre, le réduisant à l'état d'une bouillie informe. Je soupirai, essoufflé, en arrivant à la hauteur de Kaptra : « Nous aurions pu la garder en vie afin de lui soutirer des informations essentielles, elle ne pouvait sans doute pas se téléporter plus d'une fois... »

Enfin, il nous restait toujours le soldat, qui était sous bonne garde aux mains du tieffelin... Pendant que Lann et moi-même fûmes partis explorer les environs, Kaptra et Klavak s’occupèrent de soutirer quelques informations à leur captif. Aux hurlements que j’entendais à travers les épais murs de cet antique temple, je ne pouvais qu’espérer qu’il parle au plus vite, au risque qu’il ne puisse rapidement plus rien dire. Et en effet, les tortures qu’il s’était vu infligées eurent promptement raison de sa maigre constitution.
De notre côté, nous finîmes par dénicher de trop cryptiques informations. D’une part, il était question d’une "prime" mise sur la tête d’une succube traîtresse soupçonnée d’espionnage, promise par cette fameuse Jerribeth dont nous venions de faire la connaissance quelques jours plus tôt. Étrange chose qu’un démon espion, je ne sus qu’en penser. Mais d’autre part, nous apprîmes que le temple que je supposai être le repère des Templiers d’Ivoire se trouvait "au sein des vestiges des Portes vertes, derrière le mur illusoire de Vang". Il me fallut quelques recherches pour apprendre bien assez tôt que ces "portes Vertes" faisaient référence à une ancienne forêt que je pu situer, bien que vaguement. Rien d’extrêmement précis certes, mais nous nous rapprochions de Xanthir Vang…


La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur jeudi 7 novembre 2019 16:55:38(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#35 Envoyé le : jeudi 7 novembre 2019 17:15:47(UTC)
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III.3c – LE DRAGON DE LA PLAIE (par Hécate)


Après la réunion au sommet du 28 rova, différents groupes partirent explorer les Terres Blessées. Volgar – exilé de Drézen, Sorana et Orkamania, accompagnés d'Ameiko, décidèrent d'investiguer sur les pillages barbares qui saignaient le Gué de Vilareth. Klavak, Kaptra, Aravashnial et Lann s'intéressèrent pendant ce temps à un ancien temple croisé désormais profané à la gloire de Baphomet. Enfin, Torkemada et Narwenn partirent en éclaireurs, demeurant discrets quant à leurs destinations. Je restais quant à moi à Drézen, passant des heures dans les livres, parchemins et autres archives à la recherche d'informations sur les Terres Blessées.
Après cinq jours sans nouvelle des différentes expéditions, je fus arrachée à l'ambiance mortifère de la bibliothèque par un soldat. Le souffle court, il m'annonça qu'une ombre volait en direction de la cité. Troquant très volontiers l'ennui contre un peu d'animation, je lui emboîtais le pas. Un cri déchira alors l'air, faisant vibrer la citadelle entière. Le cœur irrigué par l'adrénaline, je rejoignis les remparts de la forteresse pour voir arriver sur nous l'imposante ombre d'un dragon. Mes recherches des derniers jours m'avaient appris qu'un "Dragon de la Plaie" habitait les environs : un certain Scorizscar dont nous avions à redouter la puissance. Notre arrivée sur "ses" terres était indésirable et le dragon venait réclamer de quoi monnayer un loyer.
Perché sur les hautes murailles de l’enceinte, hors de portée de nos soldats, le puissant ver exigea de nous un tribut digne de lui, encouragé par nos flatteries infiltrées de peur et de respect forcé. Nous réussîmes, avec Irabeth, à négocier avec le dragon dix jours afin de trouver un présent à la hauteur de son orgueil. Scorizscar nous mit alors en garde : notre tribut devait être au moins aussi unique et exceptionnel que "le fils qu'Aponavicius lui avait façonné", en vue de conclure un pacte de non-agression. Satisfait, le dragon repartit en direction du sud-ouest, jetant à nouveau son ombre sur la cité naine.
Quelque peu sidérées, nous tentâmes avec Irabeth d'établir un plan efficace afin de délivrer Drézen de la menace d'anéantissement qui pesait sur elle. Nous décidâmes alors de prendre dès le lendemain la route de la tanière du dragon avec l'espoir naïf de le prendre au dépourvu. Nous avions dix jours, et pas un de plus, pour traverser du nord au sud les Terres Blessées et retrouver la trace de Scorizscar.

