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Offline Lyana  
#61 Envoyé le : dimanche 19 mars 2017 21:39:18(UTC)
Lyana
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Bhaal, Célestin et Jyll (partie 2)

27 desnus, dans l'après midi.


oudain, l'expression du visage du demi-démon devint plus grave. Il s'assit sur un tabouret en face de celui de Célestin et prit doucement ses mains dans les siennes.
« Célestin, je... Je suis pas venu que pour ça. J'ai un autre service à te demander, » commença-t-il à voix basse, tête baissée. « Un service beaucoup plus grand encore. Je sais que tu as déjà fait beaucoup pour moi, pour nous, et ça m'ennuie de te demander ça, mais je sais vraiment pas vers qui d'autre je pourrais me tourner. »

Il semblait hésiter, ne sachant par quel bout prendre son affaire. « J'ai fait une connerie, Célestin, et maintenant je peux plus reculer. Je... Je crois qu'Alia ne va pas bien. J'ai ouvert une porte, enfin... Plutôt, j'ai forcé une porte, et maintenant je ne peux plus la refermer. Et si je ne vais pas jusqu'au bout, Alia ne s'en remettra jamais. »
Il prit une grande inspiration pour se décider à révéler ce qu'il savait. « Il faut... Il faut que tu m'aides à retrouver une esclave et à la racheter. Une petite fille. »


« Une... petite fille ? » Célestin releva un sourcil, le regard interrogateur. « Il va falloir que tu m'expliques tout ça... Mais avant, il faut que nous mettions quelque chose au clair, toi et moi. »
Il regarda le géant rouge dans les yeux, une expression résolument sérieuse sur le visage. « Il faut que tu me promettes une chose. Je veux que tu arrêtes de me demander des services comme ça à tout bout de champ. »

Malheureusement, il ne put garder son sérieux plus longtemps, et se mit à éclater de rire. « Ne fais pas cette tête ! Mais je suis sérieux, Bhaal. J'ai à chaque fois l'impression que tu me demandes une faveur. Je suis ton ami. Votre ami. Il est naturel que je vous aide. Alors dis-moi que tu as besoin d'un coup de main, expose les faits, et arrête de tourner autour du pot, mon chou ! »


D'abord étonné du sérieux de son ami, puis craignant d'avoir demandé son aide une fois de trop, Bhaal lâcha les mains de Célestin et se redressa sur son tabouret, comme pour se préparer à se défendre, avant de soupirer de soulagement lorsqu'il comprit où le jeune homme voulait en venir. Tête baissée, l'air las, il se contenta de hocher la tête en signe d'acquiescement.
« C'est juste que tu nous as déjà tellement aidés... Et puis, c'est une affaire compliquée. Je vais te dire tout ce que je sais mais sache qu'en le faisant, je trahis le secret d'Alia. »


Célestin leva la main à hauteur de la bouche de Bhaal pour le faire taire. « Non, ne dis rien alors. » Son regard se porta vers l'étage où Jyll avait disparu, les laissant entre hommes, un léger sourire aux lèvres en repensant à leur discussion au sujet des secrets. « Ce n'est pas à toi de me révéler ses secrets. Si quelqu'un doit m'en parler, ce sera elle. Et je ne lui en voudrais pas si elle préfère le garder pour elle... et toi. »
Il reporta son attention sur son ami. « Dis-moi juste ce que je peux faire pour vous aider. Je n'ai rien besoin de savoir d'autre. »


« Non, tu ne comprends pas, » répondit Bhaal, de plus en plus agité, « tu ne peux l'aider que si tu sais tout, et encore, c'est pas grand-chose. Elle ne te dira rien d'elle-même. Son secret est en train de la détruire. »


« Oh... » Célestin réfléchissait. Comment aider son ami sans qu'il ne trahisse le secret de son aimée ? De nouveau, il leva les yeux vers l'étage. Jyll était sage, elle saurait... Mais il se ravisa. Il ne voulait pas la mêler à cette histoire sans en savoir plus... Ce qui le faisait revenir au point de départ.
Il soupira. « Alia risque de t'en vouloir. Et je ne veux pas prendre ce risque. Nous devons en parler tous les trois... Voire tous les quatre. Est-ce que... Peut-être qu'elle en parlerait plus facilement à Jyll ? Ou en sa présence ? Je ne suis pas stupide, Bhaal. Si tu parles d'une petite fille esclave à racheter et en rapport avec Alia, il ne peut que s'agir d'une enfant chère à son cœur... Sa fille, je présume. »

Levant de nouveau la main pour couper court à toute prise de parole, il poursuivit. « Non, ne dis rien. Je ne veux pas le savoir, je ne veux pas que tu dises quoi que ce soit. Mais nous devons en parler avec elle. Tu ne peux pas prendre cette décision pour elle. C'est son secret. Elle en fera ce qu'elle voudra. Je ne peux que proposer mon aide, et non la lui imposer. Tu comprends ? »


Exaspéré de ne pouvoir dire ce qu'il était venu dire, il attrapa le jeune homme par les épaules et, inconscient de sa force, le secoua comme un prunier, comme si cela pouvait l'empêcher de parler. « Mais toi tu comprends rien, ma parole ! Il ne s'agit plus de savoir ce qu'elle veut, elle n'est plus elle-même ! » Hurla-t-il, sans se rendre compte que sa grande voix résonnait dans toute la maison. « Depuis avant-hier, elle fait des cauchemars tout le temps, elle erre dans la baraque comme un zombie, elle refuse d'aborder le sujet, elle me coupe la parole à la place pour me parler de la pluie et du beau temps, des assiettes et des couteaux, de tout sauf de ça ! J'ai du la bousculer sérieusement pour lui faire admettre que tout espoir n'était pas perdu. Quand elle a craqué... » Il s'interrompit, pris d'un sanglot irrépressible, avant de reprendre.

« Quand elle a craqué, elle a hurlé tellement fort que j'ai cru que ça allait la tuer. J'en étais malade. Les gardes sont venus chez nous, depuis l'arène, pour voir ce qui se passait. Elle souffre tellement qu'elle refuse de voir l'évidence, de peur de souffrir encore plus ! Là, t'as saisi ? Et en plus... En plus, tu le connais déjà, son secret, parce que oui, c'est de sa fille qu'il s'agit ! »

N'y tenant plus, le géant enfouit sa tête dans ses mains et se mit à pleurer. « Je voulais... Je voulais qu'elle soit libre... Ce qu'ils lui ont fait... Elle ne sera jamais elle-même si on ne l'aide pas. C'est comme une plaie béante, et j'ai enlevé le pansement, et c'est comme si... C'est comme si c'était plus elle... Oh, Célestin, il faut l'aider ! » Implora-t-il.


Secoué comme une poupée de chiffon entre les mains d'un enfant capricieux, Célestin ne put qu'attendre que le séisme se termine. Et lorsque le géant rouge le lâcha enfin, il était tellement hébété qu'il en perdit l'équilibre et lâcha son livret à croquis, suivit de son encrier et de sa plume. L'encre se répandit sur les pages, les maculant sous les yeux effarés du jeune artisan.
« Bhaal ! » s'exclama-t-il. « Par tous les saints ! » Il releva la tête vers son ami, l'air outré. « Bon sang, Bhaal ! T'as vraiment un problème de nervosité ! Tu crois vraiment que tu peux tout résoudre par la force ? Me secouer, parler plus fort, tu crois que ça peut résoudre quelque chose ? »

Il soupira en regardant le désastre au sol. « Bouge pas de là. Je vais chercher des chiffons pour nettoyer tout ça. Profites-en pour reprendre ton calme. » Il soupira de nouveau. « Il y avait là des heures de travail... »
Puis il leva les yeux vers l'étage, et éleva la voix. « Jyll chérie ! Tu peux descendre s'il te plaît ? Nous allons voir Alia ! »


Jyll déboula dans l'escalier avec une célérité déconcertante, rappelant à sa façon la grâce et les réflexes de celle dont on parlait juste avant. Elle s'arrêta un instant à mi-chemin, regardant Célestin, Bhaal, et ce qui était au sol. Elle dévisagea Bhaal d'un regard de furie avant de se tourner avec douceur vers Célestin « tout va bien mon ange? »
Jyll avait une lueur dans le regard, un timbre, et des gestes, qui tranchaient avec ses habitudes, même pour Célestin, comme une lionne bienveillante qui se crispait littéralement lorsque le danger était sur son territoire.


Bhaal s'accouda à la table, sa grosse main placée sur son front, et ferma les yeux. Il était submergé par le désarroi et la frustration. Son ami n'avait pas l'air de comprendre la situation et semblait plus préoccupé par son carnet de croquis que par le sort d'Alia. Mais en même temps, l'ancien gladiateur s'en voulait, malgré les dénégations du jeune homme, de s'en remettre à lui dès que quelque chose n'allait pas. Il s'en voulait également d'avoir provoqué, par sa colère, l'accident qui avait abîmé le carnet auquel Célestin avait l'air de beaucoup tenir. Il se sentait maladroit et pataud, mais il était trop énervé pour envisager de s'excuser maintenant. Il subit sans broncher les remontrances de Célestin, se contentant de hocher la tête avec lassitude.

Alors qu'il se demandait s'il ne valait pas mieux qu'il parte et laisse son ami tranquille pour aujourd'hui, il sentit sur lui un regard furieux et désapprobateur, et un coup d’œil dans l'escalier lui montra que c'était bien le cas. Mais la dernière chose dont il avait besoin à ce moment précis était une nouvelle démonstration d'agressivité ou de défiance. Comme s'il était capable de faire le moindre mal à Célestin ! « Quoi ? » lança-t-il à l'oracle dans un grognement, « je l'ai pas abîmé, ton biquet ! »


Jyll se contenait comme elle pouvait « tu as hurlé sur ta femme en la bousculant, et ça n'a pas donné le résultat escompté, je pensais que tu comprendrais tout seul que venir secouer Célestin chez lui ne l'aiderait pas à comprendre plus vite. »
Elle avait déjà l'air plus calme, fixant Bhaal, comme pour essayer de récupérer l'attention de Bhaal le temps que Célestin lui réponde.


Bhaal se retourna pour de bon vers la jeune femme. Elle semblait l'accuser de... Comment osait-elle ? « Mais... je n'ai pas... » Commença-t-il, les yeux écarquillés de stupeur, mais il ne servait à rien de se justifier. Il était, il serait toujours la grosse brute qu'on féliciterait avec condescendance de se civiliser ou, dans le cas contraire, qu'on mépriserait pour sa violence et sa rage. Cette même violence et cette même rage derrière laquelle tout le monde s'était caché tant que Kelmarane restait à prendre. Quelle hypocrisie ! Était-il coupable d'être ce qu'il était ? La colère et le ressentiment affluèrent à nouveau en lui. Il se leva d'un bond, renversant la table dans son geste, ainsi que le tabouret sur lequel il était assis.

« BORDEL, VOUS ME FAITES CHIER ! VOUS ME FAITES TOUS CHIER ! » Hurla-t-il, sa bouche déformée par un rictus et ses yeux lançant des éclairs. Il se retourna et se précipita vers la sortie. Il n'y avait bien qu'Alia qui le comprenait réellement. Ils étaient seuls.


Célestin découvrait une nouvelle facette de sa chère et tendre... justement pas si tendre ! Il eut à ce moment-là un mélange d'étonnement ébahi doublé d'un regard emplit d'amour inconditionnel pour celle qui ne cessait de le surprendre et de l'éblouir chaque jour.

Mais cette stupeur ne fit que croitre alors que l'échange entre sa bien aimée et son ami s'envenimait. Il n'eut que le temps de se reculer pour éviter de recevoir la table sur le pied, et regarda Bhaal sortir. Il papillonna des yeux, et se contenta de dire sur un ton morne : « Je... Oui, ça va my dear, ça va... »
Soupirant de nouveau, il regarda le désordre que le cyclone rouge venait de causer, avant de reporter un regard désolé sur sa compagne, s'adressant à elle avec un calme surnaturel. « Viens avec moi my love, je crois qu'ils ont vraiment besoin d'un coup de main... »


Alors que Bhaal sortait, Jyll ne s'adoucissait pas « Tu ferais plaisir à Nemlak avec un comportement pareil, tu te coinces entre la violence et la solitude, tu sais bien que tu aies capable de faire sans l'un et sans l'autre Bhaal, à toi de le choisir, Comme Alia l'a fait avec toi » lança t'elle en parlant fort, sans être certaine de si le géant rouge l'ait entendue ou non.

« Allons y, vite »


Les paroles de l'oracle poursuivirent Bhaal alors qu'il était déjà sorti de la maison, mais il ne put y échapper. Cette fois c'en était trop pour le demi-démon. Sans réfléchir, il se retourna aussi vite qu'il était parti pour faire irruption dans l'entrée. Cette fois, une aura de violence et de colère presque palpable l'environnait. Passant devant Célestin, il alla se planter à la naissance de l'escalier et leva les yeux vers Jyll en pointant sur elle un doigt griffu.

« Toi ! » Eructa-t-il, « Ne me parle pas de Nemlak, tu entends ? Qui es-tu pour me juger ? Qui es-tu pour m'accuser d'avoir mal agi avec Alia ? Tu sais rien sur moi, sur nous, tu sais que dalle ! Vous êtes bien tous les mêmes, vous autres sarénites, parangons de vertu ! Ah, vous voulez bien aider, mais faut payer la taxe d'abord ! Faut passer en jugement ! Et bien TON JUGEMENT J'EN AI RIEN A FOUTRE ! Tout ça, c'est des conneries ! J'accepte pas ton jugement de merde ! Si ton aide est à ce prix, Alia et moi on se débrouillera bien, merci ! »


Ce coup-ci, Célestin vit rouge. Il vint se planter devant Bhaal, furieux. « Baisse ton doigt immédiatement ! Et toi, pour qui te prends-tu, Bhaal Unramat ? Tu viens chez moi, CHEZ NOUS ! réclamer mon aide, et tu te permets de me secouer, de tout dévaster, et surtout de HURLER SUR MA FEMME !? Où te crois-tu pour agir ainsi ? A qui crois-tu parler ? »
Son visage devenait cramoisi au fur et à mesure qu'il parlait, regardant le géant rouge droit dans les yeux. « J'exige des excuses Bhaal, et sur le champ ! »


Bhaal abaissa ses yeux jaunes vers le jeune sorcier et, de colérique, le regard du demi-démon devint mauvais et froid. Il n'était pas du tout en capacité de se remettre en question à ce moment. D'une voix grave, rendue presque métallique par la colère et le fiel, il se contenta de répondre « allez vous faire enculer, tous les deux. » Avant de repartir vers la sortie d'un pas décidé. Cette fois, il ne ferait pas demi-tour.


« Mais de quoi parles tu? Je ne juge que tes actes chez moi, devant l'homme que toi et moi aimons le plus, Bhaal. Tu laisses les abysses te dominer, et tu veux amener la lumière ainsi ? » dit elle alors que le géant partait à nouveau, et qu'elle suivait Célestin derrière lui.


Célestin s'arrêta sur le pas de la porte et prit la main de Jyll, la retenant par la même occasion. « Laissons-le, my love. Il a besoin de se calmer. » Tournant son visage vers elle, il paraissait moins rouge et moins en colère. Son regard s'était adouci, et il émit même un sourire. « Allez viens. Il avait un message à faire passer, et même si la forme n'y était pas, il semblerait qu'Alia ait besoin de notre aide. Alors allons-y. Allons aider notre amie. »


Bhaal ne se retourna pas, même lorsque les paroles de Jyll le frappèrent comme des coups dans le dos. Il marcha sans but, à grandes enjambées, dans les ruelles désertes de la cité écrasée de soleil. « Tu laisses les abysses te dominer. » Voilà où il en était désormais, de sauveur de Kelmarane à objet de suspicion et bientôt d'opprobre. Tout le monde avait fermé les yeux tant qu'il y avait du danger, comptant sur ses pouvoirs et ses prouesses martiales pour tout arranger. Mais désormais, lui, Bhaal Unramat, avec son ascendance démoniaque, devenait bien gênant et bien encombrant. Désormais, à chaque fois qu'il ne serait pas d'accord, ce serait parce que « les abysses le dominent ». Partant de ce constat hypocrite, il n'y avait pas beaucoup de pas à franchir avant de le considérer comme un monstre sanguinaire qu'il convenait de bannir... ou de tuer.

La rage le submergea de nouveau. Il avisa devant lui un gros bloc de maçonnerie tombé, laissé là au milieu de la rue. Il le souleva de terre et, dans un puissant hurlement de rage, le lança de toutes ses forces à travers la rue. Il en souleva un deuxième et le projeta sur la maison la plus proche dans un fracas de plâtre et d'éclats de pierre. Puis, s'approchant du mur lézardé, il se mit à le frapper de ses mains nues, fort, de plus en plus fort, jusqu'à ce que son sang macule le plâtre qui sautait en grandes plaques et que la douleur lui arrache des cris.
Quand enfin la douleur se fit insupportable, il cessa de se mutiler et s'écroula au sol en sanglots.

Modifié par un utilisateur lundi 20 mars 2017 22:17:38(UTC)  | Raison: Non indiquée

Je posterai le jour, je posterai la nuit, je posterai toujours ^_<
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Offline Lyana  
#62 Envoyé le : lundi 20 mars 2017 19:23:43(UTC)
Lyana
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Célestin, Jyll, Alia et Bhaal.

27 desnus - fin d'après-midi.



« Tu es sûr? » demanda Jyll, s'arrêtant en chemin.

« Pas sûr de l'aider, » précisa t'elle immédiatement, « sûr que l'on s'y prend correctement. Quand Bhaal a abordé le problème de façon frontal, il a du la bousculer, et ça n'a pas marché, tu n'as pas peur qu'on la bouscule à notre tour, en lui confirmant en plus son secret évaporé? J'ai parlé un peu avec elle, je peux essayer de lui en parler à part, ou qu'on en parle à trois, ou même à quatre, mais si on débarque ainsi, est-ce que c'est vraiment le mieux? »


Célestin était prêt à sortir, mais les questions de Jyll le retinrent. Il réfléchit un moment avant de lui répondre. « La dernière fois qu'ils ont parlé de leur passé, Bhaal a essayé de se suicider. Là, d'après lui, Alia erre comme un zombi, selon ses termes... Pour moi, ça ne présage rien de bon. D'autant plus qu'il n'est pas avec elle pour lui éviter toute tentative du même genre. Tu as dû le constater, il n'est pas parti en direction de sa maison. Je pense qu'il est urgent de parler à Alia. Cependant, nous ne sommes pas obligés de nous conduire en grosse brute et de tout casser pour nous faire entendre... Je pense, j'espère, que nous aurons assez de tact pour amener le sujet... Et Alia n'est pas comme Bhaal, elle ne s'emporte pas si facilement. Elle sait écouter. Même si, en l'occurrence, je crains que ce soit plus compliqué qu'à l'accoutumée. »


« Est ce que tu veux qu'on se sépare, chacun vers le sien? Sinon oui, fonçons voir Alia, » dit Jyll sans perdre plus de temps


« Non, allons voir Alia tous les deux. Je pense que Bhaal va ruminer un moment avant de réapparaître. De toute façon, vu l'état dans lequel il est, il nous serait impossible de discuter. Laissons-le se calmer et occupons-nous de la source du problème. Mine de rien, il est empathique... du moins, avec Alia. Tant qu'Alia ira mal, il ne pourra pas aller bien. Elle est son espoir, elle est ce qui lui donne une raison de vivre dans un monde qui lui est étranger, » sourit-il.

Tenant toujours la main de sa compagne, il l'emmena dans les rues de Kelmarane, traversant une grande partie de la ville pour atteindre la maison de leurs amis. Arrivés devant la porte, il hésita un instant. Comment allaient-ils aborder le sujet ? Il inspira profondément, et sans avoir la réponse à sa question, toqua trois coups.


Un moment se passa sans qu'aucun bruit ne se fasse entendre de l'autre côté de la porte. Célestin et Jyll se regardèrent un peu surpris et inquiets, le sorcier levait de nouveau le bras pour frapper lorsque le loquet bougea et que la porte s'ouvrit enfin.


Alia apparut dans l'embrasure et lorsqu'elle vit qui venait lui rendre visite, elle les reçut avec un grand sourire aux lèvres en s'écartant pour les laisser entrer.

« Jyll ! Célestin ! Entrez donc. » Elle les regarda entrer dans sa demeure et les suivit en parlant d'une voix enjouée. « Je suis heureuse de vous voir, vous allez pouvoir étrenner notre banquette, elle n'est pas des plus confortables, malgré les coussins, mais ça sera tout de même plus agréable qu'être à même le sol. Je peux vous offrir du thé ? Je ne suis pas bonne cuisinière mais ça j'ai appris à le faire. »

Elle les guida dans la grande pièce du rez-de-chaussée et en effet, une banquette grossière et couverte de coussins occupait un pan de mur, une petite table lui faisait face.


« Bonjour Alia. Volontier ! » sourit-il. Il échangea un regard avec Jyll en suivant la maîtresse des lieux, les découvrant par la même occasion. Il ne put s'empêcher d'y jeter un regard artistique, réfléchissant sans même s'en rendre compte à la décoration telle que lui, il l'aurait faite.

S'asseyant, il scruta la jeune aasimar, perplexe. Elle ne paraissait nullement ressembler à un zombie... Elle avait mis du temps à répondre, certes, et cela aurait pu lui laisser le temps de se composer un masque de joie, mais il commençait à se demander si Bhaal ne s'était pas un peu trop alarmé. Mais en repensant au comportement de ce dernier, si agité, il ravisa son jugement hâtif. Il le savait que trop bien, les apparences pouvaient être trompeuses.

« Comment vas-tu mon ange ? »

Depuis le départ de leur maison, il n'avait toujours pas lâché la main de Jyll, son contact chaud lui conférant une énergie positive agréable. « L'installation se passe bien ? »


Jyll avait été silencieuse le long de la courte route. Quand elle vit Alia, elle repensa à tout ce que Bhaal avait dit et à son comportement. Elle avait eu peur même si elle n'en avait rien laissé paraître.

« Alia, » dit elle comme pour se convaincre qu'elle était bien là, vivante, devant elle. Mais avec son frère, elle avait eu des années pour s'acclimater aux subterfuges des gens qui font semblant d'aller bien. Cela lui rappelait son frère quelques semaines plus tôt et ça l'avait fait craquer. Elle craqua, d'avance. La confrontation brutale n'avait pas fonctionné, elle voulait essayer de s'y prendre autrement. Lâchant la main de son aimé, elle se précipita dans les bras de l'aasimar, ses larmes coulants le long du cou d'Alia, en silence.

« Je veux que l'on s'aide les uns les autres, il y a encore trop de malheur dans les vents de cette ville. En nous. On ne peut pas se laisser abattre. »


Alia s'apprêtait à préparer du thé lorsque Jyll la serra contre elle en pleurs, instantannément le coeur de l'aasimar se serra de tristesse devant celle de l'oracle tandis qu'une angoisse montait en elle.

« Jyll ! Que se passe-t'il ? Qu'est-il arrivé ? Qu'est-ce qui te met dans cet état ? »

Elle jeta un regard alarmé à Célestin en resserrant l'étreinte autour de Jyll.

« Célestin, qu'y-a-t-il ? Qu'arrive-t-il à Jyll ? »


Jyll desserra son étreinte pendant qu'elle prenait la main d'Alia et tendit l'autre à Célestin .

« Quand je vous ai rencontré tous les deux, je voyais la vie en vous. Et uniquement ça, tant elle était forte. Akhame se ... » Jyll prit deux inspirations avant de reprendre, parlant plus lentement.

« Mais je n'avais pas senti à quel point des souffrances étaient fortes en vous. Khem fhata ... fuuuuuu... Khem a été là pour moi, pendant plus de dix ans encore . Moi aussi, je peux être là pour les gens qui comptent, alors tous les deux, ce que j'aimerai, au nom de Sarenrae et de ses Saints, c'est que nous cherchions ce qui vous a été pris à tous les deux et cachés. Aucun de vous ne sera vraiment lui même tant qu'il ne sera pas complet. On ne peut se contenter de vous aider à aller bien, il faut qu'on s'aide à aller mieux. Degliae ... P ... Personne ne mérite de subir ce que j'ai subi, ou ce que vous avez subi. On ne peut rien changer à ce qui a été fait, mais on peut changer ce qui sera. On l'a prouvé en reprenant cette ville alors qu'on ne nous donnait pas plus de chances de gagner. Mais nous étions là. Et Bhaal aussi. Et d'autres. Nous ne sommes pas seuls, mais nous sommes Un. »



Alia regardait Jyll avec anxiété et son visage se ferma au fur et à mesure que l'humaine parlait. Ce qui vous été pris et caché. Aucun de vous ne sera vraiment lui même tant qu'il ne sera pas complet. De quoi parlait-elle qui les concernait tous les deux, Célestin et elle ? Pour lui, il devait s'agir de son nom, pour elle... Comment savaient-ils ? Elle chercha anxieusement dans la pièce la silhouette du seul qui avait pu les mettre au courant mais il n'était pas là, elle le savait bien. Pourtant à la mention du nom de son fiancé par l'oracle, elle ne put s'empêcher de réagir en retirant vivement sa main de celle de Jyll.

« Où est Bhaal ? Il devrait être revenu. » Elle s'approcha nerveusement de la porte d'entrée qu'elle ouvrit pour scruter l'extérieur. « Il est allé voir Khem pour leur guilde. Comme si en parler tous les soirs ne suffisait pas. » Elle eut un petit rire nerveux, se mordillait les lèvres et se tordait les mains. « Il devrait être là maintenant... »


Célestin était resté hébété par l'attitude de son aimée. Il ne s'était pas douté un instant que la situation l'affectait à ce point et il ne sut que répondre à Alia. Se laissant prendre la main à nouveau, il s'approcha des deux femmes, ému par l'émotion de sa compagne.

Et lorsqu'elle se mit à parler, il tiqua. Pourquoi parlait-elle de ce qui avait été caché à tous les deux ? Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'elle faisait référence à son nom... En avait-elle parlé à Alia ? Peu importait... Ce n'était pas le moment pour ça, le cas d'Alia était bien plus grave et important que le sien.

Et justement, soudain, celle-ci s'agita. Sans surprise, elle changea de sujet, parlant de Bhaal au moment où celui de son passé était évoqué... Exactement comme Bhaal l'avait décrit.

Célestin s'éclaircit la gorge, décidé à aborder le sujet. Malgré tout, il parla d'une voix hésitante, essayant de choisir soigneusement ses mots. « Alia... Bhaal a... besoin de toi. Nous l'avons vu, Jyll et moi... Il est venu nous voir chez nous. Et il était plutôt... agité. Tu sais comment il peut être quand quelque chose lui tient à cœur. J'ai peur pour lui... J'ai peur pour vous. C'est pourquoi je veux être à vos côtés, à nouveau, comme j'ai toujours essayé de l'être depuis que je vous ai rencontré. Mais pour cela, j'ai besoin... » Il serra un peu plus fort la main de Jyll en la levant à hauteur d'épaule, montrant leur union à leur hôte. « Nous avons besoin que vous nous laissiez vous aider. L'un comme l'autre. »

Il se mordit les lèvres, et hésita un instant, avant de poursuivre d'une voix douce. « Je crois que tu sais très bien pourquoi nous sommes venus. Et j'aimerais que nous abordions le sujet. Tous ensemble. Tu veux bien ? Tous ensemble, avec Bhaal. Allons le chercher et discutons-en. Je sais que ce sera difficile pour toi, voire douloureux. Mais c'est une blessure que tu ne peux garder ainsi, mal cicatrisée. Parfois, il faut refaire saigner une plaie pour qu'elle guérisse mieux. Tu veux bien ? » répéta-t-il avec une certaine anxiété.


Alia scrutait les rues de la ville en travaux, elle se détourna pour regarder Célestin lorsqu'il parla d'une voix hésitante. Ses paroles résonnèrent dans son esprit et occultèrent tout le reste : « Bhaal a besoin de toi... Il était agité... J'ai peur pour lui... »

Une peur primale lui tordit l'estomac et elle se retint à la porte pour ne pas s'effondrer. « Où est-il ? Qu'est-il arrivé ? »

L'image de Bhaal dans le monastère penché sur la lame de son épée envahit son esprit, elle commença à avoir du mal à respirer. « Où est-il ? »

Elle regarda successivement les visages anxieux de Célestin puis de Jyll et d'une voix proche de l'hystérie, elle demanda de nouveau. « OU EST-IL ?? OU EST BHAAL ?? »

Elle toucha nerveusement la garde de Tempête s'assurant qu'elle était bien dans son foureau et s'apprêta à courir vers Bhaal dès qu'ils auraient répondu à sa question.


« Il est parti se calmer après que je lui ai fait une remontrance quand à son comportement violent vis à vis de Célestin chez nous. » dit Jyll sur un ton posé, pour lui répondre rapidement. « Si tu y vas, ça ne va qu'empirer, là, ce n'est pas lui qui lui fait peur. C'est ... ton état, » dit-elle en se plaçant vers la porte.


« Comportement violent vis à vis de Célestin ? » La voix d'Alia devenait aiguë par l'angoisse, elle regarda Célestin pour s'assurer qu'il n'avait pas de blessure, se demandant si Jyll avait dû le soigner. « Il faut que je le rejoigne, qui sait dans quel état il se trouve ? La bête... Si la bête est là, je suis la seule à pouvoir l'arrêter. »

Sans attendre un instant, elle se retourna et sortit à toute vitesse rongée par l'angoisse, ses yeux fouillaient la rue à la recherche de la silhouette rouge. Que s'était-il passé ? Comment Bhaal avait pu lever la main sur Célestin ? Pourquoi ? Pourquoi avait-il fait ça ? Dans un état proche de la panique, elle n'arrivait plus à réfléchir correctement.


Tenant toujours Jyll part la main, Célestin l'entraîna avec lui à la suite de l'aasimar, « Calme-toi Alia. Nous allons rejoindre Bhaal, tous ensemble, mais tu dois te calmer. Comment veux-tu le raisonner si toi-même tu es dans tous tes états ? Allez, respire un bon coup, mon ange... On est là, tout se passera bien. »

Il la regarda intensément, attendant d'être sûr d'avoir capté son attention, et amorça la marche en direction de là où le géant rouge semblait s'être dirigé en partant de chez eux.


Jyll lâcha la main de Célestin. « Vas-y toi, moi, je ne ferai que l'énerver davantage, » dit Jyll dans une expression que Célestin avait du mal à déchiffrer.


Se retournant, surpris, il regarda Jyll dans les yeux. « My love... J'aimerais que tu viennes aussi. S'il te plaît... Tu l'as dit toi-même : nous sommes UN. J'ai besoin de toi... et... Il faut qu'on règle ça... Je veux dire : tout ça ! Tous nos problèmes ! Les tiens, les miens, ceux d'Alia, ceux de Bhaal ! Je ne veux pas de conflits entre nous quatre, et je veux qu'on s'aide les uns les autres. Alors... Viens, s'il-te-plaît my dear. »


Jyll le suivit sans mot dire, un peu à contrecœur. « Comme tu voudras, mon ange, » dit-elle, avare de paroles.



Alia ne ralentit pas, à pas vifs, elle faisait la route qui séparait leur maison de celle de Jyll et Célestin. Elle ne pouvait s'enlever de l'esprit l'image de Bhaal cherchant à se suicider. « Que s'est-il passé ? » Elle ne pouvait s'empêcher de poser la question en boucle sans même attendre une réponse.

Arrivée devant la demeure du jeune couple, elle s'immobilisa, tournant sur elle-même, cherchant où son fiancé avait bien pu aller.

« BHAAL ! »

Elle l'appela d'une voix qui respirait l'angoisse. Elle se tourna vers Célestin qui l'avait suivi, inquiet. « Célestin, où est-il allé ? Je ne le vois pas... »


« Par ici... » dit-il en la guidant vers là où il avait vu son ami pour la dernière fois.

« Alia. Alia ! Attends-nous ! » s'écria-t-il en pressant le pas pour rejoindre la jeune femme qui avait déjà commencé à prendre la direction indiquée.

« Alia... Il n'y a rien eu de grave. Bhaal a juste voulu m'asséner ses propos en me secouant. Tu le connais, il peut être... passionné ! » Il tenta un sourire pour limiter la portée des propos, mais la violence qu'il avait subi ne lui permettait pas d'être vraiment convaincant.


Le trio se mit à arpenter les rues de la cité déserte dans la direction indiquée par Célestin. Alia, en tête, courait presque, cherchant de tous côtés et appelant son homme d'une voix vrillée par l'angoisse. Célestin, derrière elle, peinait à la suivre et essayait par moments de l'apaiser par de douces paroles. Plus loin, Jyll restait en retrait, dans le silence. Les minutes passaient et aucune voix ne répondait. Bhaal n'était nulle part. Alors qu'ils pensaient avoir exploré tout la partie nord-ouest de la ville haute, Alia aperçut, au détour d'un passage couvert désormais effondré, la silhouette rouge et massive du gladiateur recroquevillée contre un mur.


« BHAAL ! » Hurla la jeune fille en se précipitant vers son amant, mais arrivée près de lui, elle ne put réprimer un cri et porta ses mains à sa bouche, le regard figé par l'horreur.


Le géant était adossé au mur, la tête enfouie dans les bras eux-mêmes posés sur ses genoux. Il avait placé ses mains de façon à ce qu'elles ne touchent rien, et pour cause : il s'était consciencieusement fracassé les poings sur le mur contre lequel il s'adossait, lequel portait quantité de traces sanglantes et de giclures poupres au milieu du plâtre explosé par grandes plaques qui laissait voir la maçonnerie de pierre. Et de fait, ses grandes mains n'étaient plus que des plaies constellées d'éclats de pierre incrustés, et la peau arrachée du dessus laissait par endroits voir l'os à nu.


Les larmes coulaient sur les joues de la jeune fille. Qu'avait-il fait ? Pourquoi ? ... Elle s'approcha doucement de lui, l'appelant à voix basse. Mais il était si hébété qu'il ne semblait pas l'entendre. Elle prit soin de rester face à lui, même s'il ne faisait pas attention à elle, elle ne voulait pas le surprendre. Elle ne cessait de lui parler, les larmes coulant de ses yeux sans même y prendre garde.

Quand elle fut enfin à ses côtés, elle s'agenouilla et prit avec d'infinies précautions ses bras pour regarder ses mains ensanglantées.

« Mon amour, je suis là... c'est fini, je suis là. On va te guérir d'accord ? et tout ira bien. »

Bhaal posa enfin les yeux sur elle et la regarda. Elle lui sourit vaillamment et passa une main pleine de tendresse sur son visage, le caressant amoureusement. Puis elle se tourna vers Célestin et Jyll et dit d'une voix suppliante.

« S'il vous plait, ne le laissez pas ainsi, soignez-le je vous en supplie. Il souffre tant... »


Les yeux mi-clos, Bhaal sembla sortir doucement de son hébétude. Il sourit à son tour à la jeune femme et ses traits crispés semblèrent se détendre d'un coup. Il semblait avoir pleuré, et c'est d'une voix douce, mais presque éteinte, qu'il lui parla. « Non, ma belle, laisse, » commença-t-il, « je l'ai... bien mérité, après tout. Oh, Alia... »

Toujours en prenant garde de ne rien toucher, il passa ses bras autour du cou de la jeune fille, la serrant pitoyablement avec ses poignets plutôt qu'avec ses mains, et enfouit sa grosse tête dans ses cheveux. « C'est le sort réservé... à ceux qui sont voués aux Abysses... La souffrance... C'est leur lot de brûler... »


Jyll se tut, restant à quelques mètres de là. Elle regardait Célestin alors qu'elle utilisait sa magie sans dire un mot, rendant des forces vitales à ceux qui étaient autour d'elle.


Contrairement à Jyll, Célestin s'approcha du duo, mais c'est également sans un mot qu'il posa ses mains sur celles de Bhaal, canalisant l'énergie positive pour que celles-ci guérissent. Dès que ce fut fait, il recula de deux pas, et regarda leurs amis, attendant, observant.


Alia regarda Jyll et dit d'une voix basse :« Merci » puis elle tourna les yeux vers Célestin et répéta : « Merci » avant de se consacrer de nouveau entièrement à l'homme qu'elle aimait.

Elle prit dans ses mains celles à peine réparées du géant, les embrassa avec douceur, comme pour s'assurer qu'il n'était plus blessé. Puis elle essuya les larmes qui semblaient avoir coulées sur les joues du gladiateur du plat des deux pouces sans se rendre compte que les siennes n'en finissaient pas de ruisseler sur son visage. Elle fronça les sourcils, cherchant à comprendre ses paroles.

« Mais de quoi parles-tu ? A quelles abysses es-tu voué ? Tu n'es voué à rien Bhaal, si ce n'est à rester à mes côtés et à m'aimer, je ne peux pas vivre sans toi, Bhaal. Sans toi... » Un sanglot l'interrompit. « Je t'aime... et si tu dois brûler dans un quelconque feu alors je veux y bruler à tes côtés. »


Bhaal regarda avec stupeur la chair de ses mains se reconstituer et la peau les recouvrir, tandis que tous les petits éclats tombaient à terre à mesure que la magie curative opérait. Il sembla récupérer un semblant de vigueur, mais ce fut pour adresser un regard mauvais à l'oracle.

« Demande-lui ! » Gronda-t-il, « elle pense que les abysses dont je suis issu me dominent. Elle pense que je te brutalise. Elle se méfie de moi, elle a peur de moi. Oui, oracle, je sens ta peur ! J'ai l'habitude d'être craint, je sens ces choses là. Comment peux-tu penser que je pourrais faire le moindre mal à Alia, ou à Célestin ? Je préférerais me la couper, je crois. »


« Mais les sarénites sont les adversaires des démons, n'est-ce pas ? Pourtant, tu me soignes sans demander, comme tu voudrais me sauver sans demander si j'ai besoin d'être sauvé, ni même si tu es mesure de faire plus de bien que de mal. Tu parles sans savoir. » A mesure qu'il parlait, sa voix devenait moins amère, mais plus lasse. « La vérité est que tu ne gagneras pas ton paradis avec moi, Jyll. Je suis fait comme ça. Il y aura toujours une bête en moi, prête à bondir, et des ténèbres prêtes à m'engloutir. Tu ne peux pas me sauver. »

Il reporta son regard sur Alia, dont le visage baigné de larmes était comme la fontaine à laquelle il s'abreuvait, car c'étaient des larmes d'amour. Avec une infinie tendresse, il prit son beau visage dans ses mains à nouveau intactes. « Seule Alia le peut, » murmura-t-il, « seulement Alia. » Ses yeux se fermèrent alors et il enfouit sa grosse tête dans le cou de la jeune fille, s'enivrant de l'odeur de sa chevelure.


Jyll le regardait. « Alors je fais confiance en ton jugement, Bhaal Unmarat, toi qui semble si fin psychologue. N'étant d'aucune aide ici, je vais rentrer chez moi, demain, j'ai d'autres gens à aider. »

Elle toucha du bout des doigts le poignet de Célestin avant de tourner les talons.


« Oui, tu as d'autres personnes à aider, my love. Et elles se trouvent juste devant toi.  » Célestin parlait d'une voix douce.

