Retour

Le val de Sombrelune n’a pas toujours été cette vallée avec ses geysers bouillonnants, où flotte la vapeur des sources chaudes. Les chroniques naines révèlent qu’avant la Déchirure, la région était une large plaine parsemée de petites collines. Combien d’autres choses aurions-nous pu apprendre des nains qui vivaient dans la Faille de Droskar si son éruption cataclysmique n’avait pas scellé leur immense ville sous des tonnes de roches ?

— Luna Aldred, Éclaireur et Première citoyenne d’Olfden


La colonisation naine

Bien avant que les humains ne s’installassent dans la région, le val de Sombrelune était une région frontalière qui a appartenu à toute une série d’empires et de royaumes nains, le dernier en date étant le royaume de Tar Khadurrm.

L'empire du Tar Taargadth

Cet empire nain s’étendait dans le monde entier. Il acheva la Quête du ciel et vit l’apparition des nains à la surface en –4 987. Chaque nain se considérait comme un sujet du vaste et majestueux empire du Tar Taargadth. Cet empire exista pendant près de sept milliers d’années, jusqu’à ce que les luttes intestines et les guerres de succession ne le déchirent de l’intérieur et qu’il ne se divise en plusieurs dizaines de petits royaumes et cités-états.

Dans les montagnes, au nord de ce qui est aujourd’hui le val de Sombrelune, dans la chaîne de montagnes appelées aujourd’hui les Cinq Rois, cinq frères luttèrent pour la suprématie. Les riches veines d’or, d’argent, de mithral et d’adamantium, sans parler du fer et du cuivre que l’on trouvait en abondance, alimentèrent les conflits entre les cinq frères qui s’enlisèrent dans une série de guerres fort coûteuses. Leurs descendants poursuivirent ces guerres pendant près de sept siècles jusqu’en 2 332, date à laquelle la nation humaine de Drume intervînt et oeuvrât avec les cinq rois pour rédiger l’accord de paix de Kerse. Pour célébrer la fin de la guerre, les royaumes taillèrent une sculpture des cinq rois pacifiques sur le flanc des montagnes. La plus petite de ces cinq sculptures surplombe la passe de la Tour Royale et marque la frontière nord du val de Sombrelune et de l’Andoran.

L’ascension du Tar Khadurrm

Le royaume du Tar Khadurrm a été fondé par Khadon le Puissant. Khadon s’installa dans les Cinq Rois pour y établir un nouveau royaume nain et il se battit pendant des dizaines d’années pour nettoyer la région des orques, des gobelins et des kobolds. En 3 279, il déclara avoir réussi.

Pour ancrer son pouvoir dans le sud, Khadon envoya 1 500 sculpteurs, mineurs et soldats nains à la Faille de Droskar où ils fondèrent la ville de Jernashall en 3 312. En 3 450, après avoir établi des contacts pacifiques avec les royaumes humains de la région, Khadon envoya son fils, Sidrik le Séduisant, au sud en tant que diplomate. Le jeune Sidrik lui apprit que les humains souhaitaient disposer d’une ville en surface pour commercer. Khadon autorisa son fils à entreprendre la construction d’une telle ville et Sidrik s’y attela l’année suivante (avec l’aide deshumains). Le roi Khadom fi t son dernier voyage cette année-là pour reconnaître offi ciellement la fondation de Raseri Kanton. Le grand âge l’emporta sur le chemin du retour et la couronne échoua à un Sidrik réticent.

Le roi Sidrik le Séduisant déplaça la capitale du royaume à Jernashall en 3 493 et elle y resta jusqu’à la destruction de la ville en 3 980 (voir la Déchirure). Dès 3 925, les volcanologues nains de Jernashall avertirent les gens que la Faille de Droskar entrerait bientôt en éruption et qu’une explosion destructrice aurait lieu dans le courant du siècle. Les ingénieurs de Jernashall haussèrent les épaules et précisèrent que leurs oeuvres pouvaient survivre à n’importe quelle éruption qui ne raserait pas la montagne. Et effectivement, Jernashall sortit presque intacte de la première éruption de la Faille de Droskar mais le gigantesque séisme qui l’accompagna endommagea ses infrastructures protectrices. Quand une deuxième éruption se produisit le lendemain, la lave inonda les couloirs de Jernashall.

La chute de Tar Khadurrm

Après l’annihilation de sa capitale, le royaume du Tar Khardurrm a connu une spirale d’autodestruction et de décadence. Pendant les quatre siècles qui suivirent, les nains ne se refusèrent aucun vice et sombrèrent dans la paresse et l’apathie… deux défauts complètement atypiques pour des nains. Le roi Talhirk l’Affairé, le dernier grand roi du Tar Khadurrm, passa la totalité de son règne à essayer vainement de rendre à son royaume un peu de sa gloire perdue, et il ne se maria que sur la fin de sa vie. Sa jeune épouse ne lui donna qu’un unique fils nommé Garlbold qui monta sur le trône en 4 177, à la mort de son père. La prise de pouvoir de Garlbold ne se fit pas sans heurts car ses cousins plus âgés revendiquèrent aussi le trône. Pour que la succession se déroule de façon pacifique, Ordrik, un cousin de Garbold et grand prêtre de Droskar, le sinistre dieu du labeur, couronna Garbold devant toute sa famille, folle de rage.

