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  • Comportement, apparence et psychologie

    Yolen est plutôt une taiseuse qu'une causeuse. Elle est aussi observatrice que discrète, et ce n'est pas vraiment un caractère qu'elle cultive. Elle est simplement quelqu'un qu'on remarque peu, et qui n'inspire de prime abord pas grand-chose. Elle est de taille moyenne, de constitution ordinaire et de visage quelconque. Sans que quelque chose ne retienne son attention, elle a un regard noisette mélancolique et perdu dans le lointain. Une fois concentrée sur ce qui se passe autour d'elle, ses yeux brillent de vie et d'excitation. Elle s'habille avec du tissu solide et du cuir chassé et tanné par ses soins. Des vêtements guère seyants mais confortables, dans des teintes de vert sombre et de brun. Elle se coupe les cheveux, qu'elle cache sous un chapeau de cuir. Quoi qu'en diraient des notables urbains si on leur demandait leur avis, elle a une hygiène et une tenue impeccable pour quelqu'un qui passe sa vie en extérieur et il est impossible de soupçonner un tel mode de vie en la voyant pour la première fois.

    Elle abhorre la violence et fait tout pour éviter les effusions de sang. Ce qui n'est pas évident lorsque personne ne vous écoute. Si elle est impliquée, il faut généralement quelques baffes pour faire cesser les hostilités. Il lui arrive de s'interposer alors même que l'altercation ne la concerne pas, pour y mettre fin. Ce n'est pas fréquent, et c'est probablement un sentiment d'injustice viscéral qui motivera son intervention. Dans ces moments, elle parle peu mais y met tout son cœur.

    Historique

    La fête battait son plein. Yolen décompensait, une bière posée devant elle et une pipe à la main, le regard dans le vide. La musique et la foule dansante se confondaient dans une synesthésie bruyante et colorée.

    Quelqu'un s'assit à côté d'elle. La secousse sur la planche, le soupir bruyant et l'odeur de sueur et de cuir la ramenèrent dans l'ici-et-maintenant. Elle dévisagea l'intrus. Jeune - plus qu'elle - et plutôt mignon. Il affichait un sourire probablement charmeur. Elle le lui rendit un peu tard, ce qui ne sembla pas le perturber. Pourtant ça aurait dû. Il doit avoir de la suite dans les idées.

    « C'est joli ça, dit-il pour entamer la conversation. Son doigt pointait vers le tatouage qui dépassait de sa manche. Il va jusqu'où ?
    — La nuque d'un côté, la cuisse droite de l'autre. La subtilité du type était affligeante, mais elle n'allait pas faire la fine bouche. Après l'opération de ce soir, elle avait besoin de déstresser. Jouer son jeu était certainement le plus simple et le plus rapide.
    — Ho, pas mal. Je pourrai le voir ? Le regard plein d'espoir devint lubrique. Lui, il fallait le calmer un peu sinon elle allait subir la suite.
    — Non. » Déception prévisible. Le visage du type se ferma, mi-interrogatif et mi-énervé. Voila, j'ai bien fait, j'étais déjà un truc à sa disposition. « Si on couche ensemble, c'est toi qui sera à quatre pattes et moi derrière. Et comme j'aime bien agripper les cheveux, tu pourras pas trop tourner la tête. » Elle tira sur la pipe, guettant la réaction en réprimant un sourire moqueur.


    Il se leva brusquement, en la toisant comme un animal dangereux. Elle soutint son regard sans bouger jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la foule, soufflant doucement la fumée. Dommage, encore un mieux pourvu en virilité qu'en sens de l'humour. Bordel, c'est quoi ce village de coincés ? Ce n'était pas avec une bière que Yolen allait avoir son compte. Danser était hors de question, elle était surexcitée par la tension mais bien trop fatiguée pour ce genre d'effort. La silhouette qui s'approchait allait peut-être faire évoluer sa soirée. A l'approche, Yolen la reconnut : c'était la sœur de la femme qu'elle avait accouchée cet après-midi. Elle tenait quelque chose dans les mains. Ça sentait bon.

    « Tu n'as encore rien mangé ce soir. La fête est autant pour toi que grâce à toi, tu sais... » Son sourire s'affaiblit une seconde. « Reprends-en si tu as encore faim, il y en a bien assez. » Elle lui tendit l'écuelle et une miche de pain. Et la discussion dura. Lorsque la femme se leva, Yolen se rendit compte qu'elle était non seulement apaisée, mais aussi épuisée. Elle finit sa bière, vida sa vessie derrière un arbre et s'écroula sur la paille, basculant dans le sommeil au moment où son corps passa en position horizontale.

    La vie n'avait pas toujours été aussi simple, succession de bonnes actions et de plaisirs sans conséquence.

    Yolen avait été jetée sur les routes par son mari. Le "beau parti" qui avait mis d'accord ses parents et elle-même était charmant et maniéré, et possédait les compétences de gestion attendues d'un futur propriétaire terrien. Incidemment, c'était un psychopathe cupide, mais ça elle ne l'apprit que deux ans après leur mariage. Durant cette période sans fausse note, la ferme prospérait et son mari se préparait à en recevoir la gestion. Yolen parachevait son apprentissage d'herboriste et de soigneuse, quoiqu'elle doutait pouvoir réellement exercer ce métier dans un bourg qui comptait déjà plusieurs personnes d'expérience, et qui elles n'avaient pas à s'occuper en plus d'une propriété familiale, ni d'une famille qui allait arriver tôt ou tard.