La même journée du 3 lamashan, des soldats me rapportèrent que la chapelle des barbares, installée récemment à l’extérieur de l’enceinte de la forteresse, avait été profanée, et que la folie guettait désormais quiconque tentait d’y pénétrer.
De plus, ils nous apprirent que le porte-parole des barbares sarkariens et Prêtre de la Foi Verte, Jesker Holten, était porté disparu. Nous décidâmes d’enquêter sur ce phénomène étrange, redoutant qu’un nouvelle trahison – ou infiltration des forces du Mal – nous ait une nouvelle fois touchés. Sur place, nous découvrîmes d'étranges inscriptions et blasphèmes qui maculaient l'autel et les murs du lieu de culte. Il était fait allusion à la prêtresse sarkarienne Delamère dont les théories fumeuses reposaient avec son cadavre dans un tombeau aux confins des Collines Larmoyantes. Pendant ce temps, Irabeth tentait de glaner quelques informations concernant ce fameux prêtre : des témoignages nous décrivaient un homme au visage marqué par la mélancolie et aux idées confuses depuis qu'il avait perdu une alliance... De concert avec la demi-orque, j'envisageais alors un bref détour par le Tombeau de Delamère, dont nous avions pu localiser l’emplacement approximatif. Nous formâmes une quatrième expédition avec le Capitaine Siegfried Drake et Qulin Longue-Ombre – qui ne m’aurait jamais laisser partir vers de tels périls sans sa "protection rapprochée", confiant Drézen à Sosiel Vaenic avec l'ordre d'abandonner la cité en cas de non-retour de notre groupe d'ici dix jours.

Le voyage fut long, jonché de nuits trop brèves et agitées pour trouver le repos. Cependant, une nuit ne se déroula pas de commune manière, et nous avons fait une expérience étrange que je pouvais oublier. Réveillée par du bruit, l’inquiétude d’une attaque surprise me poussa à me lever aussitôt, mais, alors que je contournais notre camp de fortune, une lumière vacillante – trop intense pour provenir de torches – me guida vers un canyon en contrebas. Perchée sur les hauteurs, je découvrais avec stupeur une scène peu commune : une créature unique en son genre rôdait au fond d’un canyon dont les parois étaient recouvertes d’inscriptions runiques luminescentes incompréhensibles. Il allait et venait d’une à l’autre en grommelant dans une langue elle aussi inconnue.
Je jugeai vite que cette créature ne représentait pas un danger que je n’aurais su gérer, et la curiosité me poussa à lui révéler ma présence. « Créature ! Que fais-tu ici ? Ce pays n’est pas lieu de rencontres amicales, à quel point nous seras-tu hostile ? ». Mon interlocuteur se tourna vers moi et après une courte réflexion, répondit dans ma propre langue : « Hum quoi ? Que veux-tu ? Je suis occupé » ou encore « Que ne comprends-tu pas ? Je suis un ermite solitaire ! Comme dans "je ne veux voir personne" ! Ceci est mon lieu d’ermitage… va-t’en ! » rétorqua-t-il d’un ton déjà excédé en retournant à ses affaires étranges. J’insistai mais me retrouvais confrontée aux mêmes réponses. Après une négociation difficile, il finit par me poser une question des plus étranges « Quel est ce monde ? Où suis-je ? ». Malgré mon étonnement, je lui répondis la vérité, nouvelle qui semblait l’ennuyer profondément. « Encore ce monde ? Je connais déjà, rien de nouveau pour mes archives ». Non sans mal, il finit par répondre à quelques-unes de mes questions : il se présenta comme Grishka, un "archiviste d’entre les mondes". A en croire ses dires, il serait à la recherche d’histoires sur les mondes qu’il visite, afin de compléter la bibliothèque que représentaient en réalité ces étranges runes lumineuses.
Je lui indiquais alors que je connaissais sans doute des histoires absentes de sa collection, ce qui l’intéressa au plus haut point ! Il me proposa alors un marché : une histoire contre une histoire. Je lui narrai ainsi la chute et le sauvetage de Kénabres dans un premier temps, puis la prise de Drézen en second lieu. Les yeux de la créature pétillaient à chaque phrase, et elle m’encourageait à entrer dans les détails les plus épiques de nos aventures, suite à quoi il me proposa deux histories en échange. Je lui indiquai les thématiques qui m’intéressaient particulièrement, et il me proposa de choisir : "L’histoire du fils du dragon", "l’histoire du livre et de l’arbre", "l’histoire du livre perdu, retrouvé, et perdu à nouveau" et enfin "l’histoire du père des hommes-taureaux".
Je choisis la première et troisième histoire, et les révélations qui m’attendais furent à la hauteur de mes espoirs les plus fous ! L’archiviste m'apprit que Scorizscar était profondément attaché à une créature mi-homme mi-dragon qu'il considérait comme son fils : un homme venu du Nord transformé en monstre qu'il avait aliéné à lui. D’autre part, j'en apprenais également plus sur l’expédition sur les traces de laquelle nous étions. Elle eut bien lieu entre la Deuxième et la Troisième Croisade et fut motivée par la quête d'un livre dont la magie reposait dans un ancien sanctuaire au cœur d'un campement sarkarien. Je comprenais bien vite de quel "livre" il s’agissait, et la localisation du Lexique des Paradoxes s'affinait : au confluent de la "Voie Grise" et du "Lac sans soleil".