Ordrik ne s’éloigna jamais de Garbold, surtout alors qu’il succombait de plus en plus à l’emprise de la drogue, et, suivant les conseils de son cousin, le roi délégua un pouvoir de plus en plus grand aux prêtres de Droskar. Enfin, en 4 369, Ordrik se lança : il déposa le roi (et sa tête à ses pieds par la même occasion) et lança la sanglante Guerre de la forge. Pendant 13 ans, les nains se battirent pour l’avenir de leur nation et en 4 382, Ordrik tua le dernier général royal, transformant l’empire nain en théocratie. Il prit la tête de ce nouveau régime, rebaptisa la Faille de Torag qu’il nomma Faille de Droskar (nom qu’elle porte encore de nos jours) et, pendant les années qui suivirent, les nains du Tar Khadurrm travaillèrent comme si leur vie en dépendait. Ce qui était d’ailleurs le cas.

Ordrik mourut peu après s’être assuré le contrôle de l’empire et ce dernier fleurit pendant des dizaines d’années sous le règne de son apprenti favori. À travers ses prêtres, Droskar exigeait toujours plus de travail, toujours plus de constructions et finalement, même les nains, pourtant stoïques et résistants, finirent par renâcler à la tâche. Au début, la fatigue se traduisit uniquement par la médiocrité des œuvres naines. Mais lentement, cette médiocrité se mua en travaux bâclés et de piètre qualité, qui finirent par s’écrouler. En 4 466, la dernière grande nation naine s’effondra, après avoir été un symbole de civilisation dans les Cinq Rois pendant des siècles.

Les colonies humaines

Pendant des siècles, les humains de ce qui est aujourd’hui l’Andoran et l’Isger connurent le val de Sombrelune sous le nom de plaine du Tar Khadurrm. C’était alors une région située au sud du puissant royaume nain, remplie de monstres et représentant peu d’intérêt. Les marchands d’Isger traversaient la passe d’Isger, contournaient la Faille de Droskar (appelée Faille de Torag à l’époque) et se rendaient dans la ville commerciale si riche de Raseri Kanton - du moins jusqu’à ce que la Déchirure change plus que le paysage.

La Déchirure

Le 18 desnus 3 980, la Faille de Droskar (alors appelée Faille de Torag) entra en éruption et déclencha une série d’évènements qui modifièrent le paysage environnant. Plus tard, les historiens appelèrent ce cataclysme la Déchirure. Il transforma toute la région du val de Sombrelune et affecta aussi ce qui est aujourd’hui la Drume, l’Isger et une grande partie du nord et de l’ouest de l’Andoran.

La Déchirure débuta quand la Faille de Droskar se débarrassa de près de 300 mètres de sommet lors d’une gigantesque éruption qui assombrit le ciel du sud de l’Avistan pendant près d’un an. Plus d’un kilomètre cube de lave, de boue et de pierre dévala la pente nord du volcan et créa une vaste étendue plane entre la crête d’Argent et la crête de la Slagiron. Cette coulée ensevelit la passe d’Isger sous près d’un mètre de roche en fusion. Des lahars dévalèrent les pentes sud et ouest de la montagne et répandirent une boue surchauffée sur de vastes étendues de forêt, abatant des dizaines de kilomètres carrés d’arbres. N’étant plus retenu par près de 300 mètres de roche et de glacier, le magma de la montagne jaillit dans les cieux et envoya des projections de lave de la taille d’un chat aussi loin qu’Orégent, au sud, et Macrid, au nord.

L’explosion de la Faille de Droskar déclencha un tremblement de terre massif que l’on ressentit jusqu’en Varisie et qui ouvrit de nombreuses failles dans les terres avoisinantes. Ces failles permirent à la lave de se déverser dans le vaste réservoir qui existait autrefois sous le val de Sombrelune et l’eau se transforma alors en vapeur surchauffée. La vapeur fissura la terre en surface et s’échappa par des geysers. La région s’effondra alors de trois à quinze mètres et donna naissance à la cuvette du val. La face sud-est de la Faille de Droskar s’effondra aussi, formant ainsi les Lézardes et envoyant la ville de Raseri Kanton 120 mètres plus bas, au pied des nouvelles falaises.

Le sud-est de l’Andoran, qui appartenait alors à l’empire chélaxien, souffrit du séisme et des retombées du volcan, mais aucune de ces tragédies ne put rivaliser avec l’inondation causée par l’Écume. Quand la rivière se tarit pendant quelques jours, le flot de l’Andossan diminua aussi. Mais dès que l’Écume se libéra du val, un véritable mur d’eau, de vase et de débris s’écrasa sur l’Andossan et inonda l’Andoran du confl uent de l’Écume jusqu’à la mer Intérieure. Ce véritable raz de marée emporta des quartiers entiers d’Almas qui finirent leur course dans l’océan.