    Et puis une nuit, le piège se referma brutalement sur elle. La milice vint la chercher, soupçonnant qu'elle soit à l'origine du meurtre de ses parents. Effondrée par la nouvelle, elle se comporta exactement telle que l'instigateur l'avait prévu : murée dans un silence pris pour un aveu. Les fausses preuves et témoignages fabriqués ne lui laissèrent pas la moindre chance de se défendre, et eurent le mérite de lui exposer l'homme derrière cette mise en scène. La trahison de son mari, qu'elle croyait aimer, transforma son apathie en rage féroce. Elle saisit une opportunité d'évasion et disparut avant son procès.

    Elle vécut comme une marginale. Dans les forêts, de passage dans des villages où personne ne la connaissait, elle vivait de ce qu'elle savait faire : reconnaître les plantes et soigner maladies et blessures. Elle se fit oublier, et tacha de se rendre utile en même temps. Les gens qui faisaient commerce de denrées récoltées ou chassées en forêt étaient nombreux (quoique l’étendue forestière ne les amenait que très occasionnellement à se croiser), en revanche celles et ceux qui y vivaient en permanence était fort rares.

    A rôder dans des lieux oubliés des humains, Yolen assista un jour à un règlement de comptes entre des… choses. Celle qui décapita son adversaire s’avança ensuite nonchalamment vers elle, bien qu'elle se savait parfaitement fondue dans le décor. Elle lui sourit d’un air cruel et l'invita à s'avancer, puis exécuta un geste qui lui arracha son ombre en la laissant à genoux, en choc. Toussant et haletant, Yolen se redressa péniblement, l’arme à la main. Elle faisait face à sa propre image, désarmée, les bras croisés, et le même sourire narquois qu'arborait son formidable adversaire. Un double imparfait, parcouru de sombres tremblement. « Elle te tiendra compagnie », fit la chose derrière, retenant un fou rire. Elle ne sut jamais s’il s’agissait d’une intention de cadeau ou de malédiction, ni si la phrase s'adressait à elle ou à cette chose modelée à partir de son ombre.

    L'ombre resta à ses côtés, moqueuse et silencieuse, jusqu'à une altercation avec des bandits durant laquelle elle absorba un coup qui aurait sans doute été fatal à Yolen. Elle disparu sans un bruit à ce moment. Mais son ombre, sa vraie ombre, ne revint pas. Elle erra un moment, probablement plus qu'elle n'en eut conscience. Des semaines ? Des mois ?

    Elle recouvra véritablement ses esprits dans un souterrain, une crypte dont elle ignorait tout. Elle était assise contre un mur, blottie. Une faible lumière éclairait la salle, venant d'un couloir qui ramenait probablement à la surface. Elle avait beaucoup pleuré et se sentait sale. Face à elle, accroupie à sa hauteur, son reflet la regardait avec un mélange de malice et d'inquiétude. Elle traçait des mots dans l'air, qu'une trainée d'ombre permettait de lire avant qu'ils ne disparaissent. Beaucoup de mots. Les yeux de Yolen s'écarquillèrent. « Vraiment ? » L'autre inclina doucement la tête. « Faisons ainsi alors. J'en suis heureuse et honorée ». Elle se redressa, marcha avec son double jusqu'à la lumière et ne la fit disparaitre qu'à l'approche de la civilisation.

    Durant ce long voyage, elle croisa la route de quelques personnes intéressantes et attachantes. Dont Likaa et les saltimbanques avec qui elle voyageait. Elle les a accompagné un temps, comme cela se fait souvent entre voyageurs. Leur histoire familiale commune les a rapproché. Yolen, pourtant peu disposée à étaler sa vie privée, fit le premier pas après une attaque de chasseurs de primes, dont personne ne sut laquelle des deux femmes était leur cible. Elle recroisa leur chemin bien plus tard, alors qu'elle traquait son mari. Là encore, elle chemina quelque temps à leur côtés, puis reprit sa piste. Likaa est l'une des rares personnes à connaitre l'existence de ce double ombrageux, mais n'a pas pu lui en dire plus que ce qu'elle savait déjà (ce qui était déjà fort peu).

    Elle revint chez elle au bout de quelques années, discrètement, afin de confronter son cher époux. Que ce cochon hérite de la propriété familiale la heurtait autant que sa propre condamnation, et elle entendait bien faire réviser le procès. L'autre ne s'y attendait pas, et sous la menace elle eut droit à des aveux complets... Juridiquement inexploitables certes, mais très utiles pour orienter ses recherches futures. Une bagarre éclata, et elle du s'enfuir de nouveau avant que la milice ne la reconnaisse et ne la pourchasse. Elle collecta rapidement des preuves de la machination. En particulier, elle retrouva et fit juger l'assassin payé par son mari, confondu par la lettre de mission qu'il avait conservée. Son mari, sentant le vent tourner, disparut à son tour avant qu'elle ne puisse revenir chez elle et demander la révision du jugement.

    Depuis bientôt quatre ans, elle le traque pour le traîner en justice et faire annuler sa propre condamnation, toujours en vigueur. Un divorce ne serait pas de refus, songe-t-elle occasionnellement. Elle suit patiemment sa trace, les preuves au fond de son sac. Persuadée qu'il se fatiguera avant elle de courir.


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