Nous nous séparâmes de notre étrange nouvel ami pour continuer notre route – et notre nuit en premier lieu. Notre prochain objectif était le Tombeau de Delamère dont nous avions finalement découvert l’entrée au creux d’une faille à proximité d’une rivière de lave. A l’intérieur, Jesker était bien là, les traits tirés, blafard, livide… Quelque chose n’allait visiblement pas. Il était assis sur un cercueil de glace et dès qu’il nous vit, il se leva pour s’approcher d’une fissure au fond de laquelle la lave ruisselait. Nous comprîmes très vite son but morbide et décidâmes de l’en empêcher, et c’est alors que s’extirpa de lui un démon à deux têtes qui nous fit face ! Il nous expliqua que son objectif était d’attirer quelques héros à part et les exterminer un à un afin de saper le moral des troupes. Mais son orgueil de démon avait précipité sa fin tant l’écart de puissance entre nous était grand, nous n’en fîmes qu’une bouchée, sauvant ainsi le Prêtre.
Nous continuâmes notre route vers le sud désormais à cinq, espérant atteindre l’antre du dragon avant la fin du délai imparti. Cela faisait sept jours que nous avions quitté Drézen quand nous découvrîmes une grotte creusée dans un îlot au cœur d’un lac de lave. Avant d’avancer davantage et anticipant un potentiel échec dans notre mission visant à intercepter Scorizscar, nous envoyâmes un message à Drézen leur indiquant de céder la bannière de l’Épée du Courage au Dragon. Nous étions certains qu’une telle offrande calmerait la bête, alors que nous, campés à sa tanière, serions là pour les accueillir, lui et son tribut, terrassant le monstre et récupérant l’artefact par la même occasion.