L’arrivée du Faucon

En rova 3 980, afin de comprendre quel cataclysme les affecta ainsi, les habitants d’Almas envoyèrent une expédition dirigée par le célèbre alpiniste Garshweiss Frengistan pour remonter le cours de l’Andossan. Quand Fregistan revint six mois plus tard, il raconta trois choses : la zone qui se trouvait juste au sud des Cinq Rois avait été très endommagée par l’éruption de la Faille de Droskar, une grande partie des ignobles créatures qui vivaient dans la région semblaient avoir périt lors du cataclysme et une vaste forêt d’ébénite (dont certains arbres avaient été abattus par le volcan) attendait la hache des bûcherons.

Pourtant, ce n’est qu’en 4 113, quand Karas Novotnian, dit le Faucon, mena une expédition composée de soldats chélaxiens et de quelques amis aventuriers, que le Chéliax put véritablement prétendre posséder le val. Novotnian et son groupe découvrirent un paysage dévasté qui se remettait lentement de la catastrophe. Une grande partie du sol de la vallée était criblée de mares de boue et de geysers et un panache de vapeur s’élevait constamment de la Faille de Droskar tandis que le sol tremblait presque toutes les heures. Malgré la destruction, la forêt d’ébénite décrite par Frengistan était bel et bien là. Novotnian et ses hommes ne perdirent pas de temps, ils construisirent un fort temporaire sur une petite falaise (fort qui deviendra plus tard Adamas). De là, Novotnian passa plusieurs années à pacifier la région et le faucon, emblème de sa famille, déploya ses ailes sur tout le val au sud de l’Écume. En 4 117, l’empereur du Chéliax reconnut ses efforts et lui accorda le titre de baron de Sombrelune, un titre que sa famille conserva pendant près de six cent ans.

Les Guerres du sang gobelin

Il y a une dizaine d’années, les gobelins sortirent de terre dans tout l’Avistan. Au début, les royaumes humains eurent bien du mal à résister à ces assauts, puis, en moins d’un an, ils renversèrent la situation et repoussèrent les hordes de gobelinoïdes dans les profondeurs. D’ailleurs, les Sombrelunois remercient les dieux que les gobelins n’aient jamais franchi les passes du val de Sombrelune.

Les Chevaliers de l’aigle d’Almas traversèrent le val pour atteindre la passe d’Isger où ils érigèrent des terre-pleins (qui existent encore) et des palissades de bois (qui n’existent plus). Les chevaliers remarquèrent alors pour la première fois la rigueur des conditions de vie des Sombrelunois. Pour essayer d’améliorer cela, les chevaliers agrandirent le petit avant-poste d’Adamas qui devint une véritable forteresse. Officiellement, les Chevaliers de l’aigle annoncèrent que la garnison du Régiment de diamant n’était qu’une première ligne de défense au cas où les attaques gobelines reprendraient mais en réalité, la majorité des gens savaient bien ce qu’il en était : Adamas était pour eux un moyen de contrôler les activités du Consortium du bois et d’améliorer la vie des Sombrelunois.

La nuit du sang argenté

En 4 707, au beau milieu de la nuit, alors que le 11 arodus se muait en 12, par une belle nuit d’été et alors que la pleine lune brillait dans les cieux, une véritable armée de hobgobelins avides de combats et de loups-garous au dos voûté jaillit de la forêt d’Arthfell. Cette armée enveloppa la ville lors de l’attaque la mieux coordonnée que les loups-garous aient jamais lancé contre la ville. Ils construirent des fortifi cations et des engins de siège. Les trébuchets et les catapultes firent pleuvoir la destruction sur la ville tandis que les archers hobgobelins lançaient leurs flèches enflammées sur Olfden et incendiaient les bâtiments de bois au toit de chaume. Pire encore, les armes en argent, sur lesquels les défenseurs d’Olfden comptaient tant, semblèrent inefficaces contre les lycanthropes. Étrangement, quand ces armes blessaient les loups-garous, ils versaient un sang argenté.

Au cours de cette longue nuit, la ville fut assaillie de l’ouest, du sud et de l’est par trois vagues de loups-garous, aidés de leurs alliés hobgobelins et dirigés par des druides de la Meute des ombres. Les défenseurs d’Olfden étaient habitués à des attaques lancées par de petits groupes de lycanthropes mais n’étaient pas prêts à affronter un assaut aussi bien organisé (sans parler de l’étrange immunité des loups-garous contre l’argent). Les gardes perdirent presque les murs lorsque les assaillants y ouvrirent plusieurs brèches. Mais heureusement pour la ville, les exploits de plusieurs individus permirent de garder les loups-garous en respect juste assez longtemps pour que les soldats du Régiment de diamant et les rôdeurs de la Garde sauvage réussirent une sortie et brisent le siège.
  Nom Taille
- alphabet nain.png 17,94 KB