Je n’ai pas connu ma mère, on m’a dit que son nom était Martha Cri d’acier. J’ai fait beaucoup de recherche sur elle, mais je n’ai pas pu trouver grand-chose datant d’avant son arrivée au service du baron Carl Arnsen. Elle n’était pas originaire d’Absalom, mais elle y arriva après de nombreuses années d’errances et de combats. Personne n’a pu me dire pourquoi elle s’est engagée comme garde du corps de Carl, mais tout le monde a pu me dire pourquoi elle est morte ; elle a donné sa vie pour que son seigneur puisse continuer la sienne. Elle a accompli son devoir et tout le monde l’aime pour ça… encore vingt ans après sa mort.

Le bon baron ne voyait pas le petit orphelin que j’étais devenu être envoyé dans l’horrible orphelinat de ???. Il décida donc de m’adopter et ça n’a pas des masses plut à ses quatre enfants naturels ; mes frères et sœurs. Tristan, l’ainé ne m’a jamais véritablement apprécié, sûrement parce qu’il ne me connait pas ; pour lui, je ne suis pas de leur sang, donc quoi que je fasse, je ne vaux pas mieux qu’un paysan… ou les bêtes qu’ils utilisent. De même, Irina ne s’est jamais intéressé à moi, sûrement parce que je ne m’occupe pas suffisamment de mon apparence. Et finalement, il y a Sigurd… C’est certain que j’aurais préféré qu’il me considère insignifiant à l’instar de ses frère et sœur. Je n’ai jamais compris ce qui nourrissait sa jalousie, mais j’en ai fait les frais : du jour de mon adoption jusqu’à maintenant.

Je pense que mon père s’en est rendu compte et que c’est une des raisons pour lesquelles il m’a envoyé chez sa cousine, Dame Vir Arnsen à Absalom, pour apprendre à être un gentilhomme loin loin, dans l’entourage de Lord Avid… C’est plus une façon de parler, car je pense que Lord Avid n’a jamais entendu le son de ma voix. Au contraire de Dame Vir et son homme de main Gabriel ; la première affûtait mon esprit alors que le second s’occupait de mes réflexes de combattant.

Jusqu’à mes quinze ans, le temps que je ne passais pas à dormir ou à manger, je le passais soit à étudier à la grande bibliothèque d’Absalom, soit à m’entrainer avec Gabriel. Bien que les séances d’entrainements soient essentielles à l’homme que Dame Vir voulait que je devienne, c’était mes longues heures à la bibliothèque qui apportaient de la joie dans ma vie. Au travers des livres, je vivais mille et une vies, toutes plus intéressantes les unes que les autres… et certainement plus intéressantes que la mienne. Apprendre comment les anciens avaient construit les plus grands temples, lire le récit d’explorateur revenant du bout du monde, tant de connaissances entraient dans ma tête, mais au grand dam de Dame Vir, elles n’y restaient pas fort longtemps. Peut-être est-ce mon inaptitude à vomir les enseignements, ou est-ce une pure coïncidence, mais la présence de Dame Vir se fit de plus en plus rare et mon enseignement fut confié à Sonya, la fille de la bibliothécaire.

Au début, les cours étaient du même acabit que ceux de ma tante, mais un beau jour, après avoir vérifié de personne ne viendrait nous déranger, Sonya ouvrit la fenêtre, enjamba l’appuie de fenêtre et sauta. Je me précipitai pour la sauver, pour la voir me sourire debout sur le toit en contrebas puis m’inviter de la suivre. Après une courte hésitation, je la suivis. Elle m’emmena dans des coins obscurs de la ville et me montra comment vivaient les plus pauvres d’Absalom. Elle m’expliqua pourquoi la communauté Shoanti avait fui leurs terres et pourquoi ils ne s’entendaient pas avec leurs voisins. Elle entra dans un bâtiment en ruine où une vielle dame cultivait des champignons étranges et m’enseigna pourquoi ils étaient cultivés.

A la moindre occasion, nous nous éclipsions par la fenêtre pour vivre nos propres aventures. J’en profitais pour mettre en pratique les enseignements que Dame Vir avait tenté d’incruster dans ma tête, mais un jour, ce fut les leçons de Gabriel qui me furent utiles. Au détour d’une ruelle, nous vîmes trois malandrins racketter un marchant, Sonya me tira par le bras pour nous mettre à l’abris, mais je résistai et sautai dans la mêlée. Je ferraillai dur, les coups pleuvaient, et j’aurais sûrement été débordé si Sonya n’était pas venue me prêter main forte. Une fois les truands mis en déroute, nous aidâmes le marchant à réparer son étal.

Les jours suivants, il apparût évident que notre petite aventure de redresseur de torts lui donna des idées pour les enseignements suivants. Elle nous confectionna des loups et armés de notre courage et de notre bonne volonté, nous allions aider les plus pauvres habitants d’Absalom.

Le jour de mes dix-huit ans, mon père me rappela à ???. Il me reçut alité et m’expliqua qu’il allait bientôt partir retrouver sa femme et ma mère. Il me dit qu’il était fier de l’homme que j’étais devenu. Que mon cœur était pur, qu’il aimerait que j’aide ses autres enfants à diriger ??? et porter fièrement le nom Arnsen. Il me dit que mon sens de l’honneur pourrait profiter à la ville et me nomma capitaine de la garde. Cette décision n’emporta pas un franc succès auprès de ses enfants ni auprès de la population pour qui j’étais devenu un inconnu qui ne faisait que passer ses vacances à ???.

Mes subordonnés étaient fort réticents au début, mais mes bons résultats et ma rigueur à la tâche me permit doucement de gagner ma place, malgré le fait que je ne rivalisais pas avec eux au niveau expérience et combat. Mon père mourut moins d’un an plus tard et Tristan avait dû lui promettre de me conserver à ce poste car il ne me démit pas de mes fonctions et bien que froide, une relation de travail efficace se mit en place. Bien que je sois en théorie sa sœur, Irina me considérait autant que le roturier qui occupait précédemment le poste de capitaine de la garde.

Comme je pouvais m’y attendre, c’est avec Sigurd que ça ne passait pas… encore moins qu’avant. Dès qu’il avait l’occasion de me dénigrer et de me mettre des bâtons dans les roues, il ne s’en privait pas. Jusqu’à l’année passée, où j’enquêtais sur des rumeurs de vente d’esclave. Horrifié, tous les indices me mettaient sur la même piste et la conclusion était sans équivoque. Sigurd payait sa dépendance au jeu en étant à la tête d’une organisation de capture et de vente d’esclave.

J’ai demandé un entretien privé à Tristan et je lui exposai toutes les preuves. Et je conclus en lui demandant une faveur : J’avais promis à notre père d’honorer le nom des Arnsens et je ne voulais pas être à l’origine d’un lynchage public et donc il fallait qu’il pousse Sigurd à l’exil, tout en me laissant démonter le reste de son organisation.