« Ce n'est pas pour aider Bhaal que je t'ai demandé de m'accompagner. Dois-je vous rappeler à tous les deux pour qui nous sommes réunis ici ? » Son regard se reporta sur l'aasimar. « Alia a besoin de nous. De nous trois. Et certainement pas que nous nous disputions. »

Le jeune homme se mordilla la lèvre inférieure. « Et moi aussi, j'ai besoin de vous. Je... J'aurai besoin de votre aide, à Katapesh, pour... Pour quelque chose que je voudrais retrouver... » Il jeta un regard à sa dulcinée et lui dédia un léger sourire.

« Mais avant cela, je crois que nous devons parler de quelque chose d'autre à retrouver... Ou plutôt, quelqu'un... Veux-tu bien en parler avec nous, Alia ? S'il te plaît ? »


Jyll hocha de la tête sans regarder Célestin et chercha une pierre contre laquelle s'asseoir au sol. Les jambes pliées avec les bras reposant sur elle, elle attendait, regardant vers Alia.


Alia carressait les cheveux de Bhaal qui gardait sa tête emmitoufflée dans son cou, elle respirait plus calmement, la panique avait disparu. Le souffle chaud contre sa peau la calmait, mais elle n'arrivait pas à éliminer toute sa peur. Que s'était-il passé pour que Bhaal se mette dans un tel état ? Elle voulait comprendre, elle devait comprendre. Sans arrêter le mouvement de sa main sur la tête de son amant, collée contre lui, elle questionna à voix haute.

« Que s'est-il passé ? Je ne comprend pas comment... »

Elle s'interrompit, regardant autours d'elle.

« Ne restons pas là, rentrons, nous serons mieux à l'intérieur d'une maison pour parler, la rue même déserte n'est pas un bon endroit pour cela.  »

Elle releva le visage du gladiateur et lui demanda doucement comme on parle à un enfant : « Tu veux bien te lever, s'il-te-plait ? Il ne faut pas rester là, je veux rentrer. Tout va bien aller maintenant, d'accord ? Vous allez me raconter ce qu'il s'est passé et tout ira bien. »

Elle posa un baiser sur le front et reprit : « Célestin a besoin de nous, mon amour, c'est à nous maintenant de l'aider. »


Bhaal releva la tête, ayant désormais pleinement repris ses esprits et dévisagea sa compagne avec un air inquiet. Encore une fois, Alia éludait totalement les questions qui lui étaient posées. C'était comme si elles glissaient sur son esprit, comme si elle ne les entendait pas. Elle prenait prétexte de n'importe quel autre sujet pour faire comme si elle n'avait rien entendu. Célestin devait s'en rendre compte, maintenant.

Il sourit à sa compagne. « Ne t'inquiète pas, je vais bien, maintenant, » dit-il en se relevant. « J'ai eu un petit coup de sang, mais c'est passé, maintenant. Mais, oui, je vais te raconter, et je vais le faire autant pour moi ou pour toi que pour eux deux », ajouta-t-il en désignant leurs amis.

Il décida de ne pas trop appuyer les paroles de Célestin. Ce n'était pas l'endroit pour pousser Alia dans ses retranchements. Le géant rouge semblait maintenant tout à fait calme et apaisé, et apte à réfléchir. « Vas-y, passe devant, ma belle, » fit-il en l'invitant à entamer la marche d'une douce pression sur l'épaule. Et, tandis qu'elle passait devant Célestin, Bhaal lança à ce dernier un regard appuyé, un regard qui signifiait « tu comprends, maintenant ? »


Célestin regarda le manège d'Alia. Oui, Bhaal avait raison, elle éludait le sujet. Lorsque leurs regards se croisèrent, il hocha très légèrement la tête en signe de compréhension.

« Oui, nous serons mieux chez vous pour discuter, Alia. » Même s'ils étaient plus proches de chez Jyll et lui, il était hors de question qu'elle voit les dégâts que Bhaal avait causés. Ce n'aurait été que prétextes pour elle de dévier de nouveau de sujet, à n'en plus finir, et de risquer de provoquer une nouvelle crise chez son ami un peu trop sanguin.

Il tendit la main à Jyll pour l'aider à se relever, lui souriant, comme si tout était naturel et qu'ils se rendaient chez des amis pour boire un coup après une rencontre inopinée dans la rue. « Viens, my love. » lui dit-il avec tendresse.


Les amis reprirent donc le chemin de la maison d'Alia et Bhaal, traversant la cité à l'heure où le repas se préparait dans l'arène. Il n'avaient cependant pas besoin de repasser devant l'arène et ses gardes de faction, de sorte que leurs allées et venues restaient discrètes. Alia et Bhaal marchaient devant, Célestin et Jyll derrière, mais personne ne parlait et l'atmosphère était lourde. Il y avait des maux souterrains qui avaient besoin de remonter à la surface, et tout le monde le sentait.

Modifié par un utilisateur lundi 20 mars 2017 22:07:39(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#63 Envoyé le : lundi 20 mars 2017 22:13:26(UTC)
Lyana
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Jouant encore une fois à la parfaite hôtesse, Alia fit entrer ses amis et leur proposa de nouveau la banquette récemment aménagée. Bhaal ne s'embarrassa pas d'autant de politesses mais, après tout, il n'en avait jamais eu. Il avisa deux tabourets, les installa devant la banquette et s'assit lourdement. Il semblait réfléchir.

Contrairement à Jyll et Celestin sur la banquette ou Bhaal sur un tabouret, Alia resta debout. Nerveuse, elle sentait les regards sur elle, tous semblaient attendre quelque chose d'elle.

« Je vais préparer du thé. »

Sa voix claqua un peu brutalement dans le silence qui s'était imposé, s'en attendre, elle se dirigea d'un pas rapide vers la pièce qui leur servait de cuisine.


Jyll s'était relevée seule malgré sa main tendue, l'ignorant superbement. Célestin fronça les sourcils, interloqué, puis jeta un regard interrogateur à sa dulcinée, mais celle-ci ne semblait pas disposée à lui donner la moindre réponse. Le chemin se fit sans qu'ils ne s'adressent un mot. Était-ce parce qu'il avait insisté pour qu'elle reste avec eux ? Y avait-il une autre raison ? Peut-être ne s'était-elle pas sentie soutenue lorsqu'il voulut tempérer les échanges houleux qu'elle avait échangé avec Bhaal ? Quoi qu'il en fut, ce n'était pas le moment d'amorcer la conversation, aussi se contenta-t-il de suivre la marche, dans un silence digne d'une cérémonie mortuaire.

Le trajet jusque chez Alia et Bhaal lui parut infiniment long, et Kelmarane lui sembla être une immense ville fantôme. C'est dans un état d'esprit plutôt sombre qu'il entra enfin chez leurs amis, et qu'il prit place sur le canapé comme un enfant sage, toujours sans un mot.

Pas vraiment en état de penser à ce qu'il se passait ou à ce qu'il devrait dire ou faire, Le jeune homme regarda disparaître la maîtresse de maison, ses traits habituellement souriants figés comme ceux d'une statue.


Assis sur son tabouret, penché en avant les coudes sur les genoux, Bhaal observait ses amis lui faisant face. Alia avait trouvé un prétexte pour disparaître. Célestin était immobile, le visage absolument dénué d'expression, attendant manifestement que quelqu'un prenne une initiative. Jyll semblait regarder ailleurs, les lèvres pincées, le visage fermé. Personne n'osait regarder personne en face plus que le temps d'une seconde.

Tout cela risquait de ne pas avancer très vite. Il éprouvait maintenant le besoin de parler, de dire ce qu'il n'avait pas su dire tantôt, et il n'avait pas la patience d'attendre que sa bien aimée, enfermée dans son mutisme, daigne à nouveau se montrer - ce qu'elle ferait probablement aussi tard que les convenances le permettaient. Il prit une grande inspiration.

« Je vais la chercher, » dit-il, se levant soudainement.

Il rejoignit Alia dans l'autre pièce. Elle semblait s'affairer à préparer le plus consciencieusement possible un thé banal dans un vilain service constitué de simples gobelets. Cela aurait été presque comique s'il n'avait pas été conscient du drame qui présidait maintenant aux actes de son aimée.

S'approchant dans son dos, il lui posa une main sur l'épaule et de l'autre, avec douceur mais fermeté, lui prit d'autorité la théière des mains. « Le thé attendra, mon amour. Il n'est pas encore temps. Ce sera le thé de la réconciliation ou il n'y aura pas de thé du tout. Tu voulais savoir ce qu'il s'est passé ? Alors viens. Je veux leur parler. Maintenant. »

Il lui prit délicatement la main et l'entraîna dans la pièce de vie, où Célestin et Jyll semblaient n'avoir pas bougé d'un poil et l'assit sur le tabouret en face de lui. Puis, sans lui lâcher la main, il s'assit à son tour.

« Je... Je me suis mal comporté avec nos amis, Alia. Et je t'ai menti. Je ne suis pas allé voir Khem, je suis allé voir Célestin parce que j'avais besoin de son aide et de ses conseils. Pour toi. A propos de ce qui s'est passé avant-hier, au bord de la rivière. »

« Je ne sais pas comment faire pour retrouver une petite esclave et la racheter. Je ne connais rien aux livres de comptes, et avec ma gueule aucun riche marchand de Katapesh ne m'ouvrira jamais la porte de sa maison. J'avais besoin de Célestin, de son intelligence, de son sens de la diplomatie. »

« Au début, nous avons parlé de choses et d'autres, de choses heureuses, mais il me fallait aborder le sujet pour lequel j'étais venu. Le... problème, c'est que Célestin ne m'a pas écouté. Il ne m'a pas laissé parler, il m'a opposé des principes. C'était ton secret, c'était à toi de le révéler, il a dit, mais moi je savais que tu ne le ferais pas. »

Bhaal reporta son regard sur Célestin. Il n'y avait nulle lueur mauvaise dans son regard, on n'y lisait que le désir de se faire comprendre. « On n'aide pas les gens avec des principes, Célestin. Quand j'ai voulu... en finir... Personne ne m'a demandé si c'était vraiment mon choix, ou je ne sais quelle connerie. Alia m'a empêché de le faire, et sans elle je serais au fond du trou à l'heure qu'il est. Quelque fois, pour aider ceux qu'on aime, il faut se salir un peu les mains. Tu vois, je crois que c'est ça le vrai sens du don. Il faut que ça coûte un petit peu cher. » baissant la tête, le géant rouge prit une nouvelle inspiration, se préparant à dire quelque chose de difficile à Alia.

« Bref... J'étais déjà pas bien, mais... ça, ça m'a énervé. L'impression de ne pas être écouté. Alors... J'ai craqué, voilà. Je l'ai un petit peu secoué pour qu'il m'écoute. » Il laissa passer un instant avant de reprendre. « En fait, je l'ai secoué comme un prunier. Par les cornes du Grand Cornu, il a de la chance que ses bijoux de famille soient restés accrochés ! Évidemment, il était pas content, et en plus j'ai salopé son carnet à dessin. Enfin voilà, tout a merdé. »

« Là dessus... Jyll est descendue. Elle non plus, elle était pas contente que je joue au hochet avec son homme, » dit-il en jetant un regard vers la jeune femme qui le fixait, l'expression toujours figée dans une sorte d'attente hostile. « Je la comprends, remarque. Toi non plus, mon amour, tu n'aurais pas été contente si Célestin était venu ici pour me secouer, enfin... Si tant est que ça ait un sens. »


Alia écoutait Bhaal avec attention, mais elle n'arrivait pas à comprendre ce qu'il disait. Bhaal s'en prenant à Célestin ? Elle n'arrivait pas à le croire. Cependant le regard du sorcier et de sa fiancée confirmait ce qu'il disait. Plus Bhaal parlait, plus elle se sentait perdue.


« Mais dans sa colère, elle m'a dit quelque chose qui ne m'a pas plu du tout. Elle semblait dire que je t'avais... violentée, en quelque sorte. Que je t'avais crié dessus, bref que je me comportais pas bien avec toi. J'étais déjà énervé, mais ça j'ai pas supporté. C'était tout simplement injuste. Ça m'a mis en fureur. Je me suis levé d'un bond, et bien sûr j'ai foutu en l'air leur table, tout ce qu'il y avait dessus, les tabourets, tout... C'est vraiment le jour des gaffes. »


« Jamais Bhaal ne me ferait le moindre mal ! »

Elle regardait Jyll, incrédule, comment pouvait-elle croire que Bhaal puisse lever la main sur elle ?

« Jamais... Bhaal se blesserait lui-même plutôt que me faire mal. Pourquoi tout le monde pense qu'il pourrait le faire ? C'est ridicule ! »

Alia parlait d'une voix légèrement tremblante, les larmes menaçant à nouveau de couler. Après la princesse, voilà que Jyll avait les mêmes doutes.

« Oui Bhaal peut être violent, c'est pour ça qu'il a été choisi et c'est pour ça qu'on a récupéré cette ville, c'est un guerrier, mais il n'est pas un danger. »


Célestin tentait de rester concentré sur ce que ses amis disaient. Jyll n'avait toujours pas décroché un mot et il ne parvenait pas à empêcher son esprit d'y penser. Se forçant à canaliser son attention sur le récit du géant rouge, il décida cette fois-ci de ne pas couper la parole à Bhaal et de le laisser raconter tout ce qu'il voudrait.

Il n'eut d'ailleurs pas besoin de le faire, puisque Alia s'en chargea parfaitement, volant au secours de son amour en femme amoureuse qu'elle était.

Cependant, il ne pouvait laisser Bhaal accuser Jyll en toute impunité, et laisser un tel malentendu se propager.
« Ah non ! Désolé Bhaal, mais c'est également ce que j'ai compris de tes explications. C'était tes propres mots, quelque chose comme "je l'ai bousculée sérieusement" et "elle a crié tellement fort que j'ai cru qu'elle allait mourir", ou un truc dans le genre. Tu ne l'as peut-être pas violenté physiquement, mais tes paroles n'inspirent pas un traitement en douceur. Et tout ce qu'a fait Jyll, c'est te reprocher d'avoir eu avec moi une attitude similaire. »


« Il n'a jamais levé la main sur moi ! ni même secouée !  » Alia n'avait pu s'empêcher d'interrompre le sorcier d'une voix forte, elle regardait le couple face à elle, son regard les suppliait de la croire.


Célestin regarda Alia dans les yeux. « Je n'en doute pas, Alia. Mais la violence morale peut également faire souffrir, et je crois que c'est de cela dont nous parlions. Je sais que ce n'était pas son but. Mais c'est ce qu'il a fait. Ou du moins, c'est ce qu'il nous a dit avoir fait. »

Le jeune homme prit une grande inspiration avant de poursuivre. « Mais nous ne sommes pas là pour nous faire des reproches. » Marquant une légère pause, il poursuivit. « Nous sommes là pour nous aider les uns les autres. Et la priorité, c'est de t'aider, toi. Et cette fois-ci, ne cherche pas une échappatoire. Nul thé à préparer, de porte à fermer, ou que sais-je encore, Alia. J'aimerais que nous discutions ensemble de ton passé, et de ton avenir. Et j'aimerais que ce soit toi qui aborde le sujet. Tu veux bien, s'il te plaît ? Je crois que c'est quelque chose qui tient vraiment à cœur à Bhaal. Alors, s'il te plaît... Nous t'écoutons. »


« Attends un instant, Célestin, si tu permets, » rétorqua Bhaal, « on n'est pas là pour se faire des reproches mais il faut solder les comptes, sinon ça restera entre nous. Il faut réparer ce qui a été brisé. On ne pourra pas aider Alia si cette journée laisse des traces. »

Il fit une courte pause, rassemblant ses mots. « Quand je disais que je l'avais sérieusement bousculée, je voulais dire en effet que je l'avais poussé dans ses retranchements. Jamais je ne lèverai la main sur elle, non plus que jamais je ne lèverai la main sur toi. Je... je réalise que tu as pris mon geste comme une agression mais... je... » A mesure qu'il parlait, son masque de calme se décomposa et l'émotion transparut.

« Je suis qu'une grosse brute, tu sais. J'ai vécu toute ma vie ou presque au milieu de grosses brutes. La violence n'a pas le même sens pour moi que pour la plupart des gens. Tu as été au combat avec moi, tu sais de quoi je parle. Ouvrir un mec en deux, c'est violent. Se fracasser les mains sur un mur, c'est violent. Mais secouer son pote pour qu'il comprenne, c'est rien. C'est... anodin. Je ne pensais pas que tu prendrais... Que vous prendriez les choses comme ça. Je suis sincèrement désolé. Ça ne m'était même pas venu à l'esprit. »


Célestin parla à son tour, posément. « Bhaal... Secouer quelqu'un, qu'il s'agisse d'un être cher ou non, c'est tout sauf anodin. Tout comme lui hurler dessus. Tout ce qui emploie une forme de force, qu'elle soit physique ou verbale, est une violence que l'autre subit. Bien sûr, c'est très éloigné de la violence de trancher quelqu'un en deux ou de lui arracher les intestins... » Il fit une grimace à l'évocation de cette idée. « Mais ça n'en demeure pas moins... désagréable. Et je ne crois pas que tu apprécierais que quelqu'un te bouscule ou crie plus fort que toi... si tant est que ce soit possible ! » rajouta-t-il avec un sourire taquin.


« Ben... Alia m'a déjà collé une mornifle dans le temple, » répondit le géant rouge en se grattant la barbe et en se tournant vers sa compagne. « J'avoue, ça m'a surpris, mais enfin c'était pas... Bref. Je regrette. »

« Quant à Jyll, je crois que tu te trompes. Ce n'est pas parce qu'elle est ta compagne qu'elle doit m'accorder la même confiance que celle que tu m'accordes, et le fait qu'elle se mure dans le silence depuis tout à l'heure n'est peut-être pas anodin », dit-il en se tournant vers l'oracle. « J'ai dit la vérité tout à l'heure, elle a encore peur de moi et elle n'est pas tout à fait sûre de moi. Dire qu'elle se méfie était sans doute exagéré, car j'ai parlé avec colère. Ce n'est plus le cas. Et je ne le lui reproche pas. On ne se connaît pas encore très bien et, finalement, on a peu parlé. Et moi je suis un grand type rouge avec des cornes et des manières de brute. Et j'ai un putain de caractère de merde. Et je me transforme en démon de douze pieds de haut avec des griffes et des dents partout. Et, quand je m'énerve, il n'y a qu'Alia qui peut m'arrêter. Pourquoi elle me ferait confiance ? »

Bhaal baissa la tête, et, lâchant Alia, prit ses mains entre ses genoux. « Pourtant, elle me fait sans doute déjà plus confiance que la plupart des gens d'ici. J'ai été stupide. La confiance, ça se mérite, ça s'exige pas. Je sais pas si j'ai mérité votre confiance à tous les deux, aujourd'hui. »

« Alors quand je vous ai quittés tout-à-l'heure, j'étais furieux à cause de tout ça, j'étais en colère contre vous et en même temps j'avais honte de moi, mais j'étais incapable de l'admettre. Et il fallait que ça sorte, sinon la Bête... Il ne faut pas que je garde ma colère rentrée, ça la renforce. Alors il y avait ce mur et j'ai tapé dedans en pensant que c'était vous. Et après, j'ai tapé dedans en pensant que c'était moi. Et après j'ai eu trop mal, alors j'ai pleuré sur mon sort et trouvé que le monde était bien injuste. Mais on se forge aussi sa propre malédiction. Voilà toute l'histoire. »

« Mais tu dois comprendre encore une chose, Célestin, avant que j'en termine. Je savais très bien ce que je faisais quand j'ai... "bousculé" Alia. Je lui ai parlé durement. Je lui ai dit des vérités, ou ce que je crois être des vérités, qu'elle n'avait pas du tout envie d'entendre. Je l'ai fait en conscience, et ça m'a brisé le cœur. Je crois que j'ai jamais eu à faire un truc aussi cruel de toute ma putain de vie. J'en ai chialé comme un môme. Mais il fallait le faire, et si c'était à refaire, je le referai. C'est ça, le don. Il y a des moment ou aider ceux que tu aimes, c'est pas confortable. Si j'avais écouté tes principes, on n'aurait pas avancé d'un poil et on ne serait pas là tous les quatre, en ce moment. »


« Non » répondit simplement Jyll en prélude, cassant son long silence.

« Nous ne sommes pas ici pour parler de toi Bhaal, mais je n'ai pas peur de toi, ni de ce que tu pourrais faire à Alia. Tu pourrais aisément me tuer dans un accès de rage. Mon frère le pouvait aussi. Et je n'y ai jamais songé. J'ai parlé de violenter, car c'était tes mots et tes gestes. Alia ne t'écoutait pas, et tu l'as, comme tu dis, violenté. Je n'ai pas dit que tu avais mal fait, ni bien fait. Mais ensuite tu es venu chez nous, et tu as estimé que Célestin, qui vous a toujours fait passer avant le reste, ne te prêtais pas assez attention. Et là, tu l'as violenté également, non pas comme le ferait un vaurien ou un criminel, mais comme on ne le ferait pas à un ami qui est là pour vous.

Et ce que je t'ai dit alors, c'est que la technique que tu avais utilisé avec Alia n'avait pas eu l'air de fonctionner et qu'elle avait peu de chances de mieux fonctionner avec Célestin.

Plus tard, alors que tu fulminais, je t'ai dit que les abysses commençaient à te dominer. Mais tu as pris ça comme une remarque sur ta nature, puis tout un pamphlet sur moi, ou les Sarenites. Je ne cherche pas à te sauver pour y gagner quelque chose, pas plus qu'avec un autre, j'ai bien assez de mal à me sauver moi-même.

Les ténèbres, Bhaal, les abysses, elles sont en chacun de nous, peut-être plus encore en toi, mais elles sont en chacun de nous, et tous, comme tu l'as toi-même montré, avons le pouvoir de les renier, de les maîtriser, de les accepter, ou de les laisser gagner. C'est d'ailleurs pour ça que nous sommes là. Il nous faut le retrouver. »
dit-elle en reprenant la main de Célestin en s'en approchant.

Elle avait subitement rabattue la conversation sur le vrai sujet, comme une lionne qui sortirait de nulle part pour amener leur proie dans les griffes du reste du clan.


Lorsque Jyll sortit de son long silence et qu'elle lui prit la main, Célestin sentit un poids lourd s'enlever de ses épaules et de sa conscience. Il lui adressa un bref sourire, avant de reporter son attention sur Bhaal. « Tu te trompes, mon ami. Si tu m'avais écouté, nous serions là, tous les quatre. Sauf que nous aurions été là plus tôt et n'aurions pas eu besoin de parler de tout ceci. Et surtout, nous aurions pu nous concentrer sur le sujet qui nous préoccupait tous : Alia. »

Le jeune homme se tourna vers l'aasimar, qui ne disait toujours rien. « A l'alerte de Bhaal, nous serions venus te voir, sans savoir de quoi il retournait exactement, car je lui ai demandé de garder ton secret pour lui. C'est à toi de nous en parler, Alia, pas à lui. Nous t'aurions alors posé la question : Alia, Bhaal s'inquiète pour toi. Il semblerait que tu aies un secret qui pèse lourd dans ton cœur, et nous voulons t'aider. Veux-tu bien nous en parler ? »

Il tendit lentement son bras libre, paume vers le haut, en direction de la jeune femme, et termina de sa voix douce. « C'est à toi de parler, Alia. Je t'en prie, nous t'écoutons. »


Alia écoutait avec attention Jyll puis Bhaal, ils confirmerent ce qu'elle avait compris en écoutant Bhaal. Ce qu'il s'était passé était de sa faute.

Elle reprit la main de son fiancé et la serra fortement, parlant d'une voix navrée.

« Je suis désolée, je suis terriblement désolée. Si vous vous êtes disputés c'est de ma faute, tout aurait pu si mal finir. Dire qu'à cause de moi, tu as failli perdre les seuls amis que nous ayons. Oh Bhaal, je suis si désolée. » Elle s'arrêta un instant, avala sa salive difficilement, la gorge nouée par l'émotion, puis regarda de nouveau leurs invités. « Je vais bien, je vous assure, Bhaal s'inquiète toujours beaucoup trop quand il s'agit de moi. Je n'ai aucune raison d'être triste, Kelmarane est libérée et je suis toujours vivante, j'ai une maison comme jamais je n'aurais pu l'imaginer, je suis aimée par l'homme le plus merveilleux qui soit et je l'aime. Et nous allons nous marier. Je suis heureuse. »

Elle souriait maintenant à nouveau, d'un sourire éclatant.

« Célestin, Bhaal vous l'a dit ? Nous allons nous marier à notre retour de Katapesh. Jyll a déjà accepté de m'aider mais pourrez-vous m'aider pour ma robe ? » Elle regardait le jeune homme, totalement radieuse.


Bhaal fut heureux que Jyll sorte enfin de son silence, mais moins de la suite. Si elle disait pour partie des choses vraies qui le renvoyaient à ses propres manquements, il trouvait beaucoup moins convaincantes ses explications sur les abysses. Quoi qu'elle en dise, ce mot revêtait une signification toute particulière lorsqu'il lui était appliqué, et il se revit un instant sur le point de s'empaler sur sa lame afin de leur échapper et, surtout, de ne pas entraîner celle qu'il aimait dans sa chute. C'était, au mieux, d'une incroyable maladresse. Célestin ne lui avait-il donc rien dit ? Et Alia ?

Le demi-démon baissa la tête et se pinça les lèvres pour ne pas répondre, d'une part parce que c'était inutile, d'autre part et surtout parce que Jyll avait raison sur un point : ils n'étaient pas là pour parler de lui, mais d'Alia. Tout à son désir de recoller les morceaux avec ses amis, il avait failli l'oublier, et voilà qu'il avait une autre raison de s'en vouloir, une de plus. Mais il se fit cependant la réflexion amère que son instinct avait vu juste, et les paroles de Célestin le confirmèrent. Que ce soit par communauté d'esprit ou en raison de leur éducation sarénite, probablement en raison des deux à la fois, ses amis n'étaient pas prêts à se remettre en question de quelque façon que ce soit. Il n'y avait pas de place pour l'obscur dans leurs esprits, ils connaissaient pourtant l'obscurité mais ne l'acceptaient pas comme partie intégrante de leur être. Ce faisant, ils se rendaient aveugles à la recherche de la vérité, croyant toujours bien faire. Par contraste, Alia, qui n'avait eu que des contacts lointains avec le culte de Sarenrae et se plaignait souvent d'être ignare de sa propre religion, n'avait pas ce travers, et c'était sans doute la raison pour laquelle il se sentait si compris, si entier avec elle. Une nouvelle fois, Bhaal se remémora certaines paroles de Nemlak au sujet de l'angélisme des sarénites et elle prirent, dans ce contexte particulier, une acuité nouvelle.

Il en était là de ses réflexions quand Alia, poussée par Célestin, prit la parole. Il s'attendait à ce qu'elle nie encore, mais ce qu'il entendit était pire que tout ce qu'il avait imaginé : ce qu'elle disait n'avait aucun sens, c'était totalement hors de propos. Plus elle s'accusait à sa place, plus elle souriait et exposait son bonheur factice et plus Bhaal s'enfonçait dans les ténèbres du désespoir.

Ce n'était plus Alia. Il ne la reconnaissait plus.

Il était près à tout endurer pour sa compagne, mais ce qu'il entendait était au-dessus de ses forces. Il lui apparut enfin clairement qu'elle était en train de basculer dans la folie, et qu'à nouveau les ténèbres du malheur menaçaient de les engloutir, des ténèbres qu'il avait fait sortir lui-même, de sa propre volonté. Il serait bien, finalement, la malédiction de celle qu'il aimait. Il retira sa main de celle d'Alia pour la porter à sa propre bouche, masquant un sanglot irrépressible. Il se leva d'un bond (renversant son tabouret comme à son habitude) et se retourna pour faire quelques pas dans la pièce, les mains sur le visage, avant de les poser à plat sur la table à manger, tournant toujours le dos à ses amis. Il ne parvenait pas à reprendre contenance, il avait l'impression d'étouffer tandis que son corps était agité de spasmes de désespoir et son visage crispé, entre deux sanglots, par un rictus de souffrance qu'on aurait pu croire physique.

« Je suis désolé, » parvint-il à dire enfin, « j'y arrive pas... c'est trop... c'est trop... »

Modifié par un utilisateur lundi 20 mars 2017 23:17:50(UTC)  | Raison: Non indiquée

Je posterai le jour, je posterai la nuit, je posterai toujours ^_<
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#64 Envoyé le : lundi 20 mars 2017 22:13:42(UTC)
Lyana
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« Bhaal ! »

Sans réfléchir, Alia se leva brusquement à son tour, le tabouret bascula, menaçant de tomber pour finalement se rétablir et se stabiliser, bouleversée, elle rejoignit son homme. Le visage ravagé de tristesse et de désespoir du gladiateur l'empêcha de le prendre dans ses bras, la dernière fois où il avait affiché une telle détresse était quand il avait tenté de mettre fin à ses jours.

« Bhaal, qu’est-ce qu’il y a ? Que se passe-t-il ? »

Elle le regardait sans comprendre, totalement perdue.

« J’ai peur, Bhaal... ne me laisse pas... explique moi... »

Elle déglutit difficilement, la vision obscurcie par les larmes qui coulaient à nouveau. Elle savait qu’elle était la cause de tout ce drame, de l’altercation entre l’homme qu’elle aimait et leurs seuls amis, de la tristesse de Bhaal mais... mais elle ne savait pas comment faire pour arranger les choses. Pourtant elle avait souri, elle avait caché sa douleur et sa peine, mais ça ne suffisait pas. Toute sa vie, elle avait appris à simuler, à cacher sa tristesse, à sourire alors qu’elle voulait pleurer...

« Pourquoi ça ne suffit pas ? Qu’est-ce que je dois faire, Bhaal ? Je ne sais pas sourire plus... je ne sais pas... »

Elle restait debout à ses côtés sans oser le toucher, elle avait mal, oppressée, la poitrine douloureuse, elle respirait difficilement, elle le regardait les yeux inondés de larmes, cherchant à comprendre.


Bhaal déglutit péniblement et prit une grande inspiration. A travers ses larmes, il percevait que c'était grâce à elles qu'il avait enfin pu toucher Alia, la vraie Alia, c'est qu'il aimait plus que tout et sans qui la vie n'avait pas de sens, et non cette parodie sans vie qui ne savait que sourire et dire des banalités. Il se tourna vers elle pour l'enlacer doucement. « Oh, Alia, » murmura-t-il, « ce n'est pas ton sourire que je veux, Alia, c'est toi. Toi seule et entière, la vraie Alia, celle qui me confie ses joies et ses peines. Pas cette esclave qui sourit sur commande. Je ne suis pas ton maître, Alia, je suis ton homme. »

Il laissa passer un instant avant de reprendre, le temps de se calmer et de trouver les mots pour mieux la toucher. « Je veux que tu sois entièrement toi-même, mon amour, et entièrement libre. Libérée de ta souffrance. J'ai demandé à nos amis de m'aider à t'aider, mais toi aussi tu dois m'aider. Je ne peux rien faire si tu n'es pas toi-même. Il y a deux jours, tu m'as demandé de t'aider à te rendre ta fille, et je vais le faire. Il faut que je le fasse. Mais il faut me parler, maintenant, mon amour, il faut que tu te délivres de ton secret. Parle-moi, parle-nous de ta fille, Alia, je t'en supplie. Enlève ton masque et ton sourire qui sont tout sauf la femme à qui j'ai voué ma vie.... »


Alia se réfugia dans les bras de l’homme qu’elle aimait, comme toujours sa voix grave faisait vibrer son torse et apaisait la jeune fille. Elle parla d’une petite voix teintée de larmes, balançant sa tête de gauche à droite avec désespoir.

« Je ne peux pas. »

Que pouvait-elle dire ? Pourquoi insistaient-ils tous autant sur ce qu’ils appelaient son secret ?

« Il n’y a pas de secret... On ne m’a rien dit. Je ne sais pas où elle est, je ne sais rien. »


« Nous allons essayer de recoller les morceaux que nous avons, ça fera une piste, même mince, mais une piste quand même » dit Jyll.
« En arrivant ici, vous n'aviez qu'une mince chance de survie, et vous êtes toujours vivants. Vous n'aviez qu'une mince chance de toucher le divin du doigt, et vous l'avez fait. Vous n'aviez aucune chance d'être habité par un Saint, et tu l'es. »

Jyll s'approcha d'Alia sans briser le cocon que les amoureux avaient créé.

« Il te faut savoir pour vivre et respirer, là tu profites du bonheur en apnée, tes mauvaises pensées reviennent et te forcent à retenir ton souffle, et au bout d'un moment, tu étouffes. Tu ne peux pas continuer ainsi sans te détruire. »

Quelque chose dans la voix de Jyll et dans ses yeux mouillés trahissaient un changement qui n'avait pas d'explication franche.


Célestin se leva et s'approcha à son tour. La gorge nouée, ému aux larmes de voir ses amis dans un tel état, il ne pouvait guère parler. Il se contenta de rester là, immobile, près d'eux, suffisamment pour montrer sa présence, mais sans pour autant empiéter sur leur intimité.

Déglutissant pour tenter de s'exprimer de façon audible malgré l'émotion qui faisait couler des larmes silencieuses sur ses joues, il se permit une seule et unique phrase. « Nous ferons tout pour la retrouver, Alia, je te le promets. »


Comme souvent quand Alia était au plus mal, Bhaal maintint sa tête contre sa poitrine tout en lui caressant les cheveux, un bras protecteur passé autour de ses épaules. « Tu ne sais pas où elle est mais nous pouvons enquêter, » dit-il doucement. « Nous avons de l'argent et des amis puissants, et d'autres très malins. Je te l'ai dit, on retrouvera sa trace par les livres de comptes et les registres. Si elle a été vendue, il y en a forcément une trace. Je suppose que tu n'as pas son nom, surtout s'ils lui en ont fait changer comme ce fut ton cas, mais elle a quelque chose de très spécial : du sang angélique, comme sa mère et sa grand-mère. Ça nous aidera sûrement beaucoup. Pour commencer, te souviens-tu du nom de ton maître quand... quand tu as eu ta fille ? »


Alia resta un moment dans la chaleur réconfortante du demi-démon, fermant les yeux, reprenant sa respiration. Jyll et Célestin s'étaient approchés et leur paroles l'avaient touchée, elle se sentait soutenue et aimée comme rarement elle l'avait été.
D'une voix étonnement douce pour un homme de sa carrure, Bhaal lui posa plusieurs questions sur sa fille. Inspirant profondemment, elle s'ennivra de l'odeur masculine puis elle se décolla légèrement.

« Asseyons-nous, ça ne sert à rien de rester debout. »

Elle essaya de sourire vaillamment, revint vers la banquette et redressa le tabouret que Bhaal avait fait tomber. Elle passa quelques secondes à le mettre à la place qu'elle pensait correcte, le posant puis le décalant de quelques centimètres, recommençant plusieurs fois. Elle avait conscience des regards sur elle, des questions silencieuses qui se formaient dans l'esprit de ses amis et de son fiancé, la peur qu'ils éprouvaient de nouveau, se demandant si elle cherchait encore à échaper aux questions. Elle allait replacer une nouvelle fois le tabouret à sa place, lorsque la main de Bhaal se posa sur la sienne, il s'assit d'autorité, invitant du regard Jyll et Célestin à faire de même sur la banquette.

Un court instant décontenancée, Alia s'assit à son tour, rapprochant son siège de celui de son amant, collant sa cuisse contre la sienne, cherchant le contact réconfortant de son homme. Elle glissa ses mains le long de sa robe de lin, lissant conscencieusement les plis du tissu. Elle avait bien conscience que comme avec le tabouret ça ne servait à rien, mais en s'occupant de détails, elle avait l'impression de maîtriser son environnement. Si elle ne pouvait pas agir sur les événements majeurs de sa vie, elle pouvait au moins en maîtriser les petits éléments.
Elle sentait une impatience inquiète monter dans la pièce, elle toussota et commença à parler.

« Je... ça fait plusieurs années maintenant... sept ans et neuf mois... j'appartenais à maître Sulayman Ibn Al-Hakam, il venait d'une grande et vieille famille mais sa fortune avait disparu, il m'avait payé très cher mais je ne crois pas qu'il en avait les moyens en fait. Plusieurs fois, des hommes sont venus réclamer de l'argent et il ne pouvait pas les payer. C'est pour ça qu'il a voulu rentabiliser son investissement comme il disait, à un moment ça ne suffisait plus de me prêter, alors il a décidé d'augmenter son capital. » La voix de la jeune fille devenait de plus en plus froide, détachée de ce qu'elle racontait, comme si c'était arrivé à une autre personne. « Il a choisi des hommes, il fallait qu'ils soient beaux et sportifs, c'étaient des athlètes, des guerriers, il y avait même un gladiateur je crois. Evidemment, je suis vite tombée enceinte, à la grande joie de Maître Sulayman, il avait déjà négocié la vente et il avait de plus en plus besoin d'argent. Ce furent des mois assez difficiles, je sentais la vie grandir en moi mais je savais que je ne lui offrais pas une vraie vie. Quand elle est née, elle était magnifique, elle avait des ailes comme ma mère... enfin comme ma mère... je n'ai jamais véritablement su si c'était vrai. Mais les aasimars ont des ailes, non ? »

Elle sourit doucement, les yeux perdus dans ses souvenirs.

« J'ai pu la garder quelques mois près de moi puis ils l'ont prise. Je ne lui ai jamais donné de prénom, pourquoi faire ? Je suis sortie une journée et lorsque je suis revenue en fin d'après-midi, elle n'était plus là. Je n'ai même pas pu lui dire au-revoir. »

Elle resta silencieuse, le regard fixe, étonamment elle ne pleurait pas.


Célestin avait eu le temps de sécher ses larmes pendant le manège d'Alia. Il s'était assis à la suite de Bhaal, et tentait de ne pas trop fixer son amie des yeux, étonnamment inspirée par la décoration - ou plutôt le manque de décoration - de la maison.
Lorsqu'enfin elle se mit à raconter cette douloureuse partie de sa vie, il sentit de nouveau les larmes menacer de couler. Jamais une mère, ni un père, ne devrait avoir à vivre une telle séparation, un tel déchirement. Et pourtant, l'histoire d'Alia n'était sans doute pas unique à Katapesh, loin s'en fallait.

Il attendit patiemment qu'elle termine, ne voulant pas prendre le risque de la couper en plein élan vu la difficulté qu'ils avaient eu à la faire parler. Il contempla un instant son visage, fixe, inexpressif, et prit la parole à son tour.

« Bhaal a raison, nous avons une piste. Nous avons le nom de ton ancien maître, et celui-ci l'a vendue, ce qui signifie qu'il lui a donné un nom, qui sera sur les registres. Je doute qu'un suivant d'Abadar se contente d'une description du type "jeune aasimar de quelques mois". Et enfin, vu son jeune âge, il est peu probable qu'elle ait souvent changé de maître. Il nous faudra peut-être débourser un peu d'argent, mais... nous devrions ne pas avoir trop de mal à la retrouver. » termina-t-il en souriant, les yeux encore humides.

Malgré tout, intérieurement, il rajouta pour lui-même : A condition qu'elle n'ait pas quitté la ville, voire le pays... Mais il se garda bien de partager ses sombres pensées.


Bhaal eut la patience d'attendre qu'Alia veuille bien choisir son moment pour parler, sans la brusquer, et cela s'avéra payant. Enfin, il retrouvait celle qu'il aimait, enfin elle s'ouvrait de nouveau à lui, à eux. Alia était revenue.