Préférant finalement gagner du temps, et malgré la fatigue, nous rejoignîmes l'entrée de la caverne le soir même grâce au druide qui, transformé en aigle géant, nous permit de traverser le lac de lave. La grotte était plongée dans le noir, et notre brève investigation fut interrompue par la rencontre avec une créature mi-homme mi-dragon qui se dénommait Baran. Siegfried reconnut rapidement son frère supposé mort, et compris qu’il était le tribut offert par Aponavicius et considéré depuis lors comme le "fils du dragon". Habité par une puissante envie de vengeance, le guerrier du Nord rallia Baran à notre cause, d'autant que tuer Scorizscar revenait à le libérer. Nous fomentâmes un plan dont l'efficacité dépendait grandement des connaissances du "prisonnier du dragon" : selon ses dires, affronter un dragon dans son antre revenait à combattre une araignée pris dans sa toile. Il fallait le surprendre à l’extérieur pour garder la moindre chance de victoire.
Attiré par Irabeth, Scorizscar - qui avait envoyé Baran chasser - sortit de sa tanière et s'imposa rapidement comme un ennemi de taille. Le combat débuta douloureusement, donnant l'avantage au dragon. Qulin, avec une bravoure qui me surprit, fut lourdement blessé. Jesker, Siegfried et Baran luttaient péniblement contre un Scorizscar dont la puissance semblait décuplée par la colère et le sentiment de trahison. L'angoisse nouait mes tripes, et je me rendais compte, avec amertume, que nous avions été bien trop prétentieux. Que notre orgueil risquait de causer notre perte, et celle de Drézen tout entière. De cette imminence naquit alors une magie à l'intensité encore jamais égalée. La chair du dragon se décomposa sous l'effet d'un sort de flétrissement dont l'ampleur suscite encore aujourd'hui en moi autant de fierté que d'effroi !
Ragaillardis par ces blessures dont le dragon souffrait visiblement, nous réussîmes à l'achever. Nous venions d'éliminer notre ennemi, libérant ainsi Drézen de sa menace. Cependant, l'esprit encore échauffé par le combat qui venait de se dérouler et peu loquace, je perdis le trésor du dragon au fond de la lave, son butin aspiré par une trappe piégée.
Nous proposâmes à Baran de se joindre à nous et de s'allier à nos forces. Le "fils du dragon" accepta et emporta avec lui l'arme avec laquelle il avait défait son Maître : une épée tueuse de dragons. Forts de cette victoire, nous retrouvâmes le chemin de Drézen.


La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur mercredi 13 novembre 2019 22:47:02(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#36 Envoyé le : mardi 12 novembre 2019 14:36:44(UTC)
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Je me suis rendu compte que j'ai oublié d'intégrer dans le CR ci-dessus le "rêve/vision" qu'a eu Hécate - à l'instar de ses compagnons - lors de sa première nuit en Plaie du Monde. En fait, la joueuse d'Hécate est restée très discrète sur tous les événements qui la touchaient personnellement, donc elle n'en a pas parlé dans son CR de partie - lisible par tous les PJ.

Le voici donc pour vous, comme d'habitude tel que je l'ai présenté à la joueuse :

La suite devrait arriver cette semaine, si tout va bien !

Modifié par un utilisateur mercredi 13 novembre 2019 22:50:29(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#37 Envoyé le : jeudi 14 novembre 2019 12:48:51(UTC)
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III.3d – LA CROISÉE DES CHEMINS (par Narwenn & Ameiko)


En patrouille (par Narwenn)

Dès le lendemain de la dramatique cérémonie, nous étions partis de la Citadelle, cette place forte construite par des nains, ce monde grouillant entre les murs de pierre… cela commençait à me donner le tournis ! Mais je pouvais m’estimer veinarde puisque je partais seule avec l’inquisiteur. Non pas que sa présence me mettait particulièrement en joie, mais je préférais un groupe réduit à une expédition comme ils en avaient l’habitude. Et puis au moins lui ne risquait pas de me ralentir ! Nous pouvions explorer ces contrées aussi vite que le vent, sans perdre de temps à cause d’un soldat en armure incapable d’escalader efficacement une vulgaire colline. De plus, nos sens particulièrement affûtés à l’un comme à l’autre nous permettaient de détecter la présence de nos ennemis à des lieues à la ronde, rendant notre exploration bien plus efficace pour concentrer nos recherches aux lieux les plus propices. Nous formions une équipe parfaite !

Nous voulions simplement explorer les environs directs, et laisser les investigations poussées au groupes armées. Le sud était notre premier objectif, mais nous n’avions rien trouvé de notable. Mes sens m’indiquaient bien la présence de quelques démons mais je ne ressentais aucun regroupement significatif. Il ne fallait pas s’attendre ici à ne croiser que des animaux, mais je pensais qu’un seul individu ne pouvait pas nous aider dans nos recherches. L’ouest ne semblait pas beaucoup plus intéressant, mais Torkemada a pourtant souhaité poursuivre dans cette direction. Était-ce un pressentiment ? Il était étrange depuis le second matin, et j’avais pu remarquer qu’il avait passé une nuit agitée. Quelle sorte de rêve pouvait bien faire les humains dans ce pays maudit ?
Au cinquième jour, nous étions descendus du plateau et le paysage que nous contemplions alors me rappelait des souvenirs : c’était bien par ici que j’étais jadis tombée par hasard sur ce temple converti au culte de Baphomet. L’inquisiteur avait remarqué des traces qui ne le trompaient pas : un groupe d’humains résidaient au nord, cela nous paraissait suffisamment suspect pour que nous allions voir de plus prêt.
Nous avons finalement pu retrouver la trace de ce temple en quelques jours, creusé à même la falaise. Il semblait clair qu’il était occupé. Torkemada a prévenu ses compagnons qui étaient partis dans cette direction, et qui se trouvaient alors à quelques dizaines de kilomètres à l’est de notre position, en haut du plateau. Grâce à nos indications, ils étaient désormais capables de retrouver aisément ce lieu. Nous avons décidé de ne pas les attendre et de nous diriger vers le nord.
Après deux jours de marche, nous tombions sur une sorte de "village fantôme". Étrangement, celui-ci ne ressemblait pas aux constructions traditionnelles sarkariennes, et plus surprenant encore, nous avions pu y découvrir un ancien mausolée dont le nom de la famille à laquelle il devait être destiné avait été barré… un autre nom était gravé à la place : Drogaloth ! Le nom du paladin qui nous accompagnait depuis le tout début de cette histoire… Je ne pouvais croire à une coïncidence. Quoiqu’il en était, nous étions trop peu nombreux pour aller voir de plus près de quoi il en retournait, mais j’avais marqué l‘emplacement sur ma carte, afin de pouvoir revenir ici si le besoin s’en faisait sentir. Une nouvelle fois, la nuit fut dure pour mon compagnon, lui qui n’avait pas autant l’habitude que moi d’arpenter ces territoires hostiles.

Le lendemain, une fois les environs directs sécurisés, Torkemada a souhaité repasser par Drézen. Il semblait qu’il s’y était passé de graves événements pendant notre absence : le Dragon de la Plaie qu’avait mentionné Siegfried leur avait rendu une petite visite. Il semblait tolérer notre présence du moment que les humains se soumettaient à lui. Et comme preuve, il réclamait un "tribut digne de la magnificence", qu’il devait venir récupérer deux jours plus tard. Tout le monde était inquiets mais nous apprenions qu’un groupe composé d’Hécate, Irabeth, Siegfried et du tieffelin Qulin était parti en direction de son antre… pensaient-ils pouvoir le vaincre ? Où allaient-ils tenter de négocier ? En tout cas ils avaient laissé comme consigne de déserter la Citadelle s’ils n’avaient pas donné de nouvelle d’ici le lendemain… une course contre le temps, et contre un dragon…
Étrangement, l’inquisiteur semblait faire totalement confiance à cette sorcière puisqu’il m’a alors demandé de repartir avec lui aussitôt. J’espérais malgré tout que tout se passe bien pendant notre absence.