Rien que cette nouvelle le plongea dans une très grande émotion, qu'il s'efforça de masquer pour ne pas perturber le récit de sa compagne. A mesure qu'elle racontait son histoire, il éprouva le désir de pénétrer chez ce Sulayman Ibn Al-Hakam et lui raconter une histoire à sa façon. Il ne connaissait pas cet homme, tout ce qu'il avait fait était parfaitement légal et légitime au Katapesh, mais il ne pouvait pas se départir de l'idée qu'il méritait bien d'être crucifié à sa propre porte et de voir sa maison détruite. Malheureusement, ce genre de chose n'allait pas rendre sa fille à Alia, et lui-même allait probablement y perdre beaucoup... Et donc Alia aussi.

Quand elle eut fini de parler, il se tourna vers elle pour l'enlacer de ses grands bras. « Mon pauvre amour, » murmura-t-il. Après un instant où il chercha à la réconforter, il se tourna vers Célestin. « A ton avis, est-ce qu'il vaut mieux aller frapper à la porte de ce type et lui demander de nous laisser consulter son livre de comptes, ou demander directement au Coffre ? On a le droit de consulter les transactions passées par d'autres hommes ? »


Jyll avait la gorge nouée, il fallut attendre des minutes pour qu'un son en sorte.

« Je ne connais pas grande chose à l'esclavagisme mais je doute qu'avec une période aussi précise, il y ait beaucoup de traces de ventes d'enfants entre ton ancien bourreau et d'autres. Remonter la piste ne devrait pas être le plus difficile. C'est la récupérer qui le sera. » dit Jyll, peinée.


Passant un bras réconfortant autour des épaules de Jyll, il appuya ses propos. « Oui... Nous pourrons consulter les registres, mais ce sera payant. Cela dit, nous avons des moyens financiers plus qu'honnêtes. Par contre, il faudra convaincre son maître de nous la vendre. Et à ce propos, Alia... Je pense qu'il vaudra mieux éviter de dire que c'est ta fille tant que nous ne l'aurons pas récupérée. Son maître la vendra sûrement déjà cher, mais s'il pense avoir un quelconque moyen pour en retirer plus d'argent, il n'hésitera pas. Et le lien affectif est sûrement le moyen de pression le plus efficace pour faire augmenter les tarifs. »

Il fronça les sourcils, perplexe. « Je ne serais pas surpris que son maître ne soit pas un humain. Le temps qu'un enfant aasimar se développe est bien trop long pour qu'il amortisse son achat, à moins qu'il ne prépare son héritage pour sa descendance, bien sûr. Je tablerais plutôt sur un maître dont la longévité est similaire à la vôtre. Mais si c'est un humain... Ce pourra être un argument à avancer pour faciliter l'achat de ta fille. Vous deux, vous pourrez bénéficier de ce "placement" de votre vivant, puisque c'est ainsi qu'il faudra à mon avis le présenter, contrairement à lui. »


Alia se pelotonna contre le torse protecteur de son fiancé, si elle voulait vraiment croire à ce nouvel espoir, tout son être lui criait de ne rien en faire, que la douleur serait encore plus horrible lorsqu'ils échoueront. Parce que l'échec était la seule issue possible.
Le coeur de Bhaal battait contre son oreille, le battement résumait parfaitement son propriétaire. C'était la vie même qui pulsait, dans ses excés, dans ses joies, dans ses peines, dans ses espoirs, il était tellement vivant. Par contraste, elle était tellement morte, elle ne se sentait réellement vivante que lorsqu'elle était près de lui. Et soudain, l'oreille sur le coeur de l'homme qu'elle aimait, elle eut une révélation. Si elle abandonnait, elle mourrait vraiment, elle renonçait à la vie, à ses joies, à ses peines, à ses espoirs. Elle ne voulait pas mourir, elle voulait vivre avec son homme. Et avec sa fille. Ils allaient former une famille, une vraie famille. Ils seront heureux, ils en avaient le droit.

Elle se redressa et regarda Bhaal d'un regard clair, vidé des tourments de ces derniers jours. Elle lui fit un sourire timide, mais qui venait droit de son coeur, puis ses lèvres bougèrent, articulant trois mots sans les dire à voix haute.
« Je t'aime. »

Elle se tourna vers Célestin et Jyll, réfléchissant à ce qu'ils venaient de dire.

« Il se peut aussi, qu'elle... C'est peut-être une école qui l'a achetée. J'ai été éduquée dans une de ces écoles, près d'Okeno, on m'a apprit à devenir une bonne esclave, à obéir, à me battre et à contenter un maître. Un esclave qui sort d'une de ces écoles coûte plus cher parce qu'il est réputé de meilleure qualité. Une telle institution se moque que l'enfant qu'ils achètent grandit plus lentement, chaque année passée sera rentabilisée par sa vente. »

Les yeux un peu dans le vague, elle revoyait les salles immenses et froides qui avait peuplées son enfance.


Bhaal baissa les yeux vers ceux de sa compagne et ce qu'il y vit le remplit d'une immense joie : elle semblait enfin accepter de nouveau l'espoir, et l'incertitude qui, par force, allait de pair avec lui. Elle était prête à affronter cette épreuve, quelle qu'en soit l'issue. Il se contenta de sourire à ses mots d'amour muets. Il n'y avait rien à dire, ses yeux parlaient pour lui.

« Qui que soit son propriétaire actuel, on aura du mal à lui faire avaler qu'on ne cherche pas cette esclave en particulier, je pense. Il faudra aussi trouver le moyen de nous renseigner sur lui : connaître ses motivations pourra nous aider. Mais dans tous les cas, il faudra qu'on soit prêts à lui proposer une belle plus-value, sans compter le remboursement de plus de sept ans de soins. »

Le géant passa une main réconfortante dans le dos de son aimée et lui sourit de nouveau. « Mais je ne m'inquiète pas trop de ça. On est dans le pays où tout se vend et tout s'achète, paraît-il, et on est riches désormais. Si c'est juste une question d'or, y'a pas de raison que ce soit un problème. »


Jyll réfléchissait à la façon d'aborder ça. « Est ce que vous en avez parlé avec Garavel? Je ne sais pas mais il vous a acheté, il doit être celui qui s'y connaît le mieux pour le commerce d'esclaves, mais en étant de notre côté. »

Elle ne savait si c'était une bonne idée mais en dehors de leur petit cercle, elle ne voyait pas trop qui pouvait les aider.


Alia regarda Jyll longuement, réfléchissant à sa proposition. « Je... je ne sais. Il doit savoir oú acheter des esclaves mais... je ne sais pas. Ça serait sûrement la chose à faire mais... »

Alia était vraiment hésitante, pouvait-on mettre Garavel au courant ? Elle avait toujours des réticences vis-à-vis des maîtres, moins ils étaient au courant des affaires des esclaves mieux ça allait pour tout le monde. Même si elle était maintenant affranchie, elle ne pouvait empêcher les réflexes qui avaient régis sa vie de longues années. Pourtant c'était certain, Garavel devait avoir des adresses par lesquelles ils pourraient commencer. Ses dents recommencèrent à martyriser ses lèvres, nerveusement.


« C'est une bonne idée, » approuva Bhaal, « Garavel est sans doute celui à qui parler pour ce qui concerne le commerce d'esclaves. » Le demi-démon perçut la nervosité de sa compagne et ajouta à son intention, avec un sourire qui se voulait rassurant : « il n'est plus notre maître... Il est notre ami, maintenant. Enfin, si tant est qu'on puisse avoir pour ami un type avec la sensibilité d'un caillou. Mais tu n'as pas à craindre de te confier à lui, je pense. »
Quelque chose changea dans l'expression du gladiateur, signe qu'il cherchait un moyen d'aborder un autre sujet mais sans savoir comme s'y prendre. Finalement, il hasarda : « et... puisqu'on est en train de parler de ça... Qu'en est-il de ta mère, Alia ? Nous allons enquêter à Katapesh pour chercher une esclave. Nous pourrions aussi bien le faire pour deux. Connais-tu son nom ? Ou celui de son propriétaire quand vous avez été séparées ? »


Alia ne fut qu'à moitié surprise par la question de son fiancé, pour Bhaal le bonheur de sa fiancée passait par le fait de retrouver sa famille, il le lui avait déjà dit. Il la regardait, nerveux, comme s'il appréhendait sa réaction et elle vit dans ses yeux une lueur de peur. Elle reprit la main rouge dans les siennes, la serra tendrement avec un sourire qui se voulait rassurant.

« Merci. Merci pour tout ce que tu fais pour moi. Je... je ne sais rien sur elle, je ne sais même pas à quel âge j'ai été acheté, tout est si confus dans ma mémoire, c'est si loin. Et quand j'étais petite, j'avais interdiction de poser des questions sur elle. Je crois qu'elle a des ailes... de grandes ailes blanches... mais même ça, je n'en suis pas si certaine, je l'ai peut-être rêvé. »


« Quel est son nom? Tu ... tu dois connaître le nom de ta mère? » demanda Jyll, l'air terrifiée de dire une bêtise.



Alia regarda Jyll tristement et secoua la tête : « Non... je ne me souviens plus de son nom... »



Le malaise sur le visage de Jyll était total, elle se força à aller plus loin. « Tu penses que tu ne t'en souviens plus, ou que tu ne l'as jamais su? Si c'est un oubli, on peut peut-être le retrouver par magie. »



« Je ne sais pas ! » La réponse d'Alia était sèche et agressive. Elle ferma les yeux un instant et respira fortement, puis regarda de nouveau Jyll, une petite mou navrée aux lèvres. « Je suis désolée... je n'avais pas à te répondre comme ça. Mais... je ne sais pas, je ne sais vraiment pas. » Elle ferma briévement les yeux, le visage crispé de douleur. « J'ai du entendre son nom mais j'étais si petite... je n'ai pas de véritables souvenirs, juste des impressions. L'impression d'une femme avec de grandes ailes blanches qui m'aimait... mais je l'ai peut-être inventé pour mieux supporter le reste... Je ne sais pas... » Deux grosses larmes coulaient lentement sur ses joues.



Jyll s'approcha d'Alia pour lui prendre la main. « Pardon. On se débrouillera avec ce qu'on sait et ce qu'on pense savoir, on approchera de notre but. Et nous ne sommes pas seuls. Tu n'es pas seule. Katapesh s'annonce comme un voyage sur nos origines à tous, d'une certaine façon. »


Bhaal, voyant la douleur qui s'emparait à nouveau de sa compagne, l'entoura d'un bras protecteur. « C'est pas grave, ma belle, on trouvera une solution. Je suis sûr qu'on peut la retrouver, elle aussi. A partir de toi, on pourra retrouver tes anciens propriétaires et remonter jusqu'à ta mère. Ça prendra juste un peu de temps, et peut-être un peu d'argent. »
Mais tandis qu'il prodiguait, comme il le pouvait, quelques paroles de réconfort à Alia, quelque chose dans la remarque de Jyll le fit tiquer. « Euh... Qu'est-ce que tu veux dire par "nos origines à tous ? »

Modifié par un utilisateur mardi 21 mars 2017 00:22:01(UTC)  | Raison: Non indiquée

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Alia, derviche de la Fleur de l'Aube aasimar (BM96)
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#65 Envoyé le : jeudi 23 mars 2017 20:43:46(UTC)
Lyana
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Jyll se mit à rougir et se tourna vers Célestin, muette un temps avant de reprendre elle-même la parole.

« Célestin aimerait en savoir plus sur ses origines, qu'il connaît peu, ou plutôt, pas entièrement. »


Célestin, après avoir donné son avis sur la question, était resté spectateur de la scène qui se déroulait devant ses yeux. Bhaal s'était aventuré sur une nouvelle pente glissante et il ne tenait pas spécialement à rajouter une pression supplémentaire sur les épaules de la jeune aasimar. Ce que sa compagne, elle, ne se priva pas de faire. Il adressa une prière silencieuse à Sarenrae pour que l'histoire ne reparte pas de nouveau dans les cris et les larmes.

Et somme toute, sa prière fut exaucée, mais il se morigéna de l'avoir formulée. Était-ce une coincidence, ou sa déesse avait-elle fait en sorte de changer de sujet au travers du conduit vivant qu'était Jyll ? Toujours était-il que tous les regards se braquèrent sur lui, alors qu'il était à son tour le centre de l'attention.

« Euh... » Le jeune homme était soudain tout gêné. « Je... A notre retour de Katapesh, si tout se passe bien, il n'y aura pas qu'un mariage, mais deux... » dit-il en rougissant tel un adolescent en posant un regard amoureux sur celle qui était devenue son soleil, le centre de son univers.

Voyant que les questions se bousculaient dans le regard de ses deux amis, il poursuivit. « Mais pour ça, je veux qu'elle ait un nom... Que j'ai un nom... Je... Je m'appelle Célestin. Juste Célestin. » Il baissa la tête à ces aveux, comme s'il s'agissait d'une faute. Il poursuivit en parlant moins fort, à peine audiblement. « Et puis... Il faut que je sache... mon père... et ses ancêtres... je dois savoir qui ils sont. Je... Je ne sais pas grand chose à leur propos, mais, maintenant que j'ai un avenir à léguer... » Il releva la tête pour regarder Jyll dans les yeux, semblant ne parler plus qu'à elle seule. « Je ne peux pas rester dans le vague quant à ces mystères. Il faut que je sache ce que notre don, ou notre malédiction, implique... »


Jyll tendit son autre main vers Célestin, en pleurs. Elle se mit à sourire en essayant de tous les lier. « Vu les circonstances, je pense que moi aussi je profiterai de notre passage à Katapesh pour essayer de mieux comprendre mon don. Nous ne devons pas oublier que même si nous savons peu de choses sur nos racines, nous sommes bien là, maintenant, en sachant où nous sommes et où nous voulons aller. Nous ne savons pas quels arbres nous sommes, mais nos graines sont plantées et devant tant de bons et sincères sentiments, elles pousseront. »


Plus Célestin parlait, annonçant son mariage avec Jyll puis le drame personnel qu'il avait jusqu'à présent tu à ses amis, et plus Bhaal écarquillait les yeux de surprise. Il était heureux pour son ami, mais apprendre que ce dernier était lui aussi miné par le mystère de ses origines le mortifia de honte. Il s'était tellement plaint ces dernières semaines ! Plus encore, il avait effectivement imaginé qu'il était, de loin, le plus à plaindre de leur petite troupe. Depuis, il avait compris qu'Alia avait, elle aussi, beaucoup souffert, mais il avait toujours pensé que, somme toute, Célestin avait eu une vie plutôt paisible. Mais il lui apparaissait finalement que Célestin avait tu ses souffrances par pudeur... Contrairement à lui.

« Eh ben ! Euh... » Commenta-t-il, assez vainement. En vérité, il ne savait que dire. « Déjà, ce serait vraiment chouette si vous vous mariez. Le seul problème pour vous, c'est qu'il n'y a personne parmi nous pour faire office de prêtre, et je vous préviens, je ne jouerai pas ce rôle en échange de bons procédés. Tu peux me demander ce que tu veux, mais pas ça ! » Dit-il en riant. Mais rapidement, son ton se fit plus grave.

« Pour le reste, ne pas savoir d'où on vient, je connais. On connaît, » ajouta-t-il en jetant un regard vers Alia. « Tu... Tu aurais pu nous en parler avant, au lieu de nous laisser nous plaindre comme des gosses, sans rien dire. C'est incroyable, tous autant qu'on est, on ne sait pas vraiment d'où on vient. Et tous autant qu'on est, on a des pouvoirs qu'on ne comprend pas vraiment. C'est pas possible que ce soit un hasard, au bout d'un moment... »


Alia essuyait ses larmes alors que Célestin parlait. Jyll lui avait déjà expliqué mais d'entendre Célestin raconter lui-même ce qui le tourmentait lui serra le coeur. Elle eut un petit rire devant la tentative d'humour de Bhaal mais redevint vite pensive alors que son fiancé parlait à nouveau d'un ton grave. Elle attrapa la main rouge et la serra, comme pour prendre un peu de son énergie, elle se sentait totalement vidée.

Elle se força à sourire. « Félicitations ! Je suis vraiment heureuse pour vous et je suis certaine que nous pourrons assister à votre mariage dès notre retour de Katapesh. Peut-être même le même jour que nous ? Le bonheur se multiplie, non ? »

Puis elle abandonna son sourire. « Nous vous aiderons, Célestin, évidemment que nous ferons tout pour vous aider. C'est important d'avoir un nom, vous devez connaitre le votre et connaitre ceux qui vous l'ont légué. » Elle s'interrompit un instant, songeuse. « Bhaal a raison... Le destin ne nous a pas réuni par hasard, ce n'est pas possible. Je ne sais pas ce que la Fleur de l'Aube a prévu pour nous mais ensemble... ensemble nous sommes plus grands que seuls. »

Célestin sourit. Il s'attendait évidemment à ce soutien de la part de ses amis et de son aimée, mais il ne se sentait pas le droit de leur demander de l'aide. Ils avaient bien trop à faire avec leurs propres problèmes, et les siens, en comparaison, étaient bien peu de choses. Mais maintenant qu'ils savaient, il ne pouvait plus le leur cacher. Il regarda Bhaal, puis Alia, serrant la main de Jyll avec douceur mais fermeté, comme s'il avait à la fois peur de l'abîmer et peur de la lâcher.

« Je... » Il soupira. « Autant tout vous raconter. Enfin, l'essentiel... » Il se mordilla la lèvre inférieure, passa sa langue sur celle-ci, puis sembla enfin se décider. « Il semblerait que les membres de ma famille, du côté de mon père, ait toujours, ou presque toujours, eu des pouvoirs magiques. Mais j'ignore de quoi il s'agit exactement. Alors avant de penser à... » Il rosit légèrement en regardant Jyll. « Euh... enfin... j'aimerais nous rassurer sur le fait qu'il ne s'agisse pas de quelque chose qui puisse être néfaste. Même si jusqu'à présent je n'ai pas à me plaindre de mes dons, et que mon père n'en possédait aucun... Certaines choses me font penser que de ce côté là de ma famille, ce ne sont pas tous des êtres bons et compatissants... »

Il entoura son aimée d'un bras autour des épaules, en un geste protecteur assez semblable à celui que Bhaal avait avec Alia, quoi que beaucoup moins viril compte tenu de la différence de carrure. « Et puis, il y a le... "don"... de Jyll. Il pourrait paraître certain que deux être bénis par les pouvoirs de Sarenrae ne fasse pas courir de risque à leur descendance, mais compte tenu des particularités de nos histoires... Il me semble plus sage de chercher à en savoir plus. »

Il fit un clin d'œil qui se voulait rassurant à ses amis. « Mais vous aurez bien d'autres choses à penser. »


« Non ! »

La négation d'Alia retentit un peu plus fort qu'elle ne l'avait voulu, elle reprit un peu plus calmement. « Non, nous vous aiderons, vous faites toujours tout pour nous aider, laissez-nous faire de même pour vous. Nous nous tournons vers vous au moindre problème, à votre tour de vous tourner vers nous. La recherche de votre nom et de l'histoire de votre famille est tout aussi importante que les notres, à Bhaal et moi. »

Elle se pencha en avant afin de prendre la main du sorcier entre les siennes et parla d'une voix plus grave, légèrement tremblante.

« Vos questionnements, vos peines, vos joies ne sont pas moins importantes que les notres ou celles des autres, Célestin. Ce n'est pas parce que vous avez toujours vécu en pensant au bien-être des autres que le votre n'existe pas. C'est une leçon difficile à apprendre, je le sais. Moi même... » Elle eut un petit sourire douloureux. « Vous êtes important, Célestin. Vous. Pas seulement les conseils que vous nous donnez. »

Elle respira profondément. « Votre famille est originaire de Katapesh ? »


Quelque peu surpris par le ton d'Alia, Célestin resta un instant coi, avant de lui répondre avec un sourire taquin. « Je ne le croirai que le jour où tu me tutoieras, Alia. »

Un bras autour des épaules de Jyll, l'autre main entre celles d'Alia, il soupira. « Je ne sais pas d'où provient ma famille paternelle. Tout ce que je sais, c'est que mon père s'appelait Sinan et qu'il était alchimiste. Pour rester près de ma mère, il conserva des activités uniquement à Solku, mais je crois qu'avant de la rencontrer, il voyageait dans tout le pays. Mais je n'en ai aucune certitude. J'étais jeune quand... Quand il est parti... » A ces mots, il tourna la tête vers Jyll, comme s'il cherchait son soutien, avant de reporter de nouveau son attention sur Alia. « J'ignore où il a pu aller, et tout ce que je sais sur ses parents, c'est qu'ils l'ont banni de la famille car il ne disposait pas de talents magiques... Chose qui semblait être obligatoire chez eux, j'ignore pour quelle raison... »

Il soupira de nouveau en baissant la tête. Il n'avait pas parlé des raisons qui avaient poussé son père à partir et il espérait que ses amis ne lui poseraient pas la question. Il faisait déjà son possible pour garder les larmes qui menaçaient de couler rien qu'à penser à la perte de ses frères. Il savait que s'il en parlait à nouveau, comme à chaque fois, il ne pourrait les retenir.


Bhaal, dont les mains et les épaules étaient tenues de tous côtés par des amis expressifs, dut se dégager de leur étreinte pour pouvoir faire un pas et taper affectueusement sur l'épaule de son ami. « Alia a raison, Célestin. On n'a pas forcément plus de choses à penser que toi. Tu nous as déjà beaucoup donné, et en retour tu as surtout récolté des emmerdements. Et tu vas encore nous aider à Katapesh, alors maintenant... Ça doit marcher dans les deux sens. Je ne sais pas encore ce que je peux faire pour t'aider, mais je le ferai. Je suppose que retrouver la trace de ton père est du domaine du possible. N'y a-t-il pas quelque magie qui pourrait nous y aider ? »


« De la magie ? » fit le jeune sorcier, incrédule. « De la magie ? » répéta-t-il, amusé. « C'est bien toi qui parle d'utiliser la magie ? Et qui parle de destin, Monsieur je hais la magie et je rejette les dieux ? »

Souriant, il pousuivit. « Oui, on peut sûrement en savoir plus avec la magie. La magie peut probablement tout faire, ou presque. En bien comme en mal. Mais... C'est juste que la magie a un souvent un coût. En tout cas, je ne connais pas de magie que je sache utiliser capable de nous aider... Et si c'est de la magie plus puissante que ce que je sais faire, ça risque d'être trop onéreux pour ma bourse. »


« Pour ta bourse ? » Grogna le géant rouge dans un soudain accès de râlerie, « pour nos bourses, tu veux dire. Si la petite était trop chère pour Alia et moi, je suis sûr que toi et Jyll vous mettriez la main à la poche. Alors y'a pas de raison qu'on vous rende pas la pareille. Et tu peux toujours te moquer, petit con, » ajouta-t-il avec un air sévère et renfrogné que contredisait l'éclat rieur de ses yeux, « Ce n'est pas la magie que je hais, mais bien les magiciens, et tu sais ce qu'ils m'ont fait. La magie, voilà que j'en fais maintenant, alors je ferais mieux d'en prendre mon parti. Quant au destin... On peut ne pas faire confiance aux dieux et pourtant voir ce qui est. Quelqu'un, ou quelque chose, nous a réunis, Alia et moi, ça j'en suis de plus en plus sûr, » dit-il en regardant sa compagne. « Et à la lumière de ce que tu viens de nous dire, peut-être qu'on est tous dans le même bateau. Ça ne veut pas dire qu'on ne se fera pas tous chier dessus à la fin des fins, mais ça... Ça au moins, c'est une bonne chose. Une très bonne chose. »


Célestin éclata de rire devant la mine renfrognée de son ami. « Je le sais mon petit râleur ! Je sais que vous m'aideriez volontiers. Mais comme tu l'as dit, vous aurez déjà des frais. Des frais conséquents. Et retrouver la fille d'Alia, la sauver de sa condition d'esclave, est plus important que retrouver mes origines. Cette petite fille a besoin de sa mère... et... de son père... » Son sourire s'élargit à cette pensée et il rajouta sur un ton taquin. « Je me demande quel genre de père tu feras, mon chou...? »


Bhaal écarquilla les yeux. « Son... Mais je suis pas son... Je... » Tétanisé, il regarda sa compagne. Il n'avait pas du tout pensé à cela. Il n'avait pas du tout pensé à ce qu'il serait pour cette petite, s'ils la retrouvaient. Il n'avait pensé qu'à Alia. Mais si tout se passait comme prévu, ils vivraient tous les trois ensemble, ici à Kelmarane, dans cette même maison qu'ils trouvaient trop grande. Que serait-il pour cette petite ? Pouvait-il seulement se dérober ? « Bordel de merde ! » Souffla-t-il, stupéfait de découvrir si tard ce qui lui apparaissait, maintenant, comme une évidence.


Jyll rit en mettant une main devant sa bouche par pudeur.« Vous êtes finalement tous optimistes, vous vous inquiétez bien tôt d'aventures qui égayeront vos jours de leurs défis. Vous avez rapidement gagné beaucoup d'argent ici, je ne doute pas qu'on trouvera tout l'argent nécessaire à la préservation de ceux qui nous sont chers quand nous les retrouverons. Je ne vois lequel de vous deux ferait un mauvais père. Vous qui, justement, savez ce que ça fait de ne pas en avoir. De devoir faire sans. Vous saurez, d'instinct, quoi faire à ce moment là. »


Les yeux d'Alia s'aggrandirent à mesure qu'elle réalisait en même temps que Bhaal ce que disait Célestin, elle n'avait jamais pensé à cela, à vrai dire elle n'avait jamais voulu penser à ce qui arriverait une fois qu'ils allaient retrouver sa fille. Les paroles de Jyll confirmèrent ceux du sorcier, Alia regarda Bhaal, gênée.

« Jyll a raison, tu ferais un merveilleux père Bhaal, je n'en doute pas. Mais... tu n'es pas obligé. Je ne veux pas t'obliger à être ce que tu ne veux pas. Si tu ne veux pas, je comprendrais. Je t'assure. »


Bhaal regarda sa compagne et lui sourit. « Non, c'est pas ça, mais... J'ai du mal à m'imaginer. Me projeter. En fait, Jyll a raison, je crois que je saurai quand elle sera là, tout simplement. Mais avoir une famille, c'est un truc qu'on peut faire quand on est libre, alors... Et puis, si on retrouve ta mère aussi, j'aurais une belle-mère qui se plaindra à toi que son gendre a mauvais genre, comme dans les histoires, tu sais ? Comme ça on serait une vraie famille normale, le père tieffelin et les trois aasimars... »

Il continua de fixer Alia en silence pendant quelques secondes, puis se mit à pouffer de rire avant d'éclater littéralement en « hûk hûk hûk » sonores.


Alia regardait avec appréhension Bhaal, puis sourit doucement en l'écoutant parler de famille et de belle-mère. Une famille, ils allaient avoir une famille, son sourire était maintenant immense et lorsque le géant rouge éclata de rire, elle rit à son tour et dans un même élan se leva à moitié pour écraser ses lèvres sur celles de son fiancé, heureuse.

Elle se sépara de son amant et tourna de nouveau son visage vers le jeune homme qui les regardait d'un air satisfait, elle plissa légèrement les yeux en le fixant du regard et redevint sérieuse.

« Vous ne réussirez pas, Celestin, vous ne détournerez pas la conversation. Je sais que c'est douloureux mais il nous faut savoir, si nous voulons vous aider. Vous avez dit que votre père était... parti, mais savez vous pourquoi ? Vous avez toujours été dans l'entourage de la Princesse, n'est-ce pas ? Vous avez déjà du lui demander mais peut-être en sait-elle plus sur votre famille ?  »

En posant toutes ses questions, Alia était navrée pour Célestin, elle s'en voulait de remuer ainsi le couteau mais ils devaient savoir s'ils voulaient l'aider.


La bonne humeur générale s'était propagée et Célestin riait à son tour, heureux de la tournure que prenait une discussion pourtant à l'origine très mal engagée. A la vue d'Alia embrassant Bhaal, il ne put résister à l'envie de faire de même avec Jyll. Il lui donna un baiser avant de la serrer contre lui tendrement, lui murmurant à l'oreille : « Et tu seras la meilleure des mères my dear... »

Mais cet instant d'insouciance, de joie, fut troublé par la question d'Alia. Il se détacha de sa compagne et soupira. « Ainsi, tu l'as remarqué ? » fit-il d'un air mi-penaud, mi-amusé. « Oui, je le sais. Mon père est parti quand... » Alors qu'il était parvenu à maîtriser sa voix jusque là, donnant le change, elle se brisa et ses yeux s'emplirent de larmes. La fin de sa phrase fut hachurée entre deux sanglots contenus. « Quand mes deux frères... sont... sont morts... »

Il fut incapable de poursuivre et plongea sa tête dans le cou de Jyll en quête de réconfort, cachant ainsi son visage larmoyant à ses amis.

Modifié par un utilisateur jeudi 23 mars 2017 22:03:28(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#66 Envoyé le : jeudi 23 mars 2017 21:11:44(UTC)
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Jyll prit Célestin dans ses bras, elle hésitait quand à la suite des informations à donner. Non, ça n'était pas à elle de le dire. « Le sort s'est acharné sur nombre d'entre nous et sur nos entourages. Il nous faudra rester souder pour permettre à chacun de rester debout et d'avancer, ensemble. » Essayant de permettre à Célestin d'échapper aux questions supplémentaires, elle tenta une diversion qui n'en restait pas moins utile. « Savez vous par quoi ou qui commencer une fois là-bas? »


« Je suis désolée, Celestin. Vraiment, je ne voulais pas rouvrir d'anciennes plaies. »

Alia hésitait, elle sentait que Célestin n'avait pas tout raconté mais... devait-elle insister ? De quel droit ? Et puis cela n'avait peut-être aucun rapport avec la quête du sorcier. Devant la tristesse de son ami, elle renonça et suivit Jyll dans son effort de changer de sujet. Elle réfléchit de longues secondes avant de répondre d'une voix dépitée.

« Je ne sais pas. Je ne sais pas du tout comment commencer quoi que ce soit. »


« Des... frères ? » S'écria Bhaal, « tu as... enfin tu avais des frères ? Et ben, on en apprend tous les jours. Et comment... Oh... » S'interrompit-il, embarrassé. Bien sûr, il ne savait pas du tout ce que cela signifiait d'avoir un frère, non plus que la douleur de le perdre, aussi lui fallut-il un moment avant de réaliser l'étendue de sa maladresse.

« Hem... Bien sûr. Excuse-moi. On verra ça une autre fois, hein ? C'est pas pressé, » hasarda-t-il en tapotant l'épaule du jeune homme, toujours enfoui dans les bras de Jyll.

Le moment était en effet propice pour changer de sujet. « Pour la petite, je pense que nous devons d'abord nous rendre au Coffre de Katapesh et essayer de retrouver la trace de la vente. On a le nom du vendeur et la date à peu près exacte, n'est-ce pas ? Ça ne devrait pas être trop difficile. Qu'est-ce que vous en dites ? »


Célestin n'était pas en mesure de répondre à d'autres questions, ni sur lui, ni sur quoi que ce soit d'autre. Toute son attention était focalisée sur le bien être que lui procurait la douce chaleur de sa compagne, l'impression d'être dans un cocon et que tout ce qui se trouvait autour était étouffé par ses parois. Là, bien à l'abri, il reprenait lentement l'ascendant sur ses émotions. Il savait que tôt ou tard, il devrait refaire surface. Il savait que ses amis avaient encore besoin de lui, que tout n'était pas réglé. Et ils auraient encore des questions, toujours plus de questions, auxquelles il n'était même pas certain d'avoir un début de réponse. Devait-il toujours être aussi optimiste, prétendre que tout irait pour le mieux ? La réponse fut immédiate dans son esprit : oui, il le devait. Pour ses amis, il représentait un espoir, et en cela, il n'avait pas le droit de les décevoir. Pour cela, il devait être fort, redevenir lui-même. Son amour comptait sur lui, ses amis attendaient son aide.


Lentement, il se décrocha de Jyll, et, essuyant les sillons humides sur ses joues, il fit face à Alia et Bhaal. Il déglutit péniblement, la gorge douloureuse d'avoir pleuré et encore serrée par l'émotion qu'il refoulait tout au fond de son être.

« Oui... » Le début de sa phrase s'étrangla et il dut la recommencer. « Oui, c'est une bonne idée, Bhaal. Nous devrons aller consulter les registres en priorité. Trouver la fille et la mère d'Alia est la priorité. Nous devrons aussi nous rendre au temple de Sarenrae. Pour Jyll et moi, afin que nous comprenions nos pouvoirs. Et pour toi, en espérant qu'ils aient des débuts de réponses, des pistes à nous fournir. »

Il voyait dans le regard de ses amis qu'ils brûlaient de lui poser plus de questions, d'en savoir plus sur son histoire. Ils lui avaient raconté la leur, en grande partie. Il serait juste qu'ils aient connaissance de la sienne. Il soupira.

« Quant à mes... frères... » De nouveau, il eut du mal à terminer sa phrase, mais une fois de plus il refoula cette tristesse en lui, se concentrant sur son récit. « Ils étaient plus âgés que moi. De l'âge de ceux d'Almah. Oui, Almah avait deux frères également, auxquels mes deux frères étaient rattachés, tout comme je l'ai été à Almah. Mais... Nos aînés respectifs ont été assassinés à Solku, sans que leurs meurtriers ne révèlent leurs motifs. »

Il serra les dents, marquant une pause afin de contenir ses émotions, reprenant peu après.

« Les deux autres, également plus âgés que nous, étaient en voyage à Katapesh, où ils ont contracté des dettes de jeu aux étals de nuit... Des dettes qu'ils ont été incapables de solder... » Sa voix se fit plus hésitante, son récit plus hachuré. Les yeux hagards, fixés sur un point imprécis, il ne donnait plus vraiment l'impression d'être présent, comme si son âme avait quitté son corps. « Et... C'est à ce moment que mon père est parti... Quand mon deuxième frère est mort... Il est... parti... Avec toutes ses affaires... Sans... Sans qu'on sache pourquoi... Sans nous le dire.... Comme ça... Voilà... C'est... C'est tout... Almah et moi avons perdu nos frères ensemble... Nous avons grandi ensemble... Alors... C'est pour ça que... c'est ma sœur... C'est ma sœur de cœur... »


Le coeur d'Alia se serra devant la tristesse de son ami, elle s'approcha de lui et posa la main sur son épaule, regardant Bhaal d'un air perdu comme pour lui demandait ce qu'ils pouvaient faire pour apaiser son chagrin. De sa voix la plus douce, elle lui parla.

« Je.. je suis vraiment désolée d'avoir fait remonter tous ces souvenirs douloureux. Certains devraient rester enfouis pour toujours. Mais nous allons tout faire pour vous aider, je vous le promet. »

Elle se mordila les lèvres et reprit.

« Excusez-moi d'avoir juger votre relation avec la Princesse, c'était mal de ma part, j'en suis réellement navrée. Vous avez partagé de nombreux drames avec elle, cela tisse des liens que nous ne pouvons pas comprendre... »


Bhaal rendit à sa compagne un regard tout aussi perdu que le sien. Il comprenait mal la souffrance de Célestin et se sentait totalement incapable de lui procurer une aide ou un réconfort quelconque. La seule chose qu'il se sentait en mesure de faire, c'était de taper sur quelqu'un pour le compte de son ami, ce qui, dans le cas présent, ne servirait pas à grand-chose. Taper sur les morts ne les faisait pas revenir.

Le désarroi et le sentiment d'impuissance qui l'accompagnait rendaient Bhaal quelque peu nerveux, ce qui se traduisait comme à l'accoutumée par des ouvertures et fermetures intempestives de sa main droite, tandis que ses griffes se repliaient pour s'enfoncer dans la chair de sa paume. Cependant, le récit de Célestin lui faisait également comprendre certaines choses, notamment la loyauté sans faille et la confiance absolue que Célestin manifestait à l'égard de la princesse.

Il ne savait que dire, mais il hasarda néanmoins, d'une voix hésitante. « C'est... C'est pas une solution d'enfouir ses peines, je pense. Tôt ou tard, ça te pète à la gueule. En fait, c'est mieux d'y faire face. Et vous savez quoi ? C'est avec vous que j'ai appris ça, » déclara-t-il à ses amis.

A mesure qu'il parlait, sa voix s'affermissait et sa résolution grandissait. Oui, il pourrait peut-être aider Célestin, d'une façon ou d'une autre.

« Il faut retrouver la trace de ton père si tu veux percer le mystère de ta famille... Et celui de la mort de tes frères également. Deux fois deux frères, tous liés ensembles, tous morts ? La vie est parfois cruelle, je suis bien placé pour le savoir, mais ça me paraît un peu... Un peu beaucoup pour être simplement le fruit du malheur. »


Célestin regarda Bhaal avec un air hagard. « Tu... Tu penses que ce pourrait être... Volontaire ? Tu veux dire... Dirigé contre... Contre la famille Roveshki ? » Cette pensée ne lui était jamais venue à l'idée, les deux histoires s'étant passées dans deux villes différentes et sans lien apparent.

Il paraissait particulièrement troublé à cette éventualité. « En tout cas... Notre passage à Katapesh me permettra... nous permettra d'enquêter aux étals de nuit... Quant au reste... C'est à Solku qui faudra se rendre... »

Il tenta un sourire, qui parut bien faible avec ses joues mouillées.

« En tout cas... Merci. Merci pour votre soutien. Et... Oui... Je dois affronter mon passé. Nous devons tous affronter notre passé. » termina-t-il en jetant un regard d'ensemble à ses amis et sa compagne, entourant de son bras les épaules de cette dernière, la rapprochant de lui.


Alia était d'accord avec Bhaal, il y avait quelque chose de mystérieux dans la succession de tragédie qu'avait connu Célestin. Elle hésita puis dit d'une voix compatissante :

« Et si... et si ce n'était pas à la famille Roveshki qu'on en voulait ? »


Le regard de Bhaal passa de Célestin à Alia. Oui, elle comprenait comme lui. Il revint vers son ami.

« J'en sais rien, mon biquet, j'ai tendance à voir le mal partout. Mais tous ces morts... Faudrait vraiment pas avoir de bol. Oui, c'est la première chose à laquelle je penserais, jusqu'à ce qu'on me prouve le contraire. C'était peut-être un hasard. Ou c'était peut-être la famille d'Almah qui était visée. Ou c'était peut-être la tienne. Manifestement, tu ne viens pas d'une famille de serviteurs. Qui peut savoir ? A ta place, j'écarterais aucune piste. »


« Mais...? Pourquoi...? » Le jeune homme ne trouvait pas les mots. Quelqu'un en aurait voulu à sa famille ? C'était absurde ! « Si ! Je... Nous... Enfin... Oui, ça dépend... Oui... Pas du côté de mon père, c'est vrai... Mais du côté de ma mère, nous... Nous avons toujours été au service des Roveshki... »

Il cherchait les mots, visiblement, et avait du mal à regarder ses amis en face. « Je... Enfin... Autant tout vous dire... Surtout à vous... » Il gonfla ses poumons, comme pour mieux libérer ce qu'il allait dire. « Mes frères et moi... Nous descendons... je veux dire... Mes grands-parents... Mes grands-parents maternels étaient des esclaves... Au service des Roveshki... Tout comme l'étaient les ancêtres de ma grand-mère maternelle. Alors... Si, je viens d'une famille de serviteurs... Mais... Pas du côté paternel, ça, non. Ce sont des hommes libres et s'ils ont bien tous des facilités pour la magie, je suppose qu'ils sont puissants. Alors peut-être... Peut-être qu'ils ont des ennemis. Mais... Pourquoi s'en prendre aux membres de la famille bannie, sans magie et sans aucun lien avec eux ? »

C'est alors que ses yeux s'agrandirent de stupeur et d'effroi, comme s'il avait eu une révélation. « Sauf si... Sauf si... c'est ma famille qui a commandité ces crimes, pour se débarrasser des membres sans magie de leur maison... »

Il chercha à tâtons un endroit ou s'asseoir. Le souffle coupé, il dût s'appuyer sur Jyll pour ne pas tomber et se laissa choir au sol, abasourdi. Ce n'était pas possible. Ce ne pouvait être ça. Il devait y avoir une autre explication. C'était certain.