Alors que nous venions de repartir, Torkemada reçut un message magique de Sorana : elle et son groupe avaient pu gérer le problème des pillages barbares et, à l’en croire, ils avaient pu découvrir une nouvelle piste. Elle nous demandait d’investiguer sur un supposé campement barbare à quelques jours à l’ouest de notre position. Nous nous sommes donc dirigés par là et effectivement j’ai pu y ressentir une forte présence démoniaque. Torkemada a quant à lui repéré des traces humaines, sans doute des fanatiques : en les suivant, nous sommes finalement tombés sur un ancien village sarkarien organisé autour d’un gigantesque arbre Thane : ces fameux monstres végétaux, si grands qu'on pouvait y construire des bâtiments entiers. J'avais appris qu'ils servaient jadis de prison aux arcanistes sarkariens, dont le peuple était particulièrement superstitieux. Cette découverte s'avérait très intéressante, mais bien trop dangereuse pour nous deux.
Cela faisait déjà une demi-douzaine de jours que nous étions repartis de Drézen, et la nuit de l’humain a encore été particulièrement agitée. A son réveil, sans en expliquer la raison, Torkemada insista pour que se rendre, seul, vers un fort abandonné à deux jours à l’ouest. Comment pouvait-il être au courant de la présence d’un tel endroit si loin ? Quoi qu’il en était, il avait pu contacter Sorana et son groupe qui devaient le rejoindre sur place.

Quant à moi, j’étais chargée de retrouver cette Éclaireur humaine avec un groupe de réfugiés dans le temple que nous avons croisé il y a quelques jours, pour ensuite les guider jusqu'à Drézen… Quant aux événements qui y ont eu lieu concernant ce Dragon, je n’avais toujours aucune nouvelle…




Perdus (par Ameiko)

C’était la panique dans le camp depuis le matin qui avait suivi notre départ du Gué de Vilareth : en nous réveillant, la brume qui s’était levée pendant la nuit nous empêchait de distinguer notre environnement, nous avions même cru nous être retrouvés dans un village abandonné mais cela devait être quelques mirages provoqués par ce phénomène climatique. En quittant la zone de brouillard, le paysage avait changé du tout au tout, nous devions nous rendre à l’évidence : nous nous étions retrouvés malgré nous déplacés quelque part dans la région !
Nous étions alors en compagnie des réfugiés barbares qui ne comprenaient pas davantage la situation que nous, et qui ne reconnaissaient pas non plus le terrain. Nous devions donc commencer par explorer la région pour tout d’abord retrouver notre localisation. Cela ne devait pas être trop compliqué, mais nous a au final fait perdre un temps précieux.

Le premier indice que nous avons découvert était le lit de ce fleuve asséché depuis longtemps qui traversait la zone, et que nous voyions continuer à serpenter au loin. D’après ma carte, cela nous laissait trois possibilités : soit nous nous étions rapprochés de Drézen au nord-est, soit nous nous en étions éloignés au contraire, à l’opposé au sud-ouest, soit nous avions été déplacés de l’autre côté du lac de lave au centre de la région des Marches. Il fallait continuer à explorer.
Cela nous a pris deux jours supplémentaires pour comprendre que nous nous trouvions au milieu d’un canyon large d’une vingtaine de kilomètres : notre position ne laissait alors plus aucun doute : nous errions à l’extrême nord-ouest du lac de lave. Nous devions donc poursuivre vers le nord pour rejoindre la route de la citadelle, mais il fallait atteindre le sommet du plateau ce qui, avec notre groupe actuel composé de femmes, d’enfants et de vieillards réfugiés, n’allait pas être une mince affaire.

Dès le lendemain matin, l’oracle a prévenu son ami Torkemada que nous avions retrouvé notre route, et ce qu’il nous a alors répondu bouleversa nos plans : il semblait avoir découvert quelque chose de capital au nord-ouest de notre position et nous y donnait rendez-vous. Nous avons donc décidé de nous séparer, et j’avais pour mission d’escorter le groupe de barbares. Comme nous n’avions pour le moment pas eu de nouvelles de la situation à Drézen concernant la demande du Dragon de la Plaie, il semblait plus sage de faire une halte en lieu sûr. Un groupe d’exploration avait déjà sécurisé un ancien temple à deux jours de marches d’ici : c’est donc là où nous devions retrouver l'elfe Narwenn qui serait notre guide jusqu'à Drézen.


La suite, bientôt !

Modifié par un utilisateur jeudi 14 novembre 2019 22:18:26(UTC)  | Raison: Non indiquée

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