Alia eut de la peine en voyant celle de son ami. Elle parla d'une voix douce, cherchant à le rassurer.

« Ne batissons pas de théorie hativement. Nous ne savons pas ce qui s'est passé, rien ne nous permet de croire une chose plutôt qu'une autre. Ca peut aussi être un mauvais hasard. »


Jyll écoutait les propos de Bhaal avec attention et observait son effet sur Célestin. Elle le serra fortement, elle espérait qu'il se trompait, mais ne pouvait le certifier.

Oui, rien ne pouvait être écarté.

« C'est une piste qu'il nous faudra creuser aussi. Ce voyage s'annonce riche de recherches. Nous devrions nous reposer un peu avant de reprendre tout ça, je pense que la journée a déjà prélevé son lot sur chacun d'émotions et de difficultés personnelles. »


Embarrassé, Bhaal voyait son ami se perdre dans des réflexions engendrées par ses propres soupçons, réflexions qui laissèrent Célestin anéanti, le souffle coupé, au sol. Le cœur du demi-démon se serra. C'était de sa faute, bien sûr. Le jeune sorcier n'avait pas l'habitude d'entendre certaines choses, occupé qu'il était à s'occuper des autres pour s'oublier lui-même. Était-il prêt pour certaines vérités ? Bhaal faisait le pari que oui, à condition qu'il accepte de laisser un peu de place à l'obscur dans son esprit.

Il s'approcha de son ami en quelques pas précautionneux et s'accroupit doucement près de lui, à l'opposé de Jyll qui avait mis le genou à terre aussi, et lui passa un bras affectueux derrière la nuque. Le jeune homme ploya davantage encore sous l'effet de ce poids supplémentaire. « Te racle pas trop la soupière, mon biquet. Ça ne t'aidera pas. Tu ne sais rien pour le moment, alors laisse venir. Fie-toi aux dieux, en quelque sorte, » conclut-il en souriant.

Un instant passa ainsi, les trois amis occupés à veiller Célestin. « Allez, viens, » fit le demi-démon en passant la main sous l'épaule du jeune homme pour l'aider à se relever.

Modifié par un utilisateur jeudi 23 mars 2017 22:23:38(UTC)  | Raison: Non indiquée

Je posterai le jour, je posterai la nuit, je posterai toujours ^_<
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#67 Envoyé le : mardi 6 juin 2017 17:19:55(UTC)
Guigui
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De quoi Bhaal est-il le nom ? (I)


Alia, Bhaal : palais des maîtres, XX Sarénith, fin de matinée


e chemin de retour avait été un calvaire pour Alia. La demeure de Rayhan était, somme toute, loin du palais, et Nemalk, d'humeur enjoué, ne manquait pas une occasion de faire une réflexion quant à la fulgurance de ses intuitions à propos de Bhaal. Ce dernier étant prompt à la colère quand le magicien lui envoyait ses piques, la jeune fille craignait que son amant ne provoque un nouvel esclandre. Mais il ne réagissait pas, il était perdu dans ses pensées et dans un mutisme qu'Alia connaissait bien et qui précédait généralement une décision grave... ou stupide.

Le géant ne regardait pratiquement pas ou il allait de sorte qu'Alia finit bientôt par le prendre par le bras et le guider. Il marchait, simplement, tête baissée.

Quand il arrivèrent enfin devant les grilles du palais, la jeune fille n'en pouvait plus. Nemlak prit rapidement congé d'eux, évoquant une course à faire. Quand ils furent enfin dans leur chambre, elle congédia gentiment l'esclave qui se portait à leur rencontre, tandis que Bhaal ôtait sa cuirasse qui semblait soudain devenue trop lourde. Il s'affala ensuite en travers du lit, sur le dos, les bras derrière la tête, fixant le plafond.



Alia le regardait sans trop savoir que dire ni que faire, elle resta là un long moment, le contemplant.

Elle s'assit finalement sur le bord du lit, près de lui. Le lit s'affaissa légèrement, le grand corp rouge bougea mais l'homme restait immobile, indifférent à ce qui se passait autour de lui. Elle savait que des dizaines de questions devaient se bousculer dans son esprit et qu'il n'aspirait qu'à une chose : la paix. Mais elle ne pouvait accéder à ses désirs, il devait parler, il devait exprimer ses craintes. Un long frisson la traversa quand elle repensa à la dernière fois qu'il avait été dans un mutisme du même genre et à sa conclusion. L'image de l'épée de Bhaal lui transperçant le torse la réveillait encore certaines nuits.

Elle passa doucement le revers de sa main le long du visage aimé, espérant capter son attention. Puis d'une voix douce, elle se décida à parler.

« Maintenant, tu sais, Bhaal. C'est difficile, mais il le fallait pour aller de l'avant. »



Bhaal ne réagit pas à la caresse de sa compagne, mais sa réponse montra qu'il était bien présent et conscient. « Difficile ? C'est pas difficile. C'est juste... dingue. »

Les lèvres du géant remuaient comme s'il essayait d'exprimer quelque chose d'inexprimable. Il s'agitait. « Je ne regrette pas de l'avoir fait, mais je... Je ne sais pas du tout quoi faire avec ça, maintenant... » Souffla-t-il en prenant la main de son aimée. Enfin, il la regardait dans les yeux, de ses propres yeux perdus, désemparés. Le temps d'un instant fugace, sa grosse trogne ressembla à celle d'un enfant.



Elle ne cessait pas de caresser son visage, comme pour essayer d'effacer ses tourments, un sourire qu'elle voulait rassurant aux lèvres. Mais elle ne dit rien, le laissant chercher ses mots, exprimer ce qu'il ressentait.



« Est-ce que... Est-ce que tu réalises l'intelligence et la puissance qu'il faut pour devenir princesse des Abysses ? Est-ce que tu te rends compte du nombre de siècles qu'elle a eu pour préparer son plan, éliminer ses rivaux... »

Elle interrompit sa caresse, l'écoutant attentivement.

« Et... C'est ma mère ! » S'écria-t-il en portant ses mains à son front.

« J'ai l'impression... D'être totalement minuscule... Et d'être... plus esclave que jamais ! » Les mains sur le visage, le géant commença à s'agiter.

« Parce qu'il y a non seulement ma mère, mais Nocticula ! Et elle, c'est qui, c'est ma tante ? C'est pour ça qu'il y a sa marque de propriété sur moi ? » Tandis que le désarroi faisait place à la colère, le géant semblait soudain prendre Alia à témoin d'un tort qu'on lui aurait fait.

Alia ne chercha pas à le calmer, elle préférait le voir en colère que totalement effondré.

Comme répondant à la crainte d'Alia, l'humeur de Bhaal passa de nouveau de la colère à l'abattement. « Tout du long, c'est Nemlak qui avait raison... On sera jamais libres... Leur marque est sur moi... »

Soudain, il se raidit, tandis qu'un rictus de fureur se formait sur son visage. Il saisit en grondant la dague qu'il portait à la ceinture et l'approcha de sa poitrine avec l'intention manifeste d'arracher sa marque démoniaque. « Putain les grognasses ! J'en ai rien à foutre de votre marque de merde ! »



Le bras d'Alia se détendit et comme un cobra fondant sur sa proie, sa main saisit celle armée du géant. Elle parla d'une voix sévère.
« Non, Bhaal. Pas ça. C'est hors de question, je ne te laisserai pas faire. »

Sa main tenait toujours le poignet du démon et l'autre prit la dague avec laquelle il avait l'intention de se blesser. « Tu es en colère, c'est normal, mais je ne te laisserai pas te mutiler. »

Sa voix était inflexible et ne tolérait aucune contradiction.



Tout en écoutant sa compagne le sermonner, Bhaal réalisa que son geste était effectivement aussi stupide qu'inutile. Il n'obtiendrait pas sa liberté en se lacérant la poitrine, aussi cessa-t-il rapidement la lutte, comme son aimée le lui commandait.
Il retomba, inerte, sur le lit, terrassé par une totale impuissance. Il éprouvait l'envie de pleurer.

« Mon amour... Qu'est-ce qu'on va devenir, tous les deux ? Si elle découvre... » Il se redressa à nouveau, prenant la main d'Alia un peu brutalement, la fixant droit dans les yeux. « Si elle découvre qui tu es, qu'est-ce qui va se passer ? »



Alia blémit légèrement puis se reprit vite, elle devait être forte, si elle flanchait, c'était fini. Bhaal n'avait cessé de la soutenir, d'être son soutien, aujourd'hui c'était à elle d'être présente pour lui, d'être la Guerrière. Elle plongea ses yeux dans ceux masculins, son regard était ferme et décidé.

« Je ne sais pas. Tu ne sais pas. Personne ne peut le savoir, Bhaal. Mais je sais une chose, je refuse de vivre dans la peur. Et je refuse de vivre sans toi. Peut-être va-t-elle te retrouver, peut-être pas, mais on va continuer à vivre. »

Elle passa une main dans les cheveux de son amant dans un geste de réconfort. « C'est toi qui choisis, Bhaal. On peut vivre terrés, craignant son arrivée à chaque instant, ou on peut vivre notre vie, à deux, profitant du temps que nous avons. Quoi que tu décides, je te suivrais. »



Sauf s'il s'engageait sur une voie dans laquelle Alia ne pouvait pas le suivre, mais il avait renoncé à ce choix. Il avait renoncé à la mort. Il avait choisi la vie.

Bhaal se perdit dans les grands yeux verts de sa compagne. Elle avait le corps d'une toute jeune fille, et pourtant en elle brillaient le courage, la volonté et la force.

Il aurait pu, d'ailleurs, lui tenir le même discours, il l'avait même déjà fait. Elle était là pour lui et il était là pour elle. Tous les deux. ensemble. Il se détendit, baissa les yeux et sourit avant de se renverser à nouveau sur le matelas. « Oui, mon amour, » répondit-il simplement.

Il ne voulait plus lutter contre rien, désormais, et surtout pas contre elle. Il avait peur pour elle, mais pas au point de lui offrir une vie de peur et de fuite. S'il fallait mourir, ce serait debout. Bhaal avait failli l'oublier.

Il attira doucement la jeune fille, l'invitant à se presser contre lui. Il voulait maintenant sentir la douceur de sa peau contre la sienne, humer son odeur, être près d'elle. Doucement, il déplaça ses grands membres de façon à l'accueillir contre lui, tout en se lovant dans ses bras. Une petite main passait dans ses cheveux, descendant dans sa nuque, et il se sentit à nouveau bien. En paix. Il avait presque envie de ronronner.



Sans résister, Alia se pelotonna contre le corps puissant de son amant, poussant un soupir de bien-être. Elle écarta la chemise masculine et elle s’enivra de l'odeur musquée de sa peau. Se faisant, elle dégagea sans le vouloir la marque démoniaque. Elle la contempla, cherchant à y démêler les symboles imbriqués, sans succès.

Elle l’effleura du bout des doigts, n'osant pas vraiment la toucher. Elle regarda son aimé d'abord hésitante, puis son regard se fit plus résolu, elle baissa de nouveau la tête et posa ses lèvres sur la marque maudite. Elle aimait tout de lui, le bien comme le mal et elle l'acceptait entièrement.

Modifié par un utilisateur vendredi 9 juin 2017 00:16:57(UTC)  | Raison: Non indiquée

Bhaal reste à l'ombre en BM-96 | Zorg allume le feu en S-210 | Darmrok fait la guerre en N-211
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#68 Envoyé le : vendredi 9 juin 2017 00:04:57(UTC)
Guigui
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De quoi Bhaal est-il le nom ? (II)


Alia, Bhaal, Célestin : palais des maîtres, XX Sarénith, fin de matinée


élestin était rentré de la messe, à la fois enchanté et perplexe. Il n'avait obtenu que des demi-réponses, des hypothèses, et des bons espoirs. Au moins Jyll et lui avaient-ils appris que le don de son aimée ne se transmettait pas aux héritiers, ce qui était déjà une bonne nouvelle. En revanche, la théorie selon laquelle les résonances magiques ne s'effectuaient pas à chaque génération ne l'avait pas vraiment rassuré : son père lui avait expliqué que presque chaque membre de sa famille était doté de pouvoirs, et qu'au contraire, rares étaient ceux, comme lui, à ne pas en avoir hérité. Alors, qu'en serait-il de son éventuelle descendance ? Hériterait-elle de pouvoirs semblables aux siens, conférés par une entité divine ou semi-divine ? Et si c'était le cas, s'agirait-il d'une entité bénéfique comme pour lui, ou une autre force, plus sombre, pourrait-elle s'y intéresser ? Ou encore, son enfant se découvrirait-il des talents magiques innés ? L'angoisse, le doute lui étreignaient le cœur, et il n'arrivait pas à se défaire de ces questions. Toutes revenaient à la même conclusion : il lui fallait enquêter sur sa famille, sur ses origines.

Ses origines. Bhaal aussi était à leur recherche. Était-il rentré ? C'était probable, la matinée était maintenant bien avancée. Il annonça à Jyll qu'il comptait voir si leurs amis étaient revenus, et elle lui répondit qu'elle préférait qu'il s'y rendre seule. Il hésita un instant : devait-il la laisser seule ? Sûrement... Elle devait avoir besoin de réfléchir aux quelques éléments qu'ils avaient obtenus. Que ressentait-elle à ce moment ? Elle ne semblait pas vouloir le partager. Il lui sourit, l'embrassa, et rejoignit la chambre qu'occupaient ses amis.

Arrivé devant la porte, il marqua un temps d'arrêt, et tendit l'oreille. Oui, il lui semblait bien entendre deux voix parler doucement à l'intérieur. Il sourit intérieurement : c'était plutôt bon signe, quand on savait qu'on avait tendance à les entendre distinctement quand les choses se passaient mal entre eux. Il toqua à la porte.



Bhaal sursauta presque en entendant les légers coups à la porte. Il était inhabituellement aux aguets dans un endroit où, a priori, rien ne pouvait leur arriver. Il laissa retomber sa tête et soupira. Il aurait voulu prolonger ce moment. Alia, lovée contre lui, ne semblait pas avoir entendu. Elle avait presque l'air de dormir. Il soupira de nouveau : il allait devoir se lever.

Lorsqu'il ouvrit la porte à Célestin, Bhaal était torse nu, mais il portait encore la jupe de lamelles métalliques qui lui protégeait les hanches et les cuisses, l'association des deux produisant un effet plutôt incongru. Il ne parut pas surpris de voir Célestin, et regarda derrière lui comme pour vérifier qu'il n'avait pas été suivi. Il lui dit simplement : « entre. »



Lorsque Bhaal la repoussa tendrement pour se lever, Alia s'accouda sur le lit, toujours allongée, afin de voir qui frappait à la porte. Sans voir leur ami, l'attitude de son amant la renseigna et elle s'assit sur le bord du lit, remettant sa robe correctement et essayant de se recoiffer.



Célestin porta un regard appréciateur sur les pectoraux du gladiateur, et un sourire naquit aux coins de ses lèvres.
Invité à entrer, il pénétra dans la pièce en frôlant le torse du colosse qui prenait une grande partie de l'encadrement de la porte, et son sourire s'élargit à la vue d'Alia qui se recoiffait dans une expression qui se voulait innocente. « Je ne vous dérange pas j'espère ? » s'enquit-il. Mais au ton de sa voix, amusée et lourde de sous-entendu, on pouvait se demander où se terminait la formule de politesse et où commençait la petite pique amicale.



Alia sourit à Célestin qui entrait et lui répondit d'un ton chaleureux : « non, au contraire, nous vous espérions. »



« Ah... Eh bien je suis désolé, il n'y a que moi... » commença-t-il, avant de réaliser qu'il s'agissait probablement d'un "vous" de politesse. Son regard se fit réprobateur. « Alia ! » s'exclama-t-il, la voix hésitant entre reproche et amusement.



« Fait chier, » grogna le gladiateur, « Elle est pas là, Jyll ? Je vais devoir tout répéter, ça me fatigue d'avance, » dit-il en fermant la porte et en invitant son ami à prendre un siège. « Tu veux boire quelque chose ? Y'a du vin, je crois. Moi je vais me prendre un verre de vin, t'en veux ? » Il n'était pas encore midi, mais le fait marquant chez Bhaal était qu'il ne buvait pratiquement jamais d'alcool, et sûrement pas en journée.



Alia se leva gracieusement du lit et posa une main sur l'épaule de son fiancé, l'invitant d'un sourire à s'assoir lui aussi. Pieds nus, elle alla jusqu'à une petite table dans un coin de la chambre couverte de victuailles posés par les esclaves attachés à leur service. Elle posa sur un plateau de cuivre martelé une carafe de vin, trois verres, une grappe de raisin, quelques dates et figues et l'apporta jusqu'aux deux hommes. Toujours silencieuse, elle remplit les trois verres du breuvage rubis, laissant le temps à Bhaal de se calmer et de s'assoir.



« Oh... » se contenta de dire Célestin. Il prit place, et admira Alia les servir avec grâce, suivant le mouvement de ses hanches et ses courbes parfaites dans un regard presque gênant. Elle ne s'en rendait probablement pas compte, mais le fruit d'années de travail lui faisait prendre des postures sensuelles qui ne pouvaient laisser pas le jeune homme indifférent. Il réprima ses pensées, et tenta de détourner son attention vers une grappe de raisin posée devant lui. Il s'en saisit, et résolut de la déguster en détachant méthodiquement chaque fruit et en le glissant délicatement dans sa bouche, le croquant avec précaution, laissant ses dents lentement écraser le grain, libérant le jus en bouche.

Il attendit que son amie s'assît pour demander : « Alors...? Je suppose que vous avez des réponses, vu ta tête Bhaal... Désolé que Jyll ne soit pas là, je crois qu'elle a besoin... de temps. »



Bhaal remercia sa compagne d'un sourire et porta le verre de vin à ses lèvres pour en prendre une longue gorgée. « Jyll ? Oh, oui bien sûr, c'est pas grave. Laisse tomber. » Il reprit une longue gorgée de vin, laissant passer quelque instants de silence gêné. Il semblait nerveux. « Et... Et vous ? Le temple ? Vous avez pu voir Vechna ? Il est spécial hein ? On sait pas trop si... enfin s'il est... euh... » Il baissa la tête, comme soudain conscient de quelque chose, puis entreprit de finir son verre.



Alia tourna la tête vers Célestin, son regard curieux et amical appuyait les demandes maladroites de Bhaal.



« C'est une femme. Vechna est une femme. En tout cas, c'est ce qu'il m'a semblé après l'avoir vue sans son capuchon. Et d'ailleurs, elle dégage une aura... impressionnante ! » dit-il d'un ton rêveur.


Alia hocha la tête en signe d'assentiment, elle aussi avait été impressionnée par le prêtre, ou la prêtresse selon Célestin.

« Je crois que je lui ai parlé comme si c'était un homme, » murmura Bhaal, embarassé. « Enfin bref. »


Célestin sourit, amusé. « En tout cas, vous lui avez fait une forte impression aussi. »

Il prit son verre de vin, et en but une gorgée, le dégustant d'un air appréciateur. « Nous n'avons pas découvert grand chose sur nous. Enfin si, une chose qui a rassuré Jyll : son... "don"... » Il avait toujours du mal à nommer ce pouvoir à la fois béni et maudit, et à vraiment le considérer comme un don, tout en se sentant coupable d'avoir l'impression de remettre en question la décision de Sarenrae de l'avoir confié à Jyll. « Hem... Son don ne devrait pas être héréditaire, il semblerait qu'il touche certaines personnes choisies par les dieux, ou des entités supérieures, pour servir leurs intérêts, ou parce qu'ils ont vu en la personne quelque chose d'extraordinaire et qui correspondrait à leur dogme. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour nous, si nous voulons avoir des enfants ! » Il souriait de toutes ses dents.



« Les enfants ! » S'écria Bhaal en tapant sur la table comme s'il se remémorait quelque chose d'important, « putain, j'avais même pas pensé aux enfants ! »


Alia palit et posa sa main sur celle de Bhaal qu'elle serra fortement, visiblement elle non plus n'y avait pas pensé et le faire l'inquiétait visiblement.


Célestin ouvrit de grands yeux. « Euh... Désolé de vous dire ça, mais... Je suppose que vous avez déjà... copulé...? » s'enquit-il avec un sourire canaille en haussa les sourcils par deux fois. « Vous savez que vos races respectives, pour autant que je sache, sont compatibles ? Il y a des chances que, tôt ou tard, ça arrive... »



La main toujours serrée sur celle de son amant, le visage soudainement fermé, Alia répondit à leur ami.
« Oui... oui... bien sur qu'on a déjà... mais... je ne veux pas... je ne pourrais pas. » Elle ferma un instant les yeux et les rouvrit une douleur au fond du regard. « Si nous avons un enfant, son sang... aasimar et démoniaque... il sera la cible de toutes les convoitises. Je ne supporterai pas de le perdre. »
Luttant contre les larmes, la gorge douloureuse, la jeune fille vida son verre de vin d'une traite, essayant de faire disparaitre la boule de douleur qui obstruait sa gorge.

Modifié par un utilisateur vendredi 9 juin 2017 00:21:44(UTC)  | Raison: Non indiquée

Bhaal reste à l'ombre en BM-96 | Zorg allume le feu en S-210 | Darmrok fait la guerre en N-211
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Offline Guigui.  
#69 Envoyé le : vendredi 9 juin 2017 00:05:14(UTC)
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De quoi Bhaal est-il le nom ? (III)


Alia, Bhaal, Célestin : palais des maîtres, XX Sarénith, fin de matinée


haal écouta sa compagne formuler une crainte qui, si elle n'était pas exactement celle qui le tenaillait soudain, en était pourtant proche. Comment fait-on des enfants quand on est le fils de Shamira, princesse démoniaque ? Il n'en pouvait plus, il fallait qu'il parle à son ami... Tout de suite.

« Célestin, » commença-t-il d'une voix inhabituellement basse en faisant rouler le verre vide entre ses doigts, « je ne sais pas comment te le dire alors je vais tout te balancer en vrac, d'accord ? Et après tu feras le tri. Voilà : je sais que tu connais les plans extérieurs et leurs habitants, mais je ne sais pas si tu connais une apprentie prince-démone... princesse démoniaque... appelée Shamira. C'est une succube, une copine de Nocticula, et elle je vais pas te faire l'affront de te dire qui c'est. Elles sont... amantes, apparemment. Et Shamira, c'est ma mère. »

Pressentant que son ami allait immédiatement réagir avec surprise, le géant rouge ne lui en laissa pas le loisir. Il voulait tout lui dire, vider son sac, aussi reprit-il immédiatement. « Et j'ai leur marque à toutes les deux sur la poitrine. C'est pas une marque, ce sont deux marques, l'une cachée sous l'autre. Quant à mon père, moi qui déteste les magiciens, les dieux se sont pas foutus de moi : c'était un magicien du Collège, un cador, un balaise, mais qui a fait tellement de saloperies avec les démons que même ses potes ont fini par décréter qu'il était pas fréquentable. Abdul al-Hazred, qu'il s'appelait... ou qu'il s'appelle, parce qu'on ne sait pas très bien s'il est mort. Mais il ne pourrait pas avoir moins de cent ans, j'imagine. Tu te rends compte ? Être bombardé "infréquentable" par une grosse bande d'enculés, à ton avis qu'est-ce qu'il faut faire pour avoir droit à ça ? A côté de lui, le "bon Dermah" devait être un agneau... »

« Et bien... Voilà mes parents, » sembla conclure Bhaal, comme si tout était dit. « Je n'ai pas de raison de douter de ce que ce type, Rayhan, nous a dit. Il avait l'air très calé et très sérieux. Il a pris mon sang et lancé un sort dessus. Nemlak pourrait t'expliquer. Et il en savait énormément sur les démons. » Il se renversa sur sa chaise, écarta les bras en signe d'impuissance et partit d'un rire amer : « je suis dans la merde ! »



Célestin voulut rassurer Alia, mais Bhaal prit la parole. Tout d'abord, il l'écouta attentivement, l'air concentré. Shamira ? Nocticula ? Oui, ces noms lui disaient quelque chose, et évoquaient de fortes puissances démoniaques, mais il ne parvenait pas à rassembler ses souvenirs, tandis que son cerveau tentait de capter toutes les informations que lui livrait son ami. A la révélation que Shamira était sa mère, il blêmit. Il s'attendait bel et bien à ce que Bhaal soit l'enfant d'un démon d'une certaine puissance, mais de là à envisager qu'il s'agissait du fils d'une des plus puissantes créatures des abysses ! Les questions se bousculaient dans sa tête, tandis que Bhaal, ne lui laissant aucun répit, poursuivait son récit.

Son regard se porta sur le torse nu du géant rouge, laissant la marque visible. Les marques. Maintenant que ça lui avait été révélé, il les devinait vaguement lui aussi. Mais que signifiaient-elles ? Une marque d'appartenance ? Ou autre chose ? Il n'eut guère le temps d'y songer, un autre nom, celui-ci bien connu par Célestin, apparaissant dans la conversation : Abdul al-Hazred lui-même ? Agathe elle-même tiqua à ce nom, s'agitant sur l'épaule du jeune homme, comme si elle était mal à l'aise.

Enfin, Bhaal conclut son exposé. Célestin resta un instant silencieux, se contentant d'un « eh bin ! » significatif. Il dévisageait alternativement ses amis, et finit par prendre son verre, le vidant à son tour d'une traite.

« Je... Je ne suis pas très calé en démons. Je les connais de nom, effectivement, et je sais qu'elles sont puissantes, mais c'est à peu près tout. En revanche, Abdul al-Hazred, oui, ça me parle. J'ai beaucoup lu sur lui. » Il hésita à continuer, et son regard se porta sur la carafe de vin. « Je crois que j'en reprendrais bien... » dit-il à Alia. Célestin buvait à l'occasion, mais avec modération, prenant le temps de déguster chaque gorgée, preuve s'il en fallait que l'histoire l'avait secoué. « Écoute mon chou... Je suppose que tu te poses plein de questions : pourquoi as-tu été envoyé ici, qui l'a fait, ta mère sait-elle où tu es et ce que tu fais, s'en soucie-t-elle, la personne qui t'a envoyé là a-t-elle un plan pour toi dans l'avenir ou était-ce pour te protéger, et mille autres encore. Mais personne ici bas n'aura la réponse à tes questions. Cela dit, il existe un moyen. Peut-être. C'est de consulter les cieux. Mais même eux ne savent pas tout. Alors tu as deux solutions, mon chou. Soit tu acceptes ce que tu es et d'où tu viens, tu ne cherches pas à en savoir plus, et tu vis ta vie comme tu l'entends, avec la possibilité qu'un jour, peut-être, ton passé te rattrape. Soit tu veux en savoir plus, tu consacres de l'énergie et du temps à trouver les réponses à tes questions, et c'est toi qui te porte au devant de ton passé, avec le risque que ton passé, lui, t'avait oublié, et que tu te rappelles à son bon souvenir. Je ne peux pas te dire quel est le meilleur choix, mais il faudra en faire un. Sache juste une chose. » Il s'avança et posa sa main sur la marque gravée sur le torse du colosse, son regard plongeant dans celui de son ami. « Elles t'ont peut-être conçu, et ont peut-être des projets pour toi. Mais tu as choisi ta vie, ta femme et tes amis, et quel que soit ton choix, nous, nous serons là pour toi, pour t'aider et te soutenir. Ne te sens pas seul et perdu, jamais. »



Après avoir résumé en quelques courtes phrases ce que Rayhan lui avait dit, Bhaal saisit la carafe et se resservit un verre de vin, qu'il but en regardant la table, les yeux baissés, tandis qu'Alia se serrait contre lui, prévenante et douce, et que Célestin essayait de trouver les mots qui convenaient. Inexplicablement, Bhaal fut un peu déçu de constater que Célestin ne savait pas grand chose des démons. Il considérait Célestin comme la personne la mieux renseignée, à part peut-être Nemlak, sur la plupart des sujets auxquels lui-même ne connaissait rien, et il avait espéré que le jeune sorcier complète les révélations de Rayhan. Mais ce dernier ne lui parla pas comme un maître du savoir, il lui parla comme un ami. Tirés jusqu'au bout, les choix que proposait Célestin aboutissaient tous deux à une impasse, mais les questions que Bhaal se posait étaient bien dans la bouche du jeune homme. Célestin comprenait ce qu'il ressentait. Il le montrait.

Ému aux larmes, Bhaal posa doucement sa grande patte sur l'épaule de Célestin et l'attira à lui tandis que son autre bras enserrait Alia. Il resta un long instant ainsi, pleurant doucement, la tête contre celle de son ami, tandis que la main d'Alia passait dans son dos en guise de réconfort. Puis les mots revinrent. « Merci... Merci à tous les deux... Je vous aime... Aucun homme ne pourrait avoir meilleurs amis que vous... »

Au bout d'un moment, les pleurs cessèrent et il lâcha ses amis pour se resservir un troisième verre. Son front plissé montrait son trouble, la marque du fugitif se tordait d'une façon bizarre qui la rendait presque illisible. Il reprit d'une voix plus assurée. « Je comprends ce que tu me dis. Je comprends ce que vous me dites tous les deux. Et même Nemlak. Je ne veux pas vivre dans la peur, ni vous faire vivre ainsi, dans l'attente d'une catastrophe qui ne viendra peut-être pas. »

« Mais si je prends l'autre chemin, si je me "porte au devant de mon passé" comme tu dis, et que je suis ce chemin jusqu'au bout... » Il suspendait sa phrase un instant, comme s'il prenait le temps de bien mesurer ce que cela voulait dire, « alors inévitablement, je la rencontre. »

« Ou je les rencontre, d'ailleurs, » se reprit-il. « Au bout du chemin, si je suis cette voie, ça ne peut être que ça. Et je ne pourrai le faire que seul. »

Alia, ouvrant grand les yeux, s'apprêtait à protester mais Bhaal leva le bras pour couper court d'une voix autoritaire. « Ah ça, je n'emmènerai pas dans les Îles de Minuit ma femme, aasimar et sarénite, mariée à l'église, ni mes amis sarénites d'ailleurs, pour voir ma mère princesse des Abysses et mon père démoniste. Ils vont vous crucifier. C'est de la pure connerie. »

Bhaal sembla alors réaliser quelque chose. « Mais d'ailleurs... "Mariée à l'église"... Je fais comment pour rentrer dans une église, moi maintenant ? Maintenant que je sais ce que je sais, je... J'aurais l'impression de... tout salir... »



« Idiot ! » sourit Célestin. « Peu importe le sang qui coule dans tes veines. Qu'est-ce qui a changé depuis hier ? Tu savais déjà que tu descendais d'un démon et d'un humanoïde, non ? Mettre un nom sur tes parents te rend-il différent ? Plus... sale ? Allons, nous t'aimons comme tu es ! Et si tu ne te présentes pas de toi-même à l'autel, j'en connais une qui t'y amènera de force en te tirant par l'oreille s'il le faut ! » Il fit un clin d'œil à Alia.

« Mais sache que je te comprends. Pas pour les raisons que tu évoques, cependant. Je comprendrais que tu veuilles rencontrer tes parents, ta famille, seul, et que tu veuilles les découvrir par toi-même, sans nous à tes côtés. Si tel est ton souhait, je te laisserai terminer ce chemin seul. Mais ne compte pas sur moi pour t'abandonner avant que je me sois assuré que tu les rencontres. Je t'accompagnerai tout au long du chemin, est-ce bien compris, Bhaal ? Et ce ne sera pas la peine de hurler et tempêter. » Il y avait un air de défi dans sa voix et son regard, mêlés à un amusement certain.



Alia se détacha du corps de Bhaal et son regard se fit glacial lorsqu'il l'empêcha de protester. Elle resta un instant silencieuse, cherchant à rassembler ses idées, heureusement l'intervention de Célestin détourna l'attention. Lorsque le sorcier se tut, elle n'y tint plus.

« Conneries. Tout ça c'est des conneries, Bhaal. » Elle se leva brusquement, cherchant à mettre un peu d'espace entre son amant et elle. Alors que le géant s'apprêtait à argumenter, elle l'en empêcha à son tour. « Je comprends tes tourments, je t'assure que je comprend qu'il te faut retrouver tes origines et savoir pourquoi tu es né et ce qu'il s'est passé. Mais tu n'es pas seul, Bhaal, je suis là et je compte bien y rester. Mais je suis censée faire comment ? Comment je dois vivre en sachant qu'un jour tu vas partir aux Îles de Minuit pour ne plus jamais en revenir ? Que tu vas me laisser seule ? » Elle reprit un instant sa respiration, toute tristesse envolée maintenant mais véritablement en colère. Elle fixa de son regard furieux son fiancé, ses yeux verts semblaient lancer des éclairs. « Alors écoute-moi bien, Bhaal Unramat, tu veux découvrir ton passé et savoir pourquoi tu es ici ? Parfait. Si pour cela, il faut aller aux Îles de Minuit, et bien NOUS irons aux Îles de Minuit. Tu m'as très bien entendue, NOUS, pas TOI uniquement. Je me fous de tous tes arguments, je me fous de ta peur, je ne te laisserai pas disparaître là bas sans rien faire. Est-ce que tu m'as bien compris ? »
Mains sur les hanches, menton relevé, elle toisait son homme dans attitude de défi, prête à livrer un combat.



Bhaal se renfrogna un peu lorsque Célestin se moqua gentiment de lui, prenant ses scrupules à la légère, mais il ne répondit rien. Le jeune homme avait de l'empathie, mais comment pouvait-il comprendre ce qu'il vivait ? Il ne se sentait pas sale, à la réflexion, il se sentait impie. Comment Célestin pouvait-il comprendre ce que cela faisait de se sentir impie ? Autant essayer d'expliquer le soleil à la Lune. Aveuglé par son affection, le sorcier élevé dans la foi sarénite ne voyait pas que son clergé aurait peut-être tout autre chose à dire. Que diraient les prêtres, s'ils savaient ?

Mais il fut interrompu dans ses réflexions par la colère d'Alia. C'était dans ces moments-là qu'il l'aimait le plus, dressée, droite et fière, face à plus grand qu'elle, intrépide, et amoureuse en même temps. Une déesse de l'amour et de la guerre, voilà ce qu'était parfois Alia au combat... mais aussi à la maison lorsqu'elle avait des remontrances à faire à son homme. En extase devant sa fiancée mais s'efforçant de le cacher, Bhaal réussit à saisir l'essentiel de ce qu'elle lui disait.

Il baissa la tête et sourit. « Oui, mon amour, » dit-il doucement. « Pardonne-moi, je ne sais plus ce que je dis, je n'ai pensé qu'à moi. » Il repoussa son verre vide. « Je crois que je suis un peu bourré, alors oublions les Îles de Minuit pour le moment, d'accord ? On a bien d'autres choses à faire. »

Après s'être ainsi rendu sans combattre, Bhaal se plongea dans une réflexion songeuse. Au bout d'un instant, il hasarda : « au fond... Peut-être que la chose la plus importante dans tout ça, c'est que Bhaal soit mon vrai nom. Le nom que mes parents, ou du moins ma mère m'a donné. Et ça, c'est beaucoup. Tu donnes pas de nom à un gosse si tu veux le jeter à la poubelle. Alors peut-être... Qu'ils en ont eu quelque chose à faire de moi, en fin de compte... J'étais pas rien pour eux. Ouais. J'étais pas rien. Je méritais au moins un nom. »

A mesure qu'il parlait, l'émotion gagna le visage soucieux et tourmenté de Bhaal. Sa voix caverneuse était presque éteinte et des larmes coulaient sur ses joues.



La colère d'Alia retomba laissant place à la suspicion, elle observait son fiancé, yeux plissés, il avait bien trop vite capitulé, que mijotait-il ? Puis la suspicion laissa de nouveau place à la tristesse. Les larmes du géant étaient si incongrues qu'elles déchiraient le cœur de la jeune fille. En deux pas, elle fut de nouveau aux côtés de Bhaal et elle le prit tendrement dans ses bras, cherchant à le réconforter.

« Oui, c'est important un nom. Tous les enfants devraient avoir un nom. Un vrai nom à eux. »
Pas comme elle, qui n'a jamais su comment elle s'appelait réellement, ni même si sa mère lui avait donné un prénom, peut-être n'était elle qu'une chose à jeter pour sa mère ? Comment savoir ? Alia n'avait pas non plus donné de prénom à sa fille, elle n'avait pas voulu lui en donner de peur de trop s'attacher, de ne pouvoir supporter son départ. En pure perte, cela n'avait absolument pas fonctionné. Elle regrettait maintenant, même si sa fille en avait changé, elle aurait voulu se dire qu'elle lui avait donné son premier prénom. La petite fille n'était pas rien pour elle, elle n'était pas à jeter à la poubelle, elle méritait un nom.

Les larmes coulaient abondamment sur les joues de la jeune danseuse, la détresse de Bhaal s'ajoutait à sa culpabilité. Mais elle n'en dit rien, c'était Bhaal qui importait, pas sa peine à elle. Elle releva la tête, regardant l'homme de sa vie à travers un rideau de larmes qu'elle dispersa du revers de la main, s'obligeant à lui sourire.

« C'est un beau nom, Bhaal. Fier et puissant, comme celui qui le porte. »



Célestin se détacha de ses amis, et les laissa s'abandonner à leurs émotions. Oui, un nom, c'était important. Cette évocation lui rappela que lui aussi était à la recherche du sien. Les yeux humides, touché par les larmes de ses amis, il se garda bien de formuler ses pensées profondes. Les parents de Bhaal lui avaient donné un nom, certes. Mais de là à en conclure qu'ils tenaient à lui ? Ces êtres-là étaient des calculateurs froids et sans pitié. Avaient-ils réellement de quelconques sentiments pour leur enfant, où ne l'avaient-ils nommé que par commodité ? Les maîtres donnaient bien un nom à leurs esclaves et leurs animaux de compagnie. Les érudits nommaient bien leurs découvertes, et les artisans leurs outils...
Il refoula ces noires pensées dans son esprit, mais il n'avait pas le cœur à se réjouir, ni à pleurer. Il se contenta de les observer, reprit une grappe de raisin, et la picora afin de canaliser son esprit.



Lorsqu'Alia se porta vers lui pour l'enlacer, Bhaal ferma les yeux et posa sa grosse tête sur le ventre de sa compagne. Il se laissa bercer un instant ainsi, avant de réaliser qu'ils n'étaient pas seuls et que Célestin pourrait trouver gênante cette intimité dévoilée. Quelque peu gêné, il se redressa doucement, et aperçut alors le visage de la jeune fille, mouillé de larmes. Oubliant son embarras de l'instant précédent, il se leva immédiatement pour la prendre dans ses bras, offrant son torse nu comme refuge.

Bhaal admirait Alia pour de nombreuses choses, et notamment pour son empathie envers les autres et leurs souffrances. Pour la première fois de sa vie, il se sentait entièrement et totalement compris par cette jeune femme qui était capable de s'oublier pour les autres, au point parfois de s'en rendre malade. Depuis son coup de folie au monastère, Bhaal lui causait du souci et il le savait. Elle lui disait ne pas vouloir vivre dans la peur mais elle avait pourtant peur pour lui... Tous les jours il regrettait cet acte stupide qui avait causé de la peine à Alia, et qui continuait sûrement à le faire. Il ne devait pas refaire la même erreur : ce qu'il venait d'apprendre, et les conséquences que cela aurait, ne devait pas la faire souffrir.

Telles étaient ses pensées tandis qu'il berçait doucement sa compagne blottie dans ses bras. Il revint à la réalité. Combien de temps s'était-il écoulé ? Il se retourna vers Célestin, plus gêné que jamais, et lui adressa un sourire maladroit. « Je crois qu'on a besoin... d'un petit peu de calme avant le déjeuner. Je... Excuse-moi, je ne suis pas un très bon hôte aujourd'hui. Tout ça m'a... » Il ne conclut pas sa phrase mais la compléta d'un signe de la main dont l'imprécision renvoyait à la difficulté qu'il avait eue à transcrire en mots ses émotions. Ce n'était pas seulement indicible, c'était... Insomatisable, en quelque sorte.

« Merci d'être venu dès que tu es rentré, » dit-il en raccompagnant Célestin vers la porte, « tu es un véritable ami. On va pouvoir s'occuper de toi et d'Alia, maintenant. »



Le temps semblait s'être arrêté alors qu'Alia restait blottie dans le refuge du torse puissant du demi-démon, comme d'habitude, la seule présence de son fiancé, les battements de son cœur et son odeur masculine réconfortaient et apaisaient la jeune fille. Lorsqu'il s'écarta, elle reprit pied dans la réalité et regarda légèrement gênée Célestin. Ce n'est pas le moment d'intimité dont ils venaient de le prendre comme spectateur qui la gênait mais le jeune homme était venu pour leur donner des nouvelles et leur demander ce qu'ils avaient trouvé et ils le négligeaient. Ne pensant qu'à eux.

Alors que Bhaal raccompagnait le sorcier à la porte, elle essuya ses larmes du revers des doigts puis elle interpela leur ami avant qu'il ne sorte : « Merci de tout cœur, Célestin. Merci d'être venu, excusez-nous pour ... tout ça... Nous nous voyons pour le souper. »



Célestin s'était abimé dans la contemplation de sa grappe de raisin pendant que ses amis se câlinaient. Il ne souhaitait pas gâcher leur moment, aussi tentait-il de rester discret.
Au bout d'un instant qui lui parut une éternité, Bhaal se rendit compte qu'ils l'avaient oublié, et s'excusa.
« Oh ? Ce... Ce n'est rien mon chou. Et puis, vous étiez tellement mignons, je n'allais pas gâcher ça ! » dit-il en se laissant raccompagner a la porte. Il sourit à Alia. « Pour le souper ? Je pensais qu'on pouvait profiter de l'après-midi pour entamer les recherches sur ta fille, mon ange. Qu'en penses-tu ? »



Une bouffée d'angoisse la prit d'un coup, Alia s'efforça de respirer profondément pour faire disparaitre la peur qui lui vrillait le ventre à la mention des recherches qui les attendaient. Se forçant à sourire, elle répondit à Célestin.
« Oui... oui, vous avez raison, autant profiter de cet après-midi pour faire ça. A tout à l'heure donc. »
Elle regarda Célestin sortir le sourire toujours aux lèvres, lorsque Bhaal referma la porte et se tourna vers elle, elle ne cessa pas de sourire, cherchant vaillamment à cacher son angoisse et ses doutes à son fiancé, s'efforçant d'être forte pour lui.



Après avoir refermé la porte derrière Célestin, Bhaal revint vers sa compagne. « C'est une bonne idée, non ? » Lança-t-il innocemment, mais il sentit tout de suite que quelque chose n'allait pas chez Alia. Il avait appris à reconnaître chez sa compagne ce sourire figé, héritage de décennies d'apprentissage, qui d'ordinaire avait convenu à ses anciens "utilisateurs" mais qui, pour son amant, trahissait un malaise. Elle angoissait, bien sûr. Bhaal l'attira doucement contre lui et elle posa la tête sur son torse. Ils restèrent un instant ainsi puis, soudain, Bhaal la souleva d'un mouvement sans effort pour la porter vers leur lit. « Allons nous reposer un peu en attendant le déjeuner, d'accord ? » Lui dit-il doucement. « Jamais je n'aurais cru que dormir dans un lit pouvait être aussi agréable, j'ai envie de l'essayer encore. Il nous en faut un pour la maison ! »

Modifié par un utilisateur vendredi 9 juin 2017 00:27:30(UTC)  | Raison: Non indiquée

Bhaal reste à l'ombre en BM-96 | Zorg allume le feu en S-210 | Darmrok fait la guerre en N-211
Le combat à allonge
Le bloodrager abyssal
L'étroit mousquetaire
Offline UrShulgi  
#70 Envoyé le : mercredi 28 juin 2017 14:05:37(UTC)
UrShulgi
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27 Sarenith 4709 : Froid, comme toujours





Nemlak se réveilla sur une barque, qui n’avait ni conducteur, ni passeur. Tout autour de lui était grisé, ou pas loin, il naviguait sur des eaux noires, de ce qui semblait être un grand fleuve où d’autres barques, comme la sienne, se dirigeaient d’elles-mêmes, lentement, vers une montagne au loin.
Les terres autour de lui étaient ternes, tout comme les haut peupliers et saules stériles plantés là. La température était froide sans le gêner pour autant. En observant les barques, les centaines de barques, qui étaient proches et régulières dans leur écartement entre chacune, Nemlak aperçut plusieurs orques et demi-orques noyées dans la masse d’humanoïdes. Il se souvenait être tombé.
C’était ça, la mort ?

Au loin, un homme apeuré se jeta dans l’eau, hurlant de douleur quand il commença à toucher la masse liquide, et réapparut dans la barque où il se trouvait. Certains orques riaient devant tant d’imbécilité. Il recommença, vivant le même phénomène, amenant encore plus de rires. L’individu sembla comprendre ce qui lui arrivait et confina son désespoir dans l’espace de sa barque. L’homme à présent calmé permit d'écouter le silence des lieux, aucun vent, aucun bruit extérieur, même l’eau et ses vaguelettes n’émettaient aucun son, pas plus que le vol d’étranges corbeaux au-dessus d'eux, dans ce ciel d’un gris orageux, que Nemlak reconnut rapidement comme étant des Nosoï.

Nemlak aurait pu s’attendre à un accueil un peu plus chaleureux ou majestueux pour le grand mage qu’il était. Avait-il fait tout ce chemin pour ça, pour cette mort indigne au fond d’une cave ? Comme en écho à ses pensées, il sentit un appel en lui, son corps devenait translucide. Il semblait possible pour lui de revenir sur Golarion, en chair et en os, si il l’acceptait. Mais voulait il reprendre la lutte, ou plutôt profiter du repos des braves ?

En se retrouvant sur la barque, dans l'espace sans fin gris et silencieux Nemlak avait su immédiatement où il était et ce qu'il était devenu. Il ne riaitt pas aux tentatives désespérées du misérables qui se jetais à l'eau car il n'y avait la rien de rigolo mais plutôt tout de pathétique. S'il avait espéré se retrouver dans une nouvelle forme plus en mesure avec son talent il était déçu, mais il savait que même ici il saurait se creuser sa propre destinée, quitte à servir plus vigoureusement le dieu de son père. Peut être aurait-il du d'ailleurs être plus sincère dans ses croyances ? Mais malheureusement il ne croyait pas plus en Lanishra qu'en Sarenrae pour lui donner ce qu'il pensait être sien. Quoi que veulent les dieux, il saurait mort ou vivant mener sa propre barque.

Un picotement vint le tirer de ses pensées alors qu'il voyait sa peau devenir de plus en plus translucide. Un autre dieu réclamait-il son âme ? Rovagug avait-il pris possession de lui ? Il ne put s'empêcher de ressentir un frisson à cette idée ... Toutefois ce picotement se transforma en tiraillement, en une douleur sourde qui voulait le ramener parmi les vivants ! Qui? Qui donc considérait Nemlak comme suffisamment important pour le faire revenir sur le plan matériel ? S'il acceptait cela, à qui devrait-il sa résurrection ? Quel en serait le prix ? A ces questions surgie une nouvelle pensée, la vengeance. Se venger de ceux qui l'avait tué et rendu redevable ! La seule façon de pouvoir faire cela était d'abandonner son futur dans la mort pour revenir dans le présent de la vie. Jetant un dernier regard vers la rivière il eu une dernière pensée :

Je reviendrai ici en majesté!

Modifié par un utilisateur mercredi 28 juin 2017 14:21:43(UTC)  | Raison: Non indiquée

Qui sème le vent ... est déjà d'un bon niveau.
Offline UrShulgi  
#71 Envoyé le : mercredi 28 juin 2017 14:05:50(UTC)
UrShulgi
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Quant à celui qui scrute l'Abysse, l'Abysse le scrute à son tour...


27 Sarenith 4709


haal voulait hurler, mais aucun son ne sortit de… mais où était cette putain de bouche ? Il observait son entourage immédiat, se tortillant…
Se tortillant ? Bordel … il était un putain de ver. Non. Une putain de larve. Une putain de larve dont il avait du mal à évaluer la taille tant tout ce qui était autour de lui semblait démesurément grand. Il était dans une sorte de cuve d’argile rouge, entièrement sculptée, dont l'ouvrage représentait des combats d’anges et de démons.
Certaines parties avaient été corrodées et sous ses pieds, ou plutôt sous lui, une masse visqueuse d’un vert de marais l’empêchait de se mouvoir efficacement. Le contact avec cette substance le rendait fou, il avait l’impression qu’elle l’attaquait autant qu’elle l’aidait à se développer. Mais se développer pour devenir quoi ?

Au loin, il pouvait entendre toute la fureur du lieu, le fracas des armes, des cris de douleur, de rage, de colère. Lui-même sursautait à chaque contraction de ce qui lui servait de cœur, et qui le déplaçait tant elle le comprimait violemment.
Deux énormes têtes dépassèrent des rebords de cette effroyable berceau, le regardant se vriller dans tous les sens, en vain. Derrière eux, il pouvait observer sous ce ciel noir une lune bleue qui diffusait une douce lumière.

Une voix rauque lui rappela un langage qu'il ne parlait que dans ses pires énervements.

« C’est ça son mioche ? Quand elle va apprendre qu’on l’a volé, ça va gueuler. »


Tandis qu'il entendait, pour la première fois, sa langue natale avec un timbre plus suave et féminin, ce qui sonnait plus agréablement à ses oreilles qu'il ne l'aurait voulu quant au contenu de ces propos.

« Qui ça, Shamira ou Pharasma ? »



« Les deux, mais surtout Pharasma. Shamira sera juste bonne pour fermer sa gueule, elle a aucun droit ici, on n’est pas à la capitale. »

Les deux visages le contemplaient un moment, puis regardèrent quelque chose sur le même côté, le même côté, alors qu’une ombre immense, avec des ailes de chauve-souris, s’étendait sur son macabre landau.



« Maîtresse, je l’ai intercepté à temps alors qu’il partait pour le Maestrom, j’esp… »





Bhaal avait beau se dandiner, il ne parvenait pas à en voir davantage, mais la voix, la voix tant féminine que divine, si pour lui là n'était pas redondance, la voix le terrifiait autant qu’elle l’excitait, à un niveau jamais connu pour lui, pour la terreur comme pour le désir. Il avait l’impression que chaque mot parcourait tout son être dans un moment d'extase tandis qu’il révulsait de peur simultanément.

« C'EST TROP TARD XANVAR, QUELQU'UN A DÉJÀ DEMANDÉ A SON ÂME DE REPARTIR EN GOLARION. D'ICI LÀ, PEUT-ÊTRE QUE SES CARNAGES PRENDRONT DE L'AMPLEUR ET QU'ON POURRA EN FAIRE QUELQUE CHOSE À LA HAUTEUR DE SES POSSIBILITÉS. IL LUI SUFFIRAIT D'ACCEPTER SA NATURE... »

Il ne parvenait plus à se débattre, ni à entendre la suite. Il se sentait partir à nouveau, avec moins de brutalité qu’un peu plus tôt, mais avec plus de questions encore.




... ? ... Où... Où je suis ? Que... Mais... Je suis pas moi... Je suis... Je... C'est pas mon corps... Je suis pas dans mon corps, putain... Je suis couché... Non, je... Je rampe ! Mais je suis quoi ??? Putain, je suis quoi ??? Je... Je vois... ma queue ! Je... C'est pas possible, je... Je suis une espèce de larve ! Putain, je vais pas finir comme ça, c'est pas possible ! POURQUOI JE SUIS PAS MORT POUR DE BON PUTAIN ???

Alia, mon amour, où tu es ? J'espère que t'es pas dans le même état que moi... Non... C'est moi, le démon. Et je dois expier, je suppose. Je t'ai tuée, mon amour. Je vous ai tous tués. Je vous ai tués, par pure connerie. Si je t'avais pas embarquée dans cette histoire ! Le mieux est l'ennemi du bien, on était peinards à Kelmarane mais non, il a fallu que je croie à une espèce de destin qu'on aurait ! Je me suis monté la tête comme un abruti... Je t'ai poussée à retrouver la petite... Et voilà où on en est... Tous morts, putain de merde ! A moins que Célestin s'en soit tiré... Ah, je peux pas bouger... Je suis collé... Truc vert... Ça brûle... Où je suis ? Parois... Parois sculptées ! Et là, au dessus, y'a quoi ? Haa, putain ! Des géants ! Non, des... démons ! La vache, qu'il est moche, lui... Qu'est-ce qu'ils disent ?

Ils... Ils parlent de moi ?... Sha... Shamira ! Ils parlent de moi !... Quoi ? Aucun droit ici ?...La capitale... Elle dirige une capitale... Je suis... aux Îles de Minuit ?... Hé, il fait sombre... Y'a... Y'a quelqu'un d'autre... A qui il parle ?... J'arrive pas à voir... OH CETTE VOIX !... AAAAAH !

Trop... Puissant, trop... fort... Et beau à la fois... Peux pas résister... Mon âme ?... Golarion ?... Ça veut dire quoi, putain ?... Mes carnages... Ma nature... Ils veulent... Ils veulent faire de moi un démon ?... Mais... Qu'est-ce qui se passe ?... Je... Je quitte ce corps !... C'est dingue... Je... Je flotte, je... !...

Modifié par un utilisateur samedi 16 juin 2018 10:45:30(UTC)  | Raison: Non indiquée

Qui sème le vent ... est déjà d'un bon niveau.
Offline UrShulgi  
#72 Envoyé le : mercredi 28 juin 2017 14:06:07(UTC)
UrShulgi
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25 Sarenith 4709 : Saint qui ne guérit rien, n'a guère de pèlerins


Dans les vapes, les yeux demi-ouverts, Alia sentait qu'on la tirait par les cheveux. Elle voyait à peu près ce qu'il se passait, mais ne pouvait pas bouger, elle n'avait même pas l'impression de respirer. Une femme ricanait, à côté d'un homme flippant à la peau usée, musclée, scarifiée, et au masque en forme de gueule. Il avait encore une main sur sa douce chevelure, à présent enfarinée et pleine de sang séché.

« Cueillie comme du Pesh en période de disette. » L'homme ne riait pas lui.


«  T'as surtout bien fait de boire cette potion. Maintenant bouge ton cul, ils vont pas tarder, soyez prêts. Il faut qu'on sache ce qu'ils viennent foutre là et si pas, qu'on les dézingue. Il en faudrait au moins un vivant.
En place! Et faites pas la même merde qu'en haut vous autres, si Père Chacal voit ça, vous savez comment ça va se passer. À moins que vous vouliez ressembler aux trois zozios morts là qui mangent n'importe quoi? »

Alia essayait de tourner la tête mais sa vue paraissait fixée, comme un clou dans une planche.


« Faites attention, ne les sous-estimez, j'ai vu en haut de quoi ils étaient capables, surtout le démon, et l'orque assez frêle pour un orque. » Sans la voir, Alia avait reconnu cette voix, qui était celle de la fausse Maysam.
Plus loin, elle sentait qu'on criait, mais, étrangement, ce son lui paraissait étouffé.


«  Arrêtez vous tout de suite où on la bute sur le champ! Plus un pas en avant dans ce couloir, tous en rang, vos armes au sol. Un putain de mouvement brusque, une formule étrange, et elle y passe. C'est valable pour tous les trois. »

Elle crut entendre Célestin répondre quelque chose mais la voix se faisait diffuse, de plus en plus faible.
Puis un coup de sifflet. Quelques grésillements.
L'homme au dessus d'elle planta une énorme épée entre ses seins. Elle n'avait pas peur. Cela ne lui fit aucun mal. Elle n'en était même pas étonnée, ni étonnée de son manque d'étonnement.


« ALIAAAAAAAAAAARRRRRRRRRHHHH !!! »
Puis rien. Même pas une sensation de rien.





Un sursaut, un sursaut éreintant. Une sensation de ... relief, plongé dans la pénombre.
La conscience de son corps, du sol sous lui, et du fracas du combat autour. Des sortes d'auras nuageuses flottait autour de lui. Partout, des teintes de pourpre agressif se mêlez à un violet excité, juste au dessus de lui. Seule à sa gauche, une aura d'un bleu lavande semblait indiquer une prudence extrême, avec une légère appréhension.
La zone se dévoilait peu à peu, s'allongeant comme les maillages d'une chaîne qu'on déployait. Près d'une porte, une aura, une aura puissante, un mélange d'un rouge colérique et d'un noir haineux, le tout vibrait et ondulait, camouflant une teinte argentée qui n'était que tristesse.
Il ressentait des picotements, comme si quelqu'un, ou quelque chose, regardait aussi ce que faisait ce mélange d'auras en fureur. Il s'en éloigna prudemment, lentement car la fatigue le prenait. Il était fatigué. Si fatigué, si las, si ...






Alia ouvrit les yeux en sursaut, comme dans un mauvais rêve, au milieu de l'herbe, une étendue d'herbes comme elle n'en avais jamais vu au Katapesh. Elle en prit une pleine poignée pour découvrir ce que c'était, ce sol, cette abondante végétation,, humide et fraîche, qui sentait une odeur de ... bonheur. Rêvait elle? Venait elle de cauchemarder? Tout autour d'elle, il n'y avait que de l'herbe à foison, un ciel d'un bleu sans pareil, et ... personne à l'horizon.

Elle tourna la tête de tous côtés, cherchant une présence, assise dans cette herbe quelle n'arrivait pas à quitter. C'était si doux, si frais. Elle se dit qu'elle aurait pu rester là, assise toute sa vie.
Sa vie...
Elle baissa la tête, regardant sa poitrine. Pas de blessure. Elle posa la main sur le tissus soyeux de la robe immaculée qu'elle ne se souvenait pas d'avoir mise ni même d'avoir jamais possédée.
L'image d'une épée qui s'enfonçait dans ses chairs lui revenait pourtant. Elle fronça les sourcils, essayant de se souvenir.

Les tunnels. Elle était partie en éclaireur, invisible. Elle avait échoué. Elle se souvenait qu'elle était tombée mais qu'elle ne ressentait rien, qu'elle ne voyait rien. Elle ne pouvait qu'entendre un long cri de tristesse et de haine.
Elle se leva précipitamment, les pieds nus dans les hautes herbes, elle fouillait de son regard l'horizon. Il n'y avait personne.
Elle était seule.
Seule.

« BHAAAAL ! »

Passée l'écho de son appel, aucun réponse ne lui parvint. Un instant désemparée, elle était comme un prédateur affamé et excité qui faisait les cent pas sans savoir où aller, jusqu'à ce qu'au loin, elle aperçoive une silhouette qu'elle distingu ait mal, mais qui était d'une taille certaine. C'était peut-être lui!
Une ombre se dessina sous ses pieds, une ombre géante qui la dépassait de plus en plus en taille, elle leva les yeux jusqu'à apercevoir la silhouette d'une créature ailée et écaillées gargantuesque. Plus elle s'approchait, plus Alia pouvait voir luire les reflets de cette teinte métallique dorée qui lui conférait toute sa majesté. Il était proche, vraiment proche d'elle, et n'allait pas tarder à se poser ... ou à la dévorer?

Alia regardait la créature, subjuguée. Instinctivement, elle porta la main sur sa hanche gauche, là où Tempête était toujours pendue dans le simple fourreau, attendant celui que Célestin lui avait promis. Mais sa main ne rencontra que du vide, il n'y avait aucune arme. Vardishal n'était plus là non plus, elle ne le sentait plus, il faisait maintenant tellement partie d'elle qu'elle ne se souvenait plus comme c'était avant lui mais là elle était seule, il n'y avait plus personne.
Elle était vraiment seule.

Sa main retomba le long de son corps en regardant la silhouette dorée s'approcher. Même avec Tempête, elle n'aurait rien pu faire contre une telle créature mais la présence de l'arme l'avait toujours rassurée. Comme Bhaal. Elle secoua la tête... Pas maintenant. Ne pense pas à ça maintenant...
Elle attendit, immobile. Où aller de toute façon ? Il n'y avait aucun refuge alentour, juste cette immensité herbeuse.
Stoïque, elle se redressa, tête haute et attendit.

La créature se posa après avoir figer ses ailes le temps de planer, remuant les herbes comme les pires vent du Katapesh malgré ses précautions. Alia plaça machinalement son bras pour protéger ses yeux mais nul sable ne se trouver ici. La créature malgré sa magnificence et sa réputation terrifiante ne semblait point lui vouloir de mal, et semblait même soucieuse de son état.
Ses écailles étaient magnifiques, des reflets dignes des pièces d'or les plus pures et propres, sans la moindre trace de coup ou du temps pour en briser la régularité. Ses yeux étaient comme de pâles émeraudes qui laissaient percevoir une sagesse ancestrale.

«  Bonjour petite créature, tu sembles perdue, comment t'appelles tu? Sais tu ce que tu fais ici? » la voix était douce, douce comme celle d'une mère ou d'une nourrice devant un enfant en souffrance.

Alia regardait la créature fascinée, elle lutta pour ne pas s'agenouiller devant tant de magnificence, mais un ultime sursaut d'orgueil la fit rester debout. La voix douce tranchait avec la puissance qui se dégageait du dragon et toucha en plein cœur la jeune fille. Elle avait l'impression qu'il s'intéressait vraiment à elle et se préoccupait de sa réponse.
Elle salua le dragon d'une profonde révérence et garda les yeux baissée en signe de respect.


« Bonjour, Votre Seigneurie...  » Comment devait-on s'adresser à une telle créature ? Elle ne le savait pas et la nervosité l'envahit soudain. « Je m'appelle Alia et je ne sais pas du tout ce que je fais ici ni même où est ce ici. Veuillez me pardonner si j'ai enfreint une interdiction mais je ne sais pas comment je suis arrivée. »
Elle garda la tête basse, n'osant pas affronter le regard d'émeraude.

La créature souriait, du moins le supposait Alia, à voir ses dents se dévoiler sous un visage serein, et rapetissait progressivement, comme pour mettre à l'aise son hôte.

«  Je suis Khy, et je suis ici pour préparer ton âme au jugement de Pharasma. Fidèle que tu fus à Sarenrae, j'ai l'honneur de t'aider à préparer ton âme afin que Pharasma la perçoive au plus juste de ce qu'elle est, et de ce qu'elle représente pour nous.
Je sais ce que tu as fait, et Pharasma le saura. Nous savons comme tu as failli un jour, par la force du désespoir. Nous savons comme tu as souffert avant cela, pendant cela, et après cela. Nous avons vu comme tu as repris le fil de ta vie, de ta lutte, et comme tu n'as pas cédé au mal, affrontant tes démons alors que tu marchais dans la vallée des obstacles de la vie, au point même d'oser affronter, et d'essayer de réparer, cette erreur.
Tout cela, nous le percevons.
Mais nous percevons aussi en toi une présence étrange, déstabilisante, celle de l'un de nos Saints. Tu es vraiment un être à part Alia, même morte. »
Le mot était dit, et fit réagir, avant même Alia, quelque chose au fond d'elle.


«  NON! » hurla la voix, qui semblait prendre forme en sortant d'elle, à la stupeur du dragon face à cette apparition au verbe un peu haut comparé au calme qui se devait de régner sur ce lieu.
«  Prenez moi à sa place! Ma place est à vos côtés ici. Je suis las de toutes ses batailles, d'assister à ses souffrances et à ces souffrances, sans pouvoir y faire quoi que ce soit! »

Khy se mut un instant dans le silence avant de répondre d'un ton posé.

«  C'était ton souhait, Vardishal. Tu ne peux pas mourir. Même maintenant que tu le demandes. Je déplore comme toi ton état mais je ne peux interférer ni avec les souhaits, ni avec les dieux. »
L'homme se faisait colère, rougeoyant comme un soleil laissant s'échapper des boules de magma, comme un courant près à déchaîner ls tempêtes, et contradictoirement parla à son tour plus calmement, presque implorant.

«  Si tu ne peux faire ça pour moi, peux tu au moins transmettre un message à celle qui est responsable de mon état? Peux tu faire ça, s'il te plaît, pour tout ce que j'ai fait? »

Khy avait continué à rapetisser, prenant la taille d'un grand cheval de guerre à présent.

«  Bien sûr que je le peux, que dois je lui dire? »

La fureur de l'homme se calmait dans ses manifestations physiques également.
« Dis lui ... dis lui qu'aucune personne œuvrant pour le bien et le juste ne mérite de vivre ce qui lui est arrivé à la Montagne Pâle. Dis lui que j'ai protégé la région jusqu'à mon dernier souffle, qui s'éternise sous une forme étrange, et que la relève doit être prise par ceux qui y vivent. Demande lui d'accorder ce souhait, dis lui qu'elle me les doit, moi qui ne suis plus l'un des nôtres alors que je suis le seul à ne pas m'être dérobé face aux menaces de notre monde et à mon devoir. »
La dragonne paraissait mal à l'aise, gênée.

«  Tu n'es plus des nôtres, mais tu n'es pas des leurs. Ce que tu souhaites, elle ne pourra te le donner, mais je vais lui demander. »
Alia vivait cela sans pouvoir dire quelque chose ni bouger, comme si, ici même, le temps s'était arrêté pour elle. Il sembla d 'ailleurs s'arrêter pour tout le monde alors que la dragonne ne bougeait plus d'un cil. C'est le souffle de l'homme impatient qui lui confirma que l'arrêt n'était qu'une impression.


«  Elle ne peut accéder à ta demande. Pas sous cette forme, car tu n'es ni humain, ni mortel. Mais elle me dit qu'elle le fera par un moyen détourné, et qu'à présent, tu ne devrais plus user de faveurs, de faveurs que tu sais coûteuses pour l'équilibre de la région et de la magie.  »

Tournant son attention vers Alia, elle ajouta
« Ma belle, il semblerait que le destin se joue de toi aujourd'hui, et se joue de nous. J'espère que tu continueras dans cette voie douce et rédemptrice, pour que plus tard, nous ayons l'opportunité, ensemble, de reprendre où nous en étions. »

La voix chaleureuse du dragon apaisait la nervosité d'Alia, qui était donc bel et bien morte, elle s'en doutait mais... elle avait peut-être espérer que... Non, personne ne survivait au coup qu'elle avait reçu.
Et les autres ? Pourra-t-elle les revoir ? Elle l'espérait de toute son âme même si elle savait que cela signifiait leur mort. Elle se corrigea ! Pas maintenant ! Elle saura être patiente, elle ne voulait voir personne avant de longues années.
Elle allait demander des nouvelles de son amour et de ses compagnon mais n'avait poussé qu'un petit cri de surprise alors que Vardishal s'était matérialisé à ses côtés, empli de colère et de fureur. Elle ne comprenait pas la totalité des échanges de ces deux êtres de lumières mais elle percevait nettement la colère du Saint.

Lorsque Khy s'adressa de nouveau à elle, elle resta un instant hésitante, qu'avait voulu dire le Dragon dans sa dernière phrase ? Mais avant d'éclaircir ce point, elle se tourna vers le Jann qu'elle voyait pour la première fois. Il était majestueux et dégageait une aura de puissance impressionnante. Il n'était plus du tout cet être de légende endormi qu'elle ressentait au plus profond d'elle, il était devenu la colère enflammée de Sarenrae, le feu rédempteur. Il lui était à présent si familier mais si étranger à la fois, qu'elle ne savait pas comment se comporter face à lui.


« Seigneur Vardishal... je suis tellement désolée pour t... pour vous. » Non, même si elle l'avait tutoyé dans ses pensées, elle ne le pouvait plus ici. Pas alors qu'il lui faisait face dans toute sa puissance.
« Je... je n'aurai pas dû vous réveiller, ce n'était pas volontaire mais... Je tenais toutefois à vous remercier pour votre aide et votre soutien. Sans vous, Bhaal n'aurait jamais été... Il serait resté dans les ténèbres. » Elle resta un instant silencieuse, essayant de retenir des larmes d'émotion au souvenir de son amour perdu puis reprit. « Mais maintenant que je suis ici, que va-t-il se passer pour vous ? Si vous ne pouvez mourir où allez-vous aller ? »

Elle se tourna vers Khy.

« Savez-vous si mes amis ont pu survivre ? Ils étaient si nombreux dans cette pièce... Et Bhaal... il doit être si triste... j'ai entendu son cri. » Elle murmura ses dernières paroles plongée dans ses souvenirs puis reprit d'une voix plus forte mais légérement hésitante.
« Et Vélanya ? Ma fille... est-elle toujours en vie ? Y-a-t-il un espoir qu'elle sorte de cet enfer ? Je n'ai pas pu la sauver... » Elle regarda la dragonne les yeux pleins de questions, elle ne savait pas si elle avait le droit de les poser mais elle n'avait pu s'en empêcher. Soudain la dernière phrase de Khy lui revint en mémoire.
« Que voulez-vous dire sur cette voie à continuer ? Comment puis-je continuer quoi que ce soit ici ? »

La dragonne se mit à rire, mettant ses griffes devant sa gueule avec une certaine pudeur. Avant que Vardishal ne répondit, elle ajouta.

«  Ne sentez vous pas déjà? Vous partez, votre monde vous rappelle Alia!
Vardishal, j'espère que ...  »


Tout devenait plus transparent et silencieux pour Alia.

Jusqu'au néant.

Modifié par un utilisateur mercredi 28 juin 2017 15:15:13(UTC)  | Raison: Non indiquée

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Offline UrShulgi  
#73 Envoyé le : mercredi 28 juin 2017 14:06:22(UTC)
UrShulgi
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27 Sarenith 4709 : Rien n'arrête un vent qui souffle, un esprit.



Célestin se savait rêver. Il manquait ce parfum de contrôle et de perception nette de son entourage immédiat pour qu'il se pensait dans le monde concret. Comme sur un nuage, il avait repris son vol, et comme un peu plus tôt, il était dans un brouillard, un brouillard chaud et agréable, mais à mesure qu'il essayait d'en voir le bout en progressant à travers lui, il avait l'impression de ne jamais en voir la fin ... jusqu'à ce qu'il finisse par se retenir de crier alors que le vertige le prenait soudain, bien dans les airs, voyant enfin, avec la fin de ce nuage, ce qui l'entourait, c'est à dire rien autour auquel se raccrochait si son vol finissait.

Sous ses pieds, de violentes marées se heurtaient avec fracas à la roche, qui tenait bon, tandis que celle-ci, comme un pont entre deux rives, était attaquée par de la lave sur l'autre versant. Célestin lui, flottait au-dessus de ça, à une hauteur si vertigineuse qu'il ne voyait pas comment s'en sortir si il venait à chuter, même son sort ne lui permettrait pas de flotter assez longtemps comme une feuille morte.
Le ciel lui, se faisait menaçant alors que des éclairs le parcouraient, et des courants violents se dressaient de partout, tournant autour de Célestin sans l'attraper, se contentant de forcer sa chevelure à se dresser vers l'arrière sous leur force. Les secondes passaient et Célestin semblaient commencer à discerner une forme dans ce tourbillon, une forme humaine, féminine même, à la voix tranchante bien que mélodieuse.
Elle commença à prend des couleurs, la chevelure dorée sous son chapeau au rubis éclatant, qui semblant peu affectée par les vents, tout comme sa peau de sable parfaite, à ses traits fins et tirés, à sa somptueuse courbe d'épaules, et à ses longs bras galbés, alors que sous la forme de ses hanches les jambes étaient remplacées au profit d'une volute de fumée.


« Que veux tu Célestin? Que souhaites tu vraiment? »
Le timbre de la voix ne semblait pas laisser place à une possibilité de pérégrination sans fin vers la réponse la plus juste, mais plutôt demander une réponse sincère, presque spontanée.
« Tu n'as jamais dit ce que tu voulais vraiment, parle. »


Célestin restait abasourdi par cette apparition, qui lui parlait comme dans un rêve. Il papillonna des yeux, avant de répondre, avec un léger bégaiement dû à la surprise.
« Ce que... je veux ? » Il n'était pas certain du sens de la question, mais sa première pensée alla vers ses amis. « Je crains que ce ne soit difficile... J'aimerais revoir mes amis, Agathe, Almah, Jyll, Bhaal, Alia... et même Nemlak... vivants... »
Sa voix se brisa sur le dernier mot, mais, malgré sa gorge serrée par la pensée d'avoir perdu ses proches, il poursuivit. « Mais ce n'est pas là le sens profond de votre question... » Il expira profondément. « Je n'ai pas de réel but défini. Ce que je veux... C'est que tout aille bien, pour tout le monde. Même si c'est impossible, je veux... voulais... faire de mon mieux pour apporter de la joie et du réconfort aux autres, quels qu'ils soient... »


Le vent se faisait plus fort autour de lui, au point qu'il finisse par mettre son bras devant lui comme pour se protéger d'une attaque.

« C'est un but louable, qui fait de toi celui que tu es, Célestin. Ne le perd jamais de vue. Il est ton essence.
Trois de ces personnes sont mortes Célestin. Je pense que tu le sais. Je dois une faveur envers un vieil ami, et j'ai du respect pour ton œuvre. Aujourd'hui, je te témoigne du second, tout en soldant mon premier.
Va Célestin, va et garde la tête haute, en tous temps. Comme le vent, affronte les problèmes, et quand tu ne peux le faire, contourne les. »



Le jeune homme hocha la tête, comme s'il comprenait. En réalité, il se posait de nombreuses questions. Qui était-elle ? Sans aucun doute une puissante entité du Vent... Et à qui devait-elle une faveur ? D'ailleurs, en quoi cela les concernait, lui, et ses amis ? Et puis... Elle avait parlé de la mort de ses amis, mais... Et pour lui ? Qu'en était-il ? Il devait sûrement être encore vivant... "Va", lui avait-elle dit. Oui, sûrement vivant... Mais dans quelle situation... Il redressa la tête, et lui sourit. Peu importait. S'il était vivant, il pouvait encore agir. Oui, il garderait la tête haute.

« Merci à vous. Merci infiniment. Mais... Puis-je connaître votre nom ? »

La forme sourit alors que le vent se calmait.

« Je ne suis qu'une princesse, aidant un prince de cœur, qui aura besoin de toute l'aide qu'il pourra avoir face aux menaces qui risquent de poindre. »



Célestin se sentit happé, ouvrant un œil. Il était dans le noir, un noir presque complet, seul une faible lumière diffuse au dessus de lui, entrecoupée par des ... barres ou un autre obstacle. il se sentait attaché. Faible, il entendait des bribes de conversation plus loin, plus haut.
«  C'est une forte magie, ils étaient morts je te dis! MORTS!  »
Une autre voix plus féminine riait ouvertement devant l'énervement de l'individu. Célestin était presque sûr de reconnaître la voix de l'homme au masque et celle de la femme qu'il n'avait jamais vu, mais supposait être Maysam Fajr. «  Quelle importance! On va tirer une fortune de ses idiots vivants, la princesse comme le prince vont casquer tout ce qu'ils ont et vont nous devoir quelques faveurs, Père pensait justement ...  » Trop faible pour entendre la suite malgré son envie, il retomba dans l'inconscience.

Modifié par un utilisateur mercredi 28 juin 2017 15:34:09(UTC)  | Raison: Non indiquée

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Offline Guigui.  
#74 Envoyé le : samedi 1 juillet 2017 14:36:26(UTC)
Guigui
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Alia et Bhaal : histoires d'eau


29 Sarénith 4709, palais des Maîtres du Pacte, début d'après-midi


'après midi promettait d'être étouffant en cette fin de Sarénith, mais la maison restait fraîche et agréable par un procédé magique que les deux amants n'avaient pas cherché à élucider. Sitôt le prince et la princesse partis affronter la touffeur des rues de la cité, les deux couples d'amoureux et Nemlak s'étaient donné congé, impatients de retrouver une intimité dont la mort les avait privés.

Les esclaves, ayant vu arriver Bhaal portant à peu près deux quintaux d'armes et d'armures diverses, avaient jugé qu'il s'agissait là des affaires personnelles du demi-démon et les avaient portés dans les appartements du couple. L'un d'entre eux avait pris l'initiative de les nettoyer de toute leur crasse et du sang qui en recouvrait une bonne partie. Deux servantes se tenaient là, tête baissée et mains dans le dos, prêtes à répondre à leurs moindres désirs. Alia commanda immédiatement un bain, et les deux amants entreprirent de se dévêtir de leurs armes et armures. Alia n'eut pas besoin de traîner son homme dans la salle de bain : tous deux éprouvaient le même besoin impérieux de se débarrasser de la souillure qui recouvrait leurs corps - et peut-être aussi leurs âmes.

Ils se glissèrent dans l'eau chaude avec délice, et Alia congédia gentiment l'esclave de bain, qui se proposait pourtant de les savonner, de les frotter, de les sécher et enfin de les peigner. C'était chaque fois la même chose : cette dernière semblait accorder une très grande importance à son rôle, et il fallait à chaque fois insister pour qu'elle s'en aille. Mais les deux anciens esclaves n'étaient pas prêts à laisser une esclave s'occuper d'eux à ce point. C'était peut-être l'affaire des princes et des princesses, mais pas la leur. Et il voulaient préserver ce moment d'intimité, gage de la vraie liberté.

Ils baignaient là, dans les volutes de vapeur d'eau, Bhaal accoudé au rebord de la baignoire et Alia allongée sur son torse, ses jambes entre les siennes, ses bras sur les siens. Ils fermaient tous deux les yeux et ne disaient rien, savourant chacun le contact du corps de l'autre, ce contact qu'ils avaient été sur le point de perdre à jamais.

Alia soupira de bien-être, elle se sentait bien, l'eau chaude délassait son corps et apaisait son âme tourmentée alors que ses doigts caressaient paresseusement la peau rouge des bras de son amant. Ses yeux se fermaient doucement, engourdis par la vapeur. Elle allait succomber au bienfait du sommeil mais se reprit, secoua la tête et se redressa, quittant le havre du corps de Bhaal. Elle se retourna faisant face à son amant, lui sourit doucement et prenant le savon en main, sa voix brisa le silence des lieux. « Tourne-toi, s'il-te-plait, que je commence par le dos. »

Bhaal ouvrit un œil nonchalant et ne semblait pas presser de lui obéir. Elle tira sur un de ses bras afin de bouger son grand corps. « Allez... bouge... » Enfin, il se décolla de la parois et présenta son dos à la jeune fille. Elle fit glisser le savon voluptueusement sur la peau masculine et une odeur de cèdre envahit la pièce.

Alia ne se lassait pas de faire aller et venir le pain de savon sur le corps, admirant les muscles rouler sous ses mains, appréciant la chaleur de sa peau, ses mouvements avaient un effet lénifiant qui faisait remonter des souvenirs dans l'esprit de la danseuse, le cri déchirant de rage et de souffrance de Bhaal alors que l'épée du prêtre l'avait transpercée assourdissait encore la jeune fille. Elle s'interrompit, posa le visage sur son dos, lèvres contre la peau... « J'ai cru que je ne te reverrais jamais... »



Bhaal se concentrait sur la sensation du savon et des mains de sa compagne montant et descendant sur son dos et ses épaules. Le rythme qu'imprimait la jeune fille était un délice pour les sens, une ode à la volupté, une perfection du geste. Les bras passés autour de ses genoux, la tête baissée, il poussait parfois de petits grognements de plaisir qui ressemblaient au ronronnement d'un grand félin.

Là, dans le silence de la salle d'eau, il se laissait bercer par les mouvements lents et appuyés, jouissant de chaque caresse, détendant ses muscles contractés par les efforts et les souffrances de ses combats. Il ne pensait à rien, le temps était suspendu... Ils auraient pu rester ainsi pour l'éternité.

Mais la jeune femme brisa enfin le rythme et le silence, et Bhaal releva lentement la tête, regardant par dessus son épaule mais sans aller au bout de son geste. L'air grave, il opina doucement du chef. « Est-ce que... Est-ce qu'il t'arrive de repenser au jour où... » Mais sa voix de basse se perdit dans le silence. Il déglutit difficilement. « Où j'ai voulu partir ? » Alia ne répondit pas tout de suite, aussi en profita-t-il pour rajouter, regardant à nouveau devant lui, tête baissée : « maintenant, je comprends ce que tu as ressenti. »



Le visage toujours collé à la peau mouillée, Alia se figea à la question de Bhaal. Elle ferma douloureusement les yeux et vit de nouveau l'épée transpercer le torse rouge.

« J'aimerai te dire non mais... j'y pense... je revois la lame posée sur ton torse... quasiment toutes les nuits... » Elle fit une pause, se redressant et redressa le visage de son fiancé d'une main, le tournant vers elle. « Puis je te vois à mes côtés. »

Elle inspira fortement, repoussant une mèche de cheveux mouillés qui lui tombait devant les yeux d'une main un peu tremblante. « Je suis désolée, Bhaal. J'ai échoué. Je vous ai tous tués. » Elle se mordait les lèvres, s'empêchant de pleurer à nouveau.



Bhaal fixa un instant de ses yeux jaunes le beau visage tourmenté de sa compagne avant de se tourner complètement vers elle. « Ah non, hein ! » Gronda-t-il. Il prit la tête de sa compagne entre ses mains. « Et moi aussi, je vous ai tous tués. Et Nemlak nous a tous tués. On s'est tous "tous tués"... »

Il approcha son front de celui de la jeune femme et ferma les yeux. « Je m'en veux aussi, mon amour. Je m'en veux terriblement, mais la vérité c'est qu'on a tous déconné. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? »

Il éloigna son visage du sien, la fixant de nouveau, tandis qu'elle gardait les yeux baissés dans une introspection ou le regret le disputait à la culpabilité. Il contempla sa peau cuivrée et sans défaut, ses épaules délicates, ses seins lourds admirablement dessinés. Et là, entre eux... Rien. Il passa la main là où l'épée du prêtre avait pénétré, mais il n'y avait rien, pas la moindre petite cicatrice. Comme sur sa propre poitrine. « J'ai beau l'avoir tué, ça me hantera toute ma vie, » dit-il dans un souffle, d'une voix douloureuse. « Je t'ai vu mourir. J'arrive pas à enlever ça de ma tête. Je... La promesse que je t'ai faite n'a pas de sens. La vie sans toi non plus n'a pas de sens. Je le sais, maintenant... Maintenant que je sais qu'il y a quelque chose de l'autre côté. On n'est pas faits pour être séparés. Délie-moi de ma promesse. Je veux vivre, mais si tu meurs, je veux te rejoindre dans l'éternité. »



Alia plongea ses yeux verts dans ceux jaunes de Bhaal et s'y noya alors qu'elle réfléchissait à ce qu'il venait de lui dire. Oui, ils avaient tous déconné, elle allait devoir vivre avec sa culpabilité et surtout en se convaincant qu'elle n'était pas la seule responsable de cet immense gachis. Il avait raison, si elle s'entêtait sur la voix des remords, elle ne vivrait qu'à moitié. Or, elle voulait vivre, profondément, intensément... avec Bhaal.

Mais sa dernière demande lui fit secouer la tête en un geste lent de négation sans lâcher son regard. « Non... ne me demande pas ça, s'il-te-plaît, demande-moi ce que tu veux mais pas ça... »

Le regard toujours dans celui de son amour, elle vit la douleur qui transperçait Bhaal, elle posa la main sur le cœur de l'homme qu'elle aimait, cherchant ses mots.

« Je ne veux pas te quitter, Bhaal, je veux être à tes côtés pour l'éternité mais... Comment ? » Sans qu'elle ne s'en rende compte, des larmes commencèrent à couler le long de ses joues, se confondant avec l'eau du bain. « Je ne veux pas que tu ailles aux Abysses... Je veux que tu viennes au Nirvana avec moi... que tu découvres ses plaines herbeuses infinies... Si tu meurs, on sera séparés... »
Elle cacha son visage contre le torse masculin, pleurant à chaudes larmes.



Bhaal passa une main dans le dos de la jeune fille et l'autre sur ses cheveux, les caressant et les lissant de sa grosse main, tandis qu'il mesurait le sens et la portée de ses paroles. « Le Nirvana... » Murmura-t-il. « Tu sais, je crois que mon destin n'est pas d'aller aux Abysses. Quand j'étais là-bas, un des démons a parlé d'un endroit appelé... le Maëlstrom. Je ne sais pas ce que c'est, » précisa-t-il, « Mais ils m'ont volé. Ils veulent me soustraire au jugement de Pharasma. Ils veulent faire de moi un des leurs. »

Tandis qu'il enlaçait et caressait sa compagne, les yeux dans le vague, il se remémorait son séjour de l'Autre Côté, ce qu'il avait vu et ce qu'il avait entendu. « Je crois que j'étais... Aux Îles de Minuit. L'un des démons à parlé de Shamira, mais pas en bien, alors ce n'était pas sur son ordre qu'ils m'ont attrapé. » Il fit une pause, toujours serrant son amour contre lui et la caressant. « Je ne veux pas devenir un démon, » déclara-t-il, « mais je ne crois pas que ce soit mon destin. Ce sont eux qui veulent forcer le destin. Ce sont des démons... Ils trichent toujours. On a toute la vie qu'il nous reste pour leur faire respecter les règles. »



L'oreille contre les battements de cœur de son fiancé, Alia écoutait la voix grave essayer de la rassurer et, comme à l'accoutumée, cela fonctionnait plutôt bien. Elle redressa la tête, chassant de la paume des mains ses larmes, plaquant ses cheveux mouillés de chaque coté de son visage et regarda son homme d'un air farouche.

« Tu n'es pas un démon, Bhaal Unramat. Et il est hors de question que je te laisse en devenir un. S'il faut leur faire respecter les règles, on leur fera respecter les règles. » Elle s'interrompit, ses lèvres se tordirent en une petite mou interrogative. « Même si je ne sais pas trop à qui il va falloir l'apprendre... » Elle encadra le visage aimé de ses mains et se redressa légérement, sortant à moitié de l'eau du bain afin d'être à sa hauteur, le visage près du sien. « Je t'aime, Bhaal Unramat, je ne te laisserais jamais devenir un démon, on va trouver comment faire. » Ses lèvres se posèrent sur celles viriles de son fiancé pour sceller cette résolution.



Bhaal voulut répondre à sa fiancée mais les lèvres de la jeune fille sur les siennes l'en empêchèrent. Et après tout, c'était très bien ainsi. Le corps gracieux de la jeune femme, émergeant de l'eau, ruisselant, luisant d'humidité savonneuse, fit naître son désir. Qu'elle était belle ! Depuis combien de temps ne l'avait-il pas touchée ? Pourquoi vouloir devenir un démon, en effet ! Quelle succube, experte consommée, pourrait rivaliser en volupté avec celle qui lui faisait connaître l'extase à chaque fois qu'elle s'offrait à lui ? Soudain pris d'une pulsion impérieuse, il fourra sa langue dans la bouche de la jeune fille en un baiser passionné. Puis, passant ses bras à l'intérieur de ses jambes, il la souleva en lui saisissant les fesses avant de la faire assoir sur lui. Elle était vivante, vibrante, pulsante, et il la voulait éperdument.



Alia soupira de plaisir lorsque Bhaal approfondissait leur baiser auquel elle répondit fougueusement, cherchant sa langue de la sienne, redécouvrant sa bouche comme si cela faisait une éternité qu'elle ne l'avait pas embrassé. Le cri de surprise qu'elle poussa les sépara lorsqu'il la souleva, cri qui se transforma en un long gémissement de bonheur quand il s'unit enfin à elle. Le souffle court, elle resta de longues secondes immobile, ne voulant pas interrompre ce pur moment d'extase, les yeux voilés de désir plantés dans ceux de l'homme à qui elle appartenait.

Puis la nature reprit ses droits, ses hanches ondulèrent d'elle-même, prenant un rythme lent, ancestral. Son corps se rapprocha encore plus de son amant jusqu'à se coller totalement à lui peau contre peau. Ses mains se perdirent dans ses cheveux rapprochant à elle le visage masculin qu'elle parsemait de baisers brulants, son souffle se faisait haletant alors que le rythme de ses hanches s'intensifiait, faisant houler l'eau de l'immense baignoire dans laquelle ils étaient.



Les mains de Bhaal passaient du dos de sa compagne à ses seins, de ses seins à sa taille, de sa taille à ses fesses pour revenir à son dos à mesure qu'elle ondulait sur lui, provoquant des vagues de plaisir et des coupures dans sa respiration, pourtant de plus en plus profonde à mesure que le plaisir montait. Alia connaissait les rythmes secret du corps et savait réveiller des sensations enfouies au plus profond de l'âme des hommes, des sensations primales et puissantes, mais que la plupart d'entre eux avait oublié.

Emporté par sa passion, il embrassait et goûtait chaque parcelle de sa peau, il éprouvait presque l'envie de la manger par amour. Soudain, alors qu'il tenait son amour d'un bras, il passa l'autre derrière lui pour se soulever en un puissant coup de rein. Un « Aah ! » puissant et bref ponctua la brûlure extatique qui l'envahit, et il renversa la tête en arrière, ne sachant quels gestes adopter pour absorber et dompter la vague de plaisir qui l'envahissait.

Enfin, le spasme cessa, et il retomba dans l'eau avec elle, sans rompre leur union. Il s'étendit sur la paroi inclinée de la baignoire, se maintenant hors de l'eau par la seule puissance des muscles de sa nuque, et laissa sa compagne s'allonger sur lui en une étreinte câline. Elle gémissait comme une chatte et se lovait contre son torse, se tortillant pour coller la moindre parcelle de sa peau contre la sienne. Ils étaient, en cet instant, absolument et totalement l'un à l'autre.



Le souffle court, le corps encore traversé de frissons de plaisir, Alia essayait de reprendre ses esprits, en pure perte. Leur union avait été parfaite. Il n'y avait qu'entre les bras de Bhaal qu'elle se sentait si.. pure en effectuant les gestes qu'on lui avait appris et qu'elle avait accompli avec tant d'autre avant lui. Comme si tout son apprentissage n'avait servi qu'à magnifier leur relation, à Bhaal et elle, à chaque fois qu'elle était entre les bras du tieffelin elle avait l'impression de découvrir l'amour. Ce n'était pas qu'une impression, elle découvrait vraiment l'amour, avant lui, elle ne connaissait que la luxure. Quand il était en elle, elle était vraiment complète, comme s'ils étaient les deux partie d'un tout. Ange et démon, avec ou sans ombre, si différents et pourtant si semblables. Elle avait trouvé sa moitié.

Sa respiration se calma enfin, ses paupières se fermaient toute seule, quand une légère sensation de froid l'envahit. L'eau, à l'origine presque bouillante, avait refroidi depuis le temps qu'ils étaient dans la baignoire, et au vu de son niveau actuel, ils avaient dû en faire déborder la moitié, elle émit un petit gloussement de rire, puis regarda le bout de ses doigts tout fripés d'être restés trop longtemps dans le bain, et murmura d'une voix lasse mais sans bouger du torse accueillant de Bhaal et exagérant légèrement la situation : « Faudrait sortir d'ici... Ça fait des heures qu'on est dans cette baignoire... »



Bhaal, déjà plongé dans un demi-sommeil, ouvrit un œil : « des heures ?? » s'écria-t-il, sceptique, avant de voir le regard rieur de sa compagne. Dans ses bras, il avait réellement perdu toute notion du temps. « Attends, » fit-il en la repoussant doucement pour se relever, ruisselant. Il enjamba le rebord de la baignoire pour se saisir des peignoirs laissés là à leur intention par les servantes. Il se vêtit du plus grand et passa l'autre autour des épaules d'Alia. Voyant qu'elle se tenait les bras en frissonnant un peu, il la rapprocha de lui et entreprit de la frictionner doucement pour la réchauffer.

« Allons dormir un peu, » proposa-t-il une fois sa tâche accomplie, « on est fatigués et il faudra beaucoup parler ce soir... »



Alia se laissa faire par Bhaal, appréciant la prévenance qu'il avait pour elle, lorsqu'il proposa d'aller dormir, elle se contenta d'hocher la tête et se colla contre son corps, passant les bras autours de son cou, sans prononcer un mot. Sans hésiter et souriant, Bhaal la souleva et la prit dans ses bras pour la mener au lit où il l'étendit précautionneusement pour s'allonger près d'elle ensuite.

Elle se pelotonna contre lui, prête à s'endormir lorsqu'un grondement sourd retentit dans la pièce. Elle éclata de rire en se redressant, regardant le visage penaud de son fiancé, elle l'embrassa rapidement sur les lèvres alors que le grondement reprenait de plus belle.

« Bouge pas d'ici, installe-toi bien, j'arrive tout de suite. » Le laissant s'adosser contre les coussins qui recouvraient une partie du lit, elle sauta prestement du lit et se dirigea vers le plateau rempli de victuailles et de boisson que les esclaves avaient posé sur un trépied. Elle souleva le plateau, légèrement trop lourd pour elle et d'un pas hésitant mais le visage radieux, elle revint vers le lit lentement. Elle le posa sur le matelas et le poussa jusqu'au milieu puis s'assit à son tour après avoir positionné correctement des coussins dans son dos.

Elle remplit deux verres de vin rosé et arracha un bout de poulet à sa carcasse qu'elle tendit vers la bouche de Bhaal pour lui donner la béquée.



Un bras passé derrière le dos, Bhaal, parfaitement à l'aise, contemplait sa compagne aller et revenir chargée de nourriture. Il contemplait la grâce de sa démarche et de chacun de ses gestes, car la regarder était un enchantement pour les yeux et il ne s'en lassait jamais, même lorsqu'elle accomplissait un acte aussi trivial qu'aller chercher un plateau de victuailles.

La jeune fille était d'humeur joyeuse, et cette vision lui réchauffa le cœur. Elle avait été trop souvent triste, distante ou perdue dans de sombre pensées depuis qu'elle était partie à la recherche de Velanya. Il voulait croire qu'elle ne serait plus jamais ainsi quand le capitaine de la Nef tiendrait sa promesse, et que sa vraie personnalité, celle que des décennies d'esclavage avaient presque tuée, émergerait pour de bon. Celle d'une jeune femme rieuse, espiègle, amoureuse et aimant la vie. Il croqua à pleine dents dans le poulet et prit le verre de vin qu'elle lui proposait. « C'est la belle vie ! » Dit-il, la bouche pleine. La bonne humeur d'Alia était communicative, et il y avait quelque temps maintenant qu'il n'avait pas ressenti autant d'espoir dans l'air qu'ils respiraient.



Alia s'amusait à nourrir Bhaal, elle prenait tour à tour viande, raisin, datte qu'elle portait à la bouche de son fiancé, celui-ci mangeait ce qu'elle lui présentait, mordillant régulièrement les doigts de la jeune fille volontairement. Elle picorait en même temps, se rendant compte au fur et à mesure qu'elle mangeait qu'elle était affamée. Le vin lui faisait légèrement tourner la tête. Quand elle se pencha vers lui pour lecher une goutte du jus d'un raisin qui coulait le long du menton de Bhaal et qu'elle acheva le mouvement de sa bouche en un baiser aussi bref que passionné sur les lèvres masculine, elle rit aux éclats, voyant la lueur de désir s'allumer aussitôt dans les yeux jaunes, et se réinstalla de son côté du plateau.

Elle regardait son amant maintenant repu de nourriture la regarder, le regard remplit d'une toute autre faim qui trouvait résonnance chez la jeune fille. Elle était heureuse, elle était vivante et l'homme qu'elle aimait plus que tout était à ses côtés, vivant lui aussi. Si seulement, ce bonheur pouvait durer éternellement et si tous pouvaient être aussi heureux qu'elle actuellement.

Si seulement... Petit à petit, le sourire radieux de la jeune fille se transforma et laissa place au sourire qu'avait appris à détester Bhaal, celui qu'elle arborait comme un masque, dissimulant ce qu'elle ressentait véritablement. Elle regarda intensément Bhaal, le regard à nouveau tourmenté, la respiration plus oppressée. Autant de détails qu'elle savait qu'elle ne parvenait pas à cacher à son fiancé, qu'elle ne voulait plus lui cacher. Puis elle se décida à parler.

« Je... je l'ai vu... Vardishal... il est apparu quand... là-bas... »



Le plateau à moitié vide avait été déposé au pied du lit et Bhaal était en train de se demander si une sieste était réellement nécessaire alors que son amour était près de lui, à moitié dévêtue, et plus vive et heureuse de vivre que jamais. Mais l'ambiance changea et, à mesure que le sourire d'Alia se figeait, celui de Bhaal s'éteignit. Quelque chose clochait.

Heureusement, il n'eut pas à la questionner : la jeune femme se décida à s'exprimer de sa propre initiative, et cela concernait son voyage de l'Autre Côté. Quelque chose la tourmentait, bien sûr. Une telle expérience n'était pas sans séquelles. Lui-même était tourmenté par ce qu'il avait vécu, bien qu'il s'efforçât de n'en rien montrer. Mais pour l'instant, c'était Alia qui avait besoin de parler, aussi s'installa-t-il sur le flanc en prenant appui sur son coude, de façon à être vraiment en face d'elle. Il lui prit la main et, après quelques secondes, murmura simplement : « Raconte... »



Les yeux perdus dans le vague, la main dans celle de son fiancé, Alia cherchait ses mots. « Il... Il est apparu alors que je parlais à Khy, le dragon d'or venu me chercher afin de me préparer au jugement de Pharasma. Ils se connaissaient tout les deux, Khy et Vardishal.
Il... il était en colère. En colère et désespéré, oui c'est ça. Il veut mourir, Bhaal... il veut mourir mais il ne le peut pas... »

Elle le regarda, les larmes coulant de nouveau sur ses joues et reprit dans un sanglot : « Il est prisonnier, obligé de tout voir, de tout vivre sans pouvoir agir. Il est prisonnier et ne sera jamais libre... pour l'éternité. »



Bhaal fixait sa compagne, attentif à chacun de ses mots, essayant de comprendre ce qu'elle ressentait. Il ne pouvait pas faire grand chose pour la sortir de sa détresse, sinon être là, près d'elle, pour elle. Il se redressa pour l'enlacer doucement de ses grands bras. « Condamné à vivre... Ça revient à ce qu'on disait tout à l'heure. Mais comment un immortel pourrait-il mourir ? ». Le géant rouge réfléchissait à cette énigme tout en caressant le dos de la jeune femme. Au bout d'un instant, il reprit, hésitant. « Peut-être... Peut-être que ta quête est justement de le libérer... De le libérer du monde et de lui faire rejoindre la déesse ? Kardswann en saurait sûrement plus à ce sujet. Et il a promis de revenir... »



Alia se pelotona contre le torse puissant de Bhaal et se laissait consoler par lui, mais la tristesse qu'elle ressentait n'était pas que la sienne, et si son fiancé arrivait toujours par apaiser la jeune fille, il ne pouvait rien faire contre la tristesse du Jann.

Elle hocha néanmoins la tête contre sa peau rouge, acquiesçant à sa dernière phrase. « Oui... Oui, je vais le libérer, je ne serais plus une prison pour lui. Il a fait un souhait... c'est pour ça qu'il ne peut pas mourir... Il y a peut-être un moyen d'annuler un souhait ?.. Kardswann doit savoir, oui. Il me dira comment faire. »

Alia resta contre le corps de son amant, respirant son odeur virile mélangée à celle de cèdre du savon, les batements de son coeur la berçaient doucement. Elle inspira profondément, se laissant envahir par toutes ses sensations, ressentant à nouveau le besoin de ne faire qu'un avec lui, de se sentir complète.
Elle posa les lèvres contre la peau, la léchant lentement, et remonta le visage doucement, laissant un chemin humide sur le torse de sa langue. Arrivée sur la bouche de son homme, elle l'embrassa voluptueusement. Elle voulait oublier tout ce qui n'était pas lui, tout ce qui n'était pas le désir qu'il lui inspirait.
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Offline vaidaick  
#75 Envoyé le : lundi 7 août 2017 18:21:13(UTC)
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Célestin et Jyll : Heureuses retrouvailles


29 Sarénith 4709 - Palais des Maîtres du Pacte, début d'après-midi


Suite du fil principal

élestin prit Jyll par la taille, et ils sortirent de la salle de réunion, non sans un certain soulagement. Il ne voulait plus penser au commerce, aux Maîtres des Pactes, ni à la mort de ses amis. Il ne voulait plus penser à rien d'autre qu'à partager un temps précieux avec son amour.

La distance qui les séparait de leur chambre lui parut interminable. Ce n'était pas tant ses pieds, qui le faisaient affreusement souffrir, ni ses jambes, qui étaient lourdes et avaient du mal à le porter, qui provoquaient cette impression, que la hâte d'être enfin seuls. Agathe, perchée sur son épaule, se tenait silencieuse, et Jyll, prévenante, le soutenait et lui souriait, visiblement heureuse de le revoir vivant.

Enfin, ils parvinrent à la porte de leur chambre, et il l'ouvrit avec un certain soulagement. Soulagement qui fut de courte durée lorsqu'il vit les deux esclaves prêts à obéir à la moindre de leur demande. Contrarié, il s'apprêtait à les congédier, mais il se ravisa. Leur intimité souffrirait bien encore d'attendre quelques minutes. Il prit sur lui, et leur demanda de leur préparer un bain et de lui apporter des vêtements propres.

Durant leur absence, il regarda Jyll, se plaçant face à elle sans dire un mot, debout au milieu de la pièce, imprimant dans sa mémoire chacun de ses traits, comme s'il cherchait à ne jamais les oublier. Il posa sa main sur sa joue, et la caressa avec tendresse. Il aurait voulu ne penser à rien, mais aussitôt son esprit, jamais au repos, imagina leur futur. Eux, dans quelques années, chez eux, dans la même position, face à face, se regardant avec amour. La seule nuance était le bruit des petits pas de leurs enfants courant autour d'eux.



Jyll soutenait Célestin autant qu'elle se laissait guider par lui. Depuis des jours, elle était tiraillée par la faim et la soif tandis qu'elle avait souffert de son absence, horrifiée par ce qu'avait raconté Agathe, qui était déjà bien en deça de ce qu'ils avaient raconté à leur retour au Palais. Jyll et la colombe s'étaient rapprochées durant l'absence de Célestin, l'un comme l'autre ne sachant pas vraiment comment se comporter avec ce miroir de douleur et d'inquiétude qu'elles étaient l'une pour l'autre, n'ayant jamais vraiment pris le temps de se connaître, ou de discuter. Les choses avaient changé de ce côté là en son absence, mais pour l'instant, l'une comme l'autre offraient à Célestin le repos du silence, et la contemplation de la joie des retrouvailles fièrement exhibée sur leurs visages.

Jyll semblait des plus hésitantes, lui qui la connaissait bien savait qu'elle oscillait entre son envie de le toucher, de le sentir et de se sentir vivante, et la décence de le laisser se reposer, peut-être même se confier et pleurer. Lui manquerait-elle de respect si elle lui sautait dessus ? L'insulterait-elle si elle lui demander de se laisser aller, sous-entendant qu'il était faible ? Toutes ses épineuses questions s'envolèrent tandis qu'il envoya les esclaves leur préparer un bain. Voici qui permettrait aux choses d'aller dans le sens qui arrangeait Célestin, comme un rituel sciemment organisé dont on connaît le début, mais jamais la fin.

Elle pencha sa tête sous sa caresse, comme le ferait une chatte face à son maître pour mieux l'accepter et l'accompagner. Elle lui souriait, complice, et apaisée, il pouvait la sentir vibrer légèrement, comme un ronronnement humain, à son toucher. Leur synergie affective rappelait celle de certains animaux, le moindre de leur mouvement semblait transmettre une ribambelle de messages à l'autre, laissant les observateurs dans une certaine perplexité.

Elle posa sa main sur la sienne, la glissant entre son visage et sa chevelure de feu, tandis que sa seconde se dirigeait vers son ventre dans un geste doux et circulaire, comme pour répondre à une image qu'il n'avait pas formulé, finissant avec la paume sur son nombril, et ses doigts vers le sol.



Dans un élan amoureux, Célestin s'avança d'un pas et se pencha sur sa belle, l'embrassant avec fougue et passion, passant son bras libre autour de sa taille pour l'attirer contre lui. Au contact de ses lèvres, il se sentit revivre, renaître, lui qui pourtant n'était pas mort. Surprise, Agathe s'envola pour aller se poser sur le perchoir qui lui avait été installé, laissant les deux amants se retrouver.

Sa langue chercha celle de sa compagne, sa main descendit de sa joue à son épaule, puis à son sein, tandis que l'autre, dans un même mouvement, passait du creux de ses reins à ses fesses, suivant la cambrure de son dos et les courbures parfaites de son corps merveilleusement dessiné.

Comme à chacune de leurs étreintes, il eut l'impression de brûler, de se consumer d'amour pour elle, alors qu'elle allumait un feu ardent en son cœur. Cette flamme si puissante attisa encore ses ardeurs, menaçant de l'embraser tout entier.



Que ce fut par le désir ou par l'émotion pure de retrouver celui qu'elle n'était pas certaine de revoir un jour, Jyll frissonnait sous chaque caresse presque fébrile, comme manquant de s'évanouir. Cela ne dura qu'un instant. Rapidement, elle lui rendit sa fougue avec fermeté, l'embrassant en une succession d'assauts rapides exaltants, alors que ses mains naviguaient sur le corps de son aimé, finissant par l'attraper, dans une prise presque virile, fermement à l'arrière de son crâne, la main dans les cheveux, et l'autre sous ses fesses, le pressant contre elle.

Elle baissa ensuite le vêtement de Célestin par les épaules, tandis qu'elle descendait par de doux baisers vers son torse, s'attardant sur son téton, qu'elle mordilla en le regardant, amusée. Elle continua jusqu'à son nombril, où elle traça une ligne avec la langue jusqu'à la base de ... jusqu'à ce qu'elle remonte, en sens inverse, jusqu'à la base de son cou, posant une main sur les hanches de Célestin tandis que l'autre attrapait son vît fermement, comme on tiendrait une épée qu'on destinerait rapidement à la guerre. Elle regardait Célestin avec un air de défiance, de petite peste.

L'espace d'un instant, tandis qu'il cherchait un endroit où poser son regard pour reprendre de l'air et calmer brièvement ses ardeurs, il remarqua un petit parchemin scellé, posé sur la commode.



Le rythme de son cœur s'accéléra, battant à tout rompre, alors qu'il sentait l'excitation monter encore en lui. Sa respiration devenait saccadée, et les regards qu'elle lui lançait ne la rendait que plus désirable.

C'est alors que son regard se posa sur la commode. Un parchemin scellé ? Que pouvait-il bien contenir ? La question ne se posa qu'un bref instant, son attention se portait déjà ailleurs. Juste à côté de la commode, le lit semblait n'attendre que de les accueillir. Il planta ses yeux dans ceux de sa compagne, et l'attira doucement vers le couchage, tandis que ses mains de couturier défaisaient avec expertise les vêtements de sa belle. Parsemant son visage de baisers, il l'allongea sur le lit, nue, puis ses lèvres descendirent à leur tour le long de son corps, embrassant son cou, ses seins, son ventre, faisant jouer sa langue en de longues caresses embrasant de plaisir le corps de sa dulcinée.

Lorsqu'il sentit son désir prendre de l'ampleur, il poursuivit sa descente jusqu'à l'intérieur de ses cuisses, puis à son sexe, cherchant à provoquer l'orgasme par sa langue, se dédiant entièrement à son plaisir unique, délaissant le sien.



La belle se laissait guider, glissant sur le lit comme un bateau qu'on mettait à la mer. Tandis qu'il s'adonnait à ce petit plaisir, elle faisait jouer ses talons sur le dos de Célestin souleva ses fesses par la plante de ses pieds, ou remontant jusqu'à ses épaules. Son souffle se faisait plus haletant, et Célestin savait qu'il trouvait ce qu'il cherchait alors qu'elle agrippait ses clavicules et son cou comme pour lui enfoncer la tête, prenant la tête du rythme à imprimer, menant la danse de balancier jusqu'à ce qu'elle se crispe, attrapant le drap et le mordant pour ne pas hurler, se contentant de gémir d'un son étouffé tandis que tout son corps se secouait sous les spasmes orgasmiques qui la parcouraient.

Elle se figea en expirant lourdement, le regardant tandis que ses joues rougissaient de plus en plus. D'un rire complice, elle l'attira vers elle en l'aidant à atteindre sa hauteur tandis qu'à la porte on toquait. « Seigneurs, votre bain est prêt. Désirez-vous autre chose ? »



Essoufflé mais satisfait, Célestin se hissa jusqu'à Jyll, heureux de lui avoir donné du plaisir. Il la regardait avec amour, reprenant lentement son souffle, lorsque les esclaves revinrent. Il souffla à sa belle en riant : « Synchronisation parfaite mon Soleil ! » Puis il répondit à voix haute : « Amenez des vêtements propres au bain si ce n'est déjà fait, puis apportez dans la chambre de quoi boire et des fruits frais et des fruits secs je vous prie. Merci à vous ! »

Son regard se porta machinalement sur le parchemin scellé. Intrigué, il tourna sa tête vers Jyll. « Tu ne l'as pas ouvert my dear ? »



«  Tout de suite Seigneur! » fut, avec le bruit des pas détalant l'escalier à toute vitesse, la seule chose qu'entendit Célestin.

Jyll se tourna vers Célestin, jouant avec ses cheveux tout en regardant le parchemin. «  Non, ça t'était destiné, j'ai préféré ne pas y toucher, j'ai juste vu que le sceau de cire est cacheté d'un "M" cornu... C'est arrivé pendant ... pendant votre captivité. L'homme qui l'a amené n'avait pas l'air recommandable. »



« M'hem... » souffla Célestin. Un instant, il hésita à prendre le parchemin, les yeux rivés dessus. Il déglutit, tendit une main légèrement tremblante, et le ramena devant ses yeux sans l'ouvrir, contemplant le cachet, comme s'il pouvait lire au travers.

« Je... J'ai fait appel à une personne des étals de nuit pour enquêter sur la mort de mes frères... Je... Je suppose qu'il a trouvé quelque chose... Tu... Tu veux bien l'ouvrir pour moi, s'il te plaît ? » Sans comprendre pourquoi, il avait une peur irraisonnée de ce qu'il découvrirait. Il avait vécu toute sa vie avec ces questions, et pourtant, maintenant qu'il avait peut-être une réponse, il avait peur. Peur de quoi ? Peur qu'il n'ait rien trouvé ? Ou peur qu'il ait trouvé une réponse ? Un horrible secret peut-être ? Il ferma les yeux, tentant de reprendre son emprise sur lui-même.



Étonnée, Jyll se reprit rapidement, bien que Célestin pouvait percevoir en elle un malaise quant à sa prochaine lecture, par contagion avec celui qui l'animait lui.
«  Bien sûr mon ange. » Elle décacheta le parchemin pour le lire.

«  Monsieur Célestin,

je n'ai pas réussi à vous joindre par le moyen prévu, ou plutôt, je n'ai pas eu de vos nouvelles depuis, et j'en suis fâché, cela veut dire que vous êtes peut-être mort, et ma paye avec, deux contrariétés certaines.

Dans l'hypothèse où vous seriez juste en voyage où que vous auriez égaré notre moyen de communication, je vous contacte par votre lieu connu de résidence.

L'enquête avance, je suis sur deux pistes, les deux dernières, une intra-muros, et l'autre extra-muros. Sans trop vous en dire pour le moment, sachez que vous risquez de vous frotter à un danger certain si vous prévoyez une vengeance somme toute légitime, et sachez qu'il va bientôt falloir prévoir une rallonge.

M' »


Jyll regardait Célestin, essayant de déchiffrer sa réaction alors qu'elle lui tendait le parchemin. « Tu prévoies de te venger ? » Célestin pouvait sentir dans son tremblement de voix contradictoire avec le courroux de ses yeux que cette éventualité l'amenait tantôt sur les sentiers de l'inquiétude, tantôt sur ceux de la colère.



Célestin écouta la lecture attentivement, et soupira. M'hem ne lui apprenait rien, à part qu'il aurait trouvé des informations. Si, il semblait penser qu'il devait y avoir vengeance​. Ce qui ne sembla pas plaire à son aimée. Il lui sourit avec tendresse, et lui répondit avec un ton légèrement réprobateur. « Allons, suis-je homme à chercher la vengeance ? Pour l'instant, je n'ai rien prévu de tel, d'autant que je ne sais toujours pas de quoi il s'agit. Je cherche avant tout des réponses. C'est pourquoi il me faudra aller voir M'hem cette nuit pour en savoir plus sur ce qu'il a trouvé. M'accompagneras-tu ? »



Presque offusquée, elle répondit du tac au tac. «  Bien sûr! Je n'ai pas particulièrement envie de m'aventurer là bas mais je n'ai pas envie de t'abandonner, même quelques heures, surtout dans un coin aussi dangereux. Et s'il faut, je préfère encore mourir à tes côtés là bas que de te laisser y aller sans moi. » lui dit-elle en lui prenant la main.



« J'espère que ce ne sera pas nécessaire ! » s'exclama-t-il. « Mais je demanderai à Bhaal et Alia de nous accompagner. Je serai plus rassuré de les savoir avec nous. »

Il sourit en serrant doucement la main de sa compagne. « Et maintenant, je te suggère que nous allions prendre notre bain ! Après quoi nous aurons encore toute l'après-midi pour fêter nos retrouvailles... » dit-il avec un air canaille.



« Plus rassurée, je le serai tout autant. ». Sans un mot, elle respira fortement, profondément, comme pour savourer pleinement le moment présent, et le futur immédiat qu'il laissait entrevoir.

Jyll se laissa mener jusqu'à la baignoire. Elle se mit à rougir, imaginant les orgies qui devaient parfois avoir lieu ici, selon les invités ... certainement avec bon nombre d'esclaves. Cette pensée la ramena à moins d'imaginaire alors qu'elle enleva la tunique qu'elle avait rapidement enfilé pour franchir les quelques mètres jusqu'à la salle d'eau.

« Après toi. » lui susurra-t-elle dans l'oreille tandis que son bras lui montrait le chemin jusqu'au prochain lieu de leur fusion.



Célestin s'esclaffa en voyant Jyll rougir. « A quoi penses-tu my dear ? » demanda-t-il avec un sourire coquin en la regardant se déshabiller. Il la dévora du regard, petit bout de flamme d'une beauté surnaturelle, et ôta à son tour son peignoir tandis qu'elle s'approchait de lui. Il lui prit la main, et l'accompagnant à la baignoire telle une mariée à l'autel, il fit une petite révérence. « Après vous, madame. » sourit-il.

Il la regarda pénétrer dans l'eau, et se plaça derrière elle. Amoureusement, il commença à mouiller son dos, puis prit le savon et le frotta doucement. Toutefois, malgré l'instant, il ne put s'empêcher de repenser à la lettre de M'hem. Se venger... Voilà une idée qui ne lui était jamais venue à l'esprit... Mais il se souvint de la discussion qu'il avait eue avec Jyll, Alia et Bhaal au sujet de sa famille, lorsqu'il leur avait tout révélé. Et si la mort de ses frères, la disparition de son père, avaient été dirigées contre sa famille, à lui, et non contre les Roveshki ? Ses pensées divaguaient, et Jyll dû s'en apercevoir, car elle se tourna à demi vers lui. Il feignit un sourire, se rendant compte qu'il avait passé et repassé son dos au savon intégralement plusieurs fois, et se hâta de la rincer.

Mais il comprit qu'elle n'était pas dupe, et ses joues prirent une jolie teinte rose. « Désolé my dear, je pensais à... autre chose. » Il déposa un baiser dans son cou, puis fit remonter ses mains le long de son dos jusqu'à ses épaules, et entreprit de les masser en douceur. La question ne tarderait probablement pas à suivre : "Et à quoi pensais-tu ?"

Jyll le dévisageait et sembla un instant hésitante à le questionner pour parler de ce qui le préoccupait, mais voyant Célestin essayait d'en chasser le contenu de son esprit, elle estima que cela aurait été malvenu. Elle lui sourit en lui jetant un « Qu'aussi propre à présent, il serait dommage de ne pas en profiter un petit peu. »

Elle commença par lui attraper la nuque en se penchant en arrière pour l'embrasser tendrement, mais avec fermeté. De l'autre main, elle commença à lui caresser les cuisses, remontant ensuite le long de sa hanche jusqu'à son bras, qu'elle dirigea vers sa généreuse poitrine, l'intimant à serrer ses chairs en soulignant ses volumes, comme pour lui confirmer qu'elle était sienne, entièrement. Dans le même temps, elle vint se blottir contre lui en se surélevant légèrement, lâchant la main de Célestin, qui ne semblait plus avoir besoin de guide, tandis qu'elle en profitait pour attraper son sexe, contre lequel elle se frottait en enchaînant des va-et-vient légèrement en courbe, le frottant contre ses lèvres alors qu'elle faisait onduler son bassin.

Elle joua ainsi avec lui un temps, avant qu'à son tour, il se mit à faire de même, relâchant sa prise pour plonger sa main entre ses cuisses à elle, chacun jouant avec le sexe de l'autre, le forçant à arrêter ses baisers pour reprendre son souffle. Elle s'arrêta net, si soudainement qu'un instant, il crut avoir été maladroit ou trop brutal, bloquant ses jambes contre les parois du bain comme pour les faire céder, et s'empala sur lui, lentement, jusqu'à atteindre le point de chute où elle se permit un soupir de soulagement accompagné d'un léger spasme. Alors qu'elle lui tenait toujours la nuque, elle se mit sur la pointe des pieds afin de pouvoir davantage se pencher en arrière, laissant son amour profiter de la vue de ses charmes avant, commençant par un rythme lent aux déhanchés puissants et appuyés, comme le ferait un serpent ondulant à la surface de l'eau. Tandis que les premières vagues se créaient, elle arrêta de l'embrasser pour gémir à son aise, faisant profiter Célestin de ses râles en direction de son oreille.

De peur qu'elle fasse trop de route seule, ou par impossibilité de profiter en flemmardant, il commença à synchroniser ses mouvements avec les siens, faisant la moitié du parcours en sens inverse à chaque descente et à chaque remontée, appuyant encore ses brefs rapprochements où ils fusionnaient au maximum. Plusieurs fois, le rythme s'intensifia, et en parfaite osmose, sentant Célestin venir, elle desserrait son emprise autour de son sexe en relevant son bassin, lui laissant de précieuses secondes leur permettant de prolonger des minutes encore leurs jeux charnels.

Prise à son propre piège de faire monter le désir de Célestin sans qu'il ne vienne, elle joua une fois de trop et fut parcourue de spasmes de jouissance peu de temps après l'avoir à nouveau installé en elle. Elle resta là, sans un mot, heureuse de le sentir ainsi en elle, dur, tout le contraire de ce qu'il était à l'intérieur. Elle se mit à rire de la célérité avec laquelle elle s'était faite avoir, puis s'avança pour lui laisser un peu le temps de gigoter en retrouvant un peu d'espace, serré qu'il avait été depuis qu'ils étaient entrés dans le carré de pierre rempli d'eau.

Elle reprit quelques longues inspirations et sans le quitter des eux, fondit sur son vit, la tête sous l'eau, laissant ses cheveux flotter et onduler avec ses mouvements telle l'écume des vagues, se mettant à genoux. Elle resta si longtemps sous l'eau qu'il finit par se demander si elle ne lui avait pas dissimulé une part de sang aquatique, ne revenant à la surface en le léchant que pour reprendre brièvement son souffle. Ne tenant plus tout en s'arrogeant une brève pause, il inversa le rapport de force docile en la relevant, l'attrapant à la naissance de l'arrière des cuisses sous les fesses pour la soulever, et la déposer sur lui, au bord du bain.

Observant les dernières vagues autour de ses pieds, il ne savait plus où donner de la tête, entre le visage de son aimée, sa croupe qui prenait en volume alors qu'elle rebondissait sur lui, le mouvement de ses seins, de ses cheveux, comme elle, il était dans un autre univers, ou plus rien ne comptait. Il dictait le rythme, sans vraiment y penser, profitant du simple fait d'être toujours en vie, avec elle, et espérant qu'il en serait ainsi le plus longtemps possible. Alors qu'elle le tenait contre elle, elle se mit à se cambrer vers l'arrière, lovant ses bras autour de son cou pour garder l'équilibre, gémissant de plus belle, et essayant à son tour de l'aider à s'engouffrer au plus profond d'elle en appuyant ses pieds contre les fesses de Célestin et en donnant des coups de bassin vers lui.

Il commença à gémir lui aussi de plus en plus, jusqu'à la consécration. Heureuse de le voir si vulnérable et si fort dans ce moment de relâchement total, elle sentit le désir monter à nouveau vélocement d'un coup, et alors qu'elle montait et descendait sur lui, qui s'était immobilisé sous le plaisir, ralentissant tout en frôlant à chaque fois de faire sortir sa verge tant elle exagérait ses mouvements, se laissa aller à des gémissements heureux et incontrôlés, une chaleur douce s'en dégageant tandis qu'elle se blottissait contre lui en finissant de remuer. Sa peau était presque lumineuse, comme si la vie même, celle du plan bien-nommé, s'exprimait ainsi à travers elle.

Alors qu'elle reprenait son souffle, la bouche ouverte et figée dans un sourire presque niais, elle se redressa pour s'asseoir perpendiculairement à lui sur ses genoux, se blottissant dans ses bras, dans le silence. La contrepartie d'une détente absolue, de l'eau et de la sueur eut raison de l'assise de Célestin qui glissa lentement vers le centre de la baignoire avec Jyll sur lui, envoyant plein d'eau à l'extérieur du bain alors qu'ils s'enfonçait dans l'eau, dans un petit cri de fausse panique. Le fou rire eut le dernier mot, alors qu'elle retourna contre son torse, s'allongeant à ses côtés, si bien qu'elle risquait de s'endormir dans ses eaux qui ne manqueraient pas, bien avant elle, de refroidir.

Modifié par un utilisateur jeudi 10 août 2017 08:30:08(UTC)  | Raison: Non indiquée

Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d'entendre, ce que vous croyez entendre, ce que vous entendez, ce que vous avez envie de comprendre, ce que vous croyez comprendre, ce que vous comprenez, il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même. - Edmond Wells.
Offline Guigui.  
#76 Envoyé le : lundi 7 août 2017 19:04:18(UTC)
Guigui
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Alia, Bhaal, Célestin : mémoires d'outre-tombe (I)


29 sarénith 4709, palais des Maîtres du Pacte, fin d'après-midi


lia était bien, le corps alangui, nue contre Bhaal tout aussi nu qu'elle, elle se réveillait doucement au milieu du grand lit que Bhaal s'était mis à apprécier. A travers ses cils, elle voyait la lumière du jour déclinant et poussa un grand soupir, la trève allait bientôt finir. Elle enfouit le visage dans le cou du géant, espérant se rendormir un bref instant. En pure perte. Trop de questions restaient en suspens qu'ils ne pourraient résoudre qu'à deux. Et puis, elle voulait... non... elle devait savoir ce qu'il s'était passé exactement, et pour ça pas de choix, il fallait se lever.

Elle s'étira voluptueusement, se releva pour s'accouder sur le lit, regardant son amoureux dormir encore. De longues secondes passèrent alors qu'elle était perdue dans sa contemplation. Elle ne se lassait pas de l'admirer, tout en lui respirait la force, la virilité, le courage et la détermination mais elle savait que derrière cette façade, il y avait un être complexe bien plus sensible, qu'il ne montrait qu'à elle. A regret, elle passa doucement la main sur son visage, l'appelant doucement. « Bhaal... réveille-toi, la journée va bientôt finir... »


Sans aller jusqu'à sursauter réellement, le géant rouge se redressa brusquement, en alerte. Il la vit alors, et sa tête retomba avec un soupir de soulagement. Il avait visiblement pris peur. Il se pelotonna contre elle, sa grosse tête posée sur ses cuisses, le visage contre son ventre. « Oh, tu es là, mon amour... » Murmura-t-il. vivante...


Elle caressa tendrement ses cheveux, le laissant se reveiller doucement. « Oui mon amour, je suis là, je serai toujours là... »

Elle attendit une longue minute, puis reprit d'une voix douce. « Il faut se lever, Bhaal, je veux... il faut qu'on rejoigne Célestin et Nemlak... je préférerais rester ici pour toujours mais... il faut comprendre. »


Bhaal se retourna sur les cuisses de sa compagne pour se mettre sur le dos et la regarder d'en bas. Au bout de quelques secondes, il hocha doucement la tête. « Oui, bien sûr. Moi aussi, je veux comprendre, » dit-il en concluant par un sourire. Il s'étira à son tour, ses muscles puissants saillant sous la peau tendue, avant de se relâcher et de se lever pour passer des vêtements.

Après quelques minutes, les deux amants sortirent pour rejoindre leurs amis. Arrivés devant la porte des appartements de Célestin et Jyll, Bhaal invita sa compagne à toquer à la porte. Il avait le souvenir de les avoir dérangés une fois en pleine intimité, et n'avait pas envie de revivre la même chose.



Jyll et Célestin, après un bain relaxant et purifiant, avaient passé l'après-midi à alterner retrouvailles charnelles et repos mérité, entrecoupés de siextes jubilatoires. Ils avaient arrêté de compter les rounds du match, jouant les prolongations alors que leurs transpirations se mêlaient de nouveau, leurs corps fusionnant une fois encore en une chaude symphonie de halètements et de petits cris de plaisir.

Ils venaient juste de jouir de concert, et, après le bref instant d'accalmie suivant l'acte, de se nettoyer, qu'on toqua à la porte. Ils enfilèrent un peignoir, et Célestin embrassa sa compagne avant d'aller ouvrir, pensant qu'il s'agissait des esclaves qui revenaient voir s'ils avaient de nouveau besoin de leurs services. A sa grande surprise, il n'en était rien, et il accueillit ses amis avec un grand sourire alors qu'il paraissait encore quelque peu essoufflé. « Ah c'est vous ? Entrez, entrez ! » Il les prit tour à tour dans ses bras, comme s'il ne les avaient pas vus depuis longtemps, dans une accolade un peu plus longue qu'à l'accoutumée, avant de s'écarter pour qu'ils puissent pénétrer dans la chambre.


Bhaal rendit affectueusement son accolade à son ami et observa sa mise (et sa mine) avant de plisser les yeux en une expression faussement réprobatrice. « T'as l'intention de me faire le coup à chaque fois que je te rends visite ? » Grogna-t-il d'une façon tout aussi feinte. Il laissa passer Alia avant d'entrer à son tour. « Jyll, » fit-il avec un signe de tête à l'intention de la fiancée de Célestin.



Célestin éclata de rire. « Parce que vous, vous êtes sûrement restés bien sages, c'est ça ? » s'amusa-t-il. Il se retourna vers sa compagne, et lui adressa un clin d'œil complice. « Mais oui, il y a de bonnes chances que ça t'arrive fréquemment. Nous avons une vie sexuelle heureuse et épanouie. Et vous, ça se passe bien ? » rajouta-t-il en laissant entrer Alia à son tour, le sourire aux lèvres.


Alia entra dans la pièce, souriante, ravie de voir son fiancé et son ami heureux. La chambre était sans dessous-dessus et une lourde odeur de passion flottait encore ne laissant aucun doute sur l'activité à laquelle s'étaient livrés Célestin et Jyll depuis leur retour. « Ça se passe très bien, merci beaucoup. Ça pourrait même difficilement mieux se passer. »

Alia avait répondu d'une voix enjouée, puis son sourire s'effaça légèrement et elle parla à nouveau d'une voix plus sérieuse. « Mais nous ne sommes pas venu vous déranger pour comparer nos exploits... nous... il faudrait... » Sa voix perdit totalement toute joie alors qu'elle cherchait ses mots et reprit un peu brusquement. « Allons voir Nemlak, il faut qu'on comprenne ce qu'il s'est passé. »


« Vous m'en voyez ravi ! » Le jeune homme était visiblement d'humeur joyeuse, et referma la porte derrière eux, les invitant à s'avancer dans la chambre. Mais lorsqu'elle prit un ton plus sérieux, son regard changea également, tout comme la voix de son amie.

« Oui... » Ses yeux se portèrent sur Jyll. « Nous devons en parler, en effet. Laissez-nous le temps de nous habiller, nous arrivons. » Il récupéra les vêtements propres que les esclaves leur avait amené et se dirigea vers le paravent avec Jyll, où ils ôtèrent leur peignoir et se changèrent. Réapparaissant vêtus, se tenant par la main, le couple se présenta face à leurs amis. « Allons-y. » fit Célestin, l'air décidé.


Bhaal ne répondit pas à la question de Célestin, se contentant d'un regard réprobateur. Il n'avait connu que des prostituées de bas étage avant de rencontrer Alia, de celles que l'on offre aux gladiateurs mineurs pour une victoire tout aussi mineure, aussi avait-il l'impression de découvrir l'amour physique avec la jeune fille. La très grande expertise de cette dernière, magnifiée par la passion absolue qui les unissait, contribuait à faire vivre à Bhaal une véritable expérience mystique à chaque fois qu'il était dans ses bras. Il s'agissait donc d'une chose très sérieuse et même sacrée, de son point de vue, qu'il ne convenait pas d'évoquer à la légère.

Mais Alia recadra tout de suite la conversation dans le sens qu'ils souhaitaient tout deux, et Célestin n'insista pas. Le temps qu'il se change avec Jyll, Bhaal le meubla en caressant le dos d'Alia avec ses ongles et tout la gratifiant d'un léger baiser de temps à autre. Quand les amoureux réapparurent enfin, il ouvrit la porte pour les laisser passer, toujours silencieux.



Jyll montra la splendeur de toute la jalousie féminine fantasmée l'espace d'un instant, avec le lit pour seul public quand Célestin se leva pour aller ouvrir. Ne pourrait-elle donc pas l'avoir pour elle, une journée entière, après tout ce qu'il venait de se passer?
Elle chassa rapidement cette honteuse pensée. Justement, avec tout ce qui vient de se passer, il ne peut être à moi, ou à lui-même, une journée entière.

Comme pour appuyer son propos, ça n'était pas les serviteurs, mais le reste des rescapés, ses amis, qui venaient les chercher. S'habillant rapidement d'un lin bleu nuit, elle s'attacha les cheveux pour mieux dévoiler sa nuque, et les traces des combats de la journée, tout en écoutant leurs échanges.

Changée, elle s'approcha d'eux et, sans un mot, les enlaça en commençant par Alia, avant d'ajouter une fois dans ses bras : « je suis vraiment heureuse que vous soyez toujours là, et que tu puisses bientôt avoir enfin ta fille à tes côtés. La vôtre, même, d'une certaine manière, » dit-elle en filant dans les bras bien trop grands de Bhaal.
« Je suppose que nous partons chez ce garnement de Nemlak? » ajouta-t-elle, comme pour conjurer la peur qu'il lui inspirait parfois.


« Oui, » répondit Bhaal en rendant son accolade à Jyll, « il est allé de l'autre côté avec nous et, même s'il ne voudra peut-être pas en parler, il doit savoir ce qui nous est arrivé, » dit-il sur un ton grave et sérieux. Mais soudain une lueur espiègle s'alluma dans son regard jaune, et il ajouta : « et puis, il déteste qu'on le dérange sans prévenir. Ça va être amusant. »



Célestin sourit à cette idée, puis il s'esclaffa alors qu'une pensée lui venait à l'esprit. « Le concernant, je doute que tu le "déranges" dans la même situation que nous ! »



Jyll se mit à rougir, et mit sa main devant le bas de son visage alors qu'elle commençait à pouffer. « Un homme seul avec des pouvoirs de magicien, je ne présumerai de rien! »


Visiblement, les deux sarénites étaient d'humeur joyeuse et fort taquine, et Bhaal regretta presque son trait d'humour à propos de Nemlak. Il avait suscité des réactions qui ne correspondaient pas au sérieux et à la solennité de ce qu'ils s'apprêtaient à faire. Il jeta un regard de biais vers sa compagne : celle-ci ne riait pas. Gêné, il toussa légèrement. « Bon allez, on doit parler de choses sérieuses... » Dit-il en se dirigeant vers les appartements du magicien, avant de frapper à la porte.

Modifié par un utilisateur mercredi 9 août 2017 15:25:18(UTC)  | Raison: Non indiquée

Bhaal reste à l'ombre en BM-96 | Zorg allume le feu en S-210 | Darmrok fait la guerre en N-211
Le combat à allonge
Le bloodrager abyssal
L'étroit mousquetaire
Offline Guigui.  
#77 Envoyé le : lundi 7 août 2017 19:09:07(UTC)
Guigui
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Alia, Bhaal, Célestin, Nemlak : mémoires d'outre-tombe (II)


29 sarénith 4709, palais des Maîtres du Pacte, fin d'après-midi


emlak profitait enfin du silence et du calme du palais. Il avait fait renvoyer les esclaves et serviteurs qui lui avait été attachés pour mieux se concentrer et méditer sur les derniers événements qu'il avait vécu. Il avait une chance de corriger ses erreurs et ses échecs et cela n'était pas donné à tout le monde. Il avait aussi eu une vision de ce que l'avenir lui réservait s'il ne devenait pas l'un des plus puissants magiciens demi-orques de son temps : l'oubli et une simple place dans une barque !

Relisant son grimoire, il réfléchissait à quels sorts il devait apprendre et comprendre pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Cependant il n'était pas retourné en vain des royaumes des dieux orques, une petite part de son voyage était resté avec lui. Une pierre noire qu'il comptait faire sertir.

Plongé dans ses méditations il n'entendit pas les premiers coups frappés à sa porte jusqu'à ce que ceux-ci deviennent plus forte. Il répondit : « revenez plus tard, je suis occupé ! » .

Lorsque la voix de Bhaal l'interpella il se décida malgré tout à ouvrir, car il savait le géant rouge suffisamment obstiné pour tambouriner à sa porte jusqu'à ce qu'il lui ouvre. Il se leva donc et ouvrit brutalement la porte. « Oui, c'est pour quoi ? »


Bhaal eut un petit sourire en coin à l'attention de ses amis lorsque le demi-orque ouvrit la porte. Il avait vu juste : Nemlak n'aimait pas être dérangé. Il y a encore quelques temps, il lui aurait sans doute répondu vertement, mais ils avaient combattu et étaient morts ensemble. Ils étaient passés de l'Autre Côté et étaient également revenus ensemble de la mort. Ce genre d'expérience transcendante relativisait beaucoup l'inimitié qu'il avait pu avoir pour Nemlak. Il était probable qu'il ne verrait plus jamais le demi-orque de la même façon. Aussi se contenta-t-il de lui répondre : « On a à parler, vieux. De ce qui s'est passé. On a à parler tous ensemble. »

Nemlak arbora une expression interdite mais sur laquelle on pouvait lire une intense réflexion. Nemlak réfléchissait toujours beaucoup avant de répondre, même si c'était pour avoir ou non des épices sur son ragoût. « Allez, quoi, laisse-nous entrer ! » Fit Bhaal sur un ton inhabituellement cordial, « tu n'as pas envie de savoir ce qui est arrivé dans l'Au-Delà à ton sujet d'expérience préféré ? Alia elle aussi a beaucoup de choses à raconter, et je meurs d'envie de savoir ce que Célestin a à nous dire à propos de la princesse Nefeshti. Pas toi ? » Demanda-t-il, excitant volontairement la curiosité de Nemlak, qu'il pensait inhérente à tous les magiciens.


« Parler de ce que chacun a vécu à sa mort, pas trop. » répondit d'un ton tranchant Nemlak. Mais il ouvrit la porte de sa chambre afin de faire rentrer ses compagnons et rajouta : « mais je suis effectivement intrigué par ce que Célestin a à nous dire sur cette Princesse Nefeshti. Entrez. »

Une fois ses compagnons rentrés, Nemlak jeta un coup d’œil dans le couloir pour voir si des personnes les observaient puis referma sa porte, invitant ses compagnons à s'assoir. Il se tourna alors vers Célestin. « Alors, qu'as-tu à nous dire et quelles explications peux-tu nous fournir sur le miracle qui s'est produit et cette fameuse princesse ? »


Célestin pénétra dans la chambre de Nemlak, et s'installa. Le sourire qu'il arborait précédemment l'avait quitté dès lors qu'il avait entendu la voix de Nemlak et le ton sur lequel il avait répondu à Bhaal. Ne pouvait-il pas se montrer agréable au moins une fois dans sa vie ?

Le sarénite observa le demi-orque. Sa mort l'avait-elle affecté ? Comme d'habitude, il ne laissait rien paraître. « Je vous ai déjà presque tout dit tout à l'heure. Contrairement à vous trois, » poursuivit-il en serrant affectueusement la main de Jyll comme pour se donner des forces « je ne suis pas mort. J'étais inconscient, ou du moins vaseux, lorsque je me suis senti transporté comme dans un rêve, flottant au-dessus des nuages, à une hauteur vertigineuse. Là, une femme superbe à la peau de sable fin m'apparut. A la place de ses jambes s'étendaient des volutes de fumée. Elle prit la parole, et me demanda... Ce que je voulais... Je lui répondis que j'aimerais revoir mes amis... vivants... »

Il regarda ses amis et sa compagne tour à tour, avant de poursuivre. « Elle m'a répondu qu'elle devait une faveur à un ami, qu'elle était... Quels étaient ses mots exacts déjà ? » Il fit visiblement un effort de concentration, fermant les yeux, comme pour mieux se remémorer la scène, avant de les rouvrir en regardant intensément Alia. « Qu'elle était une princesse aidant un prince de cœur qui aura besoin de toute l'aide qu'il pourra avoir face aux menaces qui risquent de poindre. »


Jyll fit un signe de tête discret à Nemlak en entrant. On pouvait voir sur son visage à quel point elle se sentait honteuse, presque étrangère au lieu où elle se trouvait, et à son assemblée. Elle allait entrer dans l'intimité de gens dont elle n'avait pas partagé le destin, les dangers, les douleurs et la mort, fut-elle passagère.
Elle se plaça à côté de Célestin, sans mot dire, lui prenant la main.


Bhaal ne prêta pas attention au ton cassant du magicien et alla s'asseoir, rapprochant le siège à côté du sien pour le réserver à sa compagne. Il écouta la relation que Célestin fit de son "rêve", si c'en était un, avec beaucoup d'attention. Quand son ami eut fini, le visage du géant rouge arborait une moue interrogative, presque déçue. Comme on pouvait s'y attendre, son récit suscitait plus de questions qu'il n'apportait de réponses...

« D'accord, » fit-il, « si je comprends bien, elle ne t'a pas dit son nom ? Comment peux-tu être sûr qu'il s'agissait de la princesse Nefeshti ? Et qui est cet ami dont elle a parlé ? Kardswann ? Vardishal ? Le prince de cœur, je suppose qu'elle parlait de toi, ce en quoi elle ne s'est pas trompée. Car c'est bien ce que tu es, et notre ange gardien également. Alia et moi, nous le savons bien,  » dit-il en prenant la main de sa compagne et en la regardant dans les yeux pour recueillir son approbation.


Alia entra dans les appartements de Nemlak à la suite de son fiancé et lança un regard curieux au décor. Comme on pouvait s'y attendre, tout était dépouillé, comme si le magicien avait fait partir tout ce qui pouvait le distraire de ses recherches, d'ailleurs le manuscrit ouvert sur la table accompagné de parchemins, d'encre et de plumes témoignaient du fait qu'ils avaient interrompu le demi-orque en plein travail.

Alia s'assit aux côtés de Bhaal et écouta attentivement le récit de Célestin. Nefeshti... elle avait beaucoup réfléchi à la Princesse Djinn pendant que son fiancé dormait encore, les souvenirs de ce qu'elle avait vécu au Nirvana prenait un nouveau sens.

Lorsque Bhaal la regarda pour obtenir confirmation de son affirmation, elle hocha la tête en prenant la parole. « Oh oui, vous êtes un vrai ange gardien, Célestin. Je sais de quel ami Nefeshti parlait. Ce n'était pas de Kardswann comme je l'ai cru dans la salle du conseil, il n'avait nulle façon de savoir ce qui nous était arrivé, mais j'ai compris certaines choses que je n'avais pas compris sur le moment. Certaines choses que j'ai entendu au Nirvana. »

Elle fit une pause, essayant de regrouper ses souvenirs et de les expliquer au mieux. « Quand je suis... morte, je me suis retrouvée dans une immensité herbeuse, c'était magnifique, je n'avais jamais vu d'herbe si fraiche et si abondante. Alors que je me sentais perdue, sans savoir où aller, un dragon d'or est venu à ma rencontre, il m'a dit s'appeler Khy et devait me préparer au jugement de Pharasma, mais alors qu'il m'anonçait que j'étais morte, Vardishal est apparu à mes côtés. Il est vraiment splendide, pas du tout comme Kardswann, on devine le feu bouilloner sous la peau... mais il était surtout furieux et désespéré. Il veut mourir mais cela lui est interdit, le souhait qu'il a formulé il y a longtemps l'empêche de mourir. »

Elle s'interrompit, inspira profondément, essayant de ne pas se laissait submerger par les émotions. « Khy et lui se connaissaient et le dragon connaissait la Princesse. Je n'ai pas compris au début de qui ils parlaient mais depuis que vous avez parlé de Nefeshti, Célestin, je sais que c'est d'elle qu'il s'agit, je n'ai pas de doute dessus. Vardishal a d'abord demandé à prendre ma place, mais ça lui a été refusé alors... alors il a dit, il a demandé... »

Elle ferma les yeux, la tête légèrement penchée, essayant de se rappeler des mots exacts. La formation de conteuse qu'elle avait reçue en plus de celle de la danse lui avait appris à se souvenir d'une histoire racontée une seule fois et sans qu'elle n'y prenne garde, sa voix prit des inflexions qui la rapprochaient de celle du Jann.

« "Dis lui qu'aucune personne œuvrant pour le bien et le juste ne mérite de vivre ce qui lui est arrivé à la Montagne Pâle. Dis lui que j'ai protégé la région jusqu'à mon dernier souffle, qui s'éternise sous une forme étrange, et que la relève doit être prise par ceux qui y vivent. Demande lui d'accorder ce souhait, dis lui qu'elle me les doit, moi qui ne suis plus l'un des nôtres alors que je suis le seul à ne pas m'être dérobé face aux menaces de notre monde et à mon devoir." Khy se concentra un instant, puis comme s'il avait reçu une réponse dit à Vardishal : "Elle ne peut accéder à ta demande. Pas sous cette forme, car tu n'es ni humain, ni mortel. Mais elle me dit qu'elle le fera par un moyen détourné, et qu'à présent, tu ne devrais plus user de faveurs, de faveurs que tu sais coûteuses pour l'équilibre de la région et de la magie." » La voix d'Alia s'était encore transformée pour s'approcher de la voix grave et puissante du dragon. Elle reprit son intonation natuelle et ouvrit les yeux, le regard encore dans le vague. « Puis il m'anonça que je ne pouvais rester ici et en effet j'entendis la voix de Célestin qui m'appelait et me suis réveillée dans la fosse. »

Elle regarda ses compagnons un à un et conclut : « Je pense que la princesse Nefeshti a formulé un souhait pour nous faire revenir. »


Nemlak jeta un regard peu amène sur Jyll lorsqu'elle pénétra dans ses quartiers à la suite de Célestin mais il ne lui en interdit pas l'entrée.
Il écouta silencieusement les récits de chacun de ses compagnons, surtout celui de Célestin et Alia. Une fois que cette dernière eu finit son récit il dit : « une princesse djinn? Il est vrai que certains de ces êtres, s'ils sont suffisamment puissants, sont en mesure de réaliser un vœu au bénéfice de non-génies...
Je pense qu'Alia à raison, la princesse Nefeshti a certainement accordé un vœu à Célestin alors que celui-ci était encore conscient. Cela explique donc la raison de notre résurrection.
Maintenant je suis intrigué par ses paroles prophétiques sur "ce qui vient"... Cela ne laisse rien présager de bon. »



Célestin secoua la tête en signe de dénégation aux propos de Bhaal. « Alia a raison, le prince de cœur à qui Nefeshti devait une faveur était très probablement Vardishal. Je m'en doutais déjà, mais Alia a confirmé mes soupçons. Je n'ai été qu'un instrument, celui qui a formulé le souhait de vous ressusciter. »

Il reporta son attention sur Nemlak avec un air grave qui lui était inhabituel. « Vous avez aussi raison Nemlak. Je pense que quelque chose se prépare, et au vu de ce qu'Alia nous a relaté, Nefesthi, sous l'impulsion de Vardishal, nous a choisi pour être ses nouveaux champions. La Montagne Pâle va se réveiller, et Kelmarane sera en première ligne. Ce sera à nous de la protéger. »


« Vous en n'êtes pas moins un prince, Célestin. Ce souhait, il fallait le formuler, nombreux sont ceux qui aurait prié pour sa survie sans mentionner ses amis. Vous nous avez rappelé à la vie, vous, et nul autre. » Alia essayait de sourire mais les prédictions de Nemlak et de Célestin lui faisaient froid dans le dos, elle attrapa la main de son fiancé et la serra doucement, cherchant force et réconfort. Ils n'en auraient donc jamais fini ?

« Quant à l'avenir... nous savions que nous aurions à affronter les gnolls tôt ou tard, tachons de nous y préparer le mieux possible, et s'il doit y avoir un péril pire qu'une invasion gnolle... Tachons de nous y préparer également, même si nous ne savons pas à quoi nous préparer... » Elle se tut, pensive puis les yeux légèrement écarquillés elle fit part de son idée soudaine. « Et si... le danger prédit est certainement en relation avec les combats que menèrent la Princesse Nefeshti et les Cinq Vents, sinon Vardishal ne parlerait pas de continuer le combat et surtout il ne serait pas resté à surveiller Kelmarane, de plus Kardswann disait qu'il venait régulièrement inspecter certains endroits... Nous devrions nous renseigner sur ce qu'ils ont véritablement affronté, nous savons qu'il y avait des suppôts de Rovagug et des génies qui abusaient des souhaits. Mais il doit y avoir des récits, des archives sur ce qu'il s'est réellement passé et s'ils existent il doit y en avoir au moins une copie, ici à Katapesh. »


« Oui mon ange, il y a des écrits. J'en étudie justement un : Les Cours de la Pierre et de la Flamme du grand Abdul Ibn Zarwat, que Zastoran m'a remis à Kelmerane. »

Célestin marqua une pause pour rassembler ses souvenirs et organiser ses pensées. « Le seigneur de guerre ifrit se nommait Jahvhul. Il aurait fait alliance avec un culte de Rovagug - décidément cette engeance se retrouve partout... » rajouta-t-il avec un frisson de dégoût. « Il aurait également réussi à capturer une marid, une génie originaire du plan de l'eau. La guerre a pris fin lorsque le magicien Andrathi, un allié de Nefeshti et des Templiers des Cinq Vents, parvint à mettre en déroute l'armée des ifrits en se sacrifiant. »

Célestin se redressa un peu sur sa chaise, avant de reprendre. « La zone de mystère, pour le moment, porte sur ce magicien. Tout ce qui l'entoure est vague et sujet à interprétation, mais il semblerait - et j'y mets un conditionnel - qu'il ait été l'amant de la princesse Nefeshti. Suite à son sacrifice, qui a semblé porter ses fruits sans qu'on sache si l'armée des ifrits avait réellement été vaincue définitivement ou seulement dispersée, elle n'a plus voulu risquer la vie de ses proches, et elle s'est éloignée de ces combats. Les Templiers se sont dispersés à leur tour, mais nous savons qu'au moins deux d'entre eux, Vardishal et Kardswan, ont continué à veiller sur la région. »


Bhaal et Alia, absorbés par d'autres sujets, ne s'étaient pas encore raconté leurs expériences respectives de l'Autre Côté, aussi le géant rouge écouta attentivement le récit de sa bien-aimée, suspendu à ses lèvres. Les conclusions qu'il imposait étaient sans appel, et ses compagnons les avaient déjà formulées. « Et bien... Il semble en effet que d'une façon ou d'une autre, on soit les nouveaux templiers. Est-ce qu'on a été choisis, où est-ce que c'est par nos actes que nous avons gagné cet honneur ? On ne le saura sans doute jamais, mais il y a des puissances supérieures s'intéressent à nous, ça c'est garanti. » Le demi-démon fit une pause, absorbé par ses réflexions. « Quant au danger qui est devant nous, il est facile à deviner. Kardswann nous a d'ailleurs déjà alerté à ce sujet : le Roi Charognard, bien sûr. Même s'il se tient tranquille pour le moment, Kelmarane va grandir, et ça ne lui plaira pas. Les gnolls ne respectent que la force, semble-t-il. Tôt ou tard, s'il veut garder son emprise sur eux, il devra montrer qui est le chef. La guerre est inévitable. »

Bhaal prit ensuite la main de sa fiancée : « mais si j'en juge par ton récit, ma belle, tu ne devrais pas trop t'inquiéter pour Vardishal. Si j'ai bien compris, la princesse a dit au dragon qu'elle ne pouvait accéder à la demande de Vardishal à cause de la forme qu'il prenait, mais qu'elle le ferait par un moyen détourné, c'est ça ? » Demanda-t-il. « Donc ça veut dire qu'elle le fera. Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour toi, mais tu ne l'abriteras pas toute ta vie, je gage, » dit-il en gratifiant Alia d'un sourire qui se voulait à la fois compassionnel et amoureux.


Alia lança un regard plein d'espoir à Bhaal et lui sourit à son tour, hésitante. « Tu crois vraiment ? J'aimerais tellement que tu aies raison. »



« Oui, il est certain que d'ici quelques temps, et cela se compte en mois ou en années, le Roi Charognard viendra chercher querelle à notre ville. Il faut donc anticiper cette attaque. Soit en permettant à Kelmarane d'être en mesure de soutenir un assaut massif de tribus gnolls, soit en coupant la tête de celui qui peut les fédérer.
La première solution me semble préférable au vu de notre dernière mission. Toutefois, si nous voulons conserver toute nos solutions, il serait préférable de nous renseigner, ici, ou à Solku sur la menace que représente le Roi Charognard. Sur la Montagne Pâle et ses dangers, et sur l'endroit où il pourrait se trouver.
Je ne veux pas répéter nos erreurs passées, »
dit Nemlak après les paroles de Bhaal.


Célestin observa Alia alors que Bhaal la rassurait. Était-ce volontaire de la part du géant rouge de lui redonner espoir, ou croyait-il vraiment que Vardishal serait libéré ? "La relève doit être prise par ceux qui y vivent. Demande lui d'accorder ce souhait." "Elle ne peut accéder à ta demande. Mais elle me dit qu'elle le fera par un moyen détourné". Pour le sorcier, ça ne faisait aucun doute : ce n'était pas le souhait de Vardishal d'en finir avec son immortalité, mais celui que la relève soit prise par ceux qui y vivent - et donc qu'ils soient ressuscités - qu'elle comptait exaucé. Ce qu'elle avait fait par son biais.

Mais il s'abstint de tout commentaire. Replonger Alia dans la tourmente ne servirait à rien. Au lieu de ça, il se tourna vers Bhaal, qui était resté étonnamment peu bavard sur son expérience dans l'au-delà. « Et toi mon chou ? Que t'est-il arrivé de l'autre côté ? » Puis il regarda Nemlak, qui ne semblait pas avoir été affecté par sa propre mort. « Et vous Nemlak ? Pouvez-vous nous raconter votre expérience ? Peu-être que l'un comme l'autre avez vécu des choses qui pourraient nous aider à mieux comprendre tout ceci ? »

Modifié par un utilisateur dimanche 3 septembre 2017 14:27:28(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#78 Envoyé le : lundi 7 août 2017 19:09:31(UTC)
Guigui
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Alia, Bhaal, Célestin, Nemlak : mémoires d'outre-tombe (III)


29 sarénith 4709, palais des Maîtres du Pacte, fin d'après-midi


emlak jeta un regard mauvais à Célestin avant de répondre « Je suis mort et j'ai été ressuscité. Au delà de cela, il n'y a rien d'intéressant et je préférerais éviter les mêmes erreurs m'ayant conduit à cette succession d'événements fâcheux pour ma santé.  »


Bhaal aurait voulu répondre à Nemlak qu'explorer la région de la Montagne Pâle était justement l'une des raisons qui lui avaient fait adhérer au projet de Khem de créer une guilde d'éclaireurs, mais l'intervention de Célestin le prit de court. Il sursauta presque, regardant le jeune sorcier avec des yeux écarquillés, presque effrayé. Il fut heureux que Nemlak prenne la parole avant lui, et très déçu que sa réponse soit si courte. D'abord parce que, malgré tout, il aurait bien voulu savoir, mais surtout parce que c'était à lui de parler, maintenant.

Et il fallait qu'il le fasse. Il fallait qu'il se remémore son séjour aux Abysses, aussi douloureux que soit ce souvenir. C'était trop important. Et le silence qui suivit la réponse de Nemlak, lorsque sa voix froide et métallique s'éteignit, était pour lui. L'un après l'autre, sa compagne, ses amis, tous se tournèrent vers lui. Ils l'attendaient. Après tout, quoi de plus naturel ? Ses amis méritaient de savoir.

Le gladiateur prit une grande inspiration et se redressa sur son siège. Il avait la tête baissée, les mains jointes entre ses jambes. « Je vous l'ai dit tantôt, je suis allé aux Abysses,  » murmura-t-il d'une voix qu'on aurait cru sortie d'outre-tombe. Après un assez long silence, il reprit : « Quand j'ai repris conscience, j'étais dans une espèce de cuve gigantesque, aux parois sculptés d'anges et de démons. Sous moi, il y avait une sorte de substance verte gluante, brûlante, et moi, j'étais... Je n'étais pas moi. » Un masque de souffrance couvrit le visage du géant tandis qu'il se forçait à continuer. « J'étais... une sorte de larve. Je ne sais pas comment je voyais, ni comment je respirais. Je n'arrêtais pas de me tortiller. Je ne me suis jamais senti aussi mal de ma vie. Sur le moment, j'ai cru que... que j'allais "vivre" ainsi, désormais. »

A mesure qu'il se souvenait, sa voix reprenait de l'assurance. « Deux démons étaient penchés sur moi, un mâle et une femelle. Ils étaient... immenses. Démesurément grands. Mais en fait... En fait je crois que c'était moi qui étais minuscule. Ils... Ils ont commencé à parler de moi. Ils m'ont volé à Pharasma, parce que j'étais le fils de Shamira, mais ils ne l'ont pas fait pour elle. Ils ont dit que la capitale était loin et qu'elle n'avait aucun droit là où ils étaient. Je me souviens... Je me souviens qu'il faisait nuit, et qu'il y avait une lune bleue. Si je me rappelle bien ce que Rayhan a dit des Îles de Minuit, ça pourrait bien être là que j'étais. »

« Ils m'ont observé un moment, et puis quelqu'un est venu. Je ne l'ai pas vue, mais j'ai vu ses ailes immenses, comme des ailes de chauve-souris, engloutir tout mon champ de vision... Les deux démons n'en menaient pas large. Le mâle l'a appelée "Maîtresse" et lui a rapporté m'avoir intercepté alors que je me rendais dans un endroit appelé "Maëlstrom"... Je ne sais pas ce que c'est. Et... »

A ce moment, Bhaal s'interrompit et déglutit difficilement. « C'est alors qu'Elle a parlé. Sa voix... était une voix de femme, mais pas une voix comme on peut en entendre ici-bas. Je ne l'oublierai jamais... Elle était à la fois délicieuse et terrible, sensuelle et cruelle, elle pénétra les tréfonds de mon corps et de mon âme. Je m'en tortillais de souffrance et de plaisir à la fois. Même maintenant, rien que le souvenir que j'en ai, ça me... » Mais il s'interrompit, au bord des larmes, avant de se reprendre. « Bref. Elle a parlé, et elle a dit que c'était trop tard, que quelqu'un avait demandé mon retour. Elle a dit... » Il ferma les yeux un instant pour se remémorer les mots exacts. « Elle a dit que d'ici là, peut-être que mes carnages prendraient de l'ampleur et qu'elle pourrait faire de moi quelque chose... à la hauteur de mes possibilités. Qu'il me suffirait d'accepter ma nature... »

« Et c'est tout, » conclut-il après une nouvelle pause. « Après, je me suis senti partir de nouveau. Je sais pas combien de temps ça a duré. Et je me suis retrouvé attaché dans cette fosse à purin, comme vous. » Il prit une grande inspiration et soupira longuement, comme s'il venait de faire un gros effort physique et qu'il en était maintenant débarrassé. Il s'avachit dans son siège et prit la main d'Alia pour l'aider à reprendre pleinement pied dans le réel.

Mais le timbre de la Voix le poursuivait toujours, quelque part, au fond de lui-même.


Jyll manqua de s'étouffer, regardant tour à tour les présents, interloquée. Elle prit une grande inspiration et se mit à sourire.
« Bhaal, vous ... tu es la preuve vivante que le destin n'est jamais complètement écrit, et qu'on peut toujours lutter. Et même gagner. Il nous faudra préparer les défenses de la ville et si la préparation est suffisante, peut-être marcher sur eux, mais pour ça il faudrait des informations, un plan, et se tenir ensuite au plan. Si je peux me permettre, vous avez une expérience qui me fait douter de votre capacité à reproduire facilement la même erreur. Une erreur qui semble après tout avoir été une réussite quant à l'avenir et à vos projets. Et à la fille d'Alia. »


Alia serrait la main de Bhaal au fur et à mesure qu'il continuait son récit, dans son esprit il n'y avait qu'une question : comment faire pour que Bhaal la rejoigne au Nirvana ? Il était hors de question qu'elle soit séparée de lui pour l'éternité, elle ne l'envisageait même pas.

« Le Maelström... »
Alia parla à voix basse mais audible.
« Il s'agit du plan du chaos pur, un monde en perpétuel mouvement, qui change constamment... Enfin si je me souviens bien. » Elle fit une pause. « C'est au Maelström que tu dois aller, pas aux abysses. C'est rassurant... même si ce n'est pas...  » Elle s'interrompit. « Mais maintenant, nous savons qu'ils connaissent ton existence, qu'ils t'attendent et qu'ils sont prêts à beaucoup pour t'avoir même si nous ne savons pas qu'elles sont les forces en présence. Et à qui appartenait cette voix ? »

Elle dû s'interrompre à nouveau, la fascination que ressentait encore Bhaal quand il parlait de cette voix qui semblait l'avoir enveloppé entièrement, déplaisait à Alia, une jalousie primale l'envahit et elle dû attendre un instant pour qu'elle reflue. « C'est peut être Nocticula elle-même ?... »

Elle sourit courageusement à son amant. « Tu es de retour, tu leur a échappé, ou elle t'a laissé partir, on ne le saura jamais. Mais tu es là, grâce à Célestin, et nous pouvons nous assurer qu'ils ne puissent plus jamais t'enlever. On trouvera comment, j'en suis certaine, Jyll a raison, le destin n'est pas écrit, nous pouvons le changer. »

Elle regardait Bhaal dans les yeux, le regard farouche, essayant de cacher ses peurs et ses craintes.


Bhaal regarda Jyll, puis Alia, tandis qu'elles tentaient de le rassurer - ou de se rassurer - mais les deux jeunes femmes virent à son regard qu'il n'avait pas besoin d'être rassuré. Au contraire, elles purent lire dans les yeux jaunes une détermination en train de s'affirmer.

Bhaal hocha la tête. « Oui, on peut changer son destin. Je n'ai aucune envie de devenir un démon. Enfin... Boire du sang de vierge dans un crâne de prêtre tout en regardant des mecs en croix se faire écorcher toute la journée, je sais pas... C'est complètement merdique, comme vie ! » S'écria-t-il. Après une pause réflexive, il reprit. « A la vérité, je sais ce que je dois faire, maintenant. Simplement... J'ai peur de le faire, » dit-il en baissant la tête tandis que sa voix s'éteignait dans un murmure.

Mais il la releva en regardant sa compagne d'un air grave : « tu as raison, mon amour. Cette voix... était celle d'un être extrêmement puissant, un être d'essence divine. Ça ne fait aucun doute pour moi. Et comme ça ne pouvait pas être ma mère, je ne vois que Nocticula. Elle a des projets pour moi, on dirait. Et il n'y a pas de raison que ce que ses sbires ont réussi à faire à ma mort, ils ne puissent pas le refaire lorsque je mourrai pour de bon. J'ai le reste de ma vie pour changer ça. Demander la protection de Pharasma pourrait m'y aider, je suppose... Mais j'avais autre chose en tête. J'ai.. J'ai l'intuition que les buts de Nocticula et de Shamira en ce qui me concerne sont différents. Et si Nocticula veut faire de moi un démon, alors il faut que je parle à Shamira. Que je sache pourquoi elle m'a abandonné ici, sur Golarion. Et ce qu'elle veut pour moi... ou de moi. »

« Ça veut dire que tôt ou tard, au cours de cette vie, je devrai y aller. Voilà pourquoi j'ai peur. J'ai peur pour toi, mon amour, car tu ne me laisseras pas partir seul, et j'ai peur pour vous, mes amis. J'ai peur de ce qui pourrait vous arriver là-bas, aux Îles de Minuit, si vous m'accompagnez. »

Bhaal inspira profondément, il se sentait soulagé d'avoir révélé à ses amis ce qui le tourmentait. Mais ça n'était pas tout à fait terminé. « Ça veut dire également autre chose, de plus immédiat. J'ai bien réfléchi et je ne me sens pas le droit de cacher ma nature au prince et à la princesse. Pas... Pas après ce qu'ils ont fait pour nous. Autant que nos suzerains, ce sont nos amis, maintenant. Je n'ai plus de doute à ce sujet. Cette bienveillance, cette confiance qu'ils nous ont accordée, ce souci de nous... C'est pas juste les patrons. Et au vu des forces qui gravitent autour de moi, ils sont en danger au même titre que vous l'êtes. Kelmarane, potentiellement, est en danger jusqu'à ce qu'on en sache plus. Alors je dois le leur dire. »


Alia écoutait la réponse de Bhaal sans en être véritablement surprise, elle s'attendait à tout cela, à ce qu'il ait peur pour les autres avant de s'inquiéter de lui.
Elle le regarda gravement. « Tu auras bien plus à t'inquiéter si tu ne me laisses pas t'accompagner, sois-en sûr. » Un sourire malicieux conclut sa phrase, sourire un peu forcé malgré tout mais elle essayait de rassurer son fiancé et de se rassurer elle-même.
Elle réfléchit et poursuivit : « Si c'est ton choix, alors parlons à la princesse ce soir... tu as raison, je n'aurai jamais cru pouvoir dire ça un jour, mais ils sont bien plus que des maîtres. »


A l'évocation des origines de Bhaal, Célestin vit la réaction de Jyll, et se mit soudain à rougir furieusement. Honte à lui ! Tellement de choses s'étaient passées qu'il avait oublié de lui en parler ! Il osait à peine la regarder à la dérobée, n'ayant qu'une envie, se cacher dans un trou de souris.

Enfin, il finit par hocher la tête en direction de Bhaal. « Tu... Tu as raison, Bhaal. Nous devons en parler à Almah et au prince Jawad. Après quoi j'aimerais que vous nous accompagniez, Jyll et moi, aux étals de nuit. J'ai... J'ai reçu une lettre de M'hem... Il semble avoir essayé de me contacter pendant... bref... Il semble avoir des nouvelles... »


Bhaal se contenta de hocher la tête gravement, ses lèvres serrées dessinant un demi-sourire, à la fausse menace de sa bien-aimée, qui était aussi une promesse. Il savait qu'il ne l'arrêterait pas à moins de la repousser, et que la faire renoncer à ce voyage reviendrait à faire d'elle la femme la plus malheureuse du monde. Ce que c'était compliqué ! Il avait voulu savoir qui il était, et il ne pouvait - ni ne voulait - revenir en arrière, mais sa vie était plus simple quand il n'était encore personne, un esclave parmi d'autres. Plus malheureuse, plus contrainte, plus violente, mais plus simple.

Il se contenta donc de la regarder un long moment, ne sachant que dire, jusqu'à ce que Célestin leur donne des nouvelles de M'hem et leur demande de les accompagner. « Bien sûr, mon gars, » répondit-il tout de suite, bien que, fatigué, il eut sûrement préféré rester se reposer avec Alia. Mais il devait bien ça à Célestin, c'était même le moins qu'il pouvait faire. «  Tu t'es bien assez occupé de nous deux, ami. Il est temps qu'on s'occupe un peu de toi. »


La patience de Nemlak allait en s'amenuisant jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il devait mettre fin à l'épanchement de sentiments de ses compagnons.

Il se leva et de sa voix neutre interpela ses compagnons. « Bien ! Je vous remercie d'être passés par mes appartements, mais je suis certain que nous avons chacun encore beaucoup à faire, notamment sur la façon dont Bhaal et Alia vont présenter à la Princesse l'Héritage de notre ami demi-démon.
Célestin, je serai ravi de parcourir les pages de l'ouvrage que vous êtes en train de lire une fois que vous l'aurez fini. Cela me donnera l'occasion d'en savoir plus sur ce passé qui semble nous poursuivre et dont il semble que nous avons hérité.
Je me renseignerai aussi de mon côté sur ce Jahvhul, s'il était si puissant que cela, il aura bien laissé une trace quelque part. »

Il s'arrêta un instant pour voir si ses "invités" se levaient.
« Encore une fois, je vous remercie d'être passés. Toutes ces informations sont importantes pour la suite et nous aideront à mieux nous préparer.  » Il alla jusqu'à sa porte, l'ouvrant et rajouta.
« A très bientôt. »

Modifié par un utilisateur mercredi 9 août 2017 15:55:58(UTC)  | Raison: Non indiquée

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#79 Envoyé le : lundi 7 août 2017 19:13:38(UTC)
Guigui
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Un dîner presque parfait (I)


29 Sarenith 4709, le soir, à table


'après-midi avait permis à chacun de se reposer, de se ressourcer, de commencer à faire le point. Almah avait maintenu le repas du soir à la fois pour fêter leur retour et pour revenir rapidement à des rituels et habitudes afin de vite reprendre le cours normal du quotidien.

Les chameliers étaient à Kelmarane mais les repas n'avaient rien à leur envier, si ce n'était qu'ils avaient certainement été préparés avec plus de zèle que de cœur. Un plat simple, riche, familial, qui ne manquerait pas d'hydrater les gorges encore usées et les estomacs pas encore remis. Pour les plus costauds, même leurs muscles semblaient crier famine alors qu'ils avaient perdu leur rendu plein et saillant pour quelque chose de plus plat. Un couscous. Le jus des viandes, chaud et liquide, semblait dérouler un appétissant tapis pour que l'ensemble fasse son chemin sans encombre. De la couleur, de la saveur, de la vie, c'était bien là tout ce qu'il leur fallait à présent.

Jusqu'à ce qu'indirectement, le prince mît les pieds dans le plat, une cuisse de poulet à la main.
« Nous irons en fin de messe du midi demain, vous laver devant tous de votre ancien statut. Il ne vous restera plus qu'à attendre que le temps efface cette marque dans vos cœurs, peut-être pas pour vous, car je doute que l'on puisse oublier, mais au moins ne plus avoir l'impression qu'on vous regarde comme si vous étiez toujours esclaves. »


Le soir vint et, avec lui, le rituel du dîner. Célestin ne pouvait s'empêcher d'être angoissé à cette idée. A peine étaient-ils revenus de leurs mésaventure qu'ils allaient révéler quelques affaires qui n'allaient certainement pas mettre Almah et le prince Jawad en joie.

Jyll et lui furent ponctuels, comme d'habitude. Il était rare qu'il soit en retard, mais n'aimait pas non plus être en avance, et allait jusqu'à partir avec une légère avance tout en modérant son pas pour s'assurer d'arriver au moment où on l'attendait. Comme d'habitude également, il s'assit proche d'Almah après les avoir salués​, le prince et elle.

Le repas commença dans un silence relatif, uniquement ponctué d'amabilités, et se poursuivit ainsi jusqu'à ce que le Prince Jawad le rompe. Célestin s'éclaircit la voix pour prendre la parole à son tour. « Merci pour tout ce que vous faîtes pour nous tous, Prince Jawad. Et merci à toi aussi Almah chérie.

Je pense... Nous pensons... Que nous vous devons certaines explications... Et vous révéler certains secrets.

Je vais commencer, car il s'agit sans doute de la partie la plus facile dans ce que nous avons à vous dire. Ce soir, nous comptons aller aux étals de nuit. Nous y sommes déjà allé, et nous avons rencontré une personne qui les connait bien. Durant notre... absence... Il a tenté de me contacter. Il semblerait qu'il ait trouvé des réponses à certaines de mes questions. Je l'avais questionné à propos de Rodopho et Angelo... Et même Jarod et Séraphin. Et voici sa réponse. »


Il déroula le parchemin qu'il avait reçu, et le lut.

« Monsieur Célestin, je n'ai pas réussi à vous joindre par le moyen prévu, ou plutôt, je n'ai pas eu de vos nouvelles depuis, et j'en suis fâché, cela veut dire que vous êtes peut-être mort, et ma paye avec, deux contrariétés certaines. Dans l'hypothèse où vous seriez juste en voyage où que vous auriez égaré notre moyen de communication, je vous contacte par votre lieu connu de résidence. L'enquête avance, je suis sur deux pistes, les deux dernières, une intra-muros, et l'autre extra-muros. Sans trop vous en dire pour le moment, sachez que vous risquez de vous frotter à un danger certain si vous prévoyez une vengeance somme toute légitime, et sachez qu'il va bientôt prévoir une rallonge. M' »

Tout en parlant, il n'avait pas quitté Almah des yeux, guettant sa réaction à l'évocation du nom de ses frères. Quand il eut finit, son regard se porta sur le prince Jawad. « Ce M' se nomme en réalité M'hem. Je suppose que vous avez déjà entendu parlé de lui, Prince Jawad ? »


Almah sembla comme prise d'une malaise alors qu'elle attrapa la table de ses mains, s'arrêtant de manger.
Jawad roula des yeux vers le ciel, semblant un instant l'implorer, avant de se tourner vers Célestin pour lui répondre.
« Oui, je connais cet accro au Pesh et sa fratrie. Ce n'est pas ce que j'appellerais quelqu'un de recommandable, mais c'est quelqu'un qui fait bien son travail, » dit-il sans en rajouter, comme attendant de voir où Célestin souhaitait en venir, son attention à présent reportée sur Almah.


La nervosité n'avait pas quitté Alia depuis le début du repas, si elle était heureuse qu'ils soient tous revenus de la mort, elle ne pouvait étouffer suffisamment le sentiment de culpabilité qu'elle ressentait encore pour se réjouir totalement, de plus, ce soir serait abordés des sujets graves. Deux choses qui l'empêchaient de profiter pleinement du repas pourtant succulent.

Elle faillit recracher le morceau de poulet qu'elle avait en bouche quand Célestin décida d'ouvrir les hostilités. Elle fut navrée pour Almah qui essayait de rester le plus impassible possible sans réussir à cacher la douleur qu'elle ressentait à l'évocation de ses frères disparus.

Elle reposa le morceau de viande qu'elle tenait toujours en main dans son assiette, l'appétit coupé, et resta silencieuse, attentive à ce qui allait être dit.


Nemlak nageait de bon appétit. Après leur séjour dans les geôles il était heureux d'être en vie et n'avais que faire du passé de Célestin. Le passé n'était qu'un moyen pour appréhender le futur qui était son objectif principal.
Laissant traîner une oreille distraite il continua à profiter de l'imposant repas.


Le cœur déchiré de devoir réveiller la douleur dans celui d'Almah, Célestin poursuivit. « Almah chérie, je... J'ai décidé d'en apprendre plus sur mon passé. Notre passé. Sur nos frères, et sur mon père. J'ai besoin de savoir pour avancer. Et... J'ai besoin de retrouver mon nom. Je... Je voulais que tu le saches. »

A ce moment là, il se rendit compte qu'elle n'était toujours pas au courant qu'il comptait marier Jyll. Chacun avait été tellement accaparé, qu'ils avaient très peu discuté, et quand c'était le cas, surtout de l'avenir de Kelmarane. Il se mit à rougir jusqu'aux oreilles, et ne put poursuivre. Non, il ne pouvait pas lui annoncer ça devant tout le monde. Il lui faudrait la voir en tête à tête.

Il s'arrêta ainsi en plein milieu de son discours et regarda Bhaal, comme un appel à l'aide pour qu'il change de sujet.


Dès le début du repas, Bhaal s'était réfugié dans le couscous. D'abord parce qu'il avait grand faim (et qu'il comptait rattraper les jours de privation qu'il avait enduré), mais aussi parce que cela lui permettait de canaliser sa nervosité vers un objectif tangible. Il était nerveux parce qu'Alia était nerveuse, mais aussi parce que le ton de la soirée favorisait les silences gênés. Mais lorsque Célestin brisa, le premier, la fausse ambiance qui s'était installée en dévoilant ses projets, il cessa de manger, redoutant la réaction de ses maîtres. Il se redressa, s'essuya la bouche et les mains et resta ainsi, presque sur le qui-vive.

Le prince avait surtout l'air de redouter les effusions lacrymales. Quant à la princesse, elle semblait d'autant plus affectée que les affaires de Célestin étaient, pour partie, les siennes aussi. A un moment, Célestin sembla hésiter à continuer et se tourna vers lui, comme s'il cherchait en lui une réponse, ou une aide. Merde. Il me refile le bébé, se dit-il. Il n'avait pas du tout pensé à la façon dont il allait présenter la chose, mais c'était trop tard, maintenant.

« Hem... Oui, en discutant entre nous, de nos vies, de ce qui nous a amenés ici... Et avec Jyll, aussi, » commença-t-il en se tournant vers la jeune femme, comme pour lui demander de l'aide à son tour, « on s'est rendus compte qu'on avait tous... plus ou moins... certains points communs... Comme le fait de ne pas connaître nos origines, ou ne pas savoir des choses liées à nos origines. Je ne sais pas, » dit-il lentement et gravement, comme si les mots prononcés l'engageaient, « si nous sommes liés ou si c'est le hasard, mais je pense que suivre ce chemin est la bonne voie pour nous comprendre. Nous accepter. Et nous faire accepter, » Acheva-t-il en baissant la tête avec humilité, tout à fait conscient de ce que ses sautes d'humeur avaient coûté en argent... et en larmes.

« Aussi, maintenant que Kelmarane est libérée et la princesse sous votre protection, on a trouvé l'idée, euh... bonne de consacrer une partie de notre temps libre à ces recherches. » Il désigna Célestin du bras. « Célestin a entrepris les démarches qu'il vient de vous exposer. Nous avons aidé Alia a retrouver sa fille, avec les résultats que vous savez. Quant à moi... » Il hésita un assez long instant avant de se forcer à continuer. « Comme je vous l'ai dit à Kelmarane, princesse, je suis né dans un cercle d'invocation et je n'ai pas de parents qui soient de ce monde. Aussi, je me suis rendu il y a quelques jours, le 24 je crois, avec Alia et Nemlak, chez maître Rayhan Xhobadi, un spécialiste des plans... Et probablement le magicien le moins antipathique que j'ai jamais rencontré. En tout cas, Nemlak le tient en haute estime... »

La voix de basse du géant rouge s'éteignit à nouveau. Il se tenait là, la tête pensivement baissée, ouvrant de temps en temps la bouche pour parler mais se révélant incapable de prononcer les mots. Alors que le prince commençait à montrer des signes d'impatience, il parla enfin, d'une seule traite. « Cet homme m'a révélé que j'étais le fils de Shamira, une princesse des Abysses, et d'Abdul al-Azred, un puissant démoniste. Et que je portais dans ma chair les marques de Shamira et de Nocticula son amante. Je ne suis ni magicien ni lettré, mais les compétences de l'informateur me semblent impossibles à remettre en cause, et mon récent séjour dans les Abysses m'a montré que les révélations de Rayhan étaient exactes. Si l'une ou l'autre de ces entités s'intéresse à moi pour de bon, tout mon entourage est en danger. »


La peur. C'est la peur qui se fit un chemin de le regard du Prince comme de la Princesse, il semblait même qu'ils avaient tous deux arrêté de respirer. Jyll tenta de leur rendre vie.
« Mais le danger nous accompagne depuis le début ! Vous, Prince, si vous êtes à Katapesh depuis toujours, le danger ne vous a jamais quitté, et nous Princesse, nous avons joué nos vies pour délivrer Kelmarane. Sans Célestin, Alia, Bhaal et Nemlak, nous n'en serions pas là, que ce soit sur le plan social, matériel, ou affectif ». En disant ça, Jyll regardait tour à tour Almah et Jawad.

« Cette femme, cet homme, ils sont restés auprès de vous quand ils auraient pu partir. Elle accueille un Saint en elle, et lui, il a réussi non pas à renier, mais à ne jamais avoir été attiré par le mal qui lui était destiné. Ce magicien aurait pu se consacrer au seul commerce une fois sa vengeance exercée, et Célestin aurait pu passer à autre chose. Mais tous sont là. Tous sont là pour vous, et vous pour eux. Pourquoi est-ce que cela devrait changer maintenant ? Ensemble, rien n'a été impossible jusqu'à maintenant. Même la mort n'a pas voulu d'eux, ou plutôt la vie les voulait par dessus tout. C'est la main du destin qui les a fait revenir, et je doute qu'elle l'ait fait pour que Bhaal nous mette dans la mouise. Il y a quelque chose à accomplir, je le sens, sans savoir l'expliquer. C'est pourquoi tous sont ici. On ne peut pas nier le destin que prévoit le divin. Pas quant il consiste à protéger et à servir le bien. »

Les nobles regardaient l'oracle du coin de l'œil, tantôt outrés par ses propos, tantôt réceptifs. La princesse semblait sur le point d'éclater en sanglots.

« Bah, si des princes démons ou d'autres puissantes entités maléfiques décidaient de s'en mêler, que pourrions-nous bien y faire ? Pas grand chose. Maintenant qu'on le sait, je pense qu'on peut garder ça dans un coin de notre tête, et passer à autre chose. »

Le prince regardait Almah, qui avait incliné la tête sur le côté pour que sa main soutienne son front. Elle se redressa et but une gorgée d'eau avant de se tourner Bhaal.
« Comme le destin a été cruel envers vous, Bhaal, jonchant votre existence d'obstacles ! Merci de m'avoir prévenu. Pour moi, ça ne change rien, ça ne fait juste que confirmer qu'il nous faudra rester sur nos gardes.
Je ne sais pas ce qui vous lie, ce qui nous lie, mais il y a effectivement trop de coïncidences pour que ça tienne du hasard. Je suppose que le temps nous en apprendra plus, en espérant qu'il ne nous l'apprenne pas trop tard. »


Elle se tourna vers Célestin, les larmes coulant de son visage comme un ruisseau cherchant à se faire un chemin naissant entre les pierres.
«  Si tu souhaites le savoir, tu as le droit de savoir. Moi, je ne veux pas le savoir, il te faudra le garder pour toi. J'ai honoré mes ancêtres et mes proches en reprenant cette ville, c'est pour moi le symbole que tout ça n'aura pas été vain. Je ne veux pas l'entacher par des révélations, ou fouler sa mémoire, que j'ai figé d'une bonne pensée. C'est peut-être une explication apaisante, mais l'inverse est possible, alors je ne prends pas de risque. Le "pourquoi" est derrière moi. Et la blessure restera en moi.
Je souhaite de tout cœur que tu trouves ce que tu cherches, et que la réponse t'apaise Célestin. Tu le sais. »



Célestin écouta ce que Bhaal dit en préambule avec intérêt. Son ami l'étonnait chaque jour par sa clairvoyance malgré ses airs de grosse brute qui se moquait de tout, et chaque jour il était fier de l'avoir pour ami.

Cependant, il se crispa et tressaillit légèrement lorsqu'il avoua ses origines. La peur. La peur de lisait dans les yeux d'Almah et dans ceux du prince. Il aurait voulu leur dire que ça ne changeait rien à qui était Bhaal, mais il se rendit compte que ça aurait été vain. Ce n'était pas de Bhaal qu'ils avaient peur, mais de sa parenté, et de ce que cela pouvait engendrer comme danger, comme conséquences.

Il restait là, incapable de venir soutenir son ami, lorsque Jyll prit la parole. Son discours était beau, plein d'une émouvante sincérité, emplit de la force de l'amitié, et la foi en eux tous. Il la regarda avec fierté, même si son attention fut rapidement de nouveau appelée par le prince. Pragmatique, celui-ci passait déjà à autre chose, avec de nouveau une étonnante bienveillance.

Puis Almah parla, comme souvent avec son cœur. Il sentit une nouvelle bouffée de fierté monter en lui, cette fois-ci pour sa princesse. Il y avait tant de bonté et d'empathie en elle !

Elle se tourna vers lui, petit bout de femme tourmenté par son passé, et il comprit que c'était a la fois trop tôt et trop tard pour elle. L'information était trop récente pour qu'elle ait eu le temps de se faire à l'idée de pouvoir obtenir des réponses, et elle avait enfoui ses blessures depuis trop longtemps pour envisager de les refermer maintenant.

N'y tenant plus, enfreignant le protocole, il se leva de table pour aller s'agenouiller après d'elle, prenant ses mains entre les siennes. « Almah chérie, je suis désolé d'ouvrir ces vieilles blessures. Je respecterai ta demande, mais sache​ que toi aussi, tu as le droit de savoir. Tu as le temps pour y réfléchir, et si jamais il t'en prenait l'envie, tu n'aurais qu'un mot à dire pour que j'accours aussitôt. »

La regardant dans les yeux, soutenant difficilement son regard larmoyant sans à son tour se mettre à pleurer, il poursuivit. « Et si tu l'acceptes, j'aimerais après ce repas te parler. En privé. Certaines choses n'ont pas besoin d'être dîtes devant tout le monde. »


Alia avait définitivement délaissé son assiette et son repas refroidissait doucement. Lorsque Bhaal aborda ses origines, elle se pencha doucement vers lui et lui tint la main sans un mot, juste pour lui montrer qu'elle était à ses côtés.

Elle vit clairement la peur luire dans les yeux princiers et elle ne pouvait pas le leur en vouloir, la nouvelle avait de quoi effrayer. Elle allait parler lorsque Jyll la devança et le discours qu'elle prononça était bien plus beau, bien plus touchant que tout ce qu'elle aurait pu dire.

Elle se figea cependant, serrant la main rouge plus fort et regarda plus attentivement le Prince lorsque l'oracle parla de Vardishal. Était-il au courant ? Cependant, au vu de toutes les révélations, celle-ci ne lui paraissait plus aussi importante ni aussi terrible. Elle se détendit légèrement et écouta de nouveau le discours de la Princesse et de Célestin.

Lorsque ce dernier se précipita vers la première, elle regarda le Prince, guettant ses réactions, que pensait-il de cette relation ?


Prenant Célestin dans ses bras en se pliant vers le sol, tout en essayant de le relever, et de se lever en même temps, Almah l'étreignit avant de se reculer d'un pas, le tenant par les bras, et d'incliner la tête en signe d'accord.

Jawad détournait le regard pour observer Nemlak, en souriant, presque en riant.
« Et vous Nemlak, avez vous quelque chose à avouer ou confesser ? Cela me paraîtrait le moment approprié, si c'était le cas, » dit-il en lui levant son verre, espérant bien qu'il n'en était rien.


Posant avec délicatesse ses couverts, se nettoyant les lèvres délicatement avec sa serviette avant de boire un dernier verre, Nemlak sourit à son tour au Prince.
« Je ne suis qu'un simple magicien au service de la Princesse et de Kelmarane.
Mes parents étaient des gens simple et sans secret... »

Après un temps de silence il repris « Quant au destin, il n'a rien à faire là. Ce sont nos propres actions qui déterminent notre avenir. Si notre passé nous définit, le futur est nôtre. »

Modifié par un utilisateur dimanche 17 septembre 2017 12:39:31(UTC)  | Raison: Non indiquée

Bhaal reste à l'ombre en BM-96 | Zorg allume le feu en S-210 | Darmrok fait la guerre en N-211
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#80 Envoyé le : lundi 7 août 2017 19:14:05(UTC)
Guigui
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Un dîner presque parfait (II)


haal s'avança sur son siège et prit une posture plus solennelle lorsque la princesse s'adressa à lui avec bienveillance. Oui, il était fier de l'avoir pour maîtresse. Et lorsque, répondant à Célestin, elle pleura, le demi-démon la fixa avec étonnement. Les princesses ne pleuraient pas en public, d'habitude. Si elle se le permettait ici, c'est qu'ils n'étaient pas - ou plus - le public. Ils étaient ses amis.

Nemlak n'avait, comme d'habitude, rien à dire sur lui-même. Il se demanda comment le magicien faisait pour ne pas exploser avec tout ce qu'il gardait en lui. Est-ce qu'il ne ressentait vraiment rien ? Pour Bhaal, qui au contraire ressentait tout de façon exacerbée, c'était une énigme.

« Merci de me renouveler votre confiance, Princesse. Je m'efforcerai de ne jamais la trahir. Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite à cause de la distance qu'il y avait entre nous, mais vous êtes une belle personne. Célestin le disait depuis le début. Nul ne pourrait imaginer avoir meilleur maître, et pourtant je vous en fais baver, parfois. Je suis tel que je suis, avec mes problèmes, mais je crois en vous, et je vais vous aider à faire de Kelmarane ce que vous voulez qu'elle soit. »

Il se tourna ensuite vers le prince. « Quant à vous, Prince, je sais que vous êtes un homme pragmatique, mais après ce que vous avez fait pour nous, il ne peut plus être question d'argent. Vous avez mis votre fortune et votre réputation en danger pour nous, alors je suis votre homme en tout temps et tout lieu à partir de maintenant. » Il fit une pause, prenant un air plus grave. « Je sais que... vous auriez voulu vous contenter d'un dîner simple, sans nouvelles révélations ou problèmes à résoudre, mais... il nous fallait solder ces questions pour pouvoir dîner, justement. Demain il va se passer quelque chose d'important pour Alia et moi, » dit-il en tournant la tête vers sa compagne qu'il tenait toujours par la main, « je ne vous cacherai pas que, bizarrement, je ne me sens déjà... enfin... plus vraiment esclave, même si c'est toujours écrit sur ma tronche, » fit-il en désignant la marque du fugitif sur son front, « mais ce sera un grand jour pour nous deux. Il faudra d'ailleurs qu'on parle à notre amie du temple... Pour la petite... » acheva-t-il en se tournant de nouveau vers Alia.


Alia regardait son fiancé parler un léger sourire amoureux aux lèvres, c'était vraiment un homme d'honneur. Qui aurait pu croire à leur arrivée à la Griffe du Sultan que derrière la grande brute rouge se cachait un tel trésor ?
Elle hocha la tête en signe d'assentiment lorsqu'il renouvela leur allégeance à la Princesse puis au Prince. C'étaient de bons maîtres et elle sera fière de se mettre librement à leur service.

Elle se tourna vers le couple princier, caressant la main qui la tenait toujours d'un mouvement du pouce. « Demain est un grand jour en effet et je vous serais éternellement reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour nous. » Elle s'interrompit alors qu'elle allait, à la suite de Bhaal, renouveler ses vœux d’allégeance, mais c'était trop tôt, pour l'instant ce n'était qu'un serment d'une esclave à moitié affranchie, elle voulait prononcer ce vœu totalement libre, que ce soit un choix personnel d'une femme libre.

Elle reprit afin de préciser les paroles de Bhaal, la voix moins assurée. « Au temple, je dois en effet avertir Vechna. Le capitaine de la Nef du Crépuscule a en effet promis d'amener ma... fille au Temple de Sarenrae. Je... je lui ai demandé de l'amener là-bas plutôt qu'ici, Prince, nous avons suffisamment entaché votre réputation pour ne pas faire venir une telle créature chez vous. » Elle déglutit puis ajouta d'une petite voix, serrant à nouveau la main de son amour. « Je ne sais juste pas combien de temps cela lui prendra, ni même s'il tiendra vraiment parole... ni... si elle sera en bonne santé... »

Elle saisit un peu brusquement son verre afin d'avaler une grande gorgée de vin.


« Oui, c'est notre crainte,  » répondit Bhaal avec un regard plein de sollicitude vers sa bien-aimée, « le capitaine a été très correct avec nous, mais on n'est pas tranquilles. Je... Je ne suis pas au fait de toutes les magies que l'on peut faire subir à un enfant mais je pensais que ce serait bien de l'examiner sous toutes les coutures... Magiquement, je veux dire... Pour vérifier qu'elle n'est pas malade, ou sous l'effet d'un poison, ou d'une... malédiction... » acheva-t-il en hésitant.


Alia regarda intensément Bhaal quand il parlait de faire analyser magiquement sa fille sous toutes les coutures, l'idée lui déplaisait fortement mais elle ne dit rien, ce n'était pas l'endroit. En plus, elle savait qu'il avait raison mais alors qu'il parlait, elle ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir... pour quelqu'un qui détestait les mages... Elle retira sa main de la sienne et reprit son repas, un sourire aux lèvres.


Jawad leva son verre aux bonnes nouvelles de Nemlak, avant d'écouter ce que le duo des cieux et des profondeurs avait à dire. Il hésita un moment avant de répondre entre deux gorgées.
« Être libre, c'est aussi prendre ses responsabilités, mais prenez le temps de le découvrir un peu plus avant de vous lier à moi ainsi. Je ne suis pas un homme mauvais, mais j'évolue dans un milieu où le mal n'est pas absent, ce genre de serment pourrait vous amener là où vous ne voulez pas aller. Alors au lieu de le prendre au pied de la lettre, je vais prendre ça pour une version douce d'une faveur à rendre. Je vous en remercie. Si Kelmarane se consolide, vous aurez fait beaucoup pour tout le Katapesh. »

La princesse répondit à son tour, sans lâcher Célestin.« Bhaal, je ne suis plus votre maîtresse, tout au plus votre dirigeante, et peut-être votre amie. Vous êtes votre propre maître à présent. Si vous en doutiez, demain le confirmera !
Encore merci pour votre aide à tous, que cet événement n'entache pas l'avenir que nous avons prévu.

D'ailleurs, »
dit-elle en marquant une pause comme pour accaparer l'attention, « je ne vous ai rien dit de ce qui a été vu avec les Maîtres. J'ai reçu le paiement pour la reprise de Kelmarane. Une bonne partie de cette somme n'étant pas utilisé pour vous faire revenir vivants, Kelmarane sera la grande gagnante de cette histoire.
Nous avons eu l'autorisation de donner des terres autour de la ville, d'accréditer les vendeurs de Pesh, d'y développer l'armée, et d'y construire un collège. Il y aura quelques formalités, mais rien d'insurmontable. La partie religieuse sera vu avec les officielles des religions en question directement.
De nouveaux hommes seront adjoints au développement et à la protection de la cité, et nous accompagnerons pour le retour, que je planifie dans une à deux semaines si cela nous suffit pour développer nos accords commerciaux et alliances. Sauf si il vous faut plus de temps. »



Bhaal ne perçut pas le discret changement d'humeur de sa compagne, accaparé qu'il était par son échange avec le prince et la princesse et très attentif à ne pas jurer ou commettre quelque impair. A vrai dire, il n'avait pas vraiment fait de serment au prince au sens strict, simplement promis de l'aider. Mais il jugea peu opportun de préciser ce point et se contenta de lever son verre. « Oh, vous savez, j'ai appris à tuer qui on me disait de tuer. Ça ne me dérange pas plus que ça, tant qu'ils sont armés et dangereux. Je veux dire, un mec qui prend une arme devant moi, il sait ce qu'il fait et ce qu'il a à faire. Je l'oblige pas. Et, euh... » Mais à ce moment, son regard croisa celui de Célestin, puis de Jyll, tandis qu'Alia souriait à quelque pensée et ne semblait pas l'avoir écouté.

« Enfin, bien sûr, je sais que vous veillerez à me demander des choses en accord avec mon penchant naturel, euh... pour le Bien ! », ajouta-t-il, goguenard, en levant son verre en direction du prince. A dire vrai, toutes ces histoires dégoulinantes où il renierait ses origines pour embrasser le Bien - des histoires sarénites finalement - commençaient à l'agacer. Célestin, Jyll, Vechna, et maintenant la princesse... Tous lui chantaient la même chanson.

« Je n'en doute pas, Princesse, » répondit-il à cette dernière en se tournant vers elle, « je n'employais pas ce mot au sens de maître d'esclave, mais plutôt de seigneur. Mais vous avez raison, c'était maladroit. Et oui, on se faisait la réflexion avec Alia. Ce que vous avez fait pour nous... Depuis le début... On vous doit tout. Oui, vous êtes mon amie. Celui qui vous veut du mal, je me ferai l'honneur de lui arracher la tête, ça vous pouvez en être sûre !. » Déclara-t-il sur un ton quelque peu exalté et bravache, mais tous ceux qui l'avaient vu combattre savaient que ce n'était pas nécessairement une expression imagée.


Alia acquiesça, restant impassible en écoutant Bhaal, elle souriait toujours légérement, lui en voulant toujours pour avoir dit la vérité. Elle savait qu'elle était injuste avec lui mais ne pouvait faire autrement. En disant la vérité crue au sujet de sa fille, il l'empêchait de s'illusionner. Elle aurait tellement voulu qu'il se taise.

Le repas se poursuivait, Alia parlait quand il fallait et souriait à tous. Elle se forçait à manger et à boire même si elle avait le ventre noué malgré la faim pas encore totalement assouvie suite à leur période de disette forcée. Elle ne rejetait pas les marques de tendresse de Bhaal mais les abrégeait discrètement, s'il lui tenait la main, elle l'enlevait quelques secondes après pour saisir son verre, il se penchait vers elle, elle se décalait pour écouter une personne éloignée parler...


Nemlak continuait à manger de bon appétit, profitant des mets et des plats dont il n'avait jamais pu avoir accès étant enfant ou même jeune adulte ! Un tel luxe n'était pas dans ses habitudes d'ascète qu'il avait du prendre par la force des choses. Il se réjouissait d'être vivant et d'avoir la possibilité de suffisamment évoluer pour qu'une fois mort il ne soit pas qu'un simple passager d'une barque et que son mérite soit reconnu à sa juste valeur qui était au dessus des autres. Il devait se préparer pour l'au-delà quel qu'en soit le prix.
Il souriait à chacun, mais son esprit vagabondait déjà à ce qu'il devait faire pour atteindre son but.


Célestin sourit à sa princesse, et récupéra ses mains qu'elle lui serrait encore. « Ce sont là d'excellentes nouvelles ! Nous partirons dès que tu le décideras. Kelmarane est le plus important. »

Il s'en retourna s'asseoir auprès de sa mie, et soupira. Oui, Kelmarane était le plus important. Une semaine, deux tout au plus. Voilà le temps dont il disposait pour terminer ses recherches à Katapesh. Il espérait que ce serait suffisant. Ce fut dans cet état d'esprit pensif qu'il poursuivit le dîner, tentant de faire bonne figure auprès de chacun, bien que son regard ne mentait pas.


Reprenant sa contenance, la princesse ajouta : « nous partirons sur cette idée mais, si tes affaires prennent du temps, nous pourrons déborder un peu. »

Jawad était amusé.
« Oh, nous déborderons certainement, mais c'est pour la bonne cause. Autant repartir à Kelmarane en ayant réglé la plupart des problèmes qui vous empoisonnent l'existence. Allez, finissons ce repas, demain sera une longue journée, et je pense que vous avez envie de vous reposer à nouveau. J'ai dormi quelques nuits dans des geôles bien plus confortables que ce que vous avez du expérimenter, et l'une de mes plus grandes joies immédiates fut de retrouver un bon lit. » dit-il en souriant, finissant son verre alors qu'Almah semblait difficilement taire sa curiosité, comme sa surprise.

Quelques minutes plus tard, le souhait du Prince était exaucé, tandis que chacun allait à ses quartiers, profiter de sa vie prolongée